Paris brûle-t-il ?

Je reprends ici un texte du philosophe Michel Onfray (Sur MichelOnfray.com, rubrique “Interventions hebdomadaires”, 19 mars 2019). )

« On l’aura désormais bien compris, en matière de crise des gilets-jaunes, Macron joue la pourriture… C’est bien sûr une option éminemment dangereuse.  C’est celle de la ville dont le prince est un enfant… Elle peut sembler rentable à cet enfant-roi qui sait que, dans la logique binaire installée par ses grands prédécesseurs, tout a été fait pour qu’aux présidentielles le choix final oppose un candidat maastrichtien et un autre qui ne l’est pas – le premier présentant le second comme le chaos fasciste. De ce fait, pareille logique contraint à porter au pouvoir n’importe quel homme lige de l’Europe maastrichtienne. Il est l’un des serviteurs de ce pouvoir-là et s’en sait fort. Mais c’est la force d’un domestique.
Voilà pour quelles raisons, dans le chaos actuel, la liste macronienne arrive malgré tout en tête des intentions de vote aux prochaines élections européennes. De sorte qu’après dix-huit semaines de mépris, d’insolences, d’insultes, de désinformation, de fausses nouvelles, de morgue, d’injures, d’offenses, d’affronts à l’endroit des gilets-jaunes, Macron persiste dans une communication dont il sait qu’elle lui est rentable : pendant que Paris brûle, que des banques sont incendiées, que le Fouquet’s est en flammes, qu’un feu dans un immeuble menace de faire périr ses habitants, que les échauffourées sont démultipliées, que des leaders pilotés en sous-main par des politicards appellent désormais à l’insurrection violente, que les mêmes souhaitent une convergence des luttes entre Blacks Blocs et “gens des cités” sous prétexte de gilets-jaunes, que l’arrivée en masse de Blacks Blocs est annoncée par le ministère de l’Intérieur sans que rien ne soit fait en amont pour les empêcher de nuire,  Emmanuel Macron skie… Le roi fait du ski ! En compagnie de sa femme, de sa famille, de ses amis, peut-être même avec son ami Benalla, il fête la vie à grand renfort de raclette et de fendant! Tout va bien à Versailles…
Pourquoi en effet devrait-il se ronger les sangs ?
Car, si la dissolution de l’Assemblée nationale avait lieu, Macron sait bien qu’il resterait président de la République.   Son obligation constitutionnelle et politique se limiterait à nommer un Premier ministre issu de la nouvelle majorité… qui ne manquerait pas d’être macronienne !
Si, par une très improbable extravagance, le Rassemblement national arrivait en tête de ces élections législatives après cette hypothétique dissolution, Macron nommerait Marine Le Pen à Matignon. Le premier travail de cette dame serait de faire du Chirac des années 80 en prenant bien soin de ne toucher ni à l’euro, ni à l’Europe libérale, ni à Maastricht et de n’envisager en aucun cas un Frexit, – elle a déjà prévenu…  Ajoutons à cela que, conditionnée par des années de propagande, la rue refuserait cette nomination après que les médias aux ordres eussent fait fuiter le projet : Macron aurait alors la rue pour lui… Pour éviter pareil scénario, il pourrait alors préférer Dupont-Aignan qui arriverait en courant pour occuper le poste. La réélection de Macron lors des présidentielles suivantes serait assurée.
Si Macron démissionnait, ne rêvons pas, il sait également que ni le Parti socialiste, qui à cette heure confie les clés européennes du parti de Jaurès à Raphaël Glucksmann qui n’en a pas même la carte, ni la France insoumise, qui a montré en boucle sur les médias un Mélenchon psychiquement problématique, ni le parti de Wauquiez, qui tente de survivre en exhibant une chimère politique faite d’un jeune philosophe catholique flanqué de quelques chevaux de retour du sarkozysme guère encombrés par la morale catholique, ne sont à même de lui succéder à l’Élysée.
Tout va donc très bien pour lui.
Choisir le pourrissement, parce qu’on sait qu’il fera notre affaire, même si tout cela dessert le petit peuple, les pauvres, les miséreux, les sans grades et tous ceux qui constituent le fond ontologique de la rébellion des gilet-jaunes, c’est agir comme Attila ou n’importe quel autre chef barbare: c’est opter pour la politique de la terre brûlée. Après moi, ou sans moi, ou hors de moi, le déluge !
C’est donc prendre en otage les Français en croyant qu’ils sont là pour nous et non qu’on se trouve là pour eux.  Cet homme qui fait semblant de placer son quinquennat sous les auspices de Jupiter et du général de Gaulle le place finalement sous celui de Peter Pan, cet enfant qui ne veut pas grandir.
Pour qui prend-il les gens ?
Il a d’abord méprisé les maires, puis il a prétendu qu’ils étaient le sel de la démocratie, avant de partir à leur rencontre pour leur faire la leçon comme un instituteur d’antan avec sa classe d’élèves en blouse et aux ordres. Les premiers magistrats, choisis et triés sur le volet par les préfets payés pour relayer la politique du Président, ceints de leur écharpe tricolore, n’en sont pas revenus que le chef de l’État daigne monologuer devant eux pendant des heures.
Il a ensuite méprisé les Français, des Gaulois rétifs aux changements, des râleurs éternellement rebelles, des crétins incapables de comprendre la nécessité des changements voulus par sa majesté, au contraire des peuples luthériens du nord de l’Europe, avant d’organiser de faux débats, vrais monologues, tout en délaissant son métier qui est de présider la France et non de militer pour lui-même, sa cause et son succès aux prochaines élections européennes.
Il a enfin méprisé les intellectuels qui ne lui léchaient pas les bottes avant d’en inviter une soixantaine triée sur le volet -il est intéressant d’ailleurs de voir qui a été convié. Frédéric Lordon, gauchiste en chef, mais subventionné par le contribuable via le CNRS où il est directeur de recherche, l’aurait été et a bruyamment fait savoir qu’il n’irait pas. Michel Wieviorka, “sociologue” mais est-ce vraiment le cas pour ce monsieur qui affirme sans barguigner sur Canal+ que le A entouré d’un cercle est un symbole d’extrême-droite, fait bien sûr partie des élus. Après avoir dit qu’il n’y avait pas de culture française, Macron invite donc six dizaines de ses représentants pour débattre avec eux sur France-Culture, haut lieu de liberté intellectuelle s’il en est. Gageons que débattre avec soixante personnes à la fois le contraindra à une performance longue d’une quinzaine de jours non-stop, à défaut, cette rencontre ne sera rien d’autre qu’une danse du ventre présidentiel devant une assemblée captive. A moins qu’on lui offre la grille d’été sur cette chaîne du service public, le créneau est disponible, je crois, après qu’il eut été occupé pendant seize années par un philosophe viré par ses soins.
Il méprise les gilets-jaunes depuis le début et traite leur souffrance par l’insulte : antisémites, homophobes, racistes, xénophobes, incultes, illettrés, avinés, fascistes, lepénistes, vichystes, pétainistes, tout est bon qui permet de dire à ceux qui se sont contentés de manifester leur souffrance sociale qu’ils sont des salauds de pauvres. Cette maladie sociale que sa politique maastrichtienne brutale diffuse comme une épidémie foudroyante est traitée par lui avec arrogance, suffisance, provocation. A quoi bon, sinon, s’afficher en train de boire un coup avec ses amis en terrasse dans une station de ski à l’heure même où Paris brûle ?  Plus cynique que cela, tu meurs…
Choisir l’humiliation n’est pas de bon profit. Il faut être un demeuré fini pour l’ignorer. L’un de ces soixante intellectuels choisis par le prince pour lui servir de miroir devrait offrir à ce faux intellectuel vrai cynique un livre que Marc Ferro a publié en 2007 et qui s’intitule “Le Ressentiment dans l’histoire”. Ce livre est rapide, indicatif et vite fait, on l’aimerait avec mille pages de plus tant ses intuitions et ses informations sont justes. Quelle est sa thèse? On n’humilie jamais impunément les peuples et l’avilissement un jour génère une réplique toujours.
A quoi peut bien ressembler cette réplique ?
Personne ne peut imaginer que ce fameux débat puisse accoucher d’autre chose que d’une souris. Macron avait prévenu dès le départ que le bavardage national allait avoir lieu mais qu’à son issue, il n’était pas question de changer de cap. A quoi bon, dès lors, un débat si l’on fait savoir en amont qu’il ne changera rien à l’essentiel ? On ne pouvait mieux avouer qu’il s’agirait de parler pour ne rien dire.
Il a nommé des médiateurs, des coordinateurs, des animateurs, il a créé un dispositif pour faire remonter, centraliser, synthétiser les demandes exprimées dans des Cahiers de doléances aux marges étroites et aux contenus guindés, il a trouvé des budgets pour financer tout ça, il a parlé tout seul en prétendant qu’il dialoguait, il a saturé les médias avec sa présence logomachique, il a voyagé partout en France et s’est montré dans les endroits les plus improbables de la province, il s’est fait annoncer et il est venu, il est venu sans se faire annoncer, il a pris des notes devant les caméras qui en profitaient pour effectuer un gros plan rentable d’un point de vue de la communication – cet homme écoute attentivement se disait le péquin moyen, la preuve, il a sorti son stylo… –, il a tombé la veste, mouillé la chemise, fait des bons mots, il a même, rendez-vous compte, pris place auprès d’un gilet-jaune qui arborait sa fluorescence à côté de lui… Mais on le sait, tout ça ne servira à rien puisque le cap, qui est le bon, sera maintenu !
Ce grand enfumage procède de ce qu’en son temps Ségolène Royal avait appelé la démocratie participative sans s’apercevoir que la nécessité de recourir à ce pléonasme était bien la preuve qu’en démocratie le peuple avait cessé de participer… C’est la même personne, Ségolène Royal, qui avait recruté et appointé le scénariste des Guignols de l’info afin qu’il lui trouve des petites phrases assassines pour truffer ses discours et qui soient susceptibles d’être retenues et reprises par les journalistes. Déléguer la démocratie participative à un guignol, fut-il de l’info: tout était dit, déjà…
A quoi bon partir à la rencontre des gens dans les sous-préfectures pour leur demander ce qu’ils souhaitent quand on aspire à la magistrature suprême de la Cinquième République, comme madame Royal en son temps, voire quand on s’y trouve, comme monsieur Macron aujourd’hui ? La réponse est simple : pour les images des journaux de vingt-heures, il faut en effet laisser entendre par ces mises en scène qu’en choisissant de se trouver au centre d’une assemblée réunie en rond autour du mâle dominant qui feint de jouer le rôle de Gentil Organisateur du Club Med, on écoute, on se renseigne, on prend des avis, on descend dans l’arène, on n’a pas peur, on va au contact et, surtout, qu’on est proche des gens…
On peut ne pas souscrire à cette thèse de communicant d’un niveau Bac moins cinq. Car, une personne qui aspire à ce poste ou, pire, qui s’y trouve déjà et a malgré tout encore besoin de ces rencontres pour savoir ce que pense le peuple avoue clairement de la sorte qu’il ignore la vie de ceux dont il souhaite administrer l’existence et, de ce fait, qu’il ne mérite pas son poste sinon de candidat encore moins de premier élu de la Nation.
Macron dit qu’il écoutera mais n’en fera rien, il l’a dit lui-même; il organise à grand renfort de médias complices cette rencontre sous prétexte d’apprendre ce que veut le peuple; or, les souhaits des gilets-jaunes sont connus depuis le premier jour, bien avant que la pourriture voulue par le chef de l’État ne s’y installe.
Roi de la manœuvre, avec ce Grand Débat national, Emmanuel Macron a créé la diversion parce qu’il en avait besoin pour jouer la carte du pourrissement. Toute semaine passée sans que les gilets-jaunes ne parviennent à s’organiser jouait en sa faveur. C’était autant de temps utile pour organiser la riposte non pas politique mais policière, qui plus est de basse police : laisser les casseurs agir, laisser faire les dépavages, donc laisser les pavés voler, laisser les Blacks Blocs taguer et piller, laisser les casseurs des banlieues se joindre à ces Black Blocs afin que quelques-gilets-jaunes s’y agrègent afin de disposer d’images de vandalisation à associer aux gilets-jaunes : les Champs Élysées, parfait, l’Arc de Triomphe, mieux encore, des incendies, super, des voitures retournées et en feu, génial… Roulez BFM & C° ! Entre deux soirées en boîtes de nuit, le ministre de l’Intérieur, couvert par les médias, dénonçait ce que le pouvoir avait laissé faire: c’est ainsi qu’on instille le virus dans un corps social. Il suffit ensuite de laisser faire : incubation, fièvre, symptômes, la maladie est bel et bien là, il n’y a plus qu’à attendre qu’elle progresse, qu’elle empire, puis souhaiter que la mort soit au rendez-vous. Voilà la stratégie de Macron, elle lui permet, en attendant le trépas, d’aller aux sports d’hiver tout en sachant que pareille activité n’est réservée qu’aux privilégiés de cette société malade. Cynique, arrogant, prétentieux, sûr de lui et de sa méthode, quand Paris brûle, il skie…
Mais, à la manière d’un apprenti sorcier, cet homme qui a lâché les virus pour contaminer ce corps social des gilets-jaunes a pris le risque d’une infection bien plus grande. Quand son Grand Débat va accoucher de réformettes sociales (pourquoi pas le retour à 90 km/h sur certaines routes de campagne dont la réglementation en la matière pourrait être rendue aux conseils départementaux ou régionaux comme un signe qu’on donne à la France périphérique le pouvoir qu’elle souhaitait lui voir revenir…), ou de réformes techniques en matière de fiscalité (auxquelles personne ne comprendra rien, sauf les professionnels des impôts), quand il décevra avec des réformes en trompe l’œil (du genre: faux référendum qu’in fine les élus contrôleraient par des dispositions techniques leur permettant de reprendre d’une main ce qui aurait été donné de l’autre), quand, donc, les gilets-jaunes verront que le Président leur offre finalement de la poudre aux yeux pour tout traitement de leurs blessures, alors le ressentiment sera plus grand encore – et avec lui la colère majuscule.
Et que fera-t-il de cette colère décuplée lui qui a déjà répondu à une moindre colère par une vague de répression tellement disproportionnée que le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme à l’Organisation des nations unies, via  Michelle Bachelet qui fut présidente du Chili, lui a fait savoir qu’il installait la France dans le pays qu’internationalement on remarque pour son non-respect des droits de l’Homme ?
La même Michelle Bachelet a formidablement résumé la nature du mouvement des gilets-jaunes en affirmant: « En France, les gilets-jaunes protestent contre ce qu’ils perçoivent comme une exclusion des droits économiques et de la participation aux affaires publiques. » Pour Emmanuel Macron, on sait qu’il n’en est rien et qu’il s’agit bien plutôt d’un mouvement de factieux d’extrême-droite homophobes, racistes, antisémites, climato-sceptiques et conspirationnistes – autrement dit: une offense faite à sa propre personne…
J’ai eu recours à l’histoire de l’apprenti sorcier. Rappelons comment elle se termine chez Goethe: le jeune sorcier a besoin de son vieux maître qui arrive pour arrêter le délire. Sauf que, dans notre réalité, il n’y a pas un vieux maître sage en attente (que Sarkozy & Hollande ne rêvent pas…), mais de jeunes sorciers aussi dépourvus de cervelles que le président de la République. C’est désormais violence d’État contre violences populeuses.
Le peuple est mort étranglé par Macron en dix-huit semaines. Ce populicide en chef lui a préféré la populace qui lui doit sa généalogie. La populace, c’est le peuple moins son cerveau, c’est la foule reptilienne, la masse acéphale, un corps sans tête, un Léviathan conduit par les instincts; elle est l’animal aux babines retroussées, aux crocs menaçants, aux griffes sorties; elle est faite d’hommes au cortex grillé -elle est aussi et surtout le meilleur ennemi du peuple.
Pour empêcher la naissance de cette bête enragée désormais très dangereuse, il suffisait d’écouter le peuple, de l’entendre dès les premiers jours et de lui répondre dignement. C’eut été dans la logique du contrat social qui lie le chef et son peuple par la grâce d’un transfert de souveraineté républicaine synallagmatique – et non unilatéral donc despotique.
Au lieu de cela, comme un vulgaire tyranneau de république bananière, il a lancé sa soldatesque. Une partie du peuple s’est retirée pour laisser place au ressentiment pur et simple de la populace. La bonhomie des ronds-points a laissé place à la logique incendiaire. Avec ce poison d’une hyper toxicité qu’est le ressentiment, quelques gouttes suffisent pour abattre une civilisation qui se trouve dans l’état de la nôtre. Loin du général de Gaulle, Emmanuel Macron prend le risque de laisser son nom dans l’Histoire entre ceux de Néron et Caligula. On retiendra que, quand Paris brûlait, il skiait… 

Michel Onfray

Avril 2019

 

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Cocoro

Quand nous étions en Polynésie française, j’avais adopté un petit poulet local qui ressemble à nos poules naines françaises, mais plus petit encore. J’en ai écrit cette histoire.

Je m’appelle Cocoro1. C’est un prénom tahitien qu’un vieil indigène de Maupiti2, papa étau (prononcer étaou),  m’a donné par dérision. Ce vieux au visage parcheminé de rides, aussi maigre qu’une planche à pain, règne en patriarche sur le quartier situé au PK 173, et aussi sec qu’un piquet, basané comme la peau d’un mouton tanné, sourit perpétuellement, même quand ça va mal. Une belle et bonne nature que ce vieux-là…
Autour de son faré4 qu’abrite un toit de palmes, la nature tropicale exubérante est une jungle dans laquelle il est souvent nécessaire d’user du coupe-coupe pour se frayer un passage. Il s’agit d’une sorte de machette munie une lame d’une bonne quarantaine de centimètres. Sa première utilisation concerne l’ouverture des noix de coco tombées de l’arbre. Il y en a plein autour du faré de Papa Etau. Il faut savoir qu’on utilise tout dans le cocotier : les palmes pour s’abriter du soleil et de la pluie, les fibres pour fabriquer des balais, le tronc pour faire des bancs et des poteaux, le bois pour alimenter un feu et faire chauffer le four tahitien5 ou faire cuire les fruits de l’arbre à pain ; on en soutire aussi le lait, l’eau, la pulpe de la noix…

Il fait perpétuellement chaud sur l’île, les températures varient très peu, de 29 à 31°tout au long de l’année. Et il fait toujours humide. C’est là le plus gros inconvénient. Et qui dit humidité dit moustiques. J’y suis habituée, depuis que je suis sortie de mon œuf !
Un couple de popa’a6 et leurs enfants récemment arrivés de métropole, se sont installés dans un faré proche de celui d’Etau, côté mer tandis que le vieil homme habite côté montagne. Cette nouvelle installation a créé un bon dérivatif, nous qui n’avons d’autre horizon que celui de notre petite île, du lagon et de l’océan à perte de vue. Et rien pour pimenter notre soif de changement !
Alors, l’installation de cette famille, vous pensez ! Mais j’étais à mille lieues de savoir quelle place elle allait prendre dans ma vie de poulette locale !
J’étais toute petite quand elle arriva, je n’avais guère plus de deux semaines. Je suivais alors ma mère comme mon ombre, accompagnée de la ribambelle de mes frères et sœurs. Doués de mimétisme, nous passions nos journées à faire tout comme maman : gratter le sol de nos ongles acérés, picorer ce qui nous semblait bon, courir derrière les insectes volants, prendre des bains de poussière, nettoyer et lisser nos plumes, sauter, nous poursuivre, batifoler à l’envi. Nous regardions aussi nos aînés s’essayer déjà à la hiérarchie du bec !
Sur mon île, il y a partout beaucoup de coqs et de poules comme moi. Je le sais, pour l’avoir entendu de la bouche des farani(s)7 et parce que j’en rencontre des tas dans mon quartier.
Ma vie de gallinacée ordinaire aurait pu continuer paisiblement au milieu de ma famille nombreuse. Mais un jour,  la porte des Popa’a s’est refermée sur mon passage, écrasant un des doigts de ma patte gauche. Incapable de tenir l’équilibre, j’ai vacillé puis je suis tombée sur le côté. J’avais mal ! Aïe, aïe, aïe !

Les miens ont continué leur route, me laissant seule avec la famille des Popa’a farani. Leurs visages penchés sur moi, je les voyais de près, ils étaient vraiment des popa’a miti hue8
La femme a regardé ma patte, y a mis un produit piquant et m’a placée dans un carton, me caressant sur la tête. Son geste m’a rassurée. Je me suis posée, me laissant emporter dans mes songes… Je pensais à ma vie de poulette des  îles, à la vie de ma famille. J’apprendrai plus tard que celle des poules de France est bien autre et que nos différences sont importantes, d’après les confidences de ces étrangers.

Ici, les poules, coqs et chiens errants font partie du quotidien et le chant des coqs sonne le réveil des insulaires dès cinq-six heures du matin quand ce n’est pas pendant la nuit. Sachez également qu’ici, les coqs ne chantent pas juste au lever du soleil mais toute la foutue journée pour un oui ou pour un non. Vous ne serez tranquille que lorsqu’il pleut. Même moi, ils m’agacent ! Alors !
Nous sommes sauvages et n’appartenons à personne. Et même si nous emmerdons tout le monde, personne ne nous chasse. De toute façon, ce serait impossible : nous volons assez haut pour nous réfugier sur les arbres à pain, les avocatier(s), mapés9, ‘aito(s)10, tous très hauts… Si vous pensiez être débarrassés de nous en quittant votre faré le matin, que neni ! Vous nous retrouverez devant votre bureau, au travail, partout…
Vous verrez que les poules peuvent, contrairement à ce qu’on vous a toujours dit, voler (enfin, plutôt planer) sur plusieurs dizaines de mètres et qu’elles se perchent même sur les très grands arbres. Si si si !
J’appartiens à l’espèce sauvage dite Bankiva (Gallus Gallus). Mon habitat est très étendu. On la trouve dans le nord-est de l’Inde, en Birmanie, dans les Etats maltais, à Sumatra, au Siam et en Cochinchine. Mon espèce existe en outre acclimatée à l’état sauvage dans de nombreuses îles comme Hainan, Java, Tahiti et ses îles…. Ceux de mon espèce sont de la taille d’une grosse volaille naine, possèdent une allure très fine et dégagée. Les miens ont  beaucoup de ressemblance avec votre Ardennaise naine, à part que la queue de cette dernière n’est pas aussi développée et portée plus haute.
Nous sommes méfiants, rusés, d’allure vive, et nous ne nous laissons pas apprivoiser avec facilité.
Notre espèce a été introduite par les premiers polynésiens lors de leur arrivée. Nous sommes présents presque partout en Polynésie française, sauf dans certains atolls et îlots volcaniques où nous n’avons pas encore été introduits. Grégaires, nous nous déplaçons en groupes même si les poules accompagnées de leurs poussins ont tendance à s’isoler dans les vallées. D’ailleurs, de nombreux coqs domestiques retournent à l’état sauvage et vivent en quasi-liberté dans les jardins où ils ne sont même plus chassés pour leur chair mais élevés pour un passe-temps prisé des Polynésiens : les combats de coqs. Bien fait pour ces machos qui sont parfois si méchants avec les femmes.
Maintenant que vous me connaissez, je continue la narration de mon aventure peu banale…
Le temps que dura ma convalescence, soit deux ou trois semaines, je demeurai dans cette famille, chouchoutée et nourrie comme jamais. Mais je restai seule, isolée de mon groupe. Je boitai encore un peu mais me promenais autour de ce faré. La femme qui se nommait Juliette me donnait des grains de riz, du pain, des morceaux de papaye sans compter les restes des repas. Mais, ce que j’aimais par-dessus tout, c’étaient les chasses que nous effectuions ensemble le soir, à la nuit tombée. Sur l’île, la durée du jour est équivalente à celle de la nuit. C’est au début de cette dernière que nous nous adonnions à cette activité… Vous allez voir…
Les margouillats abondent dans les farés. Il s’agit de petits reptiles typiques des climats chauds, autrement dit geckos des maisons, les plus familiers des animaux sauvages. Ces étonnants lézards ne veulent plus vivre dans l’inconfort des forêts, ils préfèrent les maisons et surtout les insectes qui s’y accumulent à la nuit tombée. Ils sont de vrais noctambules.
Au début, ça m’a surprise : jugez mon étonnement en voyant ce lézard dans le faré, drôle de petite bestiole au corps verruqueux qui marche « à l’envers ».
Cet animal pourvu d’une  grosse tête darde un regard curieux, avec ses gros yeux pourvus d’une pupille verticale. Ses pattes sont parmi les parties du corps les plus étonnantes. Les doigts sont aplatis, formant des lamelles qui adhèrent sur tout support, des pseudo-ventouses dont l’efficacité est augmentée par une griffe terminale. Ces ventouses sont adhésives.  A l’instar d’une bande Velcro, elles sont garnies d’une multitude de poils microscopiques terminés en spatule. Les poils se collent à la surface ou plutôt ils sont comme aimantés.
Juliette appréciait ces margouillats parce qu’ils éliminaient les moustiques en les mangeant. C’est pourquoi, ils rampaient sous le plafond des auvents éclairés, bordant le faré et qui le protégeaient du soleil et de la pluie. En revanche, elle les détestait parce qu’ils déféquaient sur tout ce qui se trouvait sous les lampes : tables, évier, bureau… Et il y en avait vraiment beaucoup !
Alors, Juliette m’appelait « Cocoro , Cocoro ! ». J’accourais aussitôt. Munie d’un balai ni’au11, elle se déplaçait sous les larges avant-toits, traquant les margouillats et les faisant tomber sur le sol avec les fibres du balai. Il ne me restait plus qu’à les attraper du bec et à les gober. Quel régal ! Ce n’est pas si souvent que je mange un bon steak !
Et on recommençait jusqu’à satiété ou lassitude… Qu’est-ce qu’on s’amusait !
Le jour, il arrivait que Juliette m’appelle aussi. Je n’étais jamais bien loin. Le propriétaire de la maison, Moana, avait creusé puis bétonné et emménagé sous l’auvent côté mer un grand trou transformé en fosse septique. Les cafards nombreux y proliféraient à qui mieux mieux, Juliette en trouvait même dans la cuisine malgré son utilisation de craie chinoise11.
Régulièrement, elle retirait le couvercle de cette fosse, découvrant une multitude de blattes, aveuglées par cette soudaine lumière ; ces insectes répugnants pour elle mais combien appétissants pour moi couraient pour trouver quelque autre abri sombre. De mon bec, je les piquais à une allure vertigineuse et on n’entendait plus que mon picorement aussi rapide qu’une mitraillette « tac, tac, tac , tac, tac ». Je les ingurgitais frénétiquement. « Tiens, prends ça, toi aussi, toi encore ». Que c’est bon ! Quel délice ! C’est Juliette qui était contente ! Peine perdue : autant reparaissent sitôt disparus. Un vrai tonneau des Danaïdes12 !

Un jour, je suis tombée malade. L’œil terne  la paupière baissée, je traînais, vide d’énergie. Je n’avais plus faim. Inquiète, Juliette est allée chercher un antibiotique et c’est ce qui m’a sortie de ma léthargie maladive. Les années ont passé dans cette douce quiétude . Je pondais des œufs dans la corbeille à linge familial. J’en ai même couvés. Des années après, ma famille adoptive est repartie pour la métropole. Elle a confié ma destinée à papa Etaou. Qui sait si un jour, une pirogue ne les ramènera pas au bord de mon lagon…

 

1 Cocoro : j’ai cherché la traduction de ce mot tahitien. Il signifie « bite », ça ne m’étonne pas de Papa Etau ! C’était bien son style !

2 Maupiti : une des îles-Sous-le Vent qui compte 1 200 âmes.

3 P.K. : point kilométrique. Adresse géographique qui permet de se repérer sur la route de ceinture pour situer une adresse. Ici, on utilise deux paramètres pour l’indiquer à partir du point zéro représenté par la « capitale » de l’île : côté mer ou côté montagne, ôte Est ou côte Ouest.

4 faré : à l’origine, habitation polynésienne traditionnelle. Autrefois construits en bambou et recouverts de feuilles de pandanus et de palmiers, de différentes grandeurs. Aujourd’hui construits en bois et couverts de tôles.

5 four tahitien : four traditionnel polynésien pour cuire les aliments à l’étouffée.

Il s’agit d’un trou creusé dans la terre (de 50 à 80 cm de profondeur et 2 mètres de diamètre) au fond duquel on place du bois, des noix de coco sèches recouvertes de pierres volcaniques et poreuses ; le bois consumé, les pierres sont chauffées au rouge. Ces pierres sont recouvertes d’un tapis de feuilles vertes de bananier sur lesquelles on dispose la nourriture que l’on recouvre de nouvelles feuilles de bananier et de sacs humides ou d’une nappe tressée de feuilles de purau, puis de terre ou de sable.

6 popa’a : étrangers, Blancs, Européens.

7 farani : français

7 miti hue : blanc comme une sauce fait de lait de coco

8 ni’au : palmes de cocotier, folioles et nervures de ces folioles dont on fait ici des balais.
9 mapé : châtaignier tahitien

10aito : arbre de fer
11 balai niau : balai pourvu de nervures de palmes

12craie chinoise : craie d’insecticide chinoise contenant un produit très toxique appelé  Miraculous Insecticide Chalk qui peut causer de sérieux troubles de santé, selon Santé Canada qui recommande aux Canadiens de ne pas l’utiliser.
L’agence gouvernementale affirme avoir analysé la «craie miraculeuse d’insecticide» et y avoir trouvé de la deltaméthrine, un pesticide pouvant causer des effets dangereux sur la santé, particulièrement chez les enfants. Ces derniers pourraient confondre ces produits pour de véritables craies à tableau et les manipuler ou les mettre dans leur bouche.
13 tonneau des Danaïdes : tâche sans fin, travail à recommencer sans cesse.

 

 

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Glyphosate encore…

https://www.youtube.com/watch?v=YYhMKh6TyCg

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A l’aise dans ses pompes

Ma grand-mère disait qu’il fallait le temps que le pied se fasse à la chaussure. Elle-même souffrait de cors aux  orteils. C’était la raison pour laquelle la plupart de son temps, elle enfilait des charentaises.
Ces chaussons de feutre au décor écossais assuraient à ses pieds confort, chaleur, semelles fourrées et silencieuses.
D’autant que le deuxième orteil de l’un de ses pieds chevauchait le gros ; on appelle cette déformation hallux valgus. Elle a même parfois dû découper un petit rond dans le dessus de sa chaussure pour que celui-ci ne la blessât plus et  puisse disposer d’assez d’aisance et ne plus se trouver comprimé. C’était à ce prix qu’elle n’avait plus mal.
Car son durillon que blessait la chaussure  ne se faisait pas à tous les souliers, charentaises exceptées.
J’ai découvert bien plus tard, vraiment plus tard, que la bonne chaussure, on y entre comme dans une pantoufle et c’est elle qui doit se faire au pied.
Le choix des chaussures a longtemps été une grande affaire pour ma grand-mère. D’abord, parce que cet achat coûtait cher et qu’il n’était pas ordinaire. Pour la gosse que j’étais, c’était d’autant plus cher que j’avais tendance à grandir par poussées.
Alors ma grand-mère achetait souvent des chaussures un peu trop grandes pour moi. Je me rappelle des mocassins couleur crème acquis au cours d’un voyage à Figueras. Les chaussures étaient moins onéreuses en Espagne.
Pour les essayer, je devais me tenir debout, le pied bien à plat dans sa prison de cuir et il fallait qu’elle puisse écraser la pointe de la chaussure avec son pouce sans toucher mon gros orteil. Du coup, j’avais le pied qui dansait dans la godasse et ma grand-mère y ajoutait une semelle et bourrait le bout de mon soulier avec du papier pour me caler les doigts de pied.
Elle achetait le cirage qui allait avec car il fallait que ça brille.
Ce n’était pas pour rien que ma grand-mère préférait les chaussures vernies.
Celles noires et brillantes comme un miroir avec les brides qui tranchaient sur les petites socquettes blanches en fil d’Écosse qui allaient tellement bien avec lui plaisaient beaucoup.
Elles ressemblaient aux chaussures de poupées, exposées debout et bien sages dans leur vitrine.
Ma mère aussi aimait ces choix qui s’assortissaient parfaitement à mes robes chasuble et jupes écossaises ou en tergal uni qu’elle confectionnait.
Ces chaussures supportaient très mal mes escapades à vélo, mes marches sur les chemins caillouteux et dans les prés humides, mes jeux dans la cour de récréation, mes reptations sur le sol pour attraper de jolis galets et faire et ricochets. J’aurais dû m’adonner à des jeux de fillette sage et modèle.
Mais, comme mes jolis mocassins neufs, cirés et brillants s’ornaient piteusement de balafres, d’éraflures plus ou moins accentuées des traces de mon irrévérence, on avait fini par me chausser de pataugas, marque de chaussure de marche toilée à semelle épaisse et crantée en pâte de caoutchouc. Ces pataugas de toile étaient inusables mais prenaient l’eau. Dès qu’il pleuvait, j’avais froid aux pieds. Je ne devais donc les utiliser que lorsqu’il ne pleuvait ni ne neigeait pas, que le sol n’était pas boueux ou gorgé d’eau, ce qui limitait leur usage.
De plus, ma mère trouvait que sa fille détonait avec les canons de l’élégance que requérait le port de la robe ou de la jupe et décida que je ne devais les porter qu’avec un pantalon.
Mon oncle m’offrit donc des bottines blanches tout à fait à mon goût qui s’ornaient à la cheville d’un revers de fourrure elle aussi immaculée.
Et comme j’appréciais particulièrement ces chaussures que j’avais moi-même choisies, j’en ai ensuite pris un extrême soin, les bichonnant, les entretenant quotidiennement, les ménageant, les épargnant pour qu’elles restent belles et confortables.
Mes pieds ont pratiquement cessé de grandir peu après mon entrée en sixième.
Au lycée où j’étais pensionnaire, je me souviens de ma communion dite solennelle et de ma honte qui s’y rattache.
Je portais à ce moment-là des mocassins de cuir marron, avachis par l’usage, trop grands pour ma pointure et que je perdais en marchant. A chacun de mes pas, le talon se détachait des semelles de mes godillots que je traînais de mes orteils. J’en éprouvai une grande humiliation.
Comble de l’ironie, mon ignominie allait décupler avec cette funeste cérémonie de malheur.
L’administration du lycée ayant décrété obligatoire ma présence et sans l’accord de ma famille, une dame désignée par les instances supérieures vint me chercher dans ma pension, me conduisit dans une sorte de petite usine, me munit d’une aube blanche, de son voile et d’une croix de bois suspendue à un cordon puis m’y ramena avec ce viatique.
Mais, le jour fatidique, ce vêtement immaculé contrastait avec les godasses éculées et très mal ajustées qui me faisaient une démarche de canard boiteux et piteux.
Mais il fallait obéir même si l’ordre était imbécile, dans la patience, l’inconfort et l’abnégation.
Aujourd’hui, je sais qu’une bonne chaussure ne se fait pas au pied : elle s’enfile comme la bonne vieille charentaise de ma grand-mère et son plus grand talent est de se faire oublier.
Je sais en outre qu’il est préférable d’investir dans une très bonne godasse certes coûteuse plutôt que dans une pompe funèbre à bas prix qui blesse, abîme et dont les matériaux étouffent le pied avant de lâcher, le plus souvent au cours d’un moment important.
Une bonne chaussure bien entretenue procure des années de bipédie sereine et confortable. Au bout du compte, elle revient moins chère que d’en changer tous les trois mois et de supporter leur inconfort.
Ma grand-mère a souvent boitillé dans des chaussures qui auraient nécessité d’être  orthopédiques. Petite, elle avait commencé avec des sabots en bois. L’hiver, son père les bourrait de paille pour qu’elle ait moins froid aux pieds.
Elle clopinait souvent mais elle a marché toute sa vie. La veille de sa mort, elle marchait encore.

Mars 2019

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Raoul

Tu as faim, tu manges tous les jours, ta grand-mère achète puis cuisine de quoi préparer le repas de la maison.
A la boucherie du village, elle a tendu la main contenant de la monnaie sonnante et trébuchante qu’elle a échangée contre un sachet de plastique renfermant des tranches roses. Celles-ci constitueront l’entrée du déjeuner avec un accompagnement de cornichons.
Seulement, c’est Raoul que nous allons manger ou la mère de Firmin, un cochon de la ferme élevé et engraissé puis abattu pour sa viande.
De la famille des porcins, les porcs sont des animaux sociaux aux mœurs diurnes qui vivent naturellement en hardes. Les femelles mettent au monde des portées nombreuses.
Contrairement au cliché véhiculé, ils ne défèquent pas dans leur espace de sommeil. Cet espace de repos est naturellement propre, sec et moelleux. Ils s’y allongent sur le côté lorsque la température est suffisante ou se serrent les uns contre les autres lorsqu’il fait froid. C’est qu’ils sont loin d’être bêtes.
Omnivores, ils passent une grande partie de leur temps à explorer, à fouir, à chercher de la nourriture. Ils parcourent ainsi plusieurs kilomètres par jour.
Les truies se construisent des nids avant leur mise bas et se tiennent alors à l’écart du groupe. C’est une activité intense pour elles, aussi importante que de s’alimenter. Dans le nid ainsi créé, elles peuvent se tourner. Elles restent exclusivement avec leurs petits jusqu’à leurs deux semaines. Ensuite elles rejoignent leur groupe.
Raoul, je l’aimais bien, c’était celui que je préférais. Ils étaient pourtant dix aux mamelles de la mère. Leur vie avait mal débuté: l’espace était restreint, la mise-bas stressée et l’affection inexistante.
Enfer et barbarie, pour les protéger d’eux-mêmes, le diable leur sectionne la queue, leur belle queue en tire-bouchon, leur meule les dents pour couper court aux  morsures malgré l’absence de dents. Deux précautions valent mieux qu’une. Les porcelets nouveau-nés crient ou plutôt hurlent de douleur et/ou de terreur. Leur cri est si fort qu’il en est insupportable.
Et dans notre beau pays de France, on castre aussi les jeunes mâles sans anesthésie, opération très douloureuse selon l’autorité européenne de sécurité des aliments. On s’en fout !
Pour manger, on torture, on tranche, on ampute. Des machines infernales vendues pour bouffer accomplissent leurs basses œuvres. On ne veut pas le savoir.
Les consommateurs veulent-ils du cochon découpé, tranché, mixé ? Oui, c’est bien pour faire des tartines de pâté, des rondelles de saucisson, des côtelettes à faire griller.

Naître veau n’est pas mieux. Notre culture impose que sa viande soit blanche. Pour obtenir cette couleur, il doit être anémié, c’est-à-dire manquer de fer. Je me rappelle que Victorine allait au marché de Costaros pour vendre les siens et que le maquignon vérifiait la paupière pour s’assurer de la blancheur de la viande. Le prix en dépendait.

Quant aux petits  poussins, on te trie comme on trie les abricots, tel est le métier de « semeur de poussins ». Cet « homme de l’art » différencie mâles et femelles, ces dernières seules ayant un intérêt économique, celui de pondre. Ne dit-on pas « la poule aux œufs d’or » ? Pour qui les œufs d’or ? Devinez et vous gagnerez ce coquetier. Les poussins mâles finissent par être broyés ou gazés.
Vous croyiez finis les camps de concentration ? Erreur !

Dans mon enfance, j’avais apprivoisé un jeune poulet ; Jacky m’accompagnait à l’école et venait m’y retrouver à la sortie. Il en fut de même à Uturoa avec Cocoro.
Oui, nos animaux de compagnie et de ferme sont attachants.
Et paradoxalement, on tranche, on mixe, on sectionne, on déverse de la bidoche en tonnes, on vous la présente en barquettes, en steaks hachés ou non, en boulettes, halal et casher, on vous la propose tartare, saignante, à point ou bien cuite c’est comme vous voulez.
Nous sommes des carnassiers et les hommes sont des porcs quand je réfléchis à la nourriture et à ce qu’elle induit comme conséquences.
En fait, c’est du désespoir que nous mangeons.

Mars 2019

 

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Je suis du jardin

Je sais qu’en concurrence avec la cuisine, le jardin est une de mes « pièces » favorite. Je vous affirme cela en pensant au Moulin et à Bel’Air, la maison de ma grand-mère, puis de ma mère et depuis peu la mienne.
Et quand je dis « pièce », ce n’en est pas véritablement une, c’est bien davantage que cette  annexe verte, pour moi indispensable et sans laquelle une maison n’est qu’un triste logement, un gourbi sans âme, une habitation orpheline ou amputée de son essentiel que sont la santé, l’agrément, le repos, la rêverie solitaire ou  partagée.
De même que je trouve inanimée et esseulée une habitation sans chien ni chat. Que voulez-vous, je possède viscéralement la fibre rustique et l’âme paysanne. Et j’aime les bêtes qui me le rendent bien.
Ce mot « paysan » me plaît beaucoup car il contient celui de « pays » alors que les termes « agriculteur», « cultivateur » ou « exploitant agricole » par lesquels on le remplace  n’incluent pas cette idée qu’on est du pays, de son pays, de son village, qu’on est en fait un jardinier du paysage de sa contrée. J’aime à croire cette explication, un jardinier du paysage.
Cette vocation ancestrale m’habite par atavisme ; on ne naît pas impunément dans un village altiligérien sans être profondément imprégné de culture champêtre, sans appartenir durablement au monde agreste de la ruralité.
Pourquoi cet amour des jardins m’habite-t-il si fort ? Le jardin m’est-il un refuge, un passe-temps, un musée, un conservatoire, une épicerie, un endroit d’expérimentations, un défouloir, un havre, un lieu de méditation, une programmation génétique, un goût inné ou acquis ? Sans doute un peu de tout cela.
Bien que j’aie connu mai soixante-huit l’année de mes seize ans, mon engouement jardinier n’a rien du caprice éphémère de la néo-bobo ou d’ancienne baba. Tout d’abord parce que mon intérêt pour la verdure n’est pas nouveau. Il remonte à l’enfance.
Quand je pense à ma ferveur pour le jardin du bas, j’y revois les radis ronds blancs et rouges dans leur carré et émergeant à demi de la terre, les hauts chrysanthèmes vieux rose de Victorine qu’elle devait tuteurer pour qu’ils restent debout, le plant de sauge près du mur des Chanal, les salades batavia de pierre bénite que mon oncle André arrosait régulièrement. Sous les planches de bois qui séparaient les carrés potagers, les limaces se cachaient dans l’obscurité et l’humidité après s’être gavées de feuilles tendres que leurs bouches gourmandes avaient découpées en forme de croissants.
André prélevait pour le déjeuner une salade, quelques rattes, un bouquet de persil que ma grand-mère accompagnerait de côtelettes de porc et puis il cueillait des fraises que nous savourerions agrémentées de vin sucré. On se régalait…
Durant toute ma vie qui est loin d’être finie, j’ai toujours travaillé un jardin ou un coin de jardin même s’il a pu occasionnellement se réduire à un simple pot de terre. Mais quel pot ! Je m’y recueillais avec une infinie vénération, je reniflais son odeur de terre humide, j’y retrouvai ma substantifique moelle. Ce pot contenait l’espoir d’un futur incluant un jardin, mon jardin. Il me permettait une attente moins frustrée d’herbes à venir.
Ce n’était que partie remise car tailler, planter, tondre ou regarder pousser les plantes ont pour moi une valeur sentimentale et thérapeutique.
Quand je suis énervée ou soucieuse, je prends un sécateur et je taille les plants.  Et quand je suis stressée, j’attaque un travail plus sportif de bêchage, binage ou nettoyage. Cette activité me permet de canaliser une contrariété, une tension, une angoisse, voire un mal-être passager. Or, elle nécessite parfois des efforts physiques intenses – couper, tailler, biner, sarcler, désherber -, elle  invite à la détente, à la sérénité. Prendre conscience de la valeur de ses gestes et de ses efforts suffit pour transformer un acte éprouvant – comme faucher un pré – en une expérience de zénitude.
Jardiner, c’est encore valorisant : mettre en valeur son coin de terre, c’est se mettre en valeur soi-même. Faire visiter son jardin, c’est aussi montrer aux autres ses qualités, son talent.
Quant à la cabane du jardinier, plus qu’un refuge ou un atelier où l’on s’isole, c’est avant tout un lieu secret. On y range des outils et des ustensiles, une bêche, une pelle ou un râteau, qui nécessitent une certaine adresse dans leur maniement.
Cultiver est gratifiant et en sus, on voit tout de suite le résultat de son travail.
J’entends parfois mes interlocuteurs me rétorquer : « Oui, mais toi, c’est facile, tu as la main verte » ce qui signifie que je suis douée pour l’entretien des plantes, que je suis en harmonie avec elles. Je pense qu’il n’y a ni doué ni inapte dans ce domaine, il y a seulement ceux qui se donnent la peine et s’investissent dans cette occupation. La main dont tout un chacun est doté est un organe extrêmement précieux. C’est grâce à elle que nous pouvons réussir des travaux variés.
Je sais que le jardin de notre couple est sacré, il est une chasse gardée. Il nous a fallu prendre de la peine pour le connaître, nous informer, l’amender, le faire à notre main et notre souhait, à notre convenance.
En nous accaparant et en prenant possession de ces deux cents mètres carrés, nous sommes entrés dans une histoire, celle d’observer l’évolution de cette terre au fil des saisons et des années.
Le visiteur peut percevoir une partie de notre personnalité ; notre jardin
reflète ses propriétaires, leurs envies, leurs angoisses, leurs humeurs, leurs marottes, bref nos caractères.
Il est rare qu’il nous déçoive ; il peut au pire nous surprendre.
En fait, une grande part du bonheur est dans le pré si l’on partage quelque chose de ce pré avec quelqu’un ou quelques uns.

 

Mars 2019

 

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Palettes

Le mouvement des Gilets jaunes apparu au mois de novembre 2018 en réaction à l‘annonce de l’augmentation du prix des carburants s’est vite étendu à d’autres revendications fiscales et sociales.
Il se réunit dès sa création autour de blocages de routes et ronds-points et organise des manifestations chaque samedi.
Sur ces ronds-points devenus agoras, les contestataires se réchauffent au feu de palettes récupérées tout en devisant sur le pouvoir d’achat et la démocratie en France.
Ces carrefours giratoires qui ne servaient qu’à fluidifier la circulation automobile se sont tant multipliés au fil des ans que la devise française circulatoire pourrait se décliner ainsi : « du pain, du vin, du rond-point ».
Notons que, rangé dans le lexique de la manutention, le mot palette désigne un plateau utilisé pour le rangement et le chargement permettant la manipulation et le déplacement de marchandises à l’aide de chariots et d’élévateurs.
Cette palette, censée ne servir à plus rien une fois déplacée par un engin de chantier,- plus communément dénommé transpalettes-, est le plus souvent  une construction de bois susceptible de porter une charge d’une tonne au mètre carré, sacs de ciment, granulés de bois, panneaux de plâtre, courgettes, carrelages, cartons de fromage de Hollande ou toute autre denrée lourde ou volumineuse.
Il s’agit d’un objet à usage unique au même titre qu’un stylo, un briquet, un carton  ou un rasoir sauf qu’il est récupéré par des « grouilleux » ou cul-terreux et qu’il prend alors de multiples usages.
Par chez moi, village altiligérien de péquenauds, la palette peut servir de palissade , de marchepieds pour passer par dessus des obstacles, de support de bottes de foin pour que celui-ci ne touche pas le sol, reste aéré et ne moisisse pas ; ailleurs, elle peut devenir un sommier, un bois de fauteuil ou canapé, une table basse ou haute, une étagère… L’imagination alliée au besoin et soumise à l’ingéniosité, fait de cet objet basique sans poésie une création pop art qui peut aller jusqu’à la déco dernier cri du bobo en mal d’en-canaillerie.
Elle est le lot commun des tenants de la décroissance et des prolétaires modestes mais riches d’imagination, dont les occupants transitoires des ronds-points ou des ZAD.

On peut en faire le symbole de l’objet utile, multi utile, dédaigné par la société de consommation qui préfère le gaspillage et les déchets, à la récupe et à l’ingéniosité.
La palette est la bonne fée de tous ceux qui tournent le dos à la course au « toujours plus » et sont adeptes de la « simplicité volontaire ». Ils affichent leur  noblesse d’ascétisme dans leur talent à réparer ce qui peut l’être, à tirer profit de tout bien et par là-même à convertir le jetable en durable pour préserver l’avenir des générations à venir.
Ces insurgés prennent leurs quartiers aux carrefours ronds des routes et s’abritent sous l’édification à la va vite de palettes assemblées les unes les autres, recouvertes d’une bâche ou d’un plastique ; refuge que n’auraient pas dédaigné les bergers d’antan quand ils n’avaient pas encore atteint leurs abris. Ils  y installent parfois  une chaîne stéréo, des pliants, une table, des réserves alimentaires au cas où…  Pas loin, le feu brûle, entretenu par les morceaux brisés de palettes disloquées puis jetés dans les flammes. Ici,  la palette affirme sa place de matériel de première importance. Surtout qu’il fait froid !
Ces campements de fortune peuplés de nouveaux zadistes en gilet jaune et fluo témoignent de leur résistance de combattants contre les décisions fiscales et politiques délétères de la « Macronie » qui les étouffe. Ces squatters s’opposent à la consommation débridée, à l’incompétence politicarde, au gaspillage, à la gabegie de nos dirigeants, à la pollution, à la décadence sociétale mue par l’obsession du gain.
Ils répondent sur les ronds-points aux quatre vents par l’absence de gâchis, la compétence, le savoir-faire, la débrouillardise, le bon sens  qui furent l’apanage de nos anciens des siècles durant.
Le mouvement des Gilets Jaunes interroge : outre sa révolte contre la gestion consternante  des élus, il s’insurge contre la passivité, l’indolence, l’inculture, l’impéritie de notre monde ainsi dirigé. A contrario, il affirme les vertus universelles d’intégrité, d’autosatisfaction, de réussite lorsque la besogne du groupe accomplie, le corps et le cœur se réjouissent à l’unisson.
Le bonheur de faire ensemble libère de l’individualisme commun et restaure la joie du vivre ensemble.
La coupe était pleine, la goutte de trop qui l’a faite déborder était l’augmentation du prix à la pompe qui a mis le feu à la plèbe.
Que ceux qui se croient sortis de la cuisse de Jupiter prennent garde : leur boulimie de pouvoir leur a fait négliger la liberté, l’égalité, la fraternité des citoyens, ces parias qui souhaitent boycotter l’inutile et le superflu, importé à grand frais de pollution, de dépendance, d’exploitation de main d’œuvre soumise au dictat des maîtres
Les mécontents en gilets jaunes préfèrent la frugalité incluse dans un mode de vie simple et raisonné, la démerde, le rafistolage, la récup, le recyclage.
Entre gaspilleurs et récupérateurs, la palette fait un feu de joie autour duquel il fait bon danser, trinquer, rêver de solidarité, penser à un futur égalitaire et fraternel qui ne soit pas seulement au service des puissants et de leurs obligés.
La populace prend enfin sa revanche.

Février 2019

 

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Sourire dans la grisaille hivernale

https://www.youtube.com/watch?v=qXU-L4Un3Bs

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Harpagophytum ou griffe du diable

La griffe du diable agit comme un excellent anti-inflammatoire naturel qui soulage rhumatismes et articulations.
La griffe du diable ou harpagophytum joue le rôle d’un anti-inflammatoire naturel contre les maladies rhumatismales en général. On observe ses effets bénéfiques contre la douleur, les spasmes, les contractions des muscles et des tendons, et dans le soulagement de la raideur articulaire lors des poussées inflammatoires. Elle agit aussi en profondeur pour rééquilibrer le terrain et différer la survenue des crises.
Son action contre l’arthrose atteint son maximum avec l’utilisation de cartilage et de collagène de poisson. Ainsi que d’oligoéléments et de vitamines antioxydants, notamment le manganèse, le cuivre, le fer, le sélénium, la vitamine C, la vitamine A, la vitamine E. Enfin, elle est efficace contre les poussées aiguës d’arthrose.

La griffe du diable a une action contre les inflammations  comparable à celle de la cortisone ou de la phénylbutazone, sans en avoir les effets secondaires néfastes. Elle s’est avérée efficace contre les maladies de l’appareil locomoteur.

L’harpagophytum tire son nom du grec harpago, qui signifie grappin ou crochet d’abordage, par allusion aux griffes de ses fruits. Ces crochets acérés, qui se fixent dans les parties molles des sabots des animaux et répandent des maladies dans les troupeaux, lui ont aussi valu d’être nommée communément griffe du diable. La poudre de racine d’harpagophytum n’est utilisée en Europe que depuis 1953. Cette plante est originaire d’Afrique du Sud, où on l’emploie depuis des siècles pour ses propriétés anti-inflammatoires. Elle a peu à peu gagné la faveur des partisans d’une automédication raisonnée comme alternative de choix aux traitements anti-inflammatoires classiques, tels les dérivés de la cortisone, aux effets secondaires redoutables.

De nombreuses herbes peuvent aider à traiter la spondylarthrite ankylosante. Selon MayoClinic.com, la spondylarthrite ankylosante est une maladie chronique, auto-immune et la maladie inflammatoire qui provoque des douleurs dans les articulations de vos vertèbres, bassin et d’autres zones de votre corps. La spondylarthrite ankylosante est une forme d’arthrite, ainsi certaines herbes anti-inflammatoires et anti-arthritiques peuvent être bénéfiques pour cette condition. Avant de prendre des herbes pour aider à traiter votre spondylarthrite ankylosante, parlez avec votre médecin des effets secondaires possibles et dosage approprié.

L‘igname sauvage est une plante qui peut être un traitement utile pour la spondylarthrite ankylosante. Selon l’Université du Maryland Medical Center, l’igname sauvage, aussi connu comme Dioscorea villosa, est un jumelage et vigne vivace tubéreuse qui est originaire d’Amérique du Nord et la Chine. L’igname sauvage prospère dans les forêts humides et les fourrés. L’igname sauvage a été utilisé pour aider à traiter de nombreuses conditions, y compris l’inflammation, les spasmes musculaires et l’asthme. La racine de la vigne est utilisée en médecine. Dr Sharol Tilgner, un médecin naturopathe et auteur du livre « phytothérapie Du Coeur de la Terre, » déclare que l’igname sauvage a des propriétés à la fois anti-inflammatoires et anti-arthritiques.

Le saule blanc (salix alba)est une plante qui peut être efficace pour soulager la spondylarthrite ankylosante. Selon l’Université du Maryland Medical Center, saule blanc, également connu sous le Salix alba, est un grand arbre avec rugueuse, écorce de couleur grise qui est originaire d’Europe centrale et méridionale. Willow possède un goût amer. L’écorce de l’arbre est utilisé en médecine pour soulager la douleur et réduire l’inflammation. Tilgner indique que le saule blanc est un astringent, anti-inflammatoire, analgésique et anti-arthritique. Les constituants actifs principaux sont pensés pour être glycosides salicine et salicylés. Salicine est une substance dont la structure chimique est similaire à l’aspirine. Les propriétés analgésiques de saule blanc, avec sa capacité à réduire l’inflammation et d’autres symptômes associés à l’arthrite, suggèrent que cette plante peut être bénéfique pour la spondylarthrite ankylosante. Avant de prendre cette herbe pour aider à traiter votre spondylarthrite ankylosante, parlez avec votre médecin des effets secondaires possibles et dosage approprié.

Janvier 2019

 

 

 

 

 

 

 

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Voyage au sud marocain

Mon grand fils s’est envolé le 15 janvier 2018 de La Haye  pour le sud-ouest marocain en compagnie de sa petite famille. Il a atterri à Agadir.
Cette ville berbérophone située sur la côte atlantique fut ravagée par un tremblement de terre en 1960 qui tua plus de 15 000 personnes et fut entièrement reconstruite selon les normes parasismiques obligatoires.
C’est désormais la plus grande station balnéaire du Maroc au climat exceptionnellement doux tout au long de l’année.
Depuis 2010, bien desservie par les vols à bas prix et l’autoroute jusqu’à Tanger, elle attire des touristes et connaît une bonne croissance en demande de logements.
Ce lundi de décembre, la famille est partie à la découverte des petits villages At Las Tafraout à quatre heures d’Agadir et dont le nom signifie « qui se cache entre les montagnes ».
La route depuis Agadir s’engouffre dans une vallée paisible, parsemée de minuscules villages roses ou ocres et du quelques palmiers. Ses flancs conservent les traces indélébiles d’anciennes cultures en terrasses. Qui a eu le courage de façonner ces milliers de murets ? Où sont passés les paysans ? Que pouvaient-ils bien faire pousser ? Le mystère plane…

Jeudi 20, ils étaient à Taroudant visiter le magnifique palais du peintre Claudio Bravo au milieu des mandariniers.      « On a bu un thé à la menthe face à l’Atlas. Et le guide nous a donné un sac de mandarines bio » me dit-on.
Taroudant, à 80 km d’Agadir, est une ville pittoresque, protégée par de superbes remparts de couleur ocre qui valent presque à eux seuls le déplacement. Cette ancienne capitale du Sous possède aussi une petite médina et des souks modestes mais intéressants. Un peu d’artisanat, même s’il n’a pas ici la créativité de celui de Marrakech.
Taroudant recèle également une kasbah au nord-est des remparts, en face de jolis jardins.
Claudio Bravo né le 8 novembre 1936 à Valparaíso au Chili et mort en 2011 à Taroudant, est un artiste peintre ayant vécu à Tanger et à Taroudant, depuis 1972.
C’est un hyperréaliste. Sa palette coloriste s’inspire un peu de la Renaissance italienne et du baroque espagnol. Il peint beaucoup de natures mortes, paysages, portraits… Après des études artistiques à Santiago, il s’établit en Espagne à l’âge de 35 ans, et étudie les toiles des grands maîtres du musée du Prado. Rapidement, il acquiert une reconnaissance internationale en tant que portraitiste. Mais c’est à Tanger qu’il s’installe définitivement en 1972, à l’âge de 46 ans. Séduit par la lumière, les couleurs et le charme du Maroc, il y développe «une palette peut-être égale en audace à celles des plus grands coloristes de l’histoire de l’art». Claudio Bravo affirme qu’«un artiste peut être à la fois moderne et orientaliste». Ses toiles ne soutiennent aucun discours, ni moral ni politique. Son unique préoccupation est de représenter le monde tel qu’il est. Après avoir fait construire une ferme à Taroudant, il prend souvent comme modèles également les animaux. Cet amoureux du Maroc figure parmi les artistes contemporains d’Amérique latine les plus chers au monde. Il a exposé régulièrement dans les plus prestigieuses institutions dans le monde (États-Unis, Chili, Espagne, Philippines, Allemagne, Mexique, Royaume-Uni, Colombie, Japon, France, Brésil, Canada, Australie…)
Chaque pièce de cette magnifique propriété constitue un musée à elle seule, par la présence de ses tableaux, mais aussi, par la somptueuse collection d’objets d’art qu’il a rassemblés et distribués dans ces pièces.
La région d’Agadir produit de l’huile d’argan tirée de l’arganier, un arbre endémique du Maroc.
Il existe deux types d’huile d’argan selon que les amandons sont ou non torréfiés  avant utilisation. L’huile alimentaire, plus sombre et au goût plus prononcé à cause de la torréfaction, s’utilise comme une huile habituelle pour préparer les aliments, mais ne doit pas être portée à haute température. Elle est très nutritive et constitue, avec des amandes pilées et du miel, l’amlou, une pâte très nourrissante souvent consommée au petit déjeuner.
L’huile cosmétique, plus claire, s’utilise en application sur la peau et les cheveux et aurait des vertus contre la chute des cheveux, l’eczéma, la déshydratation cutanée.

Le 23 décembre, départ d’Agadir pour Marrakech située au centre du Maroc, à 250 kilomètres en direction du nord ouest d’Agadir. La ville se situe au pied des montagnes de l’Atlas; on l’appelle « ville rouge » ou « ville ocre » en référence à la couleur rouge d’une grande partie de ses immeubles et ses maisons.
La veille de Noël, cap sur la vallée de l’Ourika dans l’Atlas à une heure de Marrakesh jusqu’à Setti-Fatma.

La vallée de l’Ourika est une vallée du Haut Atlas marocain. Elle est essentiellement peuplée de personnes de langue berbère  et de dialecte chleuh . Malgré sa proximité avec Marrakech, elle est encore considérée comme une vallée relativement préservée, tant par sa nature que par son mode de vie montagnard traditionnel.
Voici ici quelques photos de la vallée avec la rivière, les cascades, les villages et les berbères dans la montagne :

 

Fin décembre, retour au pays des tulipes qui n’étaient pas encore en fleur.

 

 

 

 

 

 

Janvier 2019

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