Roger Hugony n’est plus

Mardi 18 avril, c’étaient les obsèques de Roger en l’église de Vabres et son inhumation au petit cimetière proche. Roger avait seulement 59 ans. Ce jour-là, les lilas commençaient leur floraison à côté du pont de Vabres et les bords du ruisseau s’ornaient des fleurs mauves des futures monnaies du pape.
Jour de tristesse et de recueillement pour Roger, de pensées solidaires pour ses frères et ses proches.
Gilbert m’avait demandé d’écrire une poésie pour Roger…

Complainte pour Roger

Le 9 janvier 1958, t’étais né,
Et t’es parti la semaine passée ;
Le printemps venait juste de commencer.
C‘était au mois d’avril, juste un peu avant Pâques,
Et l’hiver a repris vigueur
Au fond de notre cœur
Et l’hiver à repris vigueur
Au fond de notre cœur…

On ne s’attendait pas à ton décès singulier,
Toi, au caractère fort et si bien trempé
Que souvent avec nous tu affirmais
Parce que tu montrais que tu existais.
Et même si parfois tu bougonnais, nous, on t’aimait.

Nous restons seuls sur le pont
Avec notre grosse affliction.
Il parait qu’on t’a vu passer
Dans les pays de l’autre côté
Il parait qu’on t’a vu passer
Dans les pays de l’autre côté…

Ceux qui l’ont dit en ont menti
Car quand le soir est doux ici
On sent ton sourire en chagrin
Et ta présence de frangin,
On sent ton sourire qui revient
Et ton affection de copain.

Vabrais de jeunesse, tu es devenu cheminot,
Auvergnat exilé à Mirefleur, loin de  Vabres et de tes frérots,
Tu revenais veiller sur la maisonnée
Et voir si Gilbert et Daniel continuaient
Au mieux la ferme que les parents avaient édifiée.

Ta compagne Geneviève se trouvera bien seule désormais
Et ton chien Jo avec lequel tu aimais tant te promener
Que fera-t-il sans ta présence attentionnée ?
Et nous, tes frères, l’aîné et le cadet,
Comment pourrons-nous mettre sous silence notre passé ?

Pourtant des fois  quand on y pense pas,
On se dit qu’on ne te reverra pas
On t’entend alors rire aux éclats
De l’autre côté de la paroi,
On t’entend alors rire aux éclats
De l’autre côté de la paroi.

La mort fait voyager son monde
Tu vas plus vite que le son,
T’es partout sur la terre ronde
T’es devenu une chanson
T’es partout sur la terre ronde
T’es devenu une complainte.

Au revoir Roger…

 

 

Avril 2017

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Dans la peau d’un bipolaire : de l’ombre à la lumière

La chaîne LCP donne la parole aux personnes bipolaires. Des adhérents du gem Galaxie concernés par cette maladie y trouveront des réponses.
http://www.lcp.fr/emissions/droit-de-suite/278659-dans-la-peau-dun-bipolaire-de-lombre-la-lumiere

Avril 2017

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L’hypertension artérielle, une menace

L’hypertension artérielle est considérée comme le facteur de risque cardio-vasculaire le plus dangereux. En France, 11 millions de personnes sont traitées pour cela et 4 autres millions s’ignorent hypertendus. Ce qui rend le dépistage primordial.
Insidieuse, l’hypertension artérielle (HTA) évolue pendant de nombreuses années sans aucun symptôme. « C’est un tueur silencieux qui n’est pas une maladie, mais un état : on est hypertendu. Elle est liée au manque de distension des parois artérielles qui va provoquer une augmentation des résistances périphériques responsable d’un excès de pression dans les artères« , explique le chef de service du département de cardiologie médical de l’hôpital Pitié-Salpêtrière (Paris).
L’HTA est définie par une tension artérielle (TA) supérieure à 140/90 millimètres de mercure, sur l’un ou l’autre des deux chiffres, lors de plusieurs consultations chez le médecin. Le premier chiffre, ou tension systolique, correspond à la contraction du cœur nécessaire à l’éjection sanguine; le second, ou tension diastolique, à la décontraction cardiaque.

Un risque accru d’accident vasculaire cérébral
D’après une étude internationale parue dans The Lancet, parce qu’elle fragilise les parois vasculaires, l’HTA augmente le risque d’accident vasculaire cérébral (AVC) par 2,5, notamment chez les sujets de moins de 45 ans. Autre facteur de risque d’ AVC autrement dit l’existence fréquente d’à-coups tensionnels. Et plus la tension artérielle est élevée, plus les risques augmentent. Le danger ne se limite pas au cerveau : il concerne aussi le cœur (infarctus), les poumons (œdème aigu), les reins. De  surcroît, les autres facteurs de risque cardiovasculaire ont également leur importance « car en matière de risque, les facteurs se cumulent. Une TA de 13/8 est déjà considérée comme une HTA chez le diabétique alors qu’elle n’en est pas une chez le non diabétique« , souligne un médecin.

Des causes multiples
L’HTA peut apparaître dans les suites d’un dysfonctionnement rénal ou endocrinien, du fait d’un surpoids (notamment dans sa forme abdominale – bedaine – entre 40 et 60 ans, de la sédentarité, d’un manque de sommeil, de l’abus des boissons et aliments édulcorés au fructose, du froid chez les seniors. « Toutefois, la cause la plus fréquente reste l’âge. Le vieillissement artériel s’accompagne en effet d’une perte naturelle de la souplesse des parois artérielles », indique un cardiologue.

L’HTA en chiffres
- La tension artérielle moyenne des Français âgés de 18 à 74 ans est de 12,3/7,7.
- 30% sont hypertendus. Un taux qui grimpe à 67% chez les 65-74 ans.
- 20 à 50% des hypertendus ne seraient pas correctement soignés en France, faute d’avoir été  diagnostiqués.
- La cause de l’hypertension n’est pas clairement identifiée pour 95% des personnes concernées.
- 50% des hypertendus ont une obésité abdominale.
- Sur le marché des médicaments, il existe plus de 300 antihypertenseurs.
- Seul un tiers des hypertendus possède un appareil pour mesurer la tension.

A chaque patient son traitement
Vaste, l’arsenal thérapeutique comporte huit familles d’hypotenseurs permettant de personnaliser le traitement des patients, en fonction de leur profil, de leur âge, de la nature de leur hypertension, de leur mode de vie et de la présence d’un ou plusieurs autres facteurs de risque cardiovasculaire.
La pharmacopée permet de couvrir toutes les situations possibles. « Les vingt dernières années ont vu l’apparition de nouveaux médicaments alliant bonne efficacité thérapeutique, simplicité d’utilisation et excellente tolérance des prescriptions, comme dans la famille des antagonistes de l’angiotensine. Pour autant, les traitements « historiques » de l’HTA, comme les diurétiques, les bêtabloquants et les antagonistes classiques restent encore très utilisés, en particulier lorsque plusieurs médicaments sont utiles« , précise un praticien.
L’efficacité médicamenteuse, qui se traduit par un retour de la tension artérielle à des chiffres normaux, peut néanmoins entraîner une fausse impression de guérison. « L’HTA se soigne très bien, mais ne se guérit pas ! D’où l’importance de ne pas stopper son traitement, même lorsque les chiffres reviennent à la normale. Or, trop nombreux sont ceux qui arrêtent leur médicament au cours de la première année de traitement ! »

Faire preuve de discipline
« La discipline est le premier traitement de l’hypertendu. Le patient doit prendre son traitement tous les jours et adopter une bonne hygiène de vie en luttant de front contre tous ses facteurs de risque« , insiste le médecin. Selon le cas, celui traitant peut recourir à un ou plusieurs traitements en association. Les recommandations actuelles privilégient plutôt une mono thérapie en première intention, autrement dit le choix d’un seul médicament dans un premier temps. Encas d’inefficacité, un second peut être prescrit. « Les médecins disposent désormais de traitements qui associent deux principes actifs dans un seul médicament dans un premier temps. Cette combinaison permet une meilleure adhésion du patient à son traitement, rendu plus simple d’utilisation, et une diminution des effets indésirables. Au final, ce traitement « double » permet une meilleure efficacité », commente un médecin. Il conseille également de ne pas hésiter à prendre l’avis d’un spécialiste, cardiologue, néphrologue ou hypertensiologue (au nombre d’une trentaine en France) lorsque l’HTA semble résister aux traitements habituels prescrits par le médecin traitant.

Les possibles effets indésirables
Pour autant, et comme tout médicament, les antihypertenseurs ne sont pas dénués d’effets secondaires. « Les bêtabloquants et les diurétiques par exemple sont déconseillés chez l’hypertendu en surcharge pondérale du fait d’un risque de développer un diabète« , confirme le spécialiste. « On doit aussi avertir le patient de la survenue éventuelle d’œdèmes des membres inférieurs gênant le chaussage lors du traitement par inhibiteurs calciques ou encore d’une toux avec les inhibiteurs de l’enzyme de conversion, et même d’une gynécomastie (développement des glandes mammaires chez l’homme) lors des traitements par Aldactone« .

Dépister l’hypertension artérielle pour la traiter le plus tôt possible : oui, comment ?
Le cardiologue Xavier Girard, ancien président de Comité français de lutte contre l’hypertension artérielle (CFLHTA) :
- Comment améliorer le dépistage de l’hypertension artérielle ?
Si l’hypertension artérielle peut concerner toutes les branches de la population, certaines personnes sont plus exposées que d’autres et méritent une attention particulière. Ainsi, avoir un parent proche hypertendu (père, mère, frère, sœur…) et traité avant l’age de 50 ans augmente le risque d’avoir une HTA avant l’âge de 50 ans. Dans ce cas, le contrôle de la tension artérielle doit être pratiqué chaque année dès l’âge de 25 ans. Autre classe d’âge visée par un dépistage systématique, les hommes de 40 à 55 ans, car ils ont une assez forte probabilité de ne pas voir souvent un médecin ou de ne pas prendre leur traitement du fait de leur mode de vie. En cas de surcharge pondérale, ce qui s’observe de plus en plus chez les 25-30 ans, il est conseillé de contrôler sa tension artérielle tous les deux ans à partir de 30 ans; un surpoids, même modéré, est un facteur de risque  important d’HTA, notamment lorsque la surcharge est abdominale. La mesure du périmètre abdominal est par conséquent un geste primordial dans le dépistage ciblé de l’HTA, notamment entre 50 et 60 ans. C’est d’autant plus important que les hypertendus sont assez faciles soigner par des mesures d’hygiène de vie et par les traitements médicamenteux. Pour certains, on peut même envisager de contrôler la tension artérielle par l’hygiène de vie et se passer de médicaments anti-hypertenseurs.
- Qu’en est-il du contrôle de la tension à partir de 50 ans ?
L’HTA est fréquente  à partir de 60 ans : 70% des hypertendus traités ont plus de 60 ans. A partir de 50 ans, le contrôle de la tension artérielle en consultation doit donc être annuel avec, pourquoi pas, quelques contrôles ponctuels à l’aide d’un appareil d’auto-mesure, l’effet « blouse blanche » se révélant plus important à cet âge et la tension relevée en consultation possiblement trompeuse.
- Que conseillez-vous aux hypertendus ?
De bien respecter les prescriptions médicales et de ne pas stopper leur traitement, même lorsque les chiffres de la tension reviennent à la normale. Mais l’hygiène de vie est également très importante : elle peut permettre de diminuer les chiffres tensionnels. Perdre trois ou quatre kilos est toujours bénéfique lorsqu’on est hypertendu. L’activité physique aide à régulariser la tension artérielle chez certains. Il faut privilégier les activités en endurance comme le cyclisme ou a défaut le vélo d’appartement, le jugging, la marche norvégienne ou encore la natation, au moins vingt minutes trois fois par semaine. En revanche, la simple marche à pied n’est pas suffisante. L’hypertendu ne doit pas consommer plus de 6g de sel par jour, sous forme de chlorure de sodium. Attention à certains aliments riches en sel caché, comme le fromage, les charcuteries, le pain (20 g de sel par kilo de farine) et les préparations à base de pain ou encore la pizza qui contient environ 8g de sel. Quant à l’alcool, il n’intervient pas comme facteur de risque de survenue ou d’entretien d’une HTA lorsqu’il s’agit d’une consommation modérée conforme aux recommandations. En revanche, lorsqu’il existe une dépendance à l’alcool, l’HTA devient très difficile à prendre en charge.

L’intérêt de l’auto-mesure
Faire prendre sa tension chez soi ? Même l’Académie nationale de Médecine est pour sa recommandation « Car l’auto mesure pratiquée au domicile à l’aide d’un appareil est celle qui permet le mieux d’évaluer le niveau réel de la tension et le risque encouru. Avant de débuter un traitement d’antihypertenseur , le médecin devrait toujours s’assurer du niveau de tension en dehors de la consultation », affirme Xavier Girard. Répéter ces mesures permet de mieux évaluer sa tension, de faire émerger une tendance à l’hypertension. De plus, contrôler soi-même sa tension contribue à observer davantage son traitement.

De l’effet « blouse blanche » à l’hypertension masquée
Les chiffres relevés en consultation s’avèrent parfois faussés, du fait d’imprécisions techniques, mais aussi et surtout du fameux effet « blouse blanche ». Stress oblige, ce phénomène rend souvent la tension supérieure à celle qui prédomine au domicile, d’où une possible surestimation des chiffres chez 10 à 15% des patients. C’est le niveau de la tension artérielle au domicile, au calme et au repos, qui détermine le mieux le risque de complication cardio-vasculaires. Autre intérêt de l’auto-mesure : le dépistage des d’hypertensions « masquées », autrement dit les hypertensions élevées au domicile et normales au cabinet médical, celles risquant de ne pas être repérées, donc de ne pas être traitées (cas type de l’hypertendu qui s’ignore). « L’auto-mesure permet également d’apprécier l’efficacité d’un traitement, comme chez les personnes de plus de 60ans, sujettes à une variabilité de la tension artérielle, vieillissement artériel oblige. Une variabilité  qui va concerner surtout la tension systolique« explique le Pr Girard. L’enjeu du dépistage de ces hypertensions à forte variabilité est important : le risque d’AVC est multiplié par 6 chez 10% des sujets concernés.

Préférer l’appareil au bras
Pour être efficace, l’auto-mesure doit être pratiquée après cinq minutes de repos et trente minutes sans tabac ou café, en position assise, les jambes non croisées, sans bouger et sans parler. Les mesures doivent être effectuées six fois par jour (trois fois le matin avant le petit déjeuner et trois fois le soir avant le coucher), pendant trois à cinq jours consécutifs. Le relevé des mesures doit être confié au médecin, à même d’analyser les résultats.
Bien que d’utilisation simple, l’utilisation de l’appareil réclame une période d’apprentissage où le médecin traitant trouve toute sa place comme conseiller privilégié. Saufs exceptions (sujets obèses), il est préférable d’utiliser les appareils qui se positionnent sur le bras (brassard huméral), plutôt qu’au poignet (radial), trop sensibles à la position de la main et des doigts. L’Académie de médecine recommandez l’usage des appareils à mémoire (téléchargement ou télétransmission). Un bon appareil copute entre 60 et 100€. Aucun n’est remboursé par l’Assurance maladie.

Apnées du sommeil et hypertension
Les apnées du sommeil correspondent à des arrêts prolongés et fréquents de la respiration pendant le sommeil. Cette pathologie, fréquente chez les hommes de plus de 40 ans en surcharge pondérale, s’accompagne d’une hypertension nocturne délétère sur les artères Explications de Jean-Philippe Metzger :
« Les apnées du sommeil augmentent de 30% les risques d’accidents vasculaires cérébraux ou cardiaques. Car, lorsque la respiration redémarre, la tension artérielle et le pouls augmentent de façon très importante, et ce, chaque nuit ! D’où l’intérêt d’interroger son entourage sur l’existence d’arrêts respiratoires et d’un ronflement, très évocateur« . L’utilisation d’une ventilation nocturne assistée (ou pression positive continue) permet d’éviter les poussées hypertensives nocturnes et d’améliorer la qualité de vie du patient.

Avril 2017

 

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Crise en psychiatrie, psychiatrie en crise

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Malgré tous les progrès réalisés en médecine, en psychologie, en sociologie et malgré les modifications de dénomination des différents symptômes, les réactions de notre société vis-à-vis du phénomène « folie » (ou maladie mentale, troubles du comportement, handicap) ne sont pas foncièrement … Continuer la lecture

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La Folie au fil de la Borne

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La Borne est ici, au-dessus, petite rivière tranquille filant vers la Loire qui l’attend, après Brives-Charensac.
Passée la campagne collineuse, elle traverse le Puy, longeant sur son côté gauche, le versant ensoleillé d’anciens vignobles, et, sur son côté droit, d’abord la ville basse, puis l’hôpital psychiatrique dont je vois les bâtiments récents, quelque peu banals, et ceux, plus anciens, qui m’offrent leurs volets fermés et abîmés par les intempéries de ce pays de volcans.
Fermeture, froid et chaleur, autant de symboles me suggérant les soins d’une des maladies bien particulières que l’on soigne entre ces murs, maladie que l’on appelait- et que l’on appelle encore en cercles plutôt privés – la folie.
La vieille façade imposante de l’hôpital me renvoie à la présence permanente de la folie parmi les hommes depuis, sans doute, leur naissance, à la peur qu’elle a créée en nous au cours des siècles, notamment au Moyen Age, à la dérision qu’elle a suggérée dans la littérature de la Renaissance. Mais sommes-nous si loin de l’une et de l’autre, en ce XIème siècle commençant ?
Ce que l’on sait de notre attitude vis-à-vis de la folie au Moyen Age remonte au XIIème siècle. En effet, l’intérêt de la société pour cette maladie qui n’était pas encore appelée ainsi, succède à celui pour la lèpre, qui rassemblait toute l’attention du moment tant ses effets étaient visibles, agressifs, effrayants. Ce qui ne signifie pas que la folie était absente des pathologies, mais qu’elle était comparativement négligée car elle semblait, somme toute, bien inoffensive à côté de cette maladie qui marchait sur les chemins d’Europe. Quelque part, cette dernière pouvait paraître plus inéluctable, plus dangereuse que la folie car elle touchait le physique de l’homme,  qu’elle défigurait, La société du Moyen Age avait deux attitudes vis-à-vis de la lèpre : hospitalisation et/ou sur les routes, à l’écart des habitations. Au XVème, ce fléau s’affaiblit dans nos pays, laissant à la folie sa place dans les hôpitaux et sur les chemins d’eau, comme cette paisible Borne sillonnée maintenant par de gras canards.
Les « maladies de folie » connurent donc un double enfermement, ou plutôt un enfermement alternatif : soit en hôpital (un des plus célèbres fut celui de Nuremberg en Allemagne), soit en bateau sur les rivières du continent. Double enfermement, double peur, double espérance, double abandon, double aveu d’impuissance des contemporains, devant ces actes inattendus, incompréhensibles, devant cette parole défiant la logique, la culture, la compréhension du monde du moment. Mais aussi double protection de la société : protection contre les cris qui éveillent des visions de l’Enfer tel que l’imaginaire de l’époque le concevait par une tentative d’aide médicale dans quelques hôpitaux, et protection contre une éventuelle contamination au moyen de la purification par l’eau, par la barrière que représentait l’eau séparatrice, par le voyage vers un horizon peut-être salvateur, peut-être rédempteur…
Prisonnier de son passage, enfermé dans son navire venant d’on ne sait où et allant on ne sait où… Le fou nous crie sa réalité imaginaire depuis « la Nef des Fous » de Jérôme Bosch ou celle, poétique, de Sébastien Brant. Mais la société des hommes présente de multiples facettes, toujours à la recherche d’un équilibre : à la peur répond l’aspiration au calme, un appel vers sa guérison, une espérance dans le désespoir. Mais si la folie est au Moyen Age, une question tout à la fois médicale chargée de mystères et de non-réponses, une réalité sociale perturbante, elle va aussi suggérer une tentative de maitrise, du moins l’acceptation de ce qui constitue aussi l’humain, par divers moyens, l’écrit étant un des plus efficaces car il atteint lecteurs et spectateurs.
En effet, dès la fin du Moyen Age (XIIIème siècle et suivants), le Fou et la Folie deviennent des éléments majeurs dans une littérature de contes et de moralités. Le fou sur scène est un personnage ambigu, exutoire des sentiments et perceptions du spectateur : déraison apparemment sans limite du monde, égale au ridicule des hommes – si petits, si éphémères. Le Fou, le Niais devient un personnage central des sotties jouées sur les parvis, et en tant que tel, il détient la vérité, la vérité, car dans la provocation, il ramène chacun à sa vérité : l’audace d’aimer et de transgresser, l’audace de se libérer, l’audace de se voir.
Mais à la fin du XVème siècle, le Fou va être remplacé, par Érasme en particulier, par la Folie elle-même.
Érasme n’a pas été le premier à personnifier la Folie dans son célèbre petit livre « Éloge de la Folie », publié en 1509. Il avait été précédé par Brant (1458-1521) en Allemagne, et par Hugues de Saint Victor (de l’école de Saint Victor à Paris). Si ces deux derniers sont encore très proches, dans la structure de leur texte, des danses macabres peintes sur les murs d’églises jusque vers le milieu du XVème siècle (celle de la Chaise-Dieu date sans doute de 1460), l’ouvrage d’Érasme est à la fois plus général et plus profond, tout en étant plus ironique et mordant que celui de Brant ou de Hugues de Saint Victoir. L’Éloge de la Renaissance Folie est une œuvre de la Renaissance qui répond aux questions de cette époque ou les stigmatise, surtout dans les milieux intellectuels.
Les questions de ce XVIème siècle commençant (c’est-à-dire avant Galilée)  concernaient surtout la nature et les actions de l’homme, tant dans le domaine du quotidien comme la loi, le politique, les sciences et la science, que dans le domaine religieux.
Chaque question est un voyage et les voyages à la Renaissance étaient de trois types : économique avec les grandes découvertes au-delà des mers,  scientifique avec les découvertes et redécouvertes des littératures grecque et latine et en astronomie, et religieux avec la « rébellion » de Luther dans sa lettre en quatre-vingt douze points envoyée à son évêque (et on clouée sur la porte de son église comme le veut la légende).
Écrit rapidement, l’ « Éloge de la Folie »eut être considéré comme un exemple, une cause et un effet de ces questions nous emmenant vers des rivages à peine prévisibles. Mais le livre souligne surtout que dans cet écheveau de questions que se posent les grands de ce monde, professeurs, juristes, théologiens, manque la question essentielle, la recherche de la vérité, de notre vérité. Question masquée par la Folie, notre Folie.
Le titre même est trompeur : doit-on se féliciter de l’existence de la folie ? En fait, Érasme utilise cet éloge pour éveiller le lecteur aux problèmes inhérents à la nature humaine, notamment à la tendance à se centrer sur soi-même. A nos yeux, notre importance est grande, nos actions sont autant de clés pour la bonne marche de la société, nos émotions révèlent, à nos propres yeux, la beauté de notre personne, l’activité casuistique de notre intelligence apporte le bonheur par les sciences, ainsi mises au jour.
Et c’est cette intelligence qui justifie, à nos yeux, les discussions infinies concernant la connaissance de Dieu et de Ses volontés.
Mais l’auteur est ironique, il s’amuse et trompe la censure éventuelle de l’Église et des monarques (car le livre a connu immédiatement un succès considérable) en faisant parler la Folie, qui jette un regard observateur sur la société et affirme, dès la première ligne, ou plutôt le premier paragraphe : « C’est pourtant moi, et moi seule, qui réjouit les Dieux et les hommes, car la Folie n’est pas là pour montrer au lecteur la tristesse de cette pathologie, mais au contraire, le bonheur que sa présence en chacun apporte.
Grâce à elle, nous vivons dans l’illusion, une illusion bienheureuse : elle est un rapport subtil mais bien ancré que l’homme entretient avec lui-même. Cet attachement à soi maintient l’homme dans l’erreur sans doute, mais lui donne aussi une certaine sérénité. Il ne connaît pas la vérité, mais il est content avec  la vérité, telle qu’il la perçoit.
Au début du livre, Érasme plante un personnage assez amusant, homme issu du théâtre, en lui octroyant une petite biographie très concrète avec la présentation de ses compagnes : l’Amour-propre, la Flatterie, l’Oubli, la Paresse, la Volupté, l’Étourderie, la Mollesse. Autant de traits négatifs de l’être humain, mais qui aident le lecteur à visionner le personnage et à lui donner vie.
Mais ces défauts sont aussi facteurs de bien : la flatterie peut rendre un homme politique sage, l’amour-propre peut servir l’ambition qui accroîtra les richesses de la société…
L’Éloge devient vite, cependant, un essai sur les chemins du savoir. En effet, Érasme fait une grande place, dans cette ronde des fous, aux hommes qui détiennent ou pensent détenir le savoir alors qu’ils ne font que le triturer, que ce soit les Grammairiens, les Poètes, les Écrivains, les Jurisconsultes, les Philosophes, ou les Théologiens. La Folie est parmi eux au sein d’une science déréglée et souvent inutile tant elle masque leur ignorance. Elle n’est qu’une connaissance dérisoire car elle néglige l’expérience au bénéfice de livres poussiéreux et de discussions oiseuses. Elle masque la vraie science par les fausses sciences proclamées « vérité » par ces hommes prétentieux. Leur prétention est, en fait, leur folie : kelle leur masque la réalité qui est souvent une connaissance simple mais formidable, bouleversante du monde qui les entoure. Pris en eux, et chacun renferme son type de folie, son type de mensonge, son illusion sur lui-même. Ne dit-elle pas : « Je compte autant de statues qu’il y a d’hommes ? »
Cet aveuglement à la présence de la folie en nous, nous fait accepter l’erreur comme vérité, que ce soit dans le cas du mensonge, de la justice, de la violence ou de la laideur. Notre folie est une excuse, notre excuse, notre excuse d’êtres humains.
Érasme, homme d’une immense culture, grand voyageur, avait une vue sans complaisance des hommes de son temps, qu’il connaissait bien de par sa naissance illégitime et ses relations, très élevées : il analysait son époque avec distance et lucidité, tant pour les affaires quotidiennes que pour les questions savantes et religieuses, ce qui lui donnait une certaine indulgence à l’égard de ses contemporains et lui permettait de rire de notre folie, car, écrit-il, « en somme, si vous pouviez regarder de la Terre, vous penseriez voir une foule de mouches ou de moucherons qui se battent entre eux, luttent et tendent des pièges, se volent, jouent, gambadent, tombent et meurent, et l’on ne peut croire quels troubles, quelles tragédies, produit un si minime animalcule destiné à sitôt périr ».
Très probablement, la petite et pacifique Borne ne transporta jamais de nef des fous, et son eau qui coule calmement n’est pas une barrière, plutôt le symbole du temps qui passe, toujours le même, à recommencer (quoi ?).
Et nous, avons-nous changé depuis la peinture ironique et amusante d’Érasme ?
La folie est toujours là : celle que nous ne comprenons pas, ou peu, pathologique, et celle que nous ignorons ou acceptons, notre illusion sur notre vérité d’être humain.

L’espace rencontre de Sainte-Marie avec Martine Bonnefoux, animatrice
Depuis quand existe cet espace rencontre?
M.B. : C’est un lieu qui a ouvert en 202. J’étais responsable infirmière, déjà en charge de l’organisation des ateliers de pratique artistique dans le service de pédopsychiatrie du docteur Couade, avec qui nous avions élaboré le projet, et je venais de bénéficier d’une formation de médiation culturelle. La convention « Culture à l’hôpital », initiée en 1998 par les ministères de la Santé et de la Culture, ajoutée à la volonté du directeur de l’époque, M. Noziglia, ont permis la mise en place de ce projet. Il était au départ prévu pour les adolescents hospitalisés et il s’est finalement étendu à tous les usagers de l’hôpital.
Quelles étaient vos intentions en ouvrant ce lieu?
M.B. : Principalement, d’ouvrir l’hôpital à la ville et de lutter contre la stigmatisation. C’est un lieu public. Les hospitalisés peuvent être en relation avec des personnes qui n sont ni soignants nii patients. L’espace rencontre est un vecteur de médiation et d’échange, interface entre l’intérieur et l’accompagnement des personnes hospitalisées, des familles et des personnels en les invitant à découvrir des supports culturels et artistiques. Il y avait eu autrefois une bibliothèque tenue par les religieuses, mais elle n’existait plus. Nous en avons constitué une nouvelle. Au début, notre espace fonctionnait surtout comme un café littéraire. Nous avons reçu des auteurs qui venaient y présenter leur livre et les patients pouvaient dialoguer avec eux.
Pourquoi avez-vous organisé votre espace autour de l’art ?
M.B. : La création  sous toutes ses formes, l’accès à des œuvres (peinture, sculpture, photo, spectacle vivant, concert, atelier) constitue une richesse en sollicitant la dimension émotionnelle bien présente chez les personnes souffrantes. En 2005, notre espace s’est étendu et doté d’un véritable lieu d’exposition, ouvert aux artistes. Six expositions par an sont proposées. Les usagers découvrent les œuvres, rencontrent  les artistes et peuvent eux-mêmes participer à des ateliers.
Quel bilan tirez-vous sur le fonctionnement de l’espace rencontre ?
M.B. : Je crois que tout le monde se réjouit de l’existence de cet espace. Il constitue une respiration dans l’hôpital. Pour les patients, c’est un espace extérieur aux soins. Un espace de liberté et de rencontre. C’est un lieu d’expression favorisant le lien entre les espaces dedans/dehors. Peut-être un lieu d’éducation qui peut créer un déclic pour la suite de leur vie.Les patients peuvent boire un verre, consulter Internet. Chaque fois que nous organisons des spectacles, c’est comble. C’est aussi, pour les malades, la possibilité de découvrir la peinture. Ils ne sont pas toujours aussi familiers de l’art. A la bibliothèque, longtemps, ce sont les livres de poésie qui étaient les plus empruntés. C’est peut-être un lieu d’éducation qui peut créer un déclic pour la suite de leur vie. Je suis là, aussi  disponible que possible. Je peux orienter, discuter. Les patients peuvent aussi rencontrer les artistes.

Avril 2017

 

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Histoire de l’hôpital Sainte-Marie du Puy-en-Velay

Patrimoine Auvergnat: Hopital Ste Marie au Puy en Velay
Issu d’un ménage de pauvres agriculteurs du Vivarais, Joseph Chiron naquit en 1797 à Bourg-Saint-Andéol, en pleine période révolutionnaire, et fut baptisé par un prêtre insermenté landestin; prêtre lui-même en 1823, il choisit la plus pauvre des trois paroisses qui lui furent proposées, Saint-Martin-l’Inférieur en Ardèche. A peine installé, il rassembla neuf jeunes filles de sa paroisse, issues de familles démunies, dont Adélaïde Bernard (plus tard la mère Agnès, première supérieure) pour une vie de jeûne et de silence, bientôt suivies par douze autres, puis une quarantaine. Un petit local acheté à crédit permit la fondation d’une congrégation dès 1825. Cette petite communauté exaltée mourait littéralement de faim.
Le père Chiron croisa la route des Pères de la communauté de Saint-Jean de Dieu, installés par le Père Paul de Magallon à SaintAlban-sur-Limagnole en Lozère et voués au service des aliénés. les Pères venaient quêter pour une nouvelle installation à Lyon : les filles y trouvèrent un emploi. Désormais, elles se donnèrent pour règle, en servant « les malades les plus déshérités de ce monde », de « recueillir les gouttes du Sang précieux que J.C. répandit au Calvaire et, par leurs travaux, de l’appliquer au salut des âmes ».
En janvier 1827, le département de l’Ardèche confia en plus au Père Chiron l’aumônerie de la prison de privas. Il installa les sœurs à l’infirmerie, puis mit à part les aliénés, et, dans un local séparé, les femmes aliénées du département. Les sœurs assuraient les soins et quêtaient des ressources.
En 1836, l’abbé de Saint-Pierre-des- Minimes à Clermont-Ferrand les fit créer l’hôpital Sainte-Marie de l’Assomption dans cette vile. Le 18 juin 1838, le Père Chiron obtint de la hiérarchie d’Église une reconnaissance officielle avec l’autorisation de suivre les règles des religieuses réformées de la Miséricorde de Jésus de l’ordre de saint Augustin.
En 1842, on fonda à la Celette, dans la Creuse, un asile pour les aliénés hommes avec des infirmiers qui devinrent frères de Sainte-Marie de l’Assomption.
A ce moment, cette « Œuvre de Sainte-Marie » regroupait des hommes, autour du Père Aymard Bal dit frère Jean-Marie, surtout pour la direction des âmes, tandis que les femmes, regroupées en une société civile tontinière, assuraient le matériel; aux trois établissements de Privas, Clermont et la Creuse (la Celette) s’ajouta en juin 1852 la fondation du Puy par deux religieuses de Clermont, avec 228 francs et pas de quoi payer la caution pour l’autorisation d’ouverture.
Car il n’existait alors en Haute-Loire que des loges dans les hospices et, pour les dangereux, la prison mais une loi du 30 juin 1838 imposait un asile par département; la préfecture de la Haute-Loire intervint dans la fondation pour 80 pensionnaires, et une commission de surveillance rassembla sous l’autorité du préfet différents patronages.
Dès 1852, le Père Bal traita avec la Loire pour recevoir les femmes de ce département; en 1910, Montredon, le site du Puy, prit à nouveau en charge les femmes du sud du département de la Loire, par convention; il fallut attendre 1971 pour que la Loire crée son propre asile En attendant, dès 1853 en Haute-Loire, on fit revenir les femmes originaires du département placées à Saint-Alban en Lozère, et les hommes, d’Aurillac dans le Cantal.
En 1872, on était en mesure de séparer les agités, les tranquilles et les pensionnaires.
Une chapelle néogothique vint marquer le centre de la façade, surplombant l’entrée : elle était achevée en 1897, on la décora de vitraux d’Adrien Baratte, vitrailler à, Clermont-Ferrand; la clôture entre hommes et femmes y était observée grâce à une haute cloison.
En 1899, l’architecte Achille Proy construisit le pavillon Sainte-Philomène. En 1934, vint s’adjoindre un pavillon Sainte-Claire (à présent Sainte-Anne), en 1935, Sainte-Bernadette. Peu à peu, on parvint à écarter les locaux agricoles. Cependant, l’espace habitable, les commodités, les installations sanitaires furent toujours insuffisantes, car en un siècle l’effectif s’était multiplié par quinze.
Un règlement intérieur de 1866 prévoyait une coupe de cheveux par mois, un bain ou une douche par semaine, des repas copieux, adaptés aux classes de pensionnaires. La charité interférait assez souvent avec les règles financières, à cause du secours aux missions d’Afrique et autres œuvres étrangères à la vocation stricto sensu de l’établissement.
Principe des soins : « traitement moral » poursuivi par le médecin sur le long terme; travail systématique (avec constitution d’un pécule); exercices religieux, clé du système thérapeutique, source de « merveilleux progrès », même si les aliénés n’étaient admis aux offices qu’avec autorisation du médecin-chef; soins aux malades prévalant sur les devoirs religieux des sœurs; isolement de l’extérieur, à grand renfort de grilles et de barreaux, limitation des visites et des parloirs, stricte séparation des sexes; silence imposé, coercition et discipline.
La Première Guerre mondiale vit installer à Montredon un hôpital militaire de 110 lits pour les blessés de guerre et prisonniers allemands.
L’œuvre de Sainte-Marie avait ouvert une nouvelle maison à Nice en 1862, et encore une à Rodez en 1931. En 1927-1927, les hommes s’étaient regroupés à la Celette en congrégation séparée de Saint-Jean de Dieu.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, Montredon était dirigé par la sœur Marie-Pia, dans le siècle Marie-Agnès Fabrègue, le bâtonnier Malzieu à la Commission de surveillance, les docteurs Abrial et de Mourgues. Inspirée, la sœur avait rempli les stocks pour 5 ans en achetant tout un bateau de riz, alors que partout ailleurs, l’oubli du ravitaillement des aliénés les faisait mourir d’inanition. Sa prévoyance lui permit de nourrir un  effectif passé de 1 500 à 2 000 détenus avec les aliénés réfugiés, surtout  de Rouffach et de Châlons-sur-Marne, plus des clandestins, réfractaires, Juifs, résistants.
Les mérites de la sœur Marie-Pia furent officiellement célébrés après-guerre. Mais, dès 1946, Montredon changea d’ère sous l’influence de plusieurs facteurs et la pression de l’administration. Le prix de journée sans doute le pus bas de France, décupla entre 1945 et 1950, mais l’État « providence » qui se mettait en place le prit en charge.
L’asile se médicalisa, en même temps que la psychiatrie se séparait de la neurologie.
Les deux médecins d’avant-guerre passèrent à quatre, avec l’équipe du professeur Valdenaire; on remplaça la sœur apothicaire par un pharmacien diplômé, on introduisit des internes, des paramédicaux laïcs; ceux-ci prirent la place de 110 religieuses, qui n’avaient plus de vocations nouvelles; ce personnel se forma, se syndicalisa.
Les traitements furent bouleversés, on proposa des services en milieu ouvert, des activités, des clubs, du sport. Les sœurs qui gardaient l’administration eurent peine à suivre ces mutations. Les élections au Comité d’entreprise en 1859 marquèrent un tournant symbolique.
En 1965, la chapelle fut rénovée avec le concours du jeune sculpteur Philippe Kaeppelin et la cloison inter-sexes abattue.
En 1974, l’ancienne tontine devint l’Association hospitalière Sainte-Marie.
Depuis, les changements ont continué de plus belle, avec destructions et constructions de bâtiments, reconfigurations internes.

Sainte-Marie en chiffres
Le vocable Sainte-Marie dénomme l’hôpital du Puy-en-Velay, mais aussi ceux de Clermont-Ferrand, Privas, Rodez et Nice. Ces cinq établissements constituent l’AHSM, l’Association Hospitalière Sainte-Marie, issue de la Congrégation des Sœurs de l’Assomption créée en 1824 par le Père Joseph Chiron, suivant sa vocation : se consacrer au soin des malades mentaux.
Le 13 septembre 1852, le Préfet de Haute-Loire autorise, sur la propriété de Montredon, l’ouverture d’un établissement privé destiné au traitement des aliénés. En 1970, l’établissement connaît sa population maximum : on y accueille 1 500 malades, dont 500 originaires du département de la Loire. La sectorisation, fera diminuer ces chiffres.
Aujourd’hui, l’AHSM est une association qui participe au service public hospitalier, avec ses cinq établissements qu’elle ouvre en direction des personnes âgées, des adultes handicapés, des enfants et des personnes dépendantes. Elle dirige un personnel d’environ 5 000 salariés, dont 200 médecins généralistes ou spécialistes. L’association est gérée par un conseil d’administration dont le siège est situé à Chamalières (Puy-de-Dôme).
Au Puy-en-Velay, le CHR est structuré autour de trois pôles : pédopsychiatrie, psychiatrie des adultes, psychiatrie des personnes âgées. Il comporte 247 lits et 183 pmlaces , dont 40 lits EHPAD et 40 lits USLD (Unité de soins longue durée) de la maison Sainte-Anne. A Cayres, la villa Marie offre 61 places . A Saint-Paulien, le Mas Vellavia offre aussi 61 places. A Rosières, l’ESAT en comporte 60. Mais il ne faut pas oublier les 5 hôpitaux de jour du Puy : trois intra-muros (Saint-Dominique, Gendriac et le pavillon d’ergothérapie) et deux extra-muros (les Carmes et l’Étrier).
A cela s’ajoutent les trois Centres d’accueil thérapeutique à temps partiel qui se situent au Puy, à Craponne et à Langeac, ainsi que les Centres médico-psychologiques qui se trouvent au Puy, à Brioude et à Monistrol-sur-Loire.
En 2007, s’ouvre une Maison des adolescents pour l’accueil, l’écoute anonyme et l’information pour une population âgée de 12 à 20 ans.
Il faut compter également une équipe mobile de psychiatrie-précarité.
Au total, le personnel de Sainte-Marie en Haute-Loire représente 1 067 salariés, toutes structures confondues.
Mais au réel, l’établissement représente une « file active’ » de 6 721, dont 1 378 hospitalisations, chiffres de 2013 : cette file active désigne le nombre de personnes vues pour tous les actes de soins et de suivi, hospitalisées ou non.
Ce n’est pas rien…
Le budget annuel est d’environ 500 000 000 €

Le centre de documentation de Sainte-Marie : entretien avec Marie-Agnès Potton, documentaliste
A Sainte-Marie, on prend l’escalier monumental,on entre dans une sorte de salon qui sert de vestibule, on passe devant la loge, on laisse, à droite, l’espace-rencontre et l’on cherche l’escalier vers l’étage supérieur où l’on trouve un long couloir très propre, très froid. Si on le suivait à gauche, on trouverait le bureau du juge des libertés, la place que l’on réserve au droit, et puis on risquerait de se perdre dans un dédale de cours, de passages étroits, de lieux de séjour pour les hospitalisés.
Mais on prend la couloir à droite, on passe devant la vaste chapelle, presque toujours vide, puis devant le bureau de l’aumônier. Quelques pas encore et l’on tombe sur la porte du service de documentation. Nous sommes allés voir là-bas Marie-Agnès Potton, au milieu de nombreux livres et revues, et lui avons posé quelques questions:
- Pourquoi ce centre documentaire à l’H.P. ?
M.A. Potton  : Dans cet hôpital de province, éloigné des centres universitaires, il était nécessaire, pour des médecins, d’avoir une bibliothèque professionnelle, avec les grandes revues de psychiatrie et les livres de référence.
Ce lieu s’est d’abord appelé « bibliothèque médicale ». Lorsque je suis arrivée en 1979, j’ai pensé qu’on pourrait l’ouvrir aux autres professionnels de l’hôpital, puis à des personnes travaillant dans des institutions connexes : psychologues ou autres travailleurs du secteur sanitaire et social. Le lieu a été rebaptisé alors en « centre de documentation ». J’ai inauguré la politique un peu systématique d’achat d’ouvrages.
- Depuis quand existe ce centre documentaire ?
M.A. Potton : C’est au début des années 70 qu’est embauchée une personne dont l’emploi est de s’occuper de ce lieu. Mais celui-ci existait avant et nos plus vieux abonnements remontent à 1840 !
- Ce lieu est-il ouvert aux hospitalisés ?
M.A. Potton : Non, il n’y a pas ici de personnel soignant permettant d’accueillir ce public. Les ouvrages de nos rayons sont des ouvrages professionnels.
Un coup d’œil sur les rayons pour constater que le centre est bien pourvu : psychiatrie, psychanalyse, psychologie, sociologie, philosophie. Il y aurait bien là de quoi contribuer à la constitution d’un réseau numérisé des bibliothèques du Puy, avec celle de la mairie et de l’Évêché.

Mars 2017

 

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Alice en mars 2017

« Pour une giboulée, c’en est une grosse… mais les jonquilles perçaient quand même la neige… c’était joli » écrit Alice qui  a 29 ans déjà !

J’errais solitaire nuage,
Qui vogue haut sur monts et vaux,
Quand d’un coup je vis une foule,
Un essaim de jonquilles d’or ;
Le long du lac et sous les arbres,
Voletant, dansant dans la brise.

Constantes comme les étoiles
Qui sur la Voie Lactée scintillent,
En ligne elles s’étendaient sans fin
Le long du rebord de la baie :
J’en vis dix-mille en un coup d’œil,
Qui dansaient agitant la tête.

Près d’elles les vagues dansaient,
Mais brillaient moins qu’elles n’étaient gaies ;
Ravi ne peut qu’être un poète
En si riante compagnie :
Je scrutai, scrutai, sans savoir
Quel trésor leur vue me confiait :

Car souvent lorsque je m’allonge
Que je sois rêveur ou pensif,
Elles brillent pour l’œil intérieur,
Félicité des solitaires,
Et de plaisir mon cœur s’emplit
Et danse parmi les jonquilles.

 

http://www.humanite-biodiversite.fr/system/attachments/8641/original/jonquille_mars_2015.jpeg?1427040314

Mars 2017

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Jeanne

Jeanne Rousset née Archer, ma mère, je l’ai retrouvée égarée en ce début du mois de mars 2017 au centre hospitalier d’Alès. Elle va fêter ses 91 ans le 30 mars prochain, presque un siècle.
Née à Saint-Préjet-d’Allier en 1926, elle a passé son enfance à Pont d’Alleyras.
J’ai trouvé chez elle un texte qu’elle avait soigneusement recopié, et qui avait dû lui plaire :

« Le tablier de grand-mère

Te souviens-tu du tablier de ta grand-mère ?
Le principal usage du tablier était de protéger la robe qui était en dessous, mais en plus de cela, il servait de gant pour retirer une casserole brulante du fourneau.
Il était merveilleux pour essuyer les larmes des enfants et, à certaines occasions, pour nettoyer les frimousses salies.
Depuis le poulailler, il servait à transporter les œufs, les poussins à ranimer et parfois les œufs fêlés qui finissaient dans le fourneau.
Quand les visiteurs arrivaient, il servait d’abri aux enfants timides. Et quand le temps était frais, grand-mère s’en emmitouflait les bras.
Ce bon vieux tablier faisait office de soufflet, agité au-dessus du feu de bois. C’est lui qui ramenait les pommes de terre et le bois sec dans la cuisine.
Depuis le potager, il servait de panier pour de nombreux légumes. Après la récolte des haricots  venait le tour des choux et de bien d’autres encore.
En fin de la saison, il était utilisé pour ramasser les pomme tombées de l’arbre. Quand les amis arrivaient de façon impromptue, c’était surprenant de voir avec quelle rapidité ce vieux tablier pouvait faire la poussière.
A l’heure de servir le repas, grand-mère allait sur le perron agiter son tablier, les hommes aux champs savaient qu’il était temps de passer à table.
Grand-mère l’utilisait aussi pour poser la tarte aux pommes à peine sortie du four sur le rebord de la fenêtre pour qu’elle refroidisse. De nos jours, sa petite-fille la pose dans le micro-onde pour la décongeler.
Il faudra de bien longues années avant que quelqu’un invente quelque objet qui puisse remplacer ce bon vieux tablier qui servait à tant de choses. »

Été 2005 : Jeanne et sa sœur Simone dans le pré du « Pasturaou » à Pont d’Alleyras :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mars 2017

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Les petits riens (1)

Les Petits Riens

L’expression « Petits Riens » me vient du temps où j’habitais la Belgique, il y a bien longtemps. Je n’avais même pas  vingt ans à mon arrivée.
Ces Petits Riens -Spullenhulp en flamand-  désignent une association belge sans but lucratif, créée en 1937 et dont l’objet est la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Ses acteurs ont mis en place en Belgique des activités de collecte, de tri et de vente d’objets divers de seconde main. Ces activités permettent, d’une part de proposer un travail à de nombreuses personnes éloignées du marché de l’emploi et, d’autre part, de financer des actions sociales de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. C’est en somme le pendant de notre Emmaüs national.
Ma dernière visite date de 2012, aux Petits Riens de Wavre, à une vingtaine de kilomètres de Bruxelles. Il s’agit d’un  un vaste bric-à-brac où l’on peut trouver de tout… et de rien. On en sort toujours content de sa trouvaille imprévue et souvent insolite. A conseiller !

LES OBJETS INSIGNIFIANTS :
Ordinaires et anodins sans doute, effacés souvent, mais inintéressants certes pas pour celle ou celui qui se penche sur ces objets auxquels nous ne prêtons pas habituellement de l’attention.

Le paillasson :
Il m’accueille devant la porte de notre maison, permanent, fidèle et silencieux. Il s’étale devant l’entrée, abrité d’une éventuelle pluie par l’auvent de la toiture.
Il me rassure de sa présence immuable et tutélaire sur le seuil dont il épouse parfaitement la forme.
Il est épais, un peu lourd mais souple lorsque je le soulève pour dévoiler la clé qui échappe au regard d’un visiteur étranger ou d’un quidam imprévu ou inopiné ou lorsque je veux l’épousseter sans ménagement et en le frappant violemment contre une surface dure.
Il porte en lettres capitales noires l’inscription « WELCOME», cédant ainsi à l’anglicisation du français qui a mal à sa langue. J’aurais préféré, et de loin, benvenida ou plus simplement bienvenue.
Malgré ce mot, le quidam n’arrive pas toujours à point et ne déclenche pas la satisfaction automatique du propriétaire de ce tapis de coco ; il peut s’avérer au contraire malvenu. « INNAPROPRIATE», inscrirait-on dans ce cas. Je pense avant tout aux huissiers, représentants ou autres indésirables parce qu’inopportuns.
Composé de fibres de coco, de couleur brun clair, ce petit tapis à la douce rugosité nous invite à débarrasser les semelles de nos chaussures de leurs salissures, évitant par là même de nous déchausser pour ne pas souiller l’intérieur de la demeure.
Et pourtant, jamais une velléité de plainte malgré ce piétinement récurrent mais une soumission, une modestie et un dévouement permanents.
Personne n’y prête attention ni ne remarque consciemment ce service pratique et gratuit qu’offre le paillasson.
Laissé au froid et à l’humidité, il assure sa fonction de nettoyage contre vents et marée à qui s’y frotte les pieds.
Un paillasson de pommes de terre désigne dans ce contexte une galette de ces légumes féculents râpés, accompagnés d’œufs et d’oignons puis frits à la poêle.
Merci, chers paillassons !

Les objets que j’ai trouvés:
Il y a plus une dizaine d’années, les déchetteries n’existaient pas dans les campagnes de la Haute-Loire. Les gens abandonnaient leurs encombrants ça et là dans la nature, à l’abri des regards pour accomplir leur petit forfait et ne pas en être dénoncés.
J’ai connu ce qu’on appelait  « remblais » où les villageois jetaient pêle-mêle boîtes de conserve, bouteilles en plastique, médicaments, ferrailles, petits encombrants…
A Pont d’Alleyras, ces déchets étaient le plus souvent abandonnés sur les pentes de l’Allier ou des ruisseaux. Les enfants que nous étions allaient y fureter, armés d’un bâton pour fouiller ces décharges qui n’étaient pas vraiment sauvages mais seulement nécessaires, à l’heure où le ramassage des poubelles n’existait pas.
Les habitants de la commune d’Alleyras portaient leurs encombrants, rares en ces temps d’absence de gaspillage où tout se donnait ou se recyclait : boîtes de conserve pour protéger des intempéries le sommet des piquets de bois, morceaux de brisures de tuile, d’assiettes ou de plats servant à empierrer les chemins, pots de verres resservant de pots de confiture, bouteilles déconsignées…
Bien plus tard, lorsque es gens de mon village souhaitaient se débarrasser d’un vieux fourneau, d’une machine à laver, une cuisinière ou autre encombrant hors service, ils amenaient l’objet dans un lieu désigné par la municipalité.
Là, ils le déposaient sur une pente (encore !), au-dessus d’un monticule d’autres objets abandonnés dans cet endroit. C’était le conseil municipal qui avait choisi ce lieu de dépôts.
Je me souviens très bien de ce monticule où Serge et moi aimions aller fureter à la découverte de trouvailles insolites et parfois surprenantes. Il y avait beaucoup de matelas, des fours, machines à laver, casseroles et gamelles rouillées.
J’ai ainsi ramené à la maison un grand et vieux panier à salade à anse que j’ai suspendu au-dessus de la paillasse de la baignoire et qui contient une brosse à dos, une lanière de crin, des loofas, des gants grattants … Fait entièrement de fils de fer, ce panier a belle allure. Et il est utile !
J’ai ramené un autre jour une grande cocotte minute Seb dix litres dont je me sers toujours lorsque je cuisine une grosse quantité de légumes. Idéale pour faire blanchir les haricots avant stérilisation. Où pour préparer une soupe de légumes.
J’ai découvert là encore un pot émaillé trapu, court et large muni d’une anse. L’émail avait sauté à un ou deux endroits. Ce pot, je l’utilise journellement quand je séjourne au moulin. On y dépose nos déchets verts pour les apporter ensuite aux vers de terre que nous élevons et soignons. Ma fille y mettait les déchets de cuisine qu’elle apportait ensuite à ses poules.
Ces objets inanimés portent une âme, rescapés qu’ils sont de leur long usage pour être ensuite jetés dans l’amoncellement hétéroclite de ces rebuts sur le gros tas que la commune tentait de cacher au regard mais que des villageois informés allaient visiter pour trouver quelque trésor dans ce monticule d’Ali Baba.
J’avais encore ramené un panier de pêcheur en rotin et sa sangle que je conserve au moulin en attendant une future utilisation.
J’ai encore rapporté de là une quantité de pots de fleurs de toutes tailles, des jardinières et leurs soucoupes qui font mon bonheur et des économies à ma bourse.
Maintenant, la municipalité met à disposition en été une grande benne pour déposer les encombrants. Elle prévient à l’avance les habitants en distribuant des affiches des lieux et dates de ces mises à disposition. Je continue à y faire des découvertes insolites.
Décidément, malgré les dénégations, notre monde est bien riche !

Mars 2017

 

 

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Pêche dans les gorges de l’Allier en kayak

La fédération de pêche de la Haute-Loire présente un « stage trappeur » de pêche sur l’Allier : informations pour les amateurs de pêche mais aussi découvrir ou revoir des paysages de rivière rencontrés… Bonne promenade nautique !
https://www.youtube.com/watch?v=cX-sY7bmikU

Mars 2017

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