La face cachée du bio low-cost


France 5 montrait ce documentaire https://duckduckgo.com/?q=la+face+cach%C3%A9e+du+bio&t=ffab&iax=videos&ia=videos&iai=ViqTvoa-jDg

Juin 2018

 

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La pluie


12 juin 2018 : il pleut depuis si longtemps, un mois au moins, que l’humidité m’englue, me colle au dos et aux reins. Durant les accalmies, il faut jardiner le plus possible si on veut récolter. Beaucoup de graines ont disparu, vraisemblablement pourries dans la terre…
Le sol est gorgé, il s’enfonce sous la botte, il tasse, l’empreinte reste, petite flaque de boue. C’est la gadoue, la gadoue, la gadoue… Limaces et escargots se goinfrent : salades dont ils découpent les feuilles tendres, me laissant les nervures plus dures, les fraises qu’ils trouent… Les salauds !
A quand le mildiou ?
Trop, c’est trop !
Petit billet d’humour du jour.

Francis Ponge a écrit « La pluie » :

La pluie, dans la cour où je la regarde tomber, descend à des allures très diverses. Au centre c’est un fin rideau (ou réseau) discontinu, une chute implacable mais relativement lente de gouttes probablement assez légères, une précipitation sempiternelle sans vigueur, une fraction intense du météore pur. A peu de distance des murs de droite et de gauche tombent avec plus de bruit des gouttes plus lourdes, individuées. Ici elles semblent de la grosseur d’un grain de blé, là d’un pois, ailleurs presque d’une bille. Sur des tringles, sur les accoudoirs de la fenêtre la pluie court horizontalement tandis que sur la face inférieure des mêmes obstacles elle se suspend en berlingots convexes. Selon la surface entière d’un petit toit de zinc que le regard surplombe elle ruisselle en nappe très mince, moirée à cause de courants très variés par les imperceptibles ondulations et bosses de la couverture. De la gouttière attenante où elle coule avec la contention d’un ruisseau creux sans grande pente, elle choit tout à coup en un filet parfaitement vertical, assez grossièrement tressé, jusqu’au sol où elle se brise et rejaillit en aiguillettes brillantes.

Chacune de ses formes a une allure particulière : il y répond un bruit particulier. Le tout vit avec intensité comme un mécanisme compliqué, aussi précis que hasardeux, comme une horlogerie dont le ressort est la pesanteur d’une masse donnée de vapeur en précipitation.

La sonnerie au sol des filets verticaux, le glou-glou des gouttières, les minuscules coups de gong se multiplient et résonnent à la fois en un concert sans monotonie, non sans délicatesse.

Lorsque le ressort s’est détendu, certains rouages quelque temps continuent à fonctionner, de plus en plus ralentis, puis toute la machinerie s’arrête. Alors si le soleil reparaît tout s’efface bientôt, le brillant appareil s’évapore : il a plu.

juin 2018

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Julos Beaucarne


J’habitais autrefois en Belgique. J’avais vingt ans. J’y suis restée plusieurs années. Mon mari de l’époque voulant revenir en France, je l’ai suivi mais ce départ fut pour moi un véritable déchirement. J’ai tellement été mélancolique de ce pays et j’ai tant aimé ce séjour belge et l’ambiance rencontrée que je m’étais dit que plus jamais je ne pourrai éprouver autant de nostalgie que celle que j’avais ressentie en le quittant.
https://www.youtube.com/watch?v=ppK3tcAMxs0
J’ai vécu dans plusieurs quartiers de Bruxelles : Auderghem , Ixelles, Uccle. Puis je suis partie à 38 kilomètres pour Ottignies, ville située en région wallonne dans la province du Brabant wallon. J’y fus heureuse.
J’habitais une maison rue Basse qui fut expropriée pour la construction de la ville universitaire de Louvain-la-Neuve.
https://www.youtube.com/watch?v=ppK3tcAMxs0&list=PLEaukB6oZ2a88PaUS9tpu4uz0mStAOhww
C’est quand j’habitais là que j’ai connu le chanteur belge Julos Baucarne. J’écoutais en boucle ses albums.
https://www.youtube.com/watch?v=rgooSaGW0-U

 

Mai 2018

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Lettre de mon cher jardinier

Non seulement il est un jardinier botaniste et un puits de science sur ce qui concerne le jardin, il écrit en plus divinement bien. Quelle chance j’ai eu de l’avoir rencontré ! Ecoutons-le.

« Je profite que les petits enfants soient couchés (Valentin et Violette)
pour mettre à exécution mon projet de vous écrire qui remonte à pas mal de temps déjà, mais les péripéties de toutes sortes se ont multipliées au point
de me rendre mou, apathique et, il faut bien l’avouer, quelque peu
dépressif. Peut-être aussi un besoin de décompresser. Quand on a envie
de tout faire, et qu’on ne lâche pas un peu de lest, certains mécanismes
internes se chargent de vous rappeler à l’ordre.
Un ménisque m’a donc bien ralenti, jusqu’à il y a un mois environ;  j’avais continué à le solliciter à coups d’arrosoirs et de pioche sans compter les murs de pierres sèches….. Il n’a pas aimé… je l’ai trouvé chagrin… le
désamour s’est installé…. jusqu’à la réconciliation chez le kiné.
Le jardin n’a guère souffert, moi si ! Les gunnéras* sont bien installées,
curcuma, gingembre (non psychanalysés) et patchouli s’épanouissent avec la douceur et quelques arrosages naturels, dont mon ménisque se réjouit. J’aurais une bouture de patchouli pour vous…. ça fait un peu
baba recuit ces parfums de jeunesse éventée, mais tout de même c’est agréable et se bouture abondamment.
Je vais vous écrire un peu longuement et prévois de vous envoyer de nombreuses pièces jointes, je m’interromps ce soir et reprendrai quand les enfants me le permettront.

Un moment de répit, je continue. Les petits enfants ont vaillamment
supporté une année difficile, la maman terminant sa mission dans le
grand sud marocain, le papa travaillant à Perpignan, les séparations,
l’éloignement, les imprévus, les voyages entre Catalogne, Maroc,
Bretagne, Velay, la neige à Noël, puis la baignade à Collioure, le vent
et le surf à Dakhla au pays du roi de la tomate qui est aussi le roi du
Maroc !
Je me suis remis à la sculpture, à la mosaïque, et autres velléités
artistiques, sans terminer grand chose, mais ça fait quand même du bien.
Je compte bien arriver à terminer ce que j’ai entrepris, mais comme je
suis parti dans tout les sens, ça va me demander du temps.
Bien entendu, bien obligé de restreindre un peu mon train de vie,
j’avais la folie des grandeurs, j’ai compris avec ma retraite de
jardinier en chef que je devrais me priver dorénavant de boutons de
manchettes!
A propos de jardins, je suis allé, huit jours de vacances improvisés en
Creuse, une nouvelle fois au pays de Gilles Clément**, à Crozant en
visiter quelques uns… le pays de cocagne des jardins, l’immersion
délicieuse dans des havres artistiques et délicats, sans recherche de
grands effets, malgré un énorme travail presque invisible, tant au frôle
la perfection….. le naturel, le travail disparaît, on respire par tous
les sens sans plus aucun souci. Et on découvre énormément!

Des nouvelles de mon neveu qui m’attristent beaucoup. Certains sont nés
sous une étoile maléfique…. Opéré en décembre d’un cancer du rein très
avancé, des métastases se sont déclarées sur les os, je passe les
détails…. C’est dur et difficile, douloureux pour lui. Il est
maintenant soigné par immunothérapie et habite chez ces parents car il
était à Alès dans un appartement insalubre loué par « marchand de
sommeil ». Situation douloureuse et rendue encore plus douloureuse par
une vielle histoire d’héritage pénible où mon frère révèle une fois de
plus en ce moment délicat une âme de rapiat tyrannique qui me démonte
littéralement. Cette mentalité est affreuse et bien loin de tout ce que
j’apprécie dans la vie. J’avoue que cela m’abat…. je pensais qu’avec le
temps et la sérénité de l’âge… Mais non…. mon grand frère me jalouse
toujours comme quand je suis venu au monde… avec six ans de retard
…. je n’avais pourtant rien demandé ! Et j’ai persévéré. Méchant et stupide!

Parlons de votre livre, bien plus intéressant….. Un bel objectif
atteint, et pour moi une lecture émouvante en perspective. Bien sûr
j’irai le chercher, merci de me le garder bien au chaud,et bien
entendu, je vous réclamerai une dédicace. J’attends juste un peu que
mes petits enfants soient repartis et je viendrai vous voir, nous
pourrons discuter un peu, la dernière fois, c’était n peu court avec
cette distribution de tomates.

Et comment va votre  santé?
J’ai aussi visité Nohant, le domaine de Georges Sand et son parc, dans
le Berry tout proche, une sorte de pèlerinage… il faut l’avoir
vu…avoir reniflé cette ambiance où tant de choses ont mûri…. Le
beau parc, un peu restauré par Gilles Clément possède de très beaux
arbres, un gingko et un sophora du Japon magnifiques…. et partout de petits commentaires et citations de notre amie Georges: je les ai photographiés pour vous, les voici toutes, je pense qu’elles vous parleront…. elles m’ont fait penser à vous…. Sans rire, Viviane, vous
avez quelque chose de George Sand.
Je vous embrasse,

Serge »

PS: je commence par une photo de « Victorine »

 

 

 

 

*gunnera : le gunnera que l’on appelle aussi gunnère ou rhubarbe géante est une plante au feuillage intéressant, presque incontournable en bord d’eau.
**Gilles Clément : depuis plus de quarante ans, Gilles Clément pense le paysage. Il aime avoir les mains dans la terre et travailler avec le vivant. Dans la Creuse, où il vit, à Versailles, où il enseigne, et partout ailleurs, puisque la planète est un jardin. Il porte la vision d’un monde où l’homme vivrait avec la nature et non pas contre.

Septembre 2017

 

 

 

 

 

Septembre 2017

« Rendez-vous au jardin » se place , pour cette saison 217, sous la jolie thématique du partage. Si quelqu’un partagea son jardin de mille manières, c’est bien George Sand ! Ses écrits sont nombreux à en faire l’écho. Certains d’entre eux, choisis parmi les plus évocateurs, sont parsemés à travers le jardin : leur lecture accompagnera votre promenade

Ce parc, dont l’architecture reste inchangée, George Sand hérita de sa grand-mère maternelle auprès de laquelle elle a grandi.

Elle y vécut des moments inoubliables durant son enfance, consignés dans Histoire de ma vie, magnifique récit autobiographique.

Ces moments ont marqué son histoire à jamais car elle les partagea un court laps de temps son père, disparu brutalement, bien trop tôt. C’est aussi avec sa mère que la petite Aurore vécut ces instants ; une maman magicienne qui, au sein de ce jardin, à défaut de ne pas avoir été assez présente auprès de sa fille, nourrit sans le savoir son imaginaire.

Quelle aubaine pour une future grande romancière !

Le petit bois et le potager furent le théâtre de toutes les bêtises possibles fomentées avec Hippolyte, demi-frère polisson, et Ursule, fillette d’origine modeste dont George Sand conserva précieusement l’amitié toute sa vie.

Les allées et les prairies du jardin ont retenti de leurs rires et furent de formidables terrains de jeux, jeux auxquels nos enfants ne jouent plus.

Amoureuse des plantes, savante en la matière, George Sand fut particulièrement soucieuse d’inscrire son jardin d’agrément dans la modernité d’un siècle qui fit la part belle à l’horticulture. Cette passion pour les belles fleurs, les plus rares ou les plus exotiques, les plus modestes aussi parfois fut partagée avec des amis amateurs : échanges de graines, de plants, d’ouvrages ou de conseils se firent au gré des liens affectifs noués une vie durant.

Le parc de Nohant s’enrichit ainsi des plantes aimées par les autres et participa à l’embellissement de bien des jardins.

Cet amour des fleurs fut aussi l’un des rares traits d’union qui lia George Sand à sa fille Solange.

George Sand était férue de sciences naturelles, initiée par l’amie Néraud.

Toute sa vie elle botanisa avec passion, tant l’étude scientifique du végétal lui procurait de réjouissances intellectuelles et alimentait ses questionnements sur le sens de la vie.

George Sand transmit très tôt ce virus à son fils Maurice, entomologiste chevronné, puis à Alexandre Manceau, l’homme qui, à partir de 1850, partagea sa vie durant 15 ans à Nohant et ailleurs.

Le jardin fut pour eux un terrain privilégié d’observations et d’interrogations naturalistes, un lieu d’émulations intellectuelles qu’on devine enflammées !

Partager cet espace c’était aussi simplement y passer du temps avec ceux que George Sand aimait, ceux qu’elle avait choisis. Avec Nini, petite-fille adorée, partie si tôt, pour laquelle elle s’éreinta à aménager un jardin merveilleux que l’on devine encore dans le petit bois. Avec François Rollinat, l’ami parfait, le confident idéal ; arpentant ensemble les allées du jardin durant des heures, ils se confièrent leurs états d’âme sous l’ombrage des arbres qui n’ont pas d’oreilles et qui savent garantir les secrets…

Enfin, sur ses dernières années, George Sand partagea ce jardin avec ses petites-filles, Lolo et Titite, s’émerveillant chaque jour de les voir y pousser et y fleurir, comme elle l’écrit elle-même si joliment…

De l’enfance à la vieillesse, George Sand a partagé ce jardin avec tous ceux qui étaient chers, mais n’est-ce pas la raison d’être des jardins ?…

 

George Sand à Charles Veyret*, à Nohant le 26 mai 1846.

 

Correspondance de George Sand par G ; Lubin, lettre n° 3415.

 

« Vous m’avez promis des greffes de roses.

J’en ai déjà pas mal de très belles, mais vous devez avoir mieux.

Ce que j’ai de plus beau, c’est une rose, rose vif, énorme, vigoureuse, en feuillage, qu’on appelle je ne sais comment ; une rouge sur laquelle j’ai compté 310 pétales l’année dernière ; une thé safranée ; une autre thé blanche à cœur vert jaunâtre ; et enfin une thé couleur de chair rosée.

Si vous avez autre chose, faites m’en part.

Je profite que les petits enfant soient couchés( Valentin et Violette)

pour a exécution mon projet de vous écrire qui remonte a pas mal de temps
déjà, mais les péripéties de toutes sortes se ont multipliées au point
de me rendre mou, apathique et , il faut bien l’avouer, quelque peu
dépressif. Peut-être aussi un besoin de décompresser. Quand on a envie
de tout faire, et qu’on ne lâche pas un peu de lest, certains mécanismes
internes se chargent de vous rappeler a l’ordre. Un ménisque m’a donc
bien ralenti, jusqu’à il y a un mois environ; j’avais continuer a le
solliciter a coup d’arrosoirs et de pioche sans compter les murs de
pierres sèches…..Il n’a pas aimé…je l’ai trouvé chagrin…le
désamour s’est installé….jusqu’à la réconciliation chez le kiné. Le
jardin n’a guère souffert, moi si! Les Gunéras sont bien installées,
curcuma, gingembre ( non psychanalysés) et patchoulis s’épanouissent
avec la douceur et quelques arrosages naturels, dont mon ménisque se
réjouit. J’aurais une bouture de patchoulis pour vous….ça fait un peu
baba recuit ces parfums de jeunesse éventée, mais tout de même c’est
agréable et se bouture abondamment. Je vais vous écrire un peu
longuement et prévoit de vous envoyer de nombreuses pièces jointes, je
m’interromps ce soir et reprendrais quand les enfants me le permettront.

Un moment de répit, je continue. Les petits enfants ont vaillamment
supporté une année difficile, la maman terminant sa mission dans le
grand sud marocain, le papa travaillant à Perpignan, les séparations,
l’éloignement, les imprévus, les voyages entre Catalogne, Maroc,
Bretagne, Velay, la neige a Noël, puis la baignade à Collioures, le vent
et le surf à Dakhla au pays du roi de la tomate qui est aussi le roi du
Maroc!

Je me suis remis a la sculpture, a la mosaïque, et autres velléités
artistiques, sans terminer grand chose, mais ça fait quand même du bien.
Je compte bien arriver a terminer ce que j’ai entrepris, mais comme je
suis parti dans tout les sens ça va me demander du temps.

Bien entendu, bien obligé de restreindre un peu mon train de vie,
j’avais la folie des grandeurs, j’ai compris avec ma retraite de
jardinier en chef que je devrais me priver dorénavant de boutons de
manchettes!

A propos de jardins, je suis aller, huit jours de vacances improvisés en
Creuse, une nouvelle fois au pays de Gilles Clément, à Crozant en
visiter quelques uns…le pays de cocagne des jardins, l’immersion
délicieuse dans des havres artistiques et délicats, sans recherche de
grands effets, malgré un énorme travail presque invisible, tant au frôle
la perfection…..le naturel, le travail disparaît, on respire par tous
les sens sans plus aucun souci. Et on découvre énormément!

Des nouvelles de mon neveu qui m’attristent beaucoup. Certains sont nés
sous une étoile maléfique….opéré en décembre d’un cancer du rein très
avancé, des métastases se sont déclarées sur les os, je passe les
détails….C’est dur et difficile, douloureux pour lui. Il est
maintenant soigné par immunothérapie et habite chez ces parents car il
était à Alès dans un appartement insalubre loué par « marchand de
sommeil ». Situation douloureuse et rendue encore plus douloureuse par
une vielle histoire d’héritage pénible où mon frère révèle une fois de
plus en ce moment délicat une âme de rapiat tyrannique qui me démonte
littéralement. Cette mentalité est affreuse et bien loin de tout ce que
j’apprécie dans la vie. J’avoue que cela m’abat….je pensais qu’avec le
temps et la sérénité de l’âge…mais non….mon grand frère me jalouse
toujours comme quand je suis venu au monde…avec six ans de retard
….je n’avais pourtant rien demandé! Et j’ai persévéré. Méchant et stupide!

Parlons de votre livre, bien plus intéressant…..Un bel objectif
atteint, et pour moi une lecture émouvante en perspective. Bien sûr
j’irais le chercher, merci de me le garder bien au chaud,et bien
entendu, je vous réclamerais une dédicace. J’attends juste un peu que
mes petits enfants soient repartis et je viendrais vous voir, nous
pourrons discuter un peu, la dernière fois, c’était n peu court avec
cette distribution de tomates.

Et comment va votre  santé?

J’ai aussi visité Nohant, le domaine de Georges Sand et son parc, dans
le Berry tout proche, une sorte de pèlerinage…il faut l’avoir
vu…avoir reniflé cette ambiance où tant de choses ont mûries….Le
beau parc, un peu restauré par Gilles Clément possède de très beaux
arbres, un Gingko et un sophora du japon magnifiques….et partout de
petits commentaires et citations de notre amie Georges: je les ai
photographiées pour vous, les voici toutes, je pense qu’elles vous
parleront….elles m’ont fait penser a vous….Sans rire, Viviane vous
avez quelque chose de Georges

Je vous embrasse, Serge
PS: je commence par une photo de « Victorine »

Je  profite que les petits enfant soient couchés( Valentin et Violette) pou mettre à

exécution mon projet de vous écrire qui remonte à pas mal de temps
déjà, mais les péripéties de toutes sortes se ont multipliées au point
de me rendre mou, apathique et ,il faut bien l’avouer, quelque peu
dépressif. Peut-être aussi un besoin de décompresser. Quand on a envie
de tout faire, et qu’on ne lâche pas un peu de lest, certains mécanismes
internes se chargent de vous rappeler à l’ordre. Un ménisque m’a donc
bien ralenti, jusqu’à il y a un mois environ; j’avais continué à le
solliciter à coup d’arrosoirs et de pioche sans compter les murs de
pierres sèches….. Il n’a pas aimé…je l’ai trouvé chagrin… le
désamour s’est installé….jusqu’à la réconciliation chez le kiné. Le
jardin n’a guère souffert, moi si! Les Gunéras sont bien installées,
curcuma, gingembre (non psychanalysés) et patchoulis s’épanouissent
avec la douceur et quelques arrosages naturels, dont mon ménisque se
réjouit. J’aurais une bouture de patchoulis pour vous….ça fait un peu
baba recuit ces parfums de jeunesse éventée, mais tout de même c’est
agréable et se bouture abondamment. Je vais vous écrire un peu
longuement et prévoit de vous envoyer de nombreuses pièces jointes, je
m’interromps ce soir et reprendrai quand les enfants me le permettront.

Un moment de répit, je continue. Les petits enfants ont vaillamment
supporté une année difficile, la maman terminant sa mission dans le
grand sud marocain, le papa travaillant à Perpignan, les séparations,
l’éloignement, les imprévus, les voyages entre Catalogne, Maroc,
Bretagne, Velay, la neige à Noël, puis la baignade à Collioure, le vent
et le surf à Dakhla au pays du roi de la tomate qui est aussi le roi du
Maroc!

Je me suis remis à la sculpture, à la mosaïque, et autres velléités
artistiques, sans terminer grand chose, mais ça fait quand même du bien.
Je compte bien arriver à terminer ce que j’ai entrepris, mais comme je
suis parti dans tout les sens, ça va me demander du temps.

Bien entendu, bien obligé de restreindre un peu mon train de vie,
j’avais la folie des grandeurs, j’ai compris avec ma retraite de
jardinier en chef que je devrais me priver dorénavant de boutons de
manchettes!

A propos de jardins, je suis allé, huit jours de vacances improvisés en
Creuse, une nouvelle fois au pays de Gilles Clément, à Crozant en
visiter quelques uns… le pays de cocagne des jardins, l’immersion
délicieuse dans des havres artistiques et délicats, sans recherche de
grands effets, malgré un énorme travail presque invisible, tant au frôle
la perfection….. le naturel, le travail disparaît, on respire par tous
les sens sans plus aucun souci. Et on découvre énormément!

Des nouvelles de mon neveu qui m’attristent beaucoup. Certains sont nés
sous une étoile maléfique…. opéré en décembre d’un cancer du rein très
avancé, des métastases se sont déclarées sur les os, je passe les
détails…. C’est dur et difficile, douloureux pour lui. Il est
maintenant soigné par immunothérapie et habite chez ces parents car il
était à Alès dans un appartement insalubre loué par « marchand de
sommeil ». Situation douloureuse et rendue encore plus douloureuse par
une vielle histoire d’héritage pénible où mon frère révèle une fois de
plus en ce moment délicat une âme de rapiat tyrannique qui me démonte
littéralement. Cette mentalité est affreuse et bien loin de tout ce que
j’apprécie dans la vie. J’avoue que cela m’abat…. je pensais qu’avec le
temps et la sérénité de l’âge… mais non…. mon grand frère me jalouse
toujours comme quand je suis venu au monde… avec six ans de retard
…. je n’avais pourtant rien demandé ! Et j’ai persévéré. Méchant et stupide!

Parlons de votre livre, bien plus intéressant….. Un bel objectif
atteint, et pour moi une lecture émouvante en perspective. Bien sûr
j’irai le chercher, merci de me le garder bien au chaud, et bien
entendu, je vous réclamerai une dédicace. J’attends juste un peu que
mes petits enfants soient repartis et je viendrai vous voir, nous
pourrons discuter un peu, la dernière fois, c’était n peu court avec
cette distribution de tomates.

Et comment va votre  santé?

J’ai aussi visité Nohant, le domaine de Georges Sand et son parc, dans
le Berry tout proche, une sorte de pèlerinage… il faut l’avoir
vu… avoir reniflé cette ambiance où tant de choses ont mûri…. Le
beau parc, un peu restauré par Gilles Clément possède de très beaux
arbres, un Gingko et un sophora du japon magnifiques…. et partout de
petits commentaires et citations de notre amie Georges: je les ai
photographiés pour vous, les voici toutes, je pense qu’elles vous
parleront…. elles m’ont fait penser à vous…. Sans rire, Viviane vous
avez quelque chose de George.

Je vous embrasse, Serge

PS: je commence par une photo de « Victorine

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Femmes grand-combiennes


Au cours de mes séjours rue des Prés à La Grand-Combe, j’ai fait la connaissance de femmes accueillantes, généreuses et attachantes qui méritent bien que je leur consacre ici un peu de ma plume.
La première a longtemps été une voisine de ma mère, elle habite un appartement de l’étage inférieur. Elle s’appelle Ginette V. et a coquettement aménagé son logis. Elle vit entourée de neuf chats qu’elle cajole, nourrit, soigne et pour lesquels elle se soucie. Ginette est une dame de 91 ans qui vit seule et n’a plus dans sa famille que sa belle-fille sur laquelle compter. Le fils de Ginette est mort à l’âge de 57 ans, son mari en 2008.
Pourtant, cette dame, qui pourrait se morfondre et se lamenter sur ses deuils, est énergique, volontaire et va de l’avant. En plus, elle est pleine d’humour. Bref, elle me stupéfie par son dynamisme et je l’admire pour sa force vitale. Et ce, malgré ses problèmes d’arthrose qui la font souffrir et l’empêchent de se mouvoir comme elle le voudrait.
Elle a une grande terrasse meublée de fauteuils douillets pour accueillir ses chats. Que ne ferait-elle pour leur confort de vie ?
Elle se fait aider et accompagner de Michèle J., retraitée autrefois aide à domicile et aujourd’hui amie indispensable, encore plus dynamique que Ginette, pétulante, qui s’investit dans une foule de domaines du social; elle est d’ailleurs élue municipale de La Grand-Combe, ce qui n’est guère étonnant vue la quantité d’actions à son actif, toujours de bonne humeur et la plaisanterie aux lèvres, une belle et bonne nature. Comme elle s’y connait bien en papiers administratifs, elle apporte une aide précieuse à Ginette.
La troisième dame de la rue des Prés dont j’ai fait la connaissance là-bas est Jeannette G., 92 ans. Au cours de mes allées-venues à La Grand-Combe, elle a été opérée : on a dû lui couper une jambe, l’artérite étant devenue malheureusement trop douloureuse et importante. Je l’ai retrouvée à la maison de retraite Léo Larguier, assise au soleil dans son fauteuil roulant.
Je pense en outre à Claude de l’appartement dessous et à quelques autres rencontres dans cette ville, que des gens sympas que je salue chaleureusement.

Mai 2018

 

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Mes vieux à moi, ça ne devrait jamais devenir vieux

Les vieux et les vieilles  dans ma famille, j’en ai connu plusieurs qui avaient atteint un âge respectable. Ceux que je vais évoquer,  dont certains très chers et qui ont infiniment compté pour moi et qui, même absents, tiennent toujours une place essentielle dans mes souvenirs, sont successivement décédés.
Je les évoque ici en fonction de la date de leurs décès respectifs dans le temps, de mon ressenti et de mon vécu.

La première qui décéda le 30 janvier 1955  (je viens de retrouver enfin la date) fut une femme, mon arrière grand-mère paternelle, Delphine Archer née Joussouy, dite mémé Fine. Elle habitait Pont d’Alleyras, une maison sur la route qui mène à La Varenne.
Je me souviens de l’unique image lointaine que je conserve d’elle de son vivant : celle d’une très  vieille femme portant une coiffe blanche dentelée, couchée dans un lit aux montants de métal, au rez-de-chaussée de sa maison. Ma grand-mère Victorine, qui était sa belle-fille, était alors allée lui rendre visite et m’avait emmenée; elle me portait sur un bras, j’avais peur et je m’accrochais à elle. Victorine lui apportait un paquet de pastilles à la menthe, un de ceux qu’on trouvait  dans son épicerie.
J’avais  donc presque deux ans et demi. En tout cas, cette scène a dû me marquer profondément ou m’impressionner puisque, plus de soixante ans après, et malgré mon très jeune âge à l’époque, je m’en souviens encore. Ce n’est pas pour moi un souvenir agréable, il me donne plutôt des frissons  et il est bien dommage que je ne l’aie pas oublié. Sans doute à cause de la peur que cette vieille femme m’avait inspirée, du décalage entre nous,  et de l’impuissance situationnelle que j’avais alors ressentie. C’est comme dans un film peuplé de fantômes qui inspirent un malaise. J’ai encore en tête  la photo de la scène,bien lugubre en définitive.

Le deuxième vieux qui mourut fut mon grand-père paternel, Prosper Rousset. Il habitait le hameau de Fonfreyde  près de Saint-Jean-Lachalm. Je ne le voyais pas souvent. Mon père ne m’emmenait chez lui qu’occasionnellement. Un jour, Prosper m’avait emmenée au moulin de Ringue. Comme j’avais soif, il a versé de l’eau d’une source dans son chapeau de feutre noir pour que je puisse étancher ma soif. Prosper est mort pendant mon année de cinquième. J’étais triste pour lui et pour ses enfants bien plus que pour moi qui le connaissais fort peu dans le fond.

Ma troisième morte et non la moindre fut ma grand-mère Victorine Archer née le 16 septembre  1900 et décédée le 12 juin1976, donc – le compte est facile à faire- à l’âge de 76 ans, après un coma diabétique et des années de diabète durant lesquelles elle faisait tellement d’entorses à son régime qu’elle en est finalement trépassée. Je n’ai pas connu sa déchéance physique ni mentale, elle est morte simplement et sans bruit. Elle avait juste eu encore le temps de savourer un dernier début d’été et de voir les premières roses  qu’elle aimait tant. Grande femme de soleil et de lumière, ce fut pour moi un vrai déchirement de la savoir prisonnière dans ce cercueil de planches et mise dans son caveau de béton, dur, gris et  froid où règnent les ténèbres. Elle fut la première à l’inaugurer, lui qu’elle avait fait construire au cimetière d’Alleyras. Je conserve une photo d’elle, debout  devant sa maison, abritée d’un chapeau de paille et posant sous le soleil, son chien à ses côtés. Mon cousin germain, Michel, m’a d’ailleurs donné cet été ce chapeau.
En ce temps-là, j’habitais en Belgique, plus précisément à Louvain-la-Neuve. J’avais 24 ans et déjà un fils de trois ans quand elle mourut. C’était à l’époque des roses. Je m’en souviens bien malgré les années.
Mon grand-oncle André s’est retrouvé seul dans cette grande maison et séparé définitivement de sa compagne que la grande faucheuse avait emportée. Un grand pan de notre vie s’en allait avec la disparition à jamais de ma grand-mère, ma mémé comme je l’appelais. Cette grande femme solaire réduite aujourd’hui en poudre.Mais surtout un immense pan de sa vie à lui. La maison dont elle était l’âme, la chaleur, l’énergie et l’animation mourait avec elle. Un être lui manquait et tout fut à jamais dépeuplé. Je me souviens de son égarement le jour de la cérémonie d’obsèques de la mémé à laquelle il n’avait pas trouvé la force d’assister.

Mon quatrième mort fut loncle André, cinq ans après la mémé, mon préféré de la famille, l’idole de mes jeunes années. Mon cher grand-oncle André, André Archer né le 1er juillet  1896 est mort l’été 1981 d’un ulcère à l’estomac à l’hôpital du Puy-en-Velay; il avait précédemment été victime d’un AVC qui lui avait causé une perte de la parole : il ne trouvait plus les bons mots pour s’exprimer et en souffrait terriblement. La déchéance et le malheur coupent parfois le verbe.  Une orthophoniste venait chez moi lui rééduquer le langage et ce fut  avec succès. Comme presque tout, le cerveau peut se réparer, même à un âge avancé. Mais l’oncle André ne se remettait pas de la mort de Victorine et encore moins d’avoir été chassé de la maison où il avait vécu, par mille et une petites turpitudes et vexations. Car, malheureusement pour lui, la génération suivante, héritière des lieux, voulait qu’on fît place nette dans cette maison; on lui fit et on me fit comprendre qu’il devait « dégager ». C’est ce que nous avons fait… Il est venu vivre chez moi mais des problèmes de santé l’ont rapidement emmené à l’hôpital où il est décédé. C’était encore la belle saison. Il fut ramené du Puy, couché au rez-de-chaussée de la maison de Bel’Air qui n’était pas encore rénovée pour finir lui aussi mis en caisse et il rejoignit la place qui l’attendait dans le caveau de ma grand-mère.

La cinquième personne proche de ma famille qui a rendu l’âme fut mon père Albert Rousset. Il était né en septembre  1920 et il est mort fin 1990, à l’âge de 70 ans, juste avant que ne se déclenche la guerre du Golfe. Les relations entre ma mère et moi étant alors inexistantes depuis 1970,  je le voyais parfois en cachette au Puy où nous déjeunions ensemble. Albert est mort comme il l’avait toujours voulu et comme il l’avait maintes fois souhaité oralement en ma présence : d’un seul coup et sans souffrir. Infarctus foudroyant. Je me souviens que j’avais ouvert la fenêtre de la chambre où il gisait pour que son âme s’envole, sait-on jamais… Je ne suis pas croyante mais peu ou prou superstitieuse. J’avais lu ça dans un livre relatant les souvenirs de Marguerite Yourcenar , ce qui m’avaient poussée à ce geste comme elle le fit en son temps pour sa compagne. Son cercueil fut posé sur une autre place du caveau familial.

Après vinrent par ordre de dates les tours de de Jean Couprie, le mari de  Simone, la sœur de ma mère puis de cette dernière décédée en mars  2015.

Reste une unique place encore vacante : celle réservée   à ma mère, la dernière de celles de ce caveau.
Ma mère vieillit… Le 30 mars 2018, elle a eu 92 ans.
Mes repères avec elle se modifient tellement et changent d’une semaine à l’autre que c’est en quelque sorte une nouvelle révélation chaque fois que je vais la voir.
« La vieillesse est un naufrage« , disait le Général de Gaulle avant de couler. Pas si sûr et pas pour tout le monde. Et nous sommes tous sur le même bateau. Et nous voguons insouciants, jusqu’au jour où le miroir nous renvoie les premiers signes avant-coureurs de la dégradation du temps.
Le tour de ma mère est venu début mars 2017 de voir se dégrader son autonomie, sa belle assurance, ses certitudes… Envolée la mémoire immédiate. « Je suis désespérée » me déclarait-elle au téléphone. Comme je la comprends ! Ce doit être tellement angoissant de voir ses repères immédiats foutre le camp, surtout si on en est conscient. Quelle sera cette descente vers l’abime ? Je l’ignore…
Il est vrai que je n’ai pas vu certains de mes vieux à moi  avancer de ride en ride, de perte d’équilibre en chute,  d’affaiblissement en dégénérescence, d’égarement en débâcle. J’étais alors trop occupée par ma vie, par cette vie que je mordais à pleines dents et qui m’accaparait tout entière pour prendre le temps de penser à cette descente dans la vieillesse qui est une autre descente aux enfers. Mais nous ignorons comment sera l’avenir et notre avenir… Alea jacta est.

Mai 2018

 

 

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Sous tutelle

En France, près d’un million de personnes sont sous tutelle ou curatelle. Ce régime, qui se veut protecteur, est parfois vécu comme une violence. Gilbert, un retraité de 83 ans doté d’une retraite de 8 000 euros, lutte contre ce système qui le prive de toute ressource financière. Nathalie, mise sous tutelle de façon abusive, s’épuise à le contester face à une justice passive. De son côté, Gilles voit son équilibre familial bouleversé par une mesure qui va le déposséder de sa maison. Quant à la mère d’Agathe, elle a été pillée de biens immobiliers revendus au tiers de leur prix. Autant d’expériences auxquelles de nombreux Français sont confrontés un jour où l’autre.
L’émission de France 5 présente le 25 avril 2018 une émission fort intéressante. Bref, restez sur vos gardes…
https://www.youtube.com/watch?v=cAXfsFurQ6M
https://www.france.tv/documentaires/societe/475545-sous-tutelle.html

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1830-1930, l’âge d’or des distilleries altiligériennes

Article tiré du journal numérique Le Progrès du19 avril 2018


A la sortie des chaînes d’embouteillage du quinquina Bonnet, à l’usine des Aggeyres, à Chadrac

A une époque où l’alcool n’était pas encore proscrit, ces entreprises fleurissaient dans tout le département. A ce moment là fourmillaient les auberges et les cafés, en ville comme à la campagne, l’essor des distilleries a été impressionnant en France. En Haute-Loire, cette activité économique était même majeure au Puy-en-Velay.

Gibelin-Belut
Avenue Gambetta, se trouvait la distillerie Gibelin-Belut (anciennement Rubod), créée en 1830. Cette grande distillerie à vapeur distribuait en grandes quantités, comme en attestent les factures d’époque, la Fraisiette du Velay, la Quintessence de cresson, l’Elixir du Velay… Mais surtout la fameuse gentiane Kola, son produit phare, qui a été repris bien des années plus tard par Pagès qui l’a rebaptisée « Geka, le goût français ».

Maurin-Brenas
Toujours avenue Gambetta, il y avait également les établissements du fameux Maurin Quina, vanté comme « exquis et fortifiant ». La maison Maurin-Brenas avait été créée en 1884. Elle fut reprise, en 1920, par Régis Vey, un ancien de la Distillerie de la verveine du Mézenc, au Monastier-sur-Gazeille. Dans les années 1960-1970, Vey-Maurin changea de nom pour devenir la Framboise du Velay. Il se pourrait que les descendants valorisent prochainement ce lieu où se trouvent encore de nombreux témoins de cette époque glorieuse.

Francisque-Bonnet
D’autres grandes distilleries avaient pignon sur rue au Puy-en-Velay et dans sa banlieue. Comme celle des Aggeyres (actuel Intermarché, boulevard Renaissance, à Chadrac). La Maison de Francisque-Bonnet, fondée en 1860, y produisait principalement le quinquina Bonnet et la Prunelle du Velay (reprise plus tard par Pagès). Ici, il y avait de nombreux employés.

Verveine du Velay Pagès
Une autre distillerie phare, qui existe toujours, est, bien sûr, la Verveine du Velay Pagès. La potion magique du liquoriste Rumillet Charretier a vu débuter cette maison en 1859. « Un vrai régal, une des meilleures liqueurs françaises », indiquaient les publicités d’époque de la maison de Julien Pagès et fils. Les bâtiments de l’ex-distillerie du Puy-en-Velay trônent toujours magnifiquement faubourg Saint-Jean.

Louis-de-Mourgues
Il ne faut pas oublier la brasserie Louis-de-Mourgues qui, vers 1905, place de la Libération, maltait, produisait de la bière et distillait le fameux Genièvre du Velay.

Mais aussi…
D’autres distilleries, moins connues, ont existé au Puy-en-Velay. On notera la Liqueur du mont Anis, produite par Bernard Micciolo, avenue de Taulhac ; ou le Suc du Velay des Ets Bernard Gimbert, immortalisé par l’illustrateur Capiello.

Avril 2018

 

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Un plateau de tournage à Fontanes en Haute-Loire

C’est au printemps 1966 que l’ORTF s’installe sur le plateau de Fontanes pour y procéder au tournage de scènes du téléfilm présenté sous forme de feuilleton, « La princesse du rail ».
Celui-ci est tiré d’un roman d’Henri Vincenot.
L’histoire relate l’épopée de de la construction des chemins de fer français, ici celle de la ligne des Cévennes entre Langeac et Langogne de 1865 à 1870.
Ce film est réalisé par Henri Spade qui en avait eu l’idée pendant le guerre de 39-45.
Il fit un voyage en train et traversa le massif central et se fit  la réflexion: « Ce n’est pas possible que les américains aient fait tant de films sur la conquête du rail et pas nous, de plus les paysages du massif central, de l’Auvergne et des Cévennes s’y prêtent »,
Il lui faudra vingt ans pour concrétiser son projet. Même si dès 1960, des rails sont posés spécialement sur une ligne appelée « La transcévenole » pour le film, il ne tournera son feuilleton qu’en 1966.
Pour l’occasion, il recrute deux comédiens, Muriel Baptiste et Jacques Santi, dont il parlait encore avec émotion en janvier 2006. Tous deux n’auront qu’un autre rôle célèbre après: Michel Tanguy des « Chevaliers du ciel » pour Santi, Marguerite de Bourgogne des « Rois maudits » pour Muriel.
Tous deux sont décédés encore jeunes et après avoir perdu pied comme comédiens.
Henri Spade nous a quitté le 12 novembre 2008, un mois après l’édition en DVD de « La princesse du rail ».
https://duckduckgo.com/?q=la+princesse+du+rail&t=ffab&iax=videos&ia=videos&iai=nmrO8JVijGk

Avril 2018

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Alleyras : portrait de Madeleine Rodde

D’après un article et des photos d’Hedwige Boffy et une illustration de Jacques Auger,Volcan n°95, avril-mai 2018.
J’éprouve un très grand plaisir de mettre cet article dans Les textes de mon moulin, d’autant que les Rodde me sont particulièrement précieux.
Mado est une « figure » d’Alleyras dont j’apprécie le caractère et la chaleur humaine.

 

« Madeleine Rodde est née en 1944 et a passé son enfance à Alleyras. Son père, envoyé à douze ans chez les jésuites au Mans, n’eut alors qu’un désir : rentrer au pays. Ce qu’il fit à la fin de ses études. Il devint secrétaire de mairie ; ingénieux, il rendait service à tous les habitants, qui se gardaient bien dès lors de se moquer de ses qualités de paysan.
Sa mère, originaire de Saint-Privat-d’Allier, avait un caractère très peu conformiste et menait sa vie dans se soucier du qu’en-dira-t-on.
Madeleine est l’aînée de leurs trois enfants. Après ses études au collège de Cayres, elle entame sa carrière d’infirmière à Paris qu’elle poursuivra en Belgique et dans le nord de la France, revenant dans la vallée bordant l’Allier pour les vacances.
Désormais à la retraite, elle s’est installée dans le corps de ferme familial restauré, dont elle a pris soin de conserver « l’aire ouverte du Velay » (l’auvent visible sur la photo).

D’une grande amabilité, elle nous raconte ses souvenirs écoliers et estivaux à Alleyras, où transparait son caractère indépendant et enjoué.
Il y avait à l’époque deux écoles à Alleyras de même qu’à Pont d’Alleyras ainsi qu’une autre à Anglard. A Alleyras, l’école de la République accueillait traditionnellement les garçons, les habitants scolarisant en grande majorité les filles à l’école des sœurs de la Congrégation de Saint-Joseph qui accueillait également quelques pensionnaires, lesquelles rentraient une fois par mois, un char à bœuf venu les quérir et les ramener. Sœur Marie (la supérieure), sœur Torrent (l’institutrice) et sœur Marguerite (la cuisinière) étaient d’une bonne volonté remarquable, rendant service dans le village et procurant les soins infirmiers, mais âgées d’une soixantaine d’années déjà, étaient un peu dépassées dans la salle de classe où régnait un joyeux laisser-faire dès lors que l’on savait lire ou que l’on ne préparait pas encore le certificat d’études.

C’était un peu la récréation permanente ! Ainsi Mado avait fini sa journée de travail à 9h, après avoir fait quelques lignes d’écriture à la plume Sergent-Major, comme bon lui semblait, un calcul choisi parmi ceux maîtrisés dans le manuel, puis elle occupait ses heures avec ses camarades entre rangement des livres et cahiers dans le bureau, ce qui les amusait un bon moment, fabrication de pantins et crises de fou rires.  La leçon de choses du lundi et l’Histoire Sainte du vendredi, dont les épisodes étaient bus avidement par la classe, étaient les seuls repères fixes de cet enseignement avec la demi heure consacrée en fin de journée aux ouvrages de couture ou de broderie. Cependant, les résultats au certificat n’étant pas émérites, la mère  de Madeleine décida de placer ses filles à l’école publique. Cela n’alla pas sans remous, et fit même scandale, le père étant président del’APPEL !
D’autres parents suivirent et l’école des sœurs ferma l’année suivante. Madeleine et sa sœur, ravies du changement car les jours de congés étaient plus nombreux dans le public, rattrapèrent aisément leur retard et purent, grâce à la prudence maternelle et à l’institutrice Mlle Maranne, jamais en reste d’inventivité (c’était ainsi la réalisation de marionnettes et de la montgolfière qui s’envolait les jeudis) pour suivre une scolarité plus solide.

L’instruction dépendait également pour le grand catéchisme de M. le curé, l’abbé Gazanion, personnage haut en couleurs avec lequel les enfants faisaient  des activités extraordinaires ; il leur racontait maintes légendes et histoires, au gré d’excursions, ainsi des cloches enterrées d’Alleyras ou de l’abattoir du rocher de l’Aigle où l’on retrouve des silex : les peuplades préhistoriques de l’Allier y auraient traqué le gibier pour qu’il se jette du rocher dans la curie où il était alors dépecé.
Si l’anticonformisme du curé dérangeait quelque peu les religieuses, les enfants lui vouaient une affection sans bornes. Hors de la chasse aux étrennes du nouvel an, les paniers étaient soigneusement vidés avant l’apogée que représentait la visite dans la caverne d’Ali Baba de l’abbé Gazanion, leur cher Bertin, qui les remplissait allégrement de mandarines, papillotes, puis d’une bûche en chocolat avec, au-dessus, l’Enfant Jésus tout rose longuement dévoré des yeux avant de l’être par les papilles, et enfin d’une brochure sur la vie d’un saint.
On lisait ces brochures avec voracité, ainsi que celle de son frère ou de sa sœur et on s’essayait à l’imitation de ces modèles dans une piété naïve.

Les mois d’été, Madeleine s’occupait de « mener » les vaches, ce qui donnait lieu dans chaque pâturage à la création de merveilleuses cabanes, avec ses amies vacancières :
les murets servaient de cloisons, des planches formaient des étagères que l’on prenait soin de meubler en ramenant des bouteilles, des tessons de porcelaine finissaient de créer la cuisine, de la mousse configurait le lit tandis qu’était imaginé le reste de la demeure. Selon l’endroit où elle « menait », les cabanes étaient plus ou moins fastes, parfois il s’agissait d’un arbre, parfois d’un « clapas » qu’elle recouvrait de branchages. Il arriva qu’une fois, entreprenant de faire un feu dans l’un d’eux, en dépit de l’ouverture ménagée pour la cheminée, l’aventure tourna au désarroi devant l’incendie du toit. D’ordinaire, le feu maîtrisé servait à rôtir des sauterelles; le repas, bien meilleur que l’en-cas prévu par les parents, était encore fait d’écrevisses pêchées à la main.
Un coin de la propriété familiale était prêté à un groupe de scouts : la curiosité surpassant la timidité, Mado observait le campement et n’en revenait pas de l’ingéniosité mise en œuvre pour créer ce village estival.
Elle tentait avec ses amies de reproduire ce qu’elles avaient contemplé mais hélas, sans les mêmes résultats. Les scouts partis, elle pensa alors pouvoir en profiter et admirer ça de plus près, mais quelle déconvenue de voir que cette création splendide avait été entièrement démontée pour faire place nette. La méticulosité des scouts causa une cruelle déception. Il y avait heureusement dans les roches un « paradis » où il n’était besoin de rien construire, la nature s’étant occupée de tout : deux rochers en forme de siège faisaient salon, derrière, la chambre était prête, le jardin fait de greffes de noisetiers, de pruniers et d’un tapis de fraises complétait la propriété, procurant ombre et rêveries.
Sa charge d’aînée lui parut tout de même quelque peu arbitraire, lorsqu’elle vit sa sœur dépasser l’âge où elle-même gardait, aussi institua-t-elle, un jour, des tours. Ce jour-là, elle partit donc aux framboises : quelle ne fut pas sa surprise d’y croiser alors sa sœur !
- « Mais… les vaches ? »
- « Ah, elles sont parties au Plot ».
- « Mais le Plot… », répondit Mado dont le cœur commençait à battre, « les lentilles« .
L’institution des tours ne fit pas long feu après la réprimande maternelle, mais il y eut d’autres consolations. Ce fut une amie vacancière, Marie-Laure, l’invitant en vacances à Paris et en Normandie, un incroyable périple, la merveilleuse surprise que lui avait réservée Mme Duchesne, la femme du gendarme, l’appelant un jour qu’elle « menait » au Breuil : « Mado, viens voir ! » Quittant sa cabane, Mado rentre alors dans la gendarmerie et aperçoit le nounours géant confectionné à son intention. Serrant son trophée, incrédule, elle en oublie un instant Mme Duchesne mais lui conservera une indéfectible reconnaissance.

L’été à Alleyras pouvait donner lieu à des aventures d’un autre ordre, les escarbilles charbonneuses du train à vapeur de la voie de chemin de fer incendiant alentour. On allait alors au feu, adultes et enfants, chargeant des seaux de terre, dans une atmosphère effervescente imprégnant les mémoires.
Vint ensuite le temps d’entrer en pension au collège de Cayres.
Contrairement à son frère et à sa sœur, Mado ne put avoir de bourse, car elle était entrée à l’école des sœurs avec un an de retard (la scolarisation était moins réglée qu’aujourd’hui). Comme elle le souligne, « les enfants de la République, dans les campagnes, je trouve qu’on était un peu laissés pour compte. »
Elle partit donc travailler à Paris, gardant les jumeaux d’une cousine, suivant ses cours de 5ème par correspondance. L’année suivante, le collège cayrois l’a reprise et elle finit 3ème au BEPC. C’est encore collégienne qu’elle perdit son père et dut prendre sa vie en main, retournant travailler à Paris et préparant des concours.
C’était une grande joie de l’entendre partager ses souvenirs d’enfance et son regard sur les événements. »

Avril 2018

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