Des cyclistes dans les années 1960

Mes cousins germains, Michel et Jean-Marc Couprie, les fils de Simonne Archer et de Jean Couprie  ont mis pied à terre pour les besoins de la photo.
Ils sont dans la montée, sous le soleil dont témoignent leurs casquettes et leurs tenues légères.
Jean-Marc arbore fièrement une casquette Mercier comme la portait Raymond Poulidor, l’éternel second sur le Tour de France, épreuve qu’il n’a jamais gagnée mais dont il détient le record de podiums .
Devant les roues de leurs vélos, on voit sur la route une ligne blanche qui doit retracer sans doute quelque glorieuse étape cycliste.
Ce devait être dans les années 1966-1969. Au bord de la route, derrière les deux grimpeurs, on voit une Dauphine, une R4 et une Peugeot 404.
Mes cousins qui habitaient Perpignan venaient tous les étés en vacances chez notre grand- mère Victorine et amenaient leurs vélos avec eux pour sillonner les routes de chez nous et accomplir à leur façon leur tour d’Alleyras et de ses environs.
Cette photo de la famille réunie lors  de leur départ à la fin de leurs vacances et prise devant l’ancienne pompe à essence Antar  rappelle ces souvenirs.
Sur le toit de leur voiture sont solidement arrimés leurs vélos, témoins de leurs performances sportives estivales dont la famille était fière.

Août 2020

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Vers 1935 dans l’Allier à Pont d’Alleyras

C’était un jour d’été. Il faisait beau, l’Allier miroitait sous le soleil. Ils se baignaient tout en discutant, le sourire aux lèvres.
Eux, c’était qui ?
De gauche à droite, ma tante Simonne Archer-Couprie, mon grand-oncle André Archer et ma mère Jeanne Archer-Rousset, la soeur de Simonne. Tous trois sont morts aujourd’hui mais il reste cependant des images surprenantes et insolites de leur jeunesse à savourer.

Août 2020

 

 

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Jeanne à « la bugeade »

Dans le dialecte auvergnat, « faire sa bugeade », c’était faire sa lessive. Tel était le cas à Pont d’Alleyras.
Dans les années cinquante-soixante, ma mère se chargeait de cette corvée. Je m’en souviens particulièrement bien.
La grande bugeade avait leu une fois par trimestre environ, généralement à la sortie de l’hiver, avant Pâques, après les foins et enfin après les moissons.
Pour tenir un trimestre sans avoir à laver, il fallait disposer de beaucoup de linge propre. Les familles en détenaient de gros stocks empilés dans les armoires : piles de draps blancs brodés en coton et en métis (tissu dont la trame est en lin et la chaîne en coton), traversins, torchons, mouchoirs, serviettes-éponge, gants, chemises, combinaisons, culottes, chaussettes, bas…
Ma mère excellait tant en couture qu’en broderie et en crochet; elle avait donc constitué elle-même de grosses réserves de linge de maison dont je possède encore de nombreuses pièces neuves.
Du temps de mes parents nés dans les années 1920, une future épousée  se devait de détenir un véritable trousseau pour son mariage contenant du linge brodé, orné de dentelles, joliment ouvragé. Ma mère devait être fière du sien !
Bref, les armoires étaient alors pleines à craquer.
Les bugeades duraient plusieurs jours.
La  lessive commençait toujours à la maison. Le matin tôt, on triait le linge qu’on différenciait entre le blanc et la couleur en faisant deux tas distincts.
Dans la cour, on avait garni et allumé le bois la chaudière préalablement remplie d’eau. Ma mère commençait par le blanc : elle y entassait le linge le plus souillé au fond puis continuait avec le moins sale et ainsi de suite. Elle finissait le remplissage par les chemises, mouchoirs, caleçons, culottes. Par dessus pour ça, elle plaçait une sorte de drap épais dont  les quatre coins avaient été réunis et attachés après l’avoir rempli de cendre de bois, Cette cendre de bois que l’on filtrait était riche en potasse et devenait un fameux détergent. On récupérait cette eau par la bonde de la chaudière et on la reversait sur le linge et ainsi de suite plusieurs fois. En retraversant le linge, cette eau de potasse lavait et blanchissait.
On sortait ensuite ce linge de la chaudière. Ma mère vérifiait sa propreté et si par malheur il subsistait quelque tache, elle la frottait avec une brosse et un cube de savon de Marseille en posant la pièce encore maculée sur une planche de bois au-dessus d’un baquet comme la photo qui  la représente à la bugeade.
Le ruisseau constituait la phase suivante de l’épopée. On s’y rendait pour le rinçage avec le linge déposé dans des paniers d’osier bien calés sur la hanche.
Une fois arrivée au bord du Malaval, ma mère déposait sur une rive une sorte de caisse en bois munie d’un coussinet où s’agenouiller. Elle plaçait chaque pièce au fil du courant qui ôtait le détergent et le reste d’impuretés. S’il restait encore du savon, elle se munissait du battoir pour battre ce linge et  le désincruster en profondeur.
Pendant ces opérations, je partais à la chasse aux écrevisses qui abondaient sur le lit de ce ruisseau au milieu des truites fario ondulant dans le courant léger.
Le lendemain, le linge flottait au vent dans le pré, accroché sur l’étendage, fleurant le propre et le frais.
Paulette Chanal, notre voisine préférait l’étaler sur le pré en plein soleil direct, calé aux coins avec des pierres.
Il ne restait plus qu’à le ramasser, à le repasser avec un fer chaud et à le ranger dans ces grandes armoires aux portes grinçantes, souvent fermées par une cale de bois.
C’était un autre temps, pourtant pas si vieux que ça qui participe de mes souvenirs d’enfance.

 

Août 2020

 

 

 

 

 

 

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Victorine en 1954

Elle avait 54 ans et tenait par la main ce petit blondinet qui est l’aîné de ses ses petits-fils, Michel âgé alors de quatre ans.
C’était au Maroc ou s’était établie la famille de sa fille Simonne.
Si Michel ne m’avait pas dit que c’étaient eux, je ne l’aurais pas su et je ne les aurais pas reconnus, quoique, en cherchant bien… Je peux reconnaître Victorine à sa taille, plutôt grande pour l’époque, son visage dégagé, ses pommettes légèrement saillantes, son front très haut, lisse et  clair, ses cheveux bruns relevés en chignon comme elle les a toujours portés, son regard et son léger sourire, son port altier et noble.
Comme elle devait être  fière de poser pour cette photo à côté de son petit-fils, au Maroc où elle m’avait rapporté avoir vu des « hommes bleus ». Cette rencontre avait dû suffisamment la marquer pour qu’elle me la raconte des années après et que je m’en souvienne encore aujourd’hui.
Appelés bédouins ou nomades sahraouis, les hommes bleus sont les habitants du Sahara central. La dénomination « hommes bleus » leur vient de la couleur de  leur chèche. Les hommes bleus portent souvent un long vêtement et un chèche d’environ 4 à 5 m de long enroulé autour de la tête pour se protéger du soleil, du vent, de la pluie, du sable et du froid.
Au Maroc, les hommes bleus contrôlaient, jadis, le commerce caravanier entre le Maroc et le Niger. Ces dernières décennies, de plus en plus de nomades se sont sédentarisés dans des oasis, où ils effectuent des travaux agricoles. Au Maroc, les hommes bleus ne parlent pas  et arabe.

Photo précieuse, inattendue, surprenante prise il y a soixante-six ans, que je ne connaissais pas et dont Michel qui a la vertu de sauvegarder et conserver le patrimoine familial mémoriel m’a transmise. Je ne lui avais pas encore dit que j’en écrirai un texte qui conservera la mémoire de notre grand-mère Victorine.

 

Juillet 2020

 

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André éternel

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Cette photo est ma préférée. Elle me prend aux tripes; je n’en connais pas de plus représentative de cet homme.
Elle symbolise pour moi mon oncle André tel que mon cœur l’a conservé.
Elle m’évoque Pont d’Alleyras,  l’enfance que j’ai quittée pour toujours, le temps passé sur lequel on ne revient pas, les pans de vie qui s’écroulent, la fuite inexorable des années, les morts qu’on laisse dans son sillage, le regret de celui qui représenta tant pour moi et celui qui personnifia la  richesse affective qui nous lia.
Il est ici dans son élément, son activité, son domaine de compétence et de prédilection : le bois.
Ses père, frère et lui même exploitants forestiers, tous consacrèrent une grande place à la forêt et à ses arbres.
On le voit ici au bord de la route, attendant la prise de mon cliché, le dos tourné aux grumes soigneusement apprêtées pour être sciées en bûches qui alimenteront le foyer du fourneau domestique.
Il était quotidiennement vêtu d’un pantalon solide et d’une veste en moleskine en coton noir renforcé, les deux noirs, inusables et signés Adolphe Lafont.
Il regarde l’objectif de ma caméra, le regard abrité par son éternelle casquette, toujours vissée sur son crâne.
Il était mon idole, ma référence.

Juillet 2020

 

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Portraits intemporels…

C’est un ancien portrait que je fis d’eux, probablement une dizaine ou une quinzaine d’années avant leurs morts. Je le trouve extraordinaire
Cette photo résume tout ce qu’ils étaient, profondément, sans artifice, sans effort pour paraître.
C’est ainsi que je les vois dans mes images mentales quand je pense à eux.
Leurs poses, leurs tenues, leurs expressions restent solidement ancrées dans mon souvenir. Je conserve  en mémoire leurs visages intemporels qui rassemblent en une seconde ce qu’ils furent foncièrement à tous les âges de leurs vies.
Eux, Victorine et André.
Je les ai saisis sur la pellicule dans la cour de la maison familiale.
Ce devait être un dimanche : André semble endimanché, prêt pour aller à la gare faire une partie de pétanque et boire l’apéro chez Cacaud. Victorine doit être à son fourneau et à la volaille dominicale.
Derrière Victorine, son fidèle Bobby s’étire, toujours prêt d’elle que je n’imagine pas sans chien à ses côtés.
La façade affiche avec son enseigne Cibon qu’elle tenait une épicerie.

 

Juillet 2020.

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Baladez-vous à Alleyras

J’y suis allée lundi 3 août 2020, en compagnie de Serge, de Jojo et ses amis. Je ne connaissais pas cet endroit ni le trésor qu’il recèle. Cascade merveilleuse.

Bruno G. et son équipe de volontaires en ont débroussaillé l’accès au printemps. Mille mercis à eux.
Voyez la vidéo mise en ligne sur le site Alleyras Capitale…

http://alleyras.capitale.dulibre.net/?507-cascade-d-alleyras-sur-le

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Confinement-déconfinement

Ce lundi 11 mai 2020, fin du confinement. La période de claustration commencée le 17 mars, soit presque deux mois avant, s’achève.
Cette étonnante parenthèse de quarantaine nationale et générale ne constituait pas du tout la même aventure selon qu’on vivait comme moi dans une petite ville de Haute-Loire, département à dominante rurale, dans une petite maison avec une cour pleine de fleurs, des plates-bandes arbustives, des plantes en veux-tu en voilà, en plein épanouissement printanier.
Et quand de plus, la région était très peu touchée par le virus.
Et puis, j’avais la chance de ne pas vivre seule mais en compagnie d’un conjoint et de trois chats.
En revanche,  la parenthèse devait être autrement difficile à subir pour les habitants de Saint-Denis enfermés dans de petits appartements sans balcon.
Depuis la lucarne de notre maison, je reconnais la chance dont mon couple et nos chats ont bénéficié.
Ce retrait passager du monde environnant ne m’a absolument pas coûté, bien au contraire.
L’aventure intime et passagère induite par l’événement constituait le renouvellement d’une précédente et ancienne équipée de plusieurs années durant lesquelles notre petite tribu vécut l’isolement sur un petite île aux antipodes de la France, sans cinémas, bistrots ni grands magasins, avec juste l’essentiel nécessaire nécessaire à la vie quotidienne. Nous y avons appris sans le savoir, la sobriété heureuse chère à Pierre Rabhi.
Déjà, deux ou trois jours avant ce fameux  11 mai libérateur, je ressentais par avance la nostalgie de ces heureux et paisibles cinquante-cinq jours d’ermitage. Ce lundi sonnait le glas de la tranquillité, du silence, des chants et des gazouillis d’oiseaux dans la cour que ne venait troubler aucun bruit parasite. C’était le royaume du silence.
Désormais, les bagnoles assassines pourraient recommencer à pétarader, à rouler à tout berzingue sur la route, à écraser les chats intrépides et libres comme l’est Léo, le greffier de la maison. Je le sais puisque j’ai retrouvé au bord du trottoir ma gentille Jaja, une jeune, jolie et affectueuse petite chatte écrabouillée par une saloperie d’automobile. Des années après, je n’ai toujours pas digéré le drame.

Je remonte maintenant au moment où cette pandémie est entrée dans nos vies.
C’était au mois de janvier. Nous avions décidé de réaliser quelques aménagements dans la maison. Clovis était là et les avait résolument enclenchés avec tout le peps que lui conférait sa jeunesse. Et puis acquérir une expérience de bricoleur habile dont il pourrait bénéficier lors de futurs travaux personnels le boostait.

Nous préparions le chantier dans les pièces du premier étage pour poser dans chacune d’elles du parquet flottant.
Nous n’écoutions que d’une oreille distraite les nouvelles diffusées à la radio. Elles répétaient qu’un virus décimait des Chinois de la région de Wuhan, virus dont les journalistes situaient la provenance du marché de Huanan.
La rumeur médiatique disait que les cas de contagion émanaient de chauves-souris consommées là-bas et plus tard, d’autres animaux sauvages dont des pangolins.
Nous avons donc posé ce parquet, les plinthes de bois, les barres de seuil clinquantes et  j’en ai profité pour faire du vide, ranger et nettoyer l’étage et bien davantage.
C’est toujours évasivement que nous écoutions les informations, focalisés par nos rénovations domestiques et nos occupations habituelles.
Le temps s’est poursuivi en travaux.
A mon grand regret, Clovis a quitté la maison le 15 février pour regagner Sarcenas dans le Puy-de-Dôme…
Puis, quelques jours plus tard, je rejoignais mon fils aîné à Bas-en-Basset pour trier et vider des affaires dans une maison dont il avait hérité ; ces quelques jours furent dynamiques et très agréables. Nous ne suivions les actualités que de loin et sans véritable attention, tant nous  étions affairés par notre besogne.
Puis, je suis rentrée au bercail. Fin des « vacances ».
La situation sanitaire est devenue au fil des jours de plus en plus préoccupante selon les médias qui rabâchaient en boucle la litanie funeste de la pandémie qui depuis la Chine avait émigré en Italie pour se retrouver en France, dans l’est et en Ile de France.
Jupiter a parlé de guerre, de confinement, d’état d’urgence …en mars 2020. La vie était suspendue. Pourtant, la veille de sa déclaration dramatisante, nous votions à Alleyras et dans tout le pays.
Ma pensée pataugeait entre ces deux contradictions : se mettre à l’écart de toute contamination et donc fuir les lieux de passage et de regroupement ou bien aller voter dans la mairie où se rendaient les électeurs de la commune. Un de mes amis d’enfance se présentait sur la liste électorale et mon mari et moi devions déposer deux bulletins dans l’urne puisque nous possédions outre notre propre bulletin de vote, une procuration chacun  de nos fils. Dans une petite commune rurale, quatre voix, ça compte. Gilbert a donc été élu, chouette !
Pourtant, le lendemain, Paltoquet 1er nous ordonnait de nous confiner chez nous.
Les rues étaient vides, les magasins fermés, les gens ne pouvaient plus sortir après s’être rués et avoir dévalisé les magasins d’alimentation le week-end précédent.
Mais le printemps lui ne le ne savait pas, et les fleurs commençaient à fleurir, le soleil brillait, les oiseaux chantaient, les hirondelles allaient bientôt arriver, le ciel était bleu, le matin se levait pus tôt.
C’était le renouveau de la nature, ma saison préférée.
Les jeunes devaient étudier en ligne et trouver des occupations à la maison, les gens ne pouvaient plus faire de shopping, ni aller chez le coiffeur ni nulle part autre que pour aller faire des courses alimentaires.
On nous annonçait que bientôt il n’y aurait plus de place dans les hôpitaux que   des gens continuaient de tomber malades
Mais le printemps ne savait pas, le temps d’aller au jardin arrivait, l’herbe verdissait et poussait, poussait.
C’était au printemps 2020.
Dans les circonstances extrêmes, on découvre le comportement des gens et plus largement du pays, de la nation et au-delà : la psychose, l’anxiété déclenchées chez et par une pléthore de mes contemporains. Ça fout la trouille.
Car en fait, les gens parlaient comme si 90% de la population était contaminée alors qu’il y a simplement en France ce  13 mai 2020 27 000 morts du fait du coronavirus et 140 000 contaminés pour une population de 67 millions d’âmes, soit 0, 0004% de personnes.
Dans le monde, on compte 300 000 morts, 4,3 millions de contaminés, soit 0, 000043% de la population de la planète.
Et quand le nombre de malades baisse quotidiennement, les médias ne parlent que de la deuxième vague, annoncée comme inéluctable.
Pendant ce temps, des gens chantaient depuis les balcons, applaudissaient les soignants à vingt heures tapantes. Des voisins parisiens jouaient à « questions pour un balcon ». Des initiatives réunissaient une rue, un quartier…
Et tous les mensonges et les imbécillités que j’ai pu entendre ! C’est fou ! Le masque proclamé dans un premier temps inutile par  nos dirigeants dominés par l’impéritie et les contradictions qui se comportaient paradoxalement en détenteurs de la vérité pour porter ensuite aux nues ce même masque !
Tous ces bobards pour taire l’incompétence et l’imprévision crasses de ce gouvernement de dilettantes.

J’ai tout de suite fait le lien avec Tchernobyl lorsque les médias nous avaient annoncé que le nuage n’avait pas franchi la frontière. Trente ans après, les Français sont toujours pris pour de gros connards ! Mais ils ne sont pas dupes. Attention au retour du bâton !
Lorsque la plèbe réglera ses comptes, gare à ces polichinelles de pacotille qui s’agitent à Matignon et à l’Elysée.
Je me souviens d’une phrase de Michel Rocard, qui était loin d’être un idiot : ‘’Toujours préférer l’hypothèse de la connerie à celle du complot. La connerie est courante. Le complot exige un esprit rare.’’ Méditons sur les détenteurs de la connerie que je vise ici.
Mais le printemps ne savait pas. Les oiseaux avaient fait leur nid, deux nichées successives s’étaient suivies dans le nid de notre cour, abrité par l’avancée du toit.

J’ose espérer que cet épisode rappellera à mes contemporains qui paraissent l’éluder, que oui, c’est ballot, mais c’est la vie : elle prend fin un jour. Tout le monde le sait depuis qu’il a l’âge de raison.
Accident de voiture, accident domestique, champignon vénéneux, mauvaise chute, épidémie, tabagie, alcoolisme, maladie, AVC, rupture d’anévrisme, infarctus, cyclone, tremblement de terre, ouragan, famine, excès en tous genres, irradiations, fanatiques religieux illuminés, frelons énervés, moustiques dengues, tout peut survenir et il est très rare qu’on choisisse le moment fatidique ni qu’on le passe le cœur léger et serein.
Chaque époque a sa croix à porter : pour mes grands-parents, ce furent les guerres mondiales. Pour ma génération, c’étaient la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, le sang contaminé, le SIDA, la maladie de Creutzfeldt Jacob, celle de la vache folle et j’en oublie.
Il n’empêche que la vie continue et elle n’est pas qu’un jardin de roses.

Contrairement à ce mois de mai où le muguet a fleuri avant la fin d’avril après les giroflées ravenelle aux couleurs de flamme, où les roses sont écloses  dans la cour avec quinze jours d’avance.
Il n’a pas gelé dans notre jardin quand les arbres fruitiers étaient en fleur. Nous aurons des fraises, du raisin, des pommes, des poires, des pêches, des groseilles, du cassis, des framboises. L’angélique est bonne à être cueillie.
La vie continue envers et contre tout.

Rien de nouveau sous le soleil de ce printemps.

Juin 2020

 

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L’artémisia annua (armoise annuelle)

Connue depuis plus de 2 000 ans, en Chine, pour ses effets contre le paludisme,  l’absinthe chinoise est encore utilisée aujourd’hui pour bien d’autres vertus médicinales.
Cette plante reste méconnue car elle représente un gros grain de sable dans les rouages du cartel pharmaceutique dont on sait avec quelle avidité il veille sur ses profits.
Ce n’est pas étonnant que cette plante soit interdite en France (et en Belgique), les lobbies ayant mis leur véto sur sa prescription.
L’artémisia, en plus d’être une plante médicinale très puissante, est un symbole sous bien des aspects. Un symbole de guérison, de par sa foultitude de vertus thérapeutiques, mais également un symbole de trahison, de par l’immense scandale des traitements “modernes” inefficaces, dangereux et extrêmement onéreux imposés par le Cartel pharmaceutique et par l’Organisation des Menteurs de la Santé. Ces derniers tentent, depuis des décennies, de déposséder les populations de leurs médecines traditionnelles trop efficaces et pas assez rentables.
Car une médecine qui soigne, est par définition, une médecine non rentable… Toujours interdite dans de nombreux pays sous sa forme médicinale, elle symbolise également la résistance incarnée par plusieurs personnes et associations.
Personnellement, j’ai connu son existence et son pouvoir anti paludéen lorsque j’enseignais en Polynésie par une collègue réunionnaise, prof comme moi et originaire de Madagascar.

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=UGRXQ0jCtb4&app=desktop

 

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Moi, Léo

Je suis né de Geisha, une mère siamoise fort mâtinée de noir et de Jopplin, mon  père siamois lui aussi, mais  au pelage bien plus clair. Il parait que je ressemble comme une goutte d’eau à mon géniteur. C’est certainement vrai au nombre de personnes qui l’affirment avec une ferme certitude.
Robe pigmentée beige clair dégradé avec un masque taché de grosses éclaboussures   noires,  du noir encore sur mes pattes, ma queue et mes oreilles, poil ras, mat, fin, court, dru, soyeux, brillant, l’œil oblique couleur bleu-vert, je suis un chat snowshoe , arborant fièrement ce contraste net entre les zones de mon pelage qui me distingue des autres de ma race.
Un de mes plus vieux souvenirs remonte au jour où Lucie dans la maison de laquelle je naquis, m’amena dans une demeure où je rencontrai, venant vers moi -on m’avait enfermé dans un panier à chat-, un jeune homme et une femme plus âgée dans une pièce plutôt encombrée. Une grosse chatte douairière, très poilue et qui me parut grasse soufflait et grondait. Quelque chose d’inexplicable me poussa à me cacher… je me retrouvé acculé dans un piège au milieu d’inconnus peut-être animés de mauvaises intentions. il fallait impérativement que je m’esquive et disparaisse d’ici.
Je me réfugiai dans une cachette, derrière un meuble, et y restai au moins une journée, je ne me souviens plus très bien… J’entendis qu’on me cherchait mais je ne me manifestai pas. Le lendemain, la faim me tenailla et je fis en sorte de me montrer au jeune homme ; il avait l’air aimable et me montrait patte blanche. J’appris guère plus tard qu’il se prénommait Félix. C’est bizarre quand même ! S’appeler comme mes croquettes préférées, quelle coïncidence, vous ne trouvez-pas ?
Je pris possession de la pièce où j’avais atterri dans mon échappée, puis de la maison, pleine de recoins où je pourrais me cacher si d’aventure la grosse chatte en colère revenait.
Félix s’avéra aussi bon que mes croquettes, me parlant affectueusement, me caressant, jouant avec moi : il tenait un objet métallique qui envoyait un faisceau laser se matérialisant par la projection d’un point rouge. Celui-ci se posait sur le sol, sur les murs, sur les meubles à une rapidité vertigineuse. J’avais beau courir très vite, impossible de l’attraper. Inévitablement, il échappait à ma célérité. Je sautais du canapé à la chaise, du sol aux lambris des murs, en haut, en bas, à droite et à gauche, suivant le petit point rouge qui m’échappait sans cesse.  Nous jouions ensemble le soir des parties endiablées dans sa chambre. J’appris ainsi à le connaître…
Je l’entendais parler de moi avec la femme plus âgée dont j’appris qu’elle portait le nom de Juliette. Etait-ce sa mère ? Je déduisis leur lien familial aux rapports chaleureux et attentionnés qu’ils se manifestaient réciproquement.
Je sus, à leurs caresses et à leurs dialogues, que je comptais pour eux ; ils me qualifiaient d’ « hyper » : hyper actif, hyper attachant, hyper bavard, hyper gentil, hyper chat. Mais c’est à lui que j’étais le plus attaché.
Un soir où j’étais à la poursuite d’un papillon, je montai facilement mais témérairement sur un sumac de Virginie, un arbuste assez haut pour ma taille, croyant saisir l’insecte volant mais il m’échappa et poursuivit son voyage aérien. Comment redescendre de là-haut ? Le vide m’empêcha de dégringoler et la peur de sauter sur la terre ferme. Je m’agrippai aux branches tout en regardant le sol, tétanisé de trouille et dans une situation inextricable : rester sur l’arbre, isolé  et esseulé, sauter de plusieurs mètres de hauteur et certainement me blesser, dilemme insoluble.
C’est ainsi que je m’égarai pour la première fois. Cette « évasion » involontaire reste pour moi une image confuse. N’avais-je pas plutôt voulu grimper sur un rayon de lune ? Poursuivre une étoile ? Puis décidé de me claustrer derrière mes paupières cadenassées par la peur du vide, il ne me resta plus qu’à appeler à l’aide.  Mon seul recours fut de miauler de manière insistante et récurrente. C’est ainsi que je m’époumonai à en perdre haleine. « miaou, miaou, miaouou… » Pourvu qu’on vienne à mon secours !
Juliette m’entendit et suivit le son de mes plaintes. Mais, comme elle était très loin de posséder des yeux de chat, elle ne me vit pas mais devina seulement ma présence marquée par mes appels de désespoir. Elle alla aussitôt prévenir Félix dont la vue était presque aussi bonne que la mienne. Des yeux de chat ! Il arriva après ce qui me parut un siècle et me trouva enfin, accroché au sumac, y grimpa, me décrocha de ses branches et redescendit avec moi. Comme je fus soulagé de retrouver la terre ferme et mes compagnons humains !
Et puis, quelques mois plus tard, Lucie qui me rendait visite de temps en temps, est revenue me chercher pour me ramener chez elle.
Là, il y avait d’autres animaux, des congénères de mon espèce et d’autres dont deux furets et des bernard-l’ermite. Les furets sentaient vraiment très fort pour mon odorat délicat !
Lucie habitait un petit appartement au troisième étage d’un immeuble d’Espaly-Saint-Marcel. Une fenêtre donnait sur une avenue hostile où roulaient continuellement des flopées de véhicules pressés. L’autre fenêtre donnait sur une cour à peine moins menaçante mais dont la hauteur me parut telle que j’en éprouvai un intense vertige. C‘était infiniment plus démesuré que ma position acrobatique sur le sumac de Virginie.
Prisonnier dans cette geôle sans sortie au péril de sauter dans le vide et de m’écraser sur le sol bétonné, une seule issue m’apparut : celle de manifester verbalement et gestuellement ma détresse, ça avait marché quand j’étais prisonnier sur le sumac, pourquoi pas encore dans ce cas ci : je me mis à griffer les vitres, à tourner en rond comme un ours en cage, à m’agiter avec fureur, à me montrer sous mon mauvais jour aux habitants du lieu, à faire la grève de la faim. Ah, ils verraient ! Je devenais insupportable aux yeux de tous.
Excédée, Lucie téléphona à Juliette et Félix, leur fit part de  cette situation intenable dont ses compagnons et elle faisaient les frais. Elle leur proposa de m’adopter définitivement, moi siamois épris d’air et de lumière, de liberté et d’horizons ouverts. Elle déplorait la situation d’enfermement que je refusais par mes manifestations criantes.
Juliette et Félix, qui s’étaient très attachés à ma personne le temps que j’avais séjourné chez eux, acceptèrent le deal avec joie. Je restai donc dans leur maison équipée d’une petite cour, de verdure, d’une plate-bande de plantes, d’un nichoir à oiseaux, de pots de fleurs. Je pouvais y attraper des lézards, mulots, souris et même des oiseaux. Juliette et Félix détestaient quand je revenais avec une petite boule de plumes morte dans la gueule. Ils m’ont donc mis autour du cou un collier rouge muni d’un tube qui renfermait mon numéro de téléphone au cas où… et d’une clochette. Celle-ci avertissait l’oiseau suicidaire de ma présence dès que je bougeais. Par contre, ce dispositif ne modifia en rien mes chasses aux souris dans lesquelles je passai maître.
Comme j’adore m’aventurer hors de la maison et découvrir des horizons connus de moi et même étrangers, ils m’ont installé une trappe à chat, petit dispositif faisant office de porte à greffier. Je peux ainsi que Félix m’a montré son mécanisme, à savoir actionner porte pour sortir et entrer librement quand bon me semble. C’est génial : même si la grosse douairière et moi restons seuls à la maison, nous pouvons aisément vaquer entre l‘extérieur et l’intérieur, ce que nous ne nous privions pas de faire plusieurs fois par jour.
Quelques mois plus tard, comme j’aime vagabonder dans les environs et les explorer, je me suis retrouvé, après plusieurs escalades, deux maisons plus loin. Que se passa-t-il ? Ai-je eu peur du gros labrador, seigneur régnant sur le lieu ? M’a-t-on délibérément enfermé dans cette maison ? Je ne sais plus.
Le soir, j’entendis les appels de Juliette et Félix jusque tard dans la nuit. Mais, fermé dans une pièce, il me fut impossible de m’échapper. Le second jour de mon absence, Juliette toujours à ma recherche, fit le tour du pâté de maisons et m’aperçut au bord d’une fenêtre du deuxième étage. Elle sonna en vain à la porte de ces habitants qui ne lui ouvrirent pas. Avaient-ils voulu me kidnapper ? Peut-être… En tout cas, je les évite dorénavant. Méfiance, méfiance… Chat échaudé craint l’eau froide !
Je décidai pour finir de descendre en m’agrippant à tout ce que je trouverai sur ma route : aspérités du mur, branchages, treille… Une désescalade dont je m’enorgueillis toujours aujourd’hui ! Les deux murs franchis, je réintégrai ma chère cour ensoleillée et son ombre bienfaisante.
J’appris plus tard que mes maîtres, très inquiets de mon absence et supposant le pire (par exemple une voiture meurtrière sous les roues de laquelle un chauffard m’aurait écrasé, les véhicules étant les ennemis des chats urbains épris de grands espaces) avaient posé alentour des affiches avec ma photo. Depuis, j’ai acquis une relative célébrité dans le quartier auprès des gens qui se préoccupent des animaux et de leur sort.
Cette mésaventure m’est arrivée maintenant il y a un an.
Depuis, je reste sur mes gardes.
Il a fait très chaud en ce mois de juin 2017. La grosse chatte de la maison se traînait, cherchant la fraîcheur qui l’apaiserait. Elle est tellement « enveloppée » qu’elle ne parvient plus à sauter. Comme je la plains !
En revanche, je suis jeune et leste, ce qui m’a été très utile en ces jours de canicule. Dans la cour et au nord, est rangée une bétonnière qui garde la fraîcheur de l’ombre. J’y saute d’un bond et m’y installe, m’endormant dans cette douce léthargie de l’été.
Je passe mes nuits estivales en vagabondages et je rentre, dès potron-minet. Je déjeune et vais me coucher dans le lit, à côté de Juliette qui me caresse. Chouette vie, n’est-ce pas ?

Léo

Je suis né de Geisha, une mère siamoise fort mâtinée de noir et de Jopplin, mon  père siamois lui aussi, mais  au pelage bien plus clair. Il parait que je ressemble comme une goutte d’eau à mon géniteur. C’est certainement vrai au nombre de personnes qui l’affirment avec une ferme certitude.
Robe pigmentée beige clair dégradé avec un masque taché de grosses éclaboussures   noires,  du noir encore sur mes pattes, ma queue et mes oreilles, poil ras, mat, fin, court, dru, soyeux, brillant, l’œil oblique couleur bleu-vert, je suis un vrai chat siamois, arborant fièrement ce contraste net entre les zones de mon pelage qui me distingue des autres de ma race.
Un de mes plus vieux souvenirs remonte au jour où Lucie dans la maison de laquelle je naquis, m’amena dans une demeure où je rencontrai, venant vers moi -on m’avait enfermé dans un panier à chat-, un jeune homme et une femme plus âgée dans une pièce plutôt encombrée. Une grosse chatte douairière, très poilue et qui me parut grasse soufflait et grondait. Quelque chose d’inexplicable me poussa à me cacher… je me retrouvé acculé dans un piège au milieu d’inconnus peut-être animés de mauvaises intentions. il fallait impérativement que je m’esquive et disparaisse d’ici.
Je me réfugiai dans une cachette, derrière un meuble, et y restai au moins une journée, je ne me souviens plus très bien… J’entendis qu’on me cherchait mais je ne me manifestai pas. Le lendemain, la faim me tenailla et je fis en sorte de me montrer au jeune homme ; il avait l’air aimable et me montrait patte blanche. J’appris guère plus tard qu’il se prénommait Félix. C’est bizarre quand même ! S’appeler comme mes croquettes préférées, quelle coïncidence, vous ne trouvez-pas ?
Je pris possession de la pièce où j’avais atterri dans mon échappée, puis de la maison, pleine de recoins où je pourrais me cacher si d’aventure la grosse chatte en colère revenait.
Félix s’avéra aussi bon que mes croquettes, me parlant affectueusement, me caressant, jouant avec moi : il tenait un objet métallique qui envoyait un faisceau laser se matérialisant par la projection d’un point rouge. Celui-ci se posait sur le sol, sur les murs, sur les meubles à une rapidité vertigineuse. J’avais beau courir très vite, impossible de l’attraper. Inévitablement, il échappait à ma célérité. Je sautais du canapé à la chaise, du sol aux lambris des murs, en haut, en bas, à droite et à gauche, suivant le petit point rouge qui m’échappait sans cesse.  Nous jouions ensemble le soir des parties endiablées dans sa chambre. J’appris ainsi à le connaître…
Je l’entendais parler de moi avec la femme plus âgée dont j’appris qu’elle portait le nom de Juliette. Etait-ce sa mère ? Je déduisis leur lien familial aux rapports chaleureux et attentionnés qu’ils se manifestaient réciproquement.
Je sus, à leurs caresses et à leurs dialogues, que je comptais pour eux ; ils me qualifiaient d’ « hyper » : hyper actif, hyper attachant, hyper bavard, hyper gentil, hyper chat. Mais c’est à lui que j’étais le plus attaché.
Un soir où j’étais à la poursuite d’un papillon, je montai facilement mais témérairement sur un sumac de Virginie, un arbuste assez haut pour ma taille, croyant saisir l’insecte volant mais il m’échappa et poursuivit son voyage aérien. Comment redescendre de là-haut ? Le vide m’empêcha de dégringoler et la peur de sauter sur la terre ferme. Je m’agrippai aux branches tout en regardant le sol, tétanisé de trouille et dans une situation inextricable : rester sur l’arbre, isolé  et esseulé, sauter de plusieurs mètres de hauteur et certainement me blesser, dilemme insoluble.
C’est ainsi que je m’égarai pour la première fois. Cette « évasion » involontaire reste pour moi une image confuse. N’avais-je pas plutôt voulu grimper sur un rayon de lune ? Poursuivre une étoile ? Puis décidé de me claustrer derrière mes paupières cadenassées par la peur du vide, il ne me resta plus qu’à appeler à l’aide.  Mon seul recours fut de miauler de manière insistante et récurrente. C’est ainsi que je m’époumonai à en perdre haleine. « miaou, miaou, miaouou… » Pourvu qu’on vienne à mon secours !
Juliette m’entendit et suivit le son de mes plaintes. Mais, comme elle était très loin de posséder des yeux de chat, elle ne me vit pas mais devina seulement ma présence marquée par mes appels de désespoir. Elle alla aussitôt prévenir Félix dont la vue était presque aussi bonne que la mienne. Des yeux de chat ! Il arriva après ce qui me parut un siècle et me trouva enfin, accroché au sumac, y grimpa, me décrocha de ses branches et redescendit avec moi. Comme je fus soulagé de retrouver la terre ferme et mes compagnons humains !
Et puis, quelques mois plus tard, Lucie qui me rendait visite de temps en temps, est revenue me chercher pour me ramener chez elle.
Là, il y avait d’autres animaux, des congénères de mon espèce et d’autres dont deux furets et des bernard-l’ermite. Les furets sentaient vraiment très fort pour mon odorat délicat !
Lucie habitait un petit appartement au troisième étage d’un immeuble d’Espaly-Saint-Marcel. Une fenêtre donnait sur une avenue hostile où roulaient continuellement des flopées de véhicules pressés. L’autre fenêtre donnait sur une cour à peine moins menaçante mais dont la hauteur me parut telle que j’en éprouvai un intense vertige. C‘était infiniment plus démesuré que ma position acrobatique sur le sumac de Virginie.
Prisonnier dans cette geôle sans sortie au péril de sauter dans le vide et de m’écraser sur le sol bétonné, une seule issue m’apparut : celle de manifester verbalement et gestuellement ma détresse, ça avait marché quand j’étais prisonnier sur le sumac, pourquoi pas encore dans ce cas ci : je me mis à griffer les vitres, à tourner en rond comme un ours en cage, à m’agiter avec fureur, à me montrer sous mon mauvais jour aux habitants du lieu, à faire la grève de la faim. Ah, ils verraient ! Je devenais insupportable aux yeux de tous.
Excédée, Lucie téléphona à Juliette et Félix, leur fit part de  cette situation intenable dont ses compagnons et elle faisaient les frais. Elle leur proposa de m’adopter définitivement, moi siamois épris d’air et de lumière, de liberté et d’horizons ouverts. Elle déplorait la situation d’enfermement que je refusais par mes manifestations criantes.
Juliette et Félix, qui s’étaient très attachés à ma personne le temps que j’avais séjourné chez eux, acceptèrent le deal avec joie. Je restai donc dans leur maison équipée d’une petite cour, de verdure, d’une plate-bande de plantes, d’un nichoir à oiseaux, de pots de fleurs. Je pouvais y attraper des lézards, mulots, souris et même des oiseaux. Juliette et Félix détestaient quand je revenais avec une petite boule de plumes morte dans la gueule. Ils m’ont donc mis autour du cou un collier rouge muni d’un tube qui renfermait mon numéro de téléphone au cas où… et d’une clochette. Celle-ci avertissait l’oiseau suicidaire de ma présence dès que je bougeais. Par contre, ce dispositif ne modifia en rien mes chasses aux souris dans lesquelles je passai maître.
Comme j’adore m’aventurer hors de la maison et découvrir des horizons connus de moi et même étrangers, ils m’ont installé une trappe à chat, petit dispositif faisant office de porte à greffier. Je peux ainsi que Félix m’a montré son mécanisme, à savoir actionner porte pour sortir et entrer librement quand bon me semble. C’est génial : même si la grosse douairière et moi restons seuls à la maison, nous pouvons aisément vaquer entre l‘extérieur et l’intérieur, ce que nous ne nous privions pas de faire plusieurs fois par jour.
Quelques mois plus tard, comme j’aime vagabonder dans les environs et les explorer, je me suis retrouvé, après plusieurs escalades, deux maisons plus loin. Que se passa-t-il ? Ai-je eu peur du gros labrador, seigneur régnant sur le lieu ? M’a-t-on délibérément enfermé dans cette maison ? Je ne sais plus.
Le soir, j’entendis les appels de Juliette et Félix jusque tard dans la nuit. Mais, fermé dans une pièce, il me fut impossible de m’échapper. Le second jour de mon absence, Juliette toujours à ma recherche, fit le tour du pâté de maisons et m’aperçut au bord d’une fenêtre du deuxième étage. Elle sonna en vain à la porte de ces habitants qui ne lui ouvrirent pas. Avaient-ils voulu me kidnapper ? Peut-être… En tout cas, je les évite dorénavant. Méfiance, méfiance… Chat échaudé craint l’eau froide !
Je décidai pour finir de descendre en m’agrippant à tout ce que je trouverai sur ma route : aspérités du mur, branchages, treille… Une désescalade dont je m’enorgueillis toujours aujourd’hui ! Les deux murs franchis, je réintégrai ma chère cour ensoleillée et son ombre bienfaisante.
J’appris plus tard que mes maîtres, très inquiets de mon absence et supposant le pire (par exemple une voiture meurtrière sous les roues de laquelle un chauffard m’aurait écrasé, les véhicules étant les ennemis des chats urbains épris de grands espaces) avaient posé alentour des affiches avec ma photo. Depuis, j’ai acquis une relative célébrité dans le quartier auprès des gens qui se préoccupent des animaux et de leur sort.
Cette mésaventure m’est arrivée maintenant il y a un an.
Depuis, je reste sur mes gardes.
Il a fait très chaud en ce mois de juin 2017. La grosse chatte de la maison se traînait, cherchant la fraîcheur qui l’apaiserait. Elle est tellement « enveloppée » qu’elle ne parvient plus à sauter. Comme je la plains !
En revanche, je suis jeune et leste, ce qui m’a été très utile en ces jours de canicule. Dans la cour et au nord, est rangée une bétonnière qui garde la fraîcheur de l’ombre. J’y saute d’un bond et m’y installe, m’endormant dans cette douce léthargie de l’été.
Je passe mes nuits estivales en vagabondages et je rentre, dès potron-minet. Je déjeune et vais me coucher dans le lit, à côté de Juliette qui me caresse. Chouette vie, n’est-ce pas ?

Janvier 2020

Publié dans Animaux | Laisser un commentaire