La 2 CV de mon père

L’achat de cette 2 CV eut lieu   en 1964 et ce fut un peu la gloire de mon père…
Car acheter une voiture dans ces années-là n’était pas encore commun bien que les foyers français eussent commencé à doucement s’équiper d’automobiles.
Cette acquisition  marquait pour mon père une performance et ce fut pour lui une importante fierté.
Il emmenait sa femme et sa fille en balade automobile, plastronnant au volant de sa voiture, fier comme Artaban. Car la modestie n’était pas sa vertu première et cette ostentation le plaçait, du moins le pensait-il,  sur un piédestal qu’il n’avait pas forcément connu.
Chacun manifeste sa réussite comme il le peut et mon père venait d’un milieu de petite paysannerie pour la quelle la vie avait été rude. Alors, pensez donc !
En 1963, j’étais entrée en pension au Puy et tributaire pour rentrer à Pont d’Alleyras, de l’autocar d’André Malartre qui ne faisait le trajet qu’une fois par mois d’Alleyras à notre préfecture . Je restais donc pas mal de temps sans revenir à la maison… Et je languissais…
En achetant sa 2 CV, mon père faisait donc coup double : me permettre de revenir à Pont d’Alleyras une fois tous les quinze jours et se déplacer quand et où il voulait.
Il venait de passer son permis de conduire à la Grand-Combe… Il en était bouffi d’orgueil. C’était une belle ascension qui semble dérisoire aujourd’hui où tout le monde ou presque possède le permis de conduire. C’était alors dans ces années-là un signe de réussite sociale…
Il avait choisi d’acquérir une 2 CV : cette voiture n’était pas trop onéreuse à l’achat, de 5 000 à 6 000 francs de l’époque. En ce temps-là, on payait comptant. Par liasses de billets amassés l’un après l’autre qu’on épinglait en paquets de dix et qu’on cachait dans un tiroir fermé à clé, sous une pile de linge ou dans une boite en fer munie d’une serrure.
Le garage Citroën se trouvait alors au Puy-en-Velay, cours Victor Hugo. Je me rappelle que mon père avait demandé qu’on lui conduise sa 2 CV qu’il avait choisie, beige clair, à la sortie de la ville, sur la route de Bains car il n’était pas suffisamment certain de sa conduite d’un véhicule.
Auparavant, il avait pris la précaution de bâtir un garage à Dourounet, fait de traverses de chemin de fer plantées les unes à côté des autres. Le garage a été  démoli sur  son terrain exproprié lors de la construction du village de vacances.
De cette aventure, je garde la nostalgie de la 2 C.V., cette voiture populaire qui connut un fabuleux destin.

On l’a appelée deudeuche, deuche, dodoche, deux pattes, deux pipes et même deux poils en Belgique, la 2 CV est probablement la voiture qui a laissé les souvenirs les plus marquants dans la société française. Si aujourd’hui, il est devenu rare de la croiser, elle était hier très présente sur les routes françaises et européennes, elle a été produite à plus de 5 millions d’exemplaires entre 1948 et 1990.
La 2 CV est née du projet TPV pour Toute Petite Voiture en 1935. Il s’agissait de créer une voiture destinée aux revenus les plus faibles et au monde rural. Cette TPV devait avoir quatre places assises, aller à 60 kilomètres par heure en vitesse de pointe, être facile d’entretien, et permettre de traverser un champ avec un panier d’oeufs sans les casser !
Quatre ans plus tard, le 1er septembre 1939,  on a commencé la production en usine des premiers modèles de la TPV, mais le début de la deuxième guerre mondiale a sonné la fin de la production quelques jours après et il a fallu attendre  la fin de la guerre et de multiples améliorations techniques pour qu’en 1948 la première deux chevaux sortît des usines.
Sa longue carrière pouvait enfin commencer. D’abord moquée pour ses formes, elle a très vite été adoptée par les Français. Dès 1952, les services postaux l’ont choisie pour l’acheminement du courrier dans les campagnes françaises.
En 1958, une version 4×4 a été produite, on l’appelait la 2 CV Sahara. Elle était équipée de deux moteurs et facilement reconnaissable à sa roue de secours placée sur le capot avant. Sous ses airs fragiles, la 2 CV Sahara a quand même réussi l’exploit de grimper la dune du Pilat dont la pente peut atteindre 40 degrés !
On peut dire que la 2 CV a fait partie du décor des année 1950 et 1960. Avec la tour  Eiffel, , la baguette de pain, le béret, la marinière et le verre de vin, elle était dans l’imaginaire collectif un symbole de la France.
La 2 CV était aussi très présente dans le cinéma français. C’est dans une 2 CV fourgonnette qu’on transporte le cadavre dans le film « Les Diaboliques » de 1952.
Louis Malle tourne une longue scène dans une 2 CV dans son film « Les Amants » en 1958. Dans la scène culte du Corniaud, c’est une deux chevaux qui forcément va marcher beaucoup moins bien ! Idem dans la série du gendarme à Saint Tropez, c’est encore une 2 CV qui est conduite par les religieuses. Si on l’aperçoit dans de très nombreux films du cinéma français, le cinéma international n’est pas en reste. On l’aperçoit dans « Apocalypse Now », « Full Metal Jacket », « Good Morning Viet-Nam », « Armaggedon », « American Graffiti », et j’en passe ! Même l’agent 007  l’a conduite, c’est dire si elle était célèbre.
Mais toutes les histoires ont une fin, et le 27 juillet 1990 à 16h 30, on a tout arrêté. L’entreprise Citroën a décidé de cesser la production de la 2 CV. La dernière 2 CV produite, l’Ultima, une Charleston grise est sortie de la chaîne de production au son d’une fanfare venue spécialement accompagner la dernière deuche. La dernière 2 CV n’a pas été produite dans l’anonymat, les médias français étaient tous présents  pour couvrir cet événement qui tournait la page d’une histoire entre les Français et leur voiture favorite.
https://www.youtube.com/watch?v=F0iOQVH4f3k
Que reste-t-il aujourd’hui de la deudeuche ?
Et bien, plusieurs dizaines d’années après la fin de sa production, on peut encore parler d’un véritable esprit de communauté autour de la 2 CV. Conduire une 2 CV, c’est un esprit, un art de vivre. Les conducteurs de 2 CV se saluent quand ils se croisent au volant et ces passionnés de la deudeuche se sont organisés et ont monté un réseau sur Internet pour faciliter la récupération et l’entretien des pièces détachées.
Chaque année, dans un endroit différent, une rencontre nationale des 2 CV est organisée par les clubs de 2 CV. Notez qu’il y a aussi une rencontre mondiale qui a lieu tous les deux ans dans un pays différent, elles ont déjà eu lieu en République Tchèque, en France ou encore en Espagne. Sachez également que les 24 Heures 2 CV, ça existe ! Les 24 heures de Spa-Francorchamps ont lieu chaque année courant octobre. Il est également possible de conduire une bonne vielle deudeuche sans bouger de chez soi,  car cette voiture de légende est disponible dans le jeu vidéo Grand Tourismo. Allez ! à vos manettes !
https://www.youtube.com/watch?v=IXcfH1ZHuUM

Septembre 2017

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Il y a quarante ans…

ÉLECTIONS MUNICIPALES DU 13 Mars 1977

COMMUNE D’ALLEYRAS

Liste d’Union Démocratique
pour l’avenir d’ALLEYRAS

Pourquoi une nouvelle équipe à Alleyras ?

  • Le mandat que vous allez confier à vos représentants au Conseil Municipal vous amènera aux portes de 1983. Nous vous engageons à réfléchir sur l’importance de ce scrutin lourd de conséquences pour notre commune.

Continuer sur la lancée laisserait à penser que le dépeuplement, commencé il y a maintenant vingt-quatre ans, va se poursuivre, laissant la place à une vaste réserve de chasse sans gibier.
Jugeons plutôt de vingt-quatre années de gestion personnelle :
- L’emploi : absolument rien n’a été fait pour retenir les jeunes et moins jeunes au pays.
- Le commerce : que reste-t-il ?
- Les moyens de transport déjà difficiles compte tenu de notre position géographique, le résultat : gare S.N.C.F. fermée – que sera le service de cars sur Le Puy-Saugues-Costaros dans 6 ans ?
- La laideur et l’emplacement de notre dépôt d’ordures se passent de commentaires (absence aux réunions préliminaires à un Groupement intercommunal).
- L’entretien et le bon emploi des réalisations faites posent des problèmes (chemins non entretenus, réseau d’égouts incomplet).

NOUS PROPOSONS

-EN CE QUI CONCERNE L’EMPLOI (primordial pour la vie du pays)
1°)  Création d’une Maison de retraite ou Maison d’handicapés, pouvant permettre la création d’une vingtaine d’emplois masculins et féminins.
2°) Favoriser l’implantation de l’artisanat (métiers du bâtiment, garagiste, pompe à essence).
3°) Rentabiliser la gestion des divers  bâtiments communaux, évitant d’en faire des chefs-d’œuvre en péril (possibilité de gîtes ruraux, salles de réunions, centres aérés).
4°) Création d’un camping (réclamé depuis dis ans), évitant ainsi le camping sauvage néfaste pour l’environnement  et l’agriculture, et justifiant la création d’un emploi de garde communal.
5°) Favoriser l’implantation des jeunes agriculteurs (remise en culture, irrigation, drainage).

EN CE QUI CONCERNE LE COMMERCE
1°) Boulangerie.
2°) Alimentation générale avec annexes à Alleyras et Vabres.
3°) Création d’un marché hebdomadaire pour redonner un peu d’animation au pays et permettre l’écoulement des produits fermiers.
4°) Envisager la création d’une buvette au bourg.

EN CE QUI CONCERNE LES SERVICES GÉNÉRAUX
1°) Un prêtre pour assurer les services religieux.
2°) Une permanence hebdomadaire assurée en Mairie par un représentant de la Municipalité.
3°) Information régulière de la gestion communale.

L’essor d’ALLEYRAS est l’affaire de tous : au-delà des intérêts particuliers, au-delà des problèmes de groupe, nous devons construire ensemble notre commune.
Notre jeunesse retrouvera, à travers notre action, une raison d’espérer qu’ALLEYRAS reprenne la place qui est la sienne dans les communes de la Haute-Loire.
Soyez des électeurs responsables, oubliez vos antipathies personnelles et conservez l’unité de notre action en votant liste entière.

Votez et faites voter LISTE ENTIÈRE

Pour une équipe jeune,
dynamique et dévouée,
pour une gestion démocratique.

P.S. : Renseignements pris, ceux qui se présentaient sur cette liste étaient, de gauche à droite :
Premier rang : Mr Rivière, Loulou Faure, René Cuoq, Jacky Rodde, Denis Arnaud, Jeannot Pagès
Premier rang : Germaine Vignal, Marcel Raymond, René Vigouroux, Marcel Durand, René Moulin

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Vieillir…

Voici un très joli texte, je l’envoie aux jeunes et aux  encore jeunes de mes amis, c’est tellement vrai, il fallait le talent de Bernard Pivot pour le dire aussi bien…

J’aurais pu dire:
Vieillir, c’est désolant, c’est insupportable,
C’est douloureux, c’est horrible,
C’est déprimant, c’est mortel.
Mais j’ai préféré «chiant»
Parce que c’est un adjectif vigoureux
Qui ne fait pas triste.
Vieillir, c’est chiant parce qu’on ne sait pas quand ça a commencé et l’on sait encore moins quand ça finira.

Non, ce n’est pas vrai qu’on vieillit dès notre naissance.
On a été longtemps si frais, si jeune, si appétissant.
On était bien dans sa peau.

On se sentait conquérant. Invulnérable.
La vie devant soi. Même à cinquante ans, c’était encore très bien…. Même à soixante.

Si, si, je vous assure, j’étais encore plein de muscles, de projets, de désirs, de flamme.
Je le suis toujours, mais voilà, entre-temps j’ai vu le regard des jeunes…..
Des hommes et des femmes dans la force de l’âge qui ne me considéraient plus comme un des leurs, même apparenté, même à la marge.

J’ai lu dans leurs yeux qu’ils n’auraient plus jamais d’indulgence à mon égard.
Qu’ils seraient polis, déférents, louangeurs, mais impitoyables.

Sans m’en rendre compte, j’étais entré dans l’apartheid de l’âge.

Le plus terrible est venu des dédicaces des écrivains, surtout des débutants.
« Avec respect », « En hommage respectueux », « Avec mes sentiments très respectueux ».

Les salauds! Ils croyaient probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur stylo plein de respect ? Les cons !

Et du « cher Monsieur Pivot » long et solennel comme une citation à l’ordre des Arts et Lettres qui vous fiche dix ans de plus !

Un jour, dans le métro, c’était la première fois, une jeune fille s’est levée pour me donner sa place…..
J’ai failli la gifler. Puis la priant de se rassoir, je lui ai demandé si je faisais vraiment vieux, si je lui étais apparu fatigué. !!!… ?

- « Non, non, pas du tout », a-t-elle répondu, embarrassée. « J’ai pensé que ».
- Moi aussitôt : «Vous pensiez que ? »
- « Je pensais, je ne sais pas, je ne sais plus, que ça vous ferait plaisir de vous asseoir ».
- « Parce que j’ai les cheveux blancs  ? »
- « Non, c’est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âgé que moi, çà été un réflexe, je me suis levée ».
- « Je parais beaucoup…beaucoup plus âgé que vous ? »
- »Non, oui, enfin un peu, mais ce n’est pas une question d’âge ».
- « Une question de quoi, alors ? »
- « Je ne sais pas, une question de politesse, enfin je crois ».
J’ai arrêté de la taquiner, je l’ai remerciée de son geste généreux et l’ai accompagnée à la station où elle descendait pour lui offrir un verre.

Lutter contre le vieillissement c’est, dans la mesure du possible, ne renoncer à rien.
Ni au travail, ni aux voyages, ni aux spectacles, ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l’amour, ni au rêve.
Rêver, c’est se souvenir tant qu’à faire, des heures exquises.
C’est penser aux jolis rendez-vous qui nous attendent.
C’est laisser son esprit vagabonder entre le désir et l’utopie.

La musique est un puissant excitant du rêve. La musique est une drogue douce.
J’aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant soit l’adagio du Concerto n° 23 en la majeur de Mozart, soit, du même, l’andante de son Concerto n° 21 en ut majeur, musiques au bout desquelles se révèleront à mes yeux pas même étonnés les paysages sublimes de l’au-delà.
Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés.
Nous allons prendre notre temps.
Avec l’âge le temps passe, soit trop vite, soit trop lentement.
Nous ignorons à combien se monte encore notre capital. En années ? En mois ? En jours ?
Non, il ne faut pas considérer le temps qui nous reste comme un capital.
Mais comme un usufruit dont, tant que nous en sommes capables, il faut jouir sans modération.
Après nous, le déluge ?….Non, Mozart.

Voilà, ceci est bien écrit, mais cela est le lot de tous, nous vieillissons !…
Bien ou mal, mais le poids des ans donne de son joug au quotidien

Bernard Pivot

Septembre 2017

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Claire adolescence de Cayres


Gilbert Boudoussier pense ici à sa mère qui vivait jadis à Cayres et met cette évocation en rimes…

Le ciel surplombe de sa grandeur le clocher de Cayres,
Cette majestueuse église qui a connu ma mère,
Les monts du Devès, et Mézenc, Meygal
En dessinant le haut de la toile.

De son beau pays, je veux revoir sa maison,
Ses fontaines, ses prairies, le tout à l’unisson,
Ses chemins, ses souvenirs et ses routes d’enfance,
Me surprendre à penser à elle dans ce coin de France.

Au cœur de sa chère commune natale,
Lorsqu’elle emmenait ses vaches au « pastural »,
La retrouver sur une de ces photos jaunies
Et constater combien elle était jolie.

Me délecter d’un automne aux framboises
Qu’elle avait goûtées un beau soir,
Parcourir sa grande forêt
Celle bien sûr du lac du Bouchet.

J’imagine ses journées d’adolescence
Où ses quatre frères la guidaient avec obligeance
S’asseoir un instant au carrefour d’une croix
Et où le lieu prend tout son poids.

Ma chère maman, je revisite tes clairières et tes mouchoirs brodés…
Un matin de printemps, tu conduisais ton troupeau au pré,
Je retrouve l’endroit que j’irai revoir,
Qui saura me conter un peu ta belle histoire.

Ta chanson « la fleur de la jeunesse »
N’a pas pris une ride de vieillesse
Ma chère maman, je veux revoir ton plateau
Où tu as vécu tout près de Costaros.

Réentendre le bourdonnement des ruches
A l’ombre des frênes dressés derrière ta maison
Et te deviner à la fontaine portant ta cruche
Contempler ce qui faisait ton horizon.

Je voudrais sentir ces effluves pures
Que tu respirais dans cette nature
En des mémoires si lointaines
Qui ne s’achèveront point.

Je reviendrai sans cesse à ta source
Qui toujours me ramènera à ta jeunesse,
J’arriverai empressé au pas de course
Retrouver tes pierres qui me conteront tes prouesses.

Te revoir au milieu de ta campagne en fleurs
Vivre heureuse dans cette nature préservée,
Redécouvrir ce temps que le vent te racontait
Chantante, insouciante et sans peur.

Au détour d’un chemin, tu fredonnais
Une de tes chansonnettes préférées
Ou des airs de musette qui te faisaient rêver
Quand parfois on te laissait aller danser

Ces jours-là une mésange se posait
Sur un arbre secret connu de toi;
Ces jours-là, un pinson ou un rossignol te chantaient
Une douce mélodie résonnant dans les bois.

Née dans une famille extrêmement croyante
Où la chrétienté était grandissante,
Dans ton église gothique tu priais
De ta ferveur et ta beauté tu resplendissais.

Tes cantiques s’entendaient jusqu’au Puy,
Montant dans le ciel, illuminant la nuit,
Ma chère maman je veux croire à ton Dieu,
Ses obligeances et prières pour que ça aille mieux.

Toi qui de ton allure altière
As croisé les Allemands en temps de guerre
Sur les routes sombres et amères
Au village se chagrinait ton père.

Ma chère maman, je te revois souvent
Quand je traverse ta commune
En plein jour ou sous la lune
Cette image me fascine et je t’entends.
Août 2017

 

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8 août : journée internationale du chat

Fallait-il attendre la miaou pour célébrer la journée internationale du chat ? Certainement pas, se sont certainement dit ses promoteurs en choisissant la date du 8 août.
Cette regrettable plaisanterie étant faite, concentrons-nous sur le sujet et examinons-le d’un regard persan (décidément !)…
En réalité, personne ne sait pourquoi nous célébrons une journée du chat et il semblerait qu’il faille aller chercher du coté de l’internet pour trouver un semblant de justification. On y retrouve en effet un florilège impressionnant de vidéos d’animaux censées nous faire (au moins) sourire. Ceci dit, l’idée n’est pas tout à fait neuve car, dés le 19° siècle, le photographe Harry Pointer (pas le sorcier !) avait déjà réalisé une galerie de photographies mettant en scène les chats. Il ne restait plus qu’à inventer le web, mais ceci est une autre histoire…

Le lolcat, un phénomène interne
Cette journée internationale du 8 août fait donc la part belle aux Lolcats qui ont largement envahi la toile avec des vidéos ou des animations (les fameux gif chat-nimés).http://www.lolchat.fr/voici un lolcat : http://www.lolchat.f

http://www.rfi.fr/hebdo/20150807-lol-cat-journee-internationale-chat-felin-pas-comme-autres

http://www.lexpress.fr/styles/chats-celebres_1564894.html

J’adore le notre, Léo toujours en vadrouille.
La grosse chatte n’est pas à l’aise quand elle le voit trop s’approcher.

8 août 2017

 

 

 

 

 

 

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Les étonnants pouvoirs de transformation du cerveau

Olivier vient de m’envoyer ce document https://www.youtube.com/watch?v=lhpL5orMBWQ&feature=youtu.be
Norman Doidge, psychiatre canadien, explore les avancées scientifiques dans le domaine du traitement des troubles mentaux. Une plongée passionnante dans le champ de la neuroplasticité : réparation du cerveau après des tocs, un trouble de stress post traumatique, un accident vasculaire cérébral.
Thérapie par contrainte induite : s’efforcer de faire travailler la partie lésée.On établit de nouvelles connexions cérébrales.

Août 2017

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Les neurones se remodèlent et se reconnectent en permanence jusqu’à la fin de la vie

Quand je fréquentais le foyer d’accueil médicalisé pour cérébro-lésés, le sous-directeur de cette institution m’avait donné le document (article de Patrice van Eersel) que je reprends ici. Si les personnes qui ont des lésions neurologiques dues à un accident ou leurs proches en prennent connaissance, leur espoir d’une amélioration de leur état sera affermi.

Voilà quelque temps qu’une expression circule : « plasticité neuronale ». Vous l’avez certainement déjà entendue, mais peut-être sans réaliser combien elle bouleverse notre vision du monde. Ce que démontrent les « neuroplasticiens », comme les appelle le neurologue américain Norman Dodge, c’est que l’image même que nous nous faisons de notre cerveau change sa structure. Autrement dit, en lisant cet article, vous modifierez vos neurones… mais la modification sera encore plus importante si vous tombez amoureux !

Pour schématiser à,l’extrême, on a aujourd’hui la preuve que quasiment n’importe quelle zone du cerveau est modelable, au prix d’efforts puissants mais accessibles, et que les zones corticales « spécialisées » dans telle ou telle fonction sensorielle (toucher, vision, audition…) ou motrice (commandant nos centaines de muscles…) peuvent se remplacer les unes les autres. Une plasticité vertigineuse ? Certaines personnes fonctionnent avec seulement un demi-cerveau ! D’autres avec 90% des liaisons entre néocortex et bulbe rachidien rompues ! Autrement dit, l’engin cosmique que nous portons dans notre boite crânienne est habité de potentialités infiniment étonnantes que tout ce qu’on avait pu imaginer de plus fou. Cela ouvre des perspectives faramineuses, pour développer des capacités inconnues, mais aussi pour « réparer » ceux qui souffrent de troubles psychiques et neuronaux, c’est-à-dire une foule de gens. Aujourd’hui, les lycéens apprennent la « triple plasticité du système nerveux ». En peu de temps, sous l’influence d’émotions, d’images, de pensées, d’actions diverses, peuvent se produire plusieurs phénomènes : 1°) vos neurones peuvent se développer (jusqu’à décupler leur taille) et multiplier leurs synapses (ou au contraire se ratatiner si vous ne faites rien); 2°) vos réseaux de neurones peuvent s’adapter à de nouvelles missions, jusqu’à  remplacer un sens par un autre (la vue par le toucher, par exemple); 3°) enfin, l’ensemble de votre cerveau peut entièrement se réorganiser, par exemple à la suite d’un accident.
Mais savez-vous que, jusqu’aux années 70, l’expression même de « plasticité neuronale » était littéralement tabou chez les neurologues et les neuropsychiatres ? Parmi les nombreux livres qui, depuis quelque temps, racontent comment ce tabou été renversé, le plus intéressant est sans doute celui de Norman Dodge, psychiatre de Toronto et chroniqueur au National Post canadien. Son livre, les étonnants pouvoirs de transformation du cerveau, vous embarque dans une vraie saga. Fantastique et surtout stimulante, parce que les histoires qu’elle raconte reviennent finalement à dire que, si vous le voulez vraiment, vous pourrez garder un esprit élastique jusqu’à votre mort – même si vous dépassez les cent ans. Cette élasticité dépendra essentiellement de deux données : votre goût pour le nouveau et votre capacité à l’empathie. Quant à ceux qui souffrent d’un handicap neuronal ou psychique, cette nouvelle vision représente pour eux une immense bouffée d’espoir.
Norman Dodge est un bon conteur. il nous présente plusieurs personnages hors norme,  grâce à qui ces réalités si longtemps méconnues sont devenues accessibles. Des personnages étonnamment modestes – ce qui n’est pas toujours le cas des grands champions en médecine.
Le premier portrait de Dodge est celui d’un « médecin-ingénieur-bricoleur »américano-hispanique, du nom de Paul-Bach-y-Rita. Un type absolument inattendu, habillé à la charlot, et d’une convivialité exquise…
Tout commence vraiment en 1959, le jour où Pedro Bach-y-Rita, vieux poète et érudit catalan émigré aux États-Unis, se retrouve paralysé par un accident vasculaire cérébral (AVC). Le pronostic des spécialistes est rapide : rien à faire, il sera hémiplégique à vie et ses jours sont comptés. Le fils aîné de Pedro, George Bach-y-Rita, est  un jeune psychiatre qui refuse de croire son père fichu. Une inspiration « délirante » (il ne connaît rien à la rééducation) lui dicte de considérer le paralytique comme un nouveau-né et de lui réapprendre tous les gestes à la base. Avec l’aide d’un ami et d’équipements bricolés, il va mettre le vieux monsieur à plat-ventre dans le jardin, pour le faire ramper, puis marcher à quatre pattes sous les yeux des voisins choqués. Au bout d’un an d’exercices quotidiens acharnés, Pedro Bach-y-Rita jouera du piano, dansera et redonnera des cours à la faculté, à la stupeur des toubibs. Personne n’y comprend rien, pas plus George que les neurologues.
Pourtant, le fils cadet du « miraculé », Paul Bach-y-Rita, qui revient d’un long voyage et a suivi avec émerveillement l’achèvement de l’exploit de son frère et de son père, prononce un mot : neuroplasticité. Mais à l’époque, personne ne sait de quoi il parle. Paul est un génie de psychopharmacologie, et va bientôt se mettre à l’ingénierie biomédicale, ainsi qu’à la neurophysiologie de l’œil et du cortex visuel. Sa lecture transversale et hétérodoxe des données scientifiques disponibles (en particulier des expériences allemandes prouvant que le cortex visuel du chat est également sensible aux sensations tactiles, l’en a convaincu : notre  système nerveux est une entité vivante infiniment plus modelable et élastique que ce que nous croyons. Quand son père meurt, six ans plus tard, de sa « belle » mort, Paul fait autopsier son cerveau et découvre cette chose stupéfiante : 97% des nerfs reliant son cortex cérébral à sa colonne vertébrale avaient été détruits par l’AVC. Il a donc vécu durant six ans avec 3% de connexions seulement  – et c’est sur cette base que son fils George l’a rééduqué ! Mais les neurones correspondant à ces 3% se sont formidablement développés, pour remplir toutes les fonctions vitales – ce qui est strictement impossible en théorie.
Confirmé dans ses intuitions, Paul va se mettre dans l’invention d’une machine incroyable : un fauteuil qui, par transformation d’images en impulsions électriques, permettra à es aveugles de voir par la peau ! Trente ans plus tard, ce fauteuil pesant deux tonnes est devenu un appareil minuscule qui, au lieu d’envoyer ces « pixels électriques » à tout le dos de la personne, lui irradie (très discrètement) la langue. Et de cette façon, l’aveugle « voit » avec sa bouche, suffisamment pour reconnaître la silhouette d’une actrice, ou éviter un ballon qu’on lui envoie dessus ! Des images « visuelles » arrivent donc à sa conscience à partir de son ressenti tactile.
Le premier article de Paul Bach-y-Rita dans la revue Nature date de 1967, mais il faudra attendre les années 1960 pour qu’il soit vraiment pris au sérieux. Il ne s’en est jamais vraiment vexé – les pionniers, souvent un peu mégalos – qui finissent paranoïaques parce que leur milieu les rejette, devraient prendre exemple sur lui ! Aujourd’hui vieux à son tour, Paul Bach-y-Rita dit en riant qu’il peut « relier n’importe quoi à n’importe quoi ». Par exemple, cas le plus simple, détourner quelques uns des nombreux nerfs de la langue, pour redonner de la motricité à des parties « mortes » du visage de certains accidentés (dont le cerveau apprend que telle partie de leur langue est en fait leur joue). Longtemps, il été considéré comme un farfelu. Les derniers à avoir cru en lui sont les centaines de personnes qui, sous sa conduite, ont retrouvé leur motricité, leur dextérité, leur équilibre, leur vie ! Certes, pour y parvenir, tous ont dû fournir des efforts colossaux, quotidiennement, pendant des mois, des années. Il faut franchement en vouloir (au moins autant que le vieux papa de ce génie) et ne pas se décourager devant la lenteur des progrès et l’apparente impossibilité de la tâche. Moyennant quoi, l’adaptabilité de notre système nerveux central dépasse l’entendement.
Désormais, les neurologues décrivent les « zones » de notre cerveau comme des « processus plastiques interconnectés », susceptibles de traiter des informations d’une diversité insoupçonnée. Certes, ces zones ne sont pas sans spécialisation : la zone de Broca joue bien un rôle essentiel dans le langage, comme la zone de Wernicke en joue un  dans la vision. Mais ces spécificités ne sont pas aussi rigides et cloisonnées qu’on le pensait. En leur temps, au XX° siècle, le Français Paul Broca et l’Allemand Carl Wernicke – et jusqu’à l’Américain Wilder Penfield, un siècle après eux – furent eux-mêmes des génies, d’avoir su localiser les zones corticales qui allaient porter leurs noms. Mais à leur suite, s’est développée une vision fondamentalement « localiste » du cerveau, avec des zones immuables, supposées être « câblées » comme des machines électriques, ce qui a rigidifié toute la neurologie. Si une zone était détruite, il n’y avait plus grand chose à faire… Et comme les disciples ont toujours tendance à ériger les idées les idées de leurs maîtres en dogmes, la rigidité psycho-neurologique est devenue plus dure que du béton.
La tendance « localiste » a des fondements puissants.Nos réflexes les plus archaïques dépendent incontestablement de notre moelle épinière et de notre bulbe, et nos pulsions vitales de petites structures enfouies au centre de notre crâne, familièrement groupées sous le terme de « cerveau reptilien ». quant à notre énorme néocortex, qui enveloppe tout, il est clair que sans lui, nous n’aurions aucune des capacités humaines, réflexion, langage, discernement… il n’empêche : découvrir que tout cela est infiniment souple et adaptable donne un formidable souffle nouveau à notre connaissance de nous-même et à nos thérapies. Nos cent milliards de neurones et nos dix milliards de connexions synaptiques constituent une jungle grouillante, que nous pouvons influencer et « jardiner », jusqu’à en redessiner les structures de fond.

Le thérapeute mathématicien de la plasticité
Un autre grand personnage de cette révolution est l’Américain Michael Mezernich. Lui aussi a l’intuition de la neuroplasticité dans les années 60, quand il est encore étudiant à l’université de Hopkins et qu’il suit avec passion les travaux de David Hubel et Torsten Wieselsur l’aire visuelle du cerveau (qui leur vaudront le prix Nobel de médecine en 1981). Hubel et Wiesel prouvent que la spécialisation du cerveau n’est pas génétiquement à 100%% prédéterminée et que tout se joue dans les premiers mois de la vie : un nouveau-né à qui l’on banderait les yeux pendant un an ne verrait jamais. La fonctionnalité cervicale se développe dans l’action. Mais pour eux, cette relative plasticité neuronale s’arrête ensuite.  Une fois structurés, les réseaux de neurones le sont à jamais. Michal Mezernich va patiemment prouver le contraire : rien n’est jamais arrêté dans le cerveau…
Sa démonstration va essentiellement reposer sur des expériences écologiquement incorrectes – sur des singes – à l’aide de micro-électrodes (le super scanner de l’IRMf – imagerie à résonance magnétique nucléaire fonctionnelle- viendra plus tard confirmer ces données). Pour faire bref, Mezernich démontre que les neurones se comportent comme des êtres à la fois indépendants et collectifs, en compétition les uns avec les autres et utilisant leurs réseaux pour « coloniser » tout territoire vacant. Ce n’est pas que les neurones puissent repousser (un adulte en perd vingt à trente mille par jour), mais leur taille, leur puissance et surtout leurs connections entre eux varient dans des proportions considérables. Si l’arrivée du nerf sensoriel au milieu de votre main est coupé, vous n’allez momentanément plus rien sentir de cette partie de votre corps. Puis une certaine sensibilité va peu à peu revenir. Pourquoi ? Parce que les nerfs des périphéries de votre main vont progressivement occuper l’espace neuronal ainsi neutralisé et remplir la fonction délaissée. Cette mobilité spontanée est permanente et peut s’avérer rapide : Mezernich découvre que nos aires cérébrales changent selon les mois, les semaines, parfois les jours. Et il parvient à mathématiser une loi fondamentale du processus : « le temps sensoriel engendre l’espace neuronal ». Par exemple, si avec votre pouce, vous sentez systématiquement, dans l’ordre temporel, votre index, puis votre majeur, puis votre annulaire, les neurones correspondant à l’index, au majeur et à l’annulaire se rangeront spatialement dans cet ordre-là, à l’intérieur de votre cerveau.
Une logique globale règne sur l’ensemble : si l’on inverse les nerfs des pattes droite et gauche d’un singe, après une période de chaos, le cerveau du pauvre animal se rééduque de lui-même et rétablit le circuit dans le bon ordre !
Bref, Michael Mezernich brise le tabou et impose le mot « plasticité » en neurologie. Au point que le fameux Torsten Wiesel fera un geste rare : le prix Nobel reconnaîtra s’être trompé, adoubant en quelque sorte une nouvelle façon de penser. Une façon théorique, mais surtout thérapeutique. Car Mezernich va passer l’essentiel de son temps à développer une méthode, le Far For Words, destinée aux personnes en difficulté, en particulier aux enfants présentant des déficiences verbales et mentales et aux seniors souffrant de maladies dégénératives. En suivant des exercices audiovisuels, d’abord très lents, puis de plus en plus raides, des milliers de personnes vont ainsi mettre leur plasticité neuronale directement au service d’une rééducation et d’une guérison inespérées. En fait, les conseils essentiels de Michael Mezernich sont simples :
- ne jamais cesser d’apprendre, régulièrement, toute sa vie, des choses nouvelles dans des disciplines nouvelles, de façons nouvelles;
- se méfier de la pollution chimique… sonore;
- ne pas se décourager devant la lenteur de la rééducation, qui avance par paliers;
- comprendre que les médicaments neurochimiques peuvent aider, mais ne remplacent pas l’exercice;
- éviter la tension, le diabète, le cholestérol, le tabac, qui sont les ennemis de la plasticité neuronale;
- aimer les aliments anti-oxydants (fruits, légumes, poissons), l’activité physique, le calme, la gentillesse, le rire et l’empathie, qui favorisent la plasticité.

Pourquoi la neuroplasticité change tout
Beaucoup de révolutionnaires de la première moitié du XX° siècle, qui avaient espéré « créer un homme nouveau », ont fini très pessimistes, après les horreurs auxquelles ils avaient assisté, tel Arthur Koestler, concluant ses dernières synthèses scientifiques, dans les années 60-70, par l’idée que l’humanité était vraisemblablement atteinte d’une « erreur de fabrication » irrémédiable. Pourquoi ? Notamment parce que notre néocortex, siège de la pensée, de la raison et du langage, fierté éblouissante de notre engeance et nouveauté absolue sous le firmament, entrait inexorablement en court-circuit avec nos cerveaux archaïques, sièges de nos pulsions vitales, égoïstes et sauvages. Entre les deux, il n’y avait finalement pas de médiation possible – quoi qu’aient pu tenter la psychanalyse et la psychiatrie. Et cela dégénèrerait donc toujours en catastrophe, jusqu’à l’hécatombe terminale.
Ces désabusés n’avaient pas forcément tort.Sauf sur un point. Essentiel. Leur défaitisme reposait entièrement sur la vision d’un cerveau fixe, sinon immuable, du moins ne pouvant se transformer qu’à très long terme, à l’échelle darwinienne de dizaines ou de centaines de milliers d’années d’évolution. Mouvement trop lent pour faire face aux métamorphoses fulgurantes de la civilisation. Or, ce que nous apprenons, un demi-siècle plus tard, contredit cette vision dans des proportions si ahurissantes qu’il faut véritablement s’accrocher à son fauteuil, pour oser intégrer ce que ces nouvelles découvertes nous disent. Une mutation auto-contrôlée de l’être humain est neuronalement possible. Cette mutation doit se dérouler à la fois sur les plans individuel et collectif, car nos cerveaux sont fondamentalement bâtis pour être reliés à d’autres cerveaux. Sans cela, ils ne pourraient même pas s’édifier.
http://www.ffcpro.org/votre-cerveau-na-pas-fini-de-vous-etonner/

Août 2017

 

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La passerelle sur l’Allier à Vabres

Dans le numéro 91 de la revue Volcan d’août-septembre 2017, la page patrimoine est consacrée à Alleyras avec un article signé Sylvain Bret et des photos prêtées par Marie-Louise Arnaud et les sources de Jean-Baptiste Vigouroux (ouvrage : « Alleyras-Vabres et alentours »), conversation extraite du blog Alleyras-capitale.info.

Alleyras et Vabres, situés presque en face, sont séparés par l’Allier, rivière fantasque aux eaux froides l’hiver et aux crues dévastatrices. Ces deux villages étaient pourtant liés par des activités communes, comme par exemple, la fabrication des tuiles et de la poterie ; aussi, pendant longtemps, une liaison par barque avait existé. Un petit rocher, « lou ronquet », situé dans le lit de la rivière, servait d’indicateur de crue ; s’il était immergé, le passage devenait dangereux, voire impossible. Si l’on, y ajoute l’éventuelle indisponibilité du batelier, on comprend que le passage était assez aléatoire.
En 1870, après la construction du nouveau pont métallique de Pont d’Alleyras, la liaison devint sure mais au prix d’un long détour. Comme l’on disait à cette époque où l’ »on ne se déplaçait qu’à pied : « cela portait peine ».

Un moyen de passage permanent devint nécessaire
En 1929, l’évêché décida de fermer le presbytère de Vabres et l’abbé Balmesse fut le dernier curé de la petite paroisse. Après un dernier baptême (Jean Martin), il s’en alla rejoindre ses nouvelles ouailles à Saint-Arcons-d’Allier ; Vabres fut ré&uni à la paroisse d’Alleyras et une liaison directe parut tout de suite indispensable.
L’abbé Merle, curé d’Alleyras, prit immédiatement et efficacement l’affaire en main. En 1930, il fit construire, avec ses deniers, une petite passerelle en planches fixées sur des rails de chemin de fer. Localement, l’ouvrage était ainsi surnommé : la passerelle du curé.
Hélas, une crue d’octobre de la même année emporta le fragile édifice. Il envisagea alors une construction plus sérieuse et hors de portée de la capricieuse rivière.

Le projet
Finançant lui-même l’opération, une souscription a néanmoins été ouverte dans l’ex-
Photo prise sur la passerelle qui daterait de 1934 (inauguration) : Jean-Baptiste Vigouroux (différent du contributeur à l’article, une femme non identifiée portant un enfant, Eugène Vigouroux, Louise Vigouroux (née Vincent) et Marie-Louise Arnaud (née Vigouroux).

paroisse de Vabres, afin de récolter un peu d’argent, bien sûr, mais aussi l’engagement des habitants à assurer, avec leurs attelages  le transport des matériaux nécessaires au chantier et, très important à l’époque, la fourniture de bouteilles de vin afin de désaltérer les ouvriers de l’entreprise Berbigier, chargée de la bonne exécution des travaux.
Il est à noter que c’est la famille Clément qui, du Mazet de Vabres, qui fournit la plus importante participation.
Le concepteur de l’ouvrage s’était visiblement inspiré des ponts de lianes de jungles africaines telles que le montraient les illustrations des livres de géographie de l’époque.

La réalisation
La construction démarra en 1936. Un solide massif de maçonnerie fut construit sur chaque rive, ces ancrages servaient de départ en  hauteur pour les passagers et à l’amarrage des câbles d’acier achetés d’occasion aux mines de la Grand-Combe.
Deux câbles inférieurs sur lesquels étaient fixées perpendiculairement, des planches (tous les 470 ou 50 cm), servaient au cheminement tandis due deux câbles supérieurs servaient de main courante. Au total, 600 m de câbles neufs ont été utilisés.
La longueur entre massifs était de 925 m et la hauteur au-dessus de l’étiage d’environ 4 m, ceci au plus bas de la flèche.

L’inauguration
La fête fut organisée la même année pour inaugurer la passerelle. La messe eut lieu le matin sur « la rive de Piras » (propriété de Vigouroux), suivie de la bénédiction de l’ouvrage puis repas champêtre. On se sépara l’après-midi après les Vêpres. Les anciens se souviennent encore avec émotion de cette belle journée.
Le passage sur cette passerelle était quand même un peu périlleux. A cause de la flèche, au centre, les jours de grand vent, les oscillations étaient impressionnantes, pourtant aucun accident grave ne fut signalé.
Afin d’éviter une recherche en responsabilité, une pancarte, fixée à chaque extrémité, prévenait le candidat au passage : « Passerelle privée, défense de passer ».

Portraits de quelques utilisateurs
« Quand, à plusieurs garnements, nous nous rencontrions, pour la traversée, arrivés au milieu, juste au-dessus de la rivière, en nous balançant, nous jouions les « Maneken-Pis » dont nous ignorions pourtant totalement l’existence. Après nous être convenablement préparés, au signal de l’un d’entre nous, nous nous efforcions d’uriner le plus loin possible. Ce brillant exercice (de notre point de vue), hélas par nature éphémère, nous remplissait de ravissement… », raconte Jean-Baptiste Vigouroux.
Il y eut des passagers insolites telle une chèvre, il est vrai, fermement guidée et maintenue par son propriétaire. Un ou deux chiens traversaient également seuls et sans complexe, mais la plupart de leurs congénères préféraient affronter le courant malgré l’eau froide : à leur avis, c’était moins dangereux.
Certaines personnes, sujettes au vertige, après s’être engagées, restaient bloquées par la peur ; il fallait alors aller les secourir en les soutenant. Quelques ivrognes eurent aussi des difficultés provoquant inévitablement des rires sarcastiques…
Lorsque l’école publique de Vabres ferma, certains élèves se rendirent par cette passerelle à l’école d’Alleyras. A1fin d’obtenir un chemin continu plus sécurisant, on cloua des planches parallèles aux câbles sur celles qui existaient perpendiculairement.

Fin du pittoresque ouvrage
Un funeste jour de 1973, une crue de l’Allier, plus importante que les précédentes, arracha et emporta les câbles inférieurs supportant le cheminement, ainsi qu’un des câbles supérieurs, mettant ainsi fin à 39 ans de bons et loyaux services.
Gérard Varlot (du couvent d’Alleyras) rapporte (dans une conversation transcrite sur le blog de Marc Gouttebroze) : « l’eau est montée tellement haut que la passerelle s’est mise en travers, en arrondi. Derrière, tout ce qui flottait s’y est arrêté. Cela faisait une force colossale, et les beaux câbles qu’il y avait, ces câbles-là, on n’aurait pas cru qu’ils
La passerelle sur cette photo d’une version différente de la première, faisait environ 100 mètres de long et 4 mètres de haut en bas de la flèche.

pouvaient lâcher, et bien pourtant, ils ont tous lâché. Ils ont cédé du côté d’Alleyras et sont allés se coller dans le champ, le long de l’Allier. J’étais sorti observer la crue ce matin-là. C’était impressionnant de voir la passerelle dans cet état ».
Il ne reste aujourd’hui, outre les regrets, que deux imposants massifs toujours reliés par un câble solitaire devenu invisible, car caché par la végétation, tandis que celui côté Vabres garde, scellé, sur son flanc aval, un témoin du nivellement général de la France : Altitude 693 mètres…

 

Août 2017

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Travaux à Poutès le 1er août 2017

Lu sur Internet ce 2 août 2017. http://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/haute-loire/travaux-du-nouveau-barrage-poutes-43-ont-commence-1305599.html

 

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La route de Stéphane Lavoué

Marko Gouttebroze a publié un témoignage qui m’a donné envie d’approfondir le dernier article d’Alleyras Capitale que j’ai reçu ce jour.

Stéphane Lavoué, blogueur à Médiapart et « croqueur de territoires », parle de son expérience de marcheur en Haute-Loire.

« Aumont-Les Faux (1) sur le Gr65.
Je passe la nuit dans un gîte d’étape de Saint-Jacques de Compostelle. J’ai décidé de pendre le chemin, au moins pour quelques jours. Mais à rebrousse-poil. Vers le Puy en Velay. Attablé avec les autres pèlerins, je jure parmi les convives: trop propre, trop frais, trop neuf. Et je suis le seul à avoir mes chaussures de marche aux pieds. Et pour cause : je n’ai pas encore marché ! Par contre, côté stylisme, je suis raccord : mon voisin de droite porte la même chemise que moi et celui de gauche le même t-shirt avec lequel je marcherai demain. C’est Compostelle, oui, mais via Décathlon !
Je quitte le gîte tôt le lendemain. De peur de devoir croiser d’autres clones. En sortant d’Aumont, dans un champ, une jeune fille passe la tête hors de sa tente. Son copain est là aussi, en bagnole, lui. Il la rejoint le week-end sur une étape du chemin de Saint-Jacques qu’elle a amorcé il y a plusieurs mois de Bretagne. De Plovan! Une Bigoudène. Dingue ! Je fais quelques photos et reprends le chemin. Pas pour longtemps : je broute. Une photo par-ci, une autre par là. Ça n’avance pas. Je décide de tracer.

Saint-Alban sur Limagnole (2). Son église romane. Son hôpital psychiatrique. Dans l’église une femme prie en chantant, accrochée à un bâton de pèlerin. C’est Anne-Marie. Depuis que son mec est mort, elle a perdu la voix et tente de la retrouver en la faisant raisonner dans l’édifice. Comme je commence à la photographier, elle me propose d’aller faire des images de son défunt compagnon chez elle. Nous y allons à petits pas. Anne-Marie boite. Une fois dans l’appartement, elle me tend son trésor : un album photo. Ils avaient 20 ans, ils étaient beaux. Une gueule à la Patrick Dewaere. Elle posait nue pour lui. En repartant, je remarque leurs deux noms sur la porte d’entrée. Celui d’Antoine est rayé de plusieurs traits de stylo bic. Il a disparu. »

 

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« Le Faux-Le Clauze (3)

C’est pas mal de remonter Saint-Jacques. On marche seul, en croisant de temps en temps les pèlerins descendants. Mais forcément ça intrigue un peu, un type qui marche à contre-sens. Je suis tantôt un « lâche » (« mais pourquoi vous faites déjà demi tour???? ») tantôt un héros (« vous revenez d’Espagne??? »). J’en ai croisé un vrai de héros. En sortant du Fazet cet après midi, entre deux orages. De loin, une silhouette atypique se détache de l’horizon. C’est sûr, pas la silhouette type du « Pèlerin Décathlon » (dont je fais partie) colorée et synthétique, dont le sac est optimisé au gramme près. Lui se balade en pantalons bouffants, une guitare en bandoulière, des sacs en plastique, une besace et un poncho pendouillant sur l’épaule. La barbe blonde, un chèche palestinien et un bonnet de laine multicolore enfoncé sur les oreilles, je n’ai pas de mal à le croire quand il me dit qu’il a du mal à sécher après la pluie!!! Un vrai troubadour! Après avoir abandonné sa vie à Francfort, il vit libre sur la route. Il ira jusqu’en Espagne, si ses jambes et sa tête le lui permettent! Son cœur lui, tiendra bon, me dit-il! »

 

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« La Clauze – Saint-Privat-d’Allier

Je quitte le château fort dans lequel j’ai dormi à 7h du mat. Partir tôt pour éviter les orages. Grosse étape. 30km.
Arrivé à Saugues, je croise mon premier bureau de poste. Mes épaules douloureuses m’engagent vivement à y déposer une partie de ma (sur)charge.
La postière se marre en me voyant débarquer. Les marcheurs en surcharge, c’est son quotidien. Direct elle me sort le colis XL. Et je lui laisse 2,4 kg de barda inutile. Du coup, je repars et m’envole littéralement vers Monistrol-d’Allier. À la descente, je croise Pierrot, 85 ans, et ses moutons. Vieux garçon, il a toujours vécu dans ses montagnes. Il me dit qu’à mon âge, il la faisait en 8 min, la descente. Un tout droit. Je lance le chrono. J’arrive en bas 40 minutes plus tard… »

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« Saint-Privat-d’Allier – Le Puy-en-Velay

Je pars confiant. 24km. Après les 30 de la veille, un jeu d’enfant. Départ 8h sous la pluie et l’orage. Mes pieds se noient dans mes chaussures, transformées en quelques minutes en aquarium. L’humidité réveille les douleurs. Le chemin de traîne. C’est d’abord l’orteil gauche qui, à chaque pas, me fait hurler. Une douleur qui pourrait me faire jeter l’éponge. Et puis non. Aussi vite apparue, la douleur disparaît. Aussitôt remplacée par une autre : changement de pied, c’est la voute plantaire maintenant. J’ai l’impression de marcher pieds nus dans un champ de pierre avec un sac de 150kg. S’arrêter quelques minutes ? Pourquoi pas. Mais chaque redémarrage est un calvaire. Alors marchons ! En descente, je slalome entre les cailloux. Mais en terre volcanique, je ne peux pas longtemps éviter la collision frontale et régulière entre mes orteils et un bout de lave solidifiée. Et à chaque fois, j’ai l’impression de shooter pieds nus dans le coin du lit !! Enfin le Puy, demain repos ! »

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« Le Puy-en-Velay – Polignac – Le Puy-en-Velay
.
Petite balade au Château de Polignac. 15 Km quand même ! Et je retourne au Puy. La seule fois où j’y étais venu, il y a 10 ans, c’était pour un portrait d’un jeune loup de l’UMP. Un type inconnu alors, qui avait des ambitions nationales : Laurent Wauquiez.
J’avais fait une photo de lui, parue en Der de Libé, en tenue de runing : short t-shirt basket. A peu de chose près la tenue des pèlerins-décathlon d’aujourd’hui. »

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« Le-Puy-en-Velay – Costaros

Envie de quitter la ville très vite. La marche me manque. Cette fois encore, je vais suivre un très vieux chemin : la Regordane (4). Contrairement à Saint-Jacques, il n’y a personne. Les derniers pèlerins ont dû passer il y a 500 ans. Les villages sont déserts. Quelques tracteurs dans les champs, des vaches. A Tarreyres, je croise Guy dans son poulailler. Avant de prendre sa retraite il y a 10 ans, il était paysan. Des vaches, du lait. Il en a bavé : tous les jours, pour emmener ses vaches au pré, il devait faire passer le troupeau sous la Nationale 88. Et faire traverser deux fois par jour, 40 vaches dans un petit tunnel pour piéton, ça a pourri sa vie pendant 30 ans. Surtout qu’il ne voulait pas reprendre la ferme familiale. Il devait rentrer aux Télécoms. Mais comme il était le dernier de la fratrie, il n’a pas eu le choix.
Alors, depuis qu’il est en retraite, Guy est heureux. Il parcourt les champs à la recherche de bombes volcaniques et de météorites qu’il entasse ensuite autour de sa maison en pierre de lave. Il m’en offre une avant de partir. Un porte-bonheur. Pour éloigner les vipères ! »

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(1) Les Faux-Aumont-Aubrac : étape lozérienne sur le Haute-Loire sur le chemin de Compostelle sur le plateau de la Margeride
(2) Saint-Alban-sur-Limagnole : bourg en terre du Gévaudan en Lozère avec église et château féodal
(3)  le Clauze : gîte d’étape des pèlerins à 24 km de Saint-Préjet-d’Allier
(4) la Régordane : le chemin de la Régordane passe par la Haute-Loire, l’Ardèche, la Lozère et le Garden passant par Le-Puy-en-Velay, Bizac, Costaros, La Sauvetat, Pradelles, Langogne, Luc, La Bastide, Puylaurent, Prévenchères, La Garde-Guérin, Villefort, St André Capcèze, Concoules, Génolhac, Chamborigaud, Portes, Le Pradel, St Martin de Valgalgues, Alès, St Hilaire de brethmas, Vézénobres, Ners, Boucoiran, St Genies de Malgoirès, la Rouvière, La Calmette, Nîmes, Boulliargues, Garons et St Gilles.

(5)

Juillet 2017

 

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