Page polynésienne

Un de mes grands plaisirs au cours de mes années sur l’île de Raiarea1 furent mes échappées belles sur le lagon2.
Il y avait en ce temps-là deux sortes d’escapades : celles que je faisais en compagnie de Marie et celles que je faisais en famille et à Tahaa3.
Comme j’habitais au bord du lagon, Marie, qui logeait côté montagne  dans un faré local  on ne peut plus rudimentaire fait de bois et de tôles, venait me rejoindre et nous prenions ensemble le chemin vers le Pacifique…
Elle marchait lentement avec un léger dandinement au rythme de ses pas pesants chaussés de savates sur lesquelles elle chaloupait. Ces savates ainsi nommées par les insulaires n’étaient autres que des tongs de plastique que vendait le Chinois du coin.
Vêtue d’un tee-shirt large et clair sous lequel se devinaient ses très lourds seins, et la taille ceinte d’un paréo coloré, Marie était une tahitienne aux cheveux  bruns très, très longs qu’elle nouait en chignon.
Comme beaucoup de femmes des îles, elle était jolie et fort obèse. Elle promenait ses cent cinquante kilos en se balançant légèrement sur ses tongs locales. Quand je lui avais demandé comment elle connaissait son poids, elle m’avait répondu que l’aiguille du pèse-personne sur lequel elle était montée affichait le maximum de sa possibilité. Peut-être Marie pesait-elle davantage…
Elle avait pris soin avant de me rejoindre de placer dans son chignon deux citrons verts cueillis en chemin.
Et puis, elle traversait la route côtière et pénétrait chez moi. Je l’attendais.
Elle passait la plupart de son temps à sourire et à profiter des plaisirs que la vie  sur l’île lui offrait gratuitement.
De toute façon, elle n’avait ni emploi ni qualification professionnelle et dépensait donc très peu d’argent.  Son apparente insouciance –du moins était-ce ainsi que je l’appréhendais- allait de pair avec sa nonchalance bien affichée. Je lui offrais un café puis nous prenions un masque et un tuba chacune, un long tournevis que l’eau de mer et la rouille avaient  altéré, un sac de toile, parfois une canne à pêche en bambou et le matériel de pêche adéquat. Marie qui était manuelle avait bricolé de fort adroite facture une sorte de panier local à claire-voie, fait de lamelles de troncs de bambou réunies entre elles par du fil de fer et fixées sur une armature de bois ; ce panier, sorte de nasse, s’ouvrait grâce  une petite porte qu’on pouvait ouvrir et refermer comme on voulait. A l’intérieur, on y rangeait fil, hameçon, bouchon, plomb… On le faisait suivre en le laissant flotter sur notre sillage.
Très vite, nous étions au bord de l’eau. Quelques pas sur le platier4 et nous arrivions un peu plus loin au tombant5, là où le fond s’enfonce dans la profondeur marine.
Marie était si grosse qu’elle flottait sans effort. Comme je nageais moins aisément et bien moins vite qu’elle, il lui arrivait de me tirer. Car elle flottait littéralement. Et puis, elle était née sur l’île et nageait mieux qu’elle ne marchait. Marie, c’était un poisson dans l’eau qui jouissait de toutes ses heures passées dans le lagon.
Moi, je portais un maillot de bain une pièce, elle ne se baignait qu’en paréo. Ce tissu flottait au hasard de ses gestes, épousant ses mouvements natatoires et les remous de l’eau. De temps en temps, ce paréo remontait à la surface de l’eau, dévoilant son intimité. Je lui en avais fait la remarque, répondant à une réflexion anachronique qu’elle m’avait plusieurs fois formulée. « Avec ton maillot de bain, on voit tes jambes et tes cuisses, ce n’est pas bien décent ».
Pourtant, elle dévoilait alors bien plus que la bienséance n’autorisait. Mais cela, elle n’était pas prête à l’admettre, forte de contester ma remarque puisque, disait-elle, c’était la coutume des polynésiennes. Je n’avais qu’à constater et me taire.
Juste derrière notre faré, à cent mètres, s’étendait ce platier, vaste surface plane essentiellement sableuse légèrement inclinée vers la mer, paradis des holothuries et cachette des redoutables poisons-pierre. Çà et là, quelques blocs coralliens morts et grisâtres dits patates par les insulaires parsemaient la plate-forme sableuse. Les coraux vivants et colorés, eux, se méritaient ; ils apparaissaient dès que nous atteignions le tombant après avoir marché sur une centaine de mètres parmi les holothuries et les éventuels poissons-pierre.
C’était là que la mer s’enfonçait dans les profondeurs du lagon. C’était précisément là aussi que nous en prenions plein la vue : la falaise marine plongeait vers les fonds mystérieux et allait s’obscurcissant au fil de sa descente. Mais dans les premiers mètres sous l’eau, c’était un véritable éblouissement.
La faune aquatique virevoltait autour de nous : poissons-coffre noirs piqués de points blancs, poissons papillons très colorés de jaune vif et de noir, poissons clowns aux bandes couleur orange et noir, poissons chirurgiens portant deux épines tranchantes au niveau de la caudale, mérous bleus, poissons-globes hérissés qui se gonflaient d’eau s’ils se sentaient menacés, poissons rougets, gros poissons Napoléon arborant leur bosse sur le front, murènes aux dents acérées, corps de serpent et grosse gueule, poissons zèbres affublés de rayures horizontales blanches et bleu acier et qui lui valent aussi parfois le surnom de poisson pyjama, poissons dragons échevelés, bref une kyrielle de poissons plus beaux les uns que les autres qui évoluaient sous nos yeux fascinés par ce bal aquatique coloré.
Au bout de cette féérie enchanteresse, nous prenions le large et rejoignions un coin que nous savions peuplé de coquillages : gros burgos à l’opercule massif, cônes ressemblant à des chapeaux chinois, mitres en forme de fuseaux, porcelaines aux dessins et couleurs chatoyantes avec un brillant sans pareil,  lambis dits sept doigts, trocas de nacre striée d’orange, conques utilisés comme instruments de musique,  térèbres ou fuseaux en forme de carottes, tritons en forme de cônes… Nous nous contentions de regarder cette fantasmagorie et de nous enivrer de sensations magnifiques.
Notre jubilation visuelle assouvie, nous nagions jusqu’au  récif. Cette barrière est une chaîne de rochers à fleur d’eau qui cerne le lagon ; il est constitué d’un amoncellement d’organismes marins tropicaux et mesure deux à trois mètres de largeur. Nous débarquions sur cette couronne : d’un côté s’étendait l’océan pacifique qui frappait ce ses vagues cette construction et de l’autre le lagon paisible miroitait de son camaïeu de bleus.
Sur le récif abondaient des oursins de deux variétés : d’une part les oursins crayon couleur brun rouge à coquille ovale portant de très gros piquants en forme de crayons et d’autres secondaires très courts en forme de clous ou de spatules. Les tahitiens les utilisent en artisanat et en font des colliers.
En revanche, nous étions vigilantes de ne pas blesser nos pieds en marchant sur les oursins noirs hérissés de piquants longs. Nous évitions ces sombres hérissons de mer.
Marie, son frère Hiro et moi partions parfois non loin près du motu6 de Diana Ross. Autour de cet îlot parsemé de cocotiers, les petits requins étaient légion. Il y avait de nombreux blocs de coraux sur lesquels étaient incrustés des bénitiers. Ces très gigantesques bivalves ouvraient leurs lèvres ourlées d’un large liseré  bleu et ondulé pour filtrer l’eau marine et se nourrir. Avec le tige du tournevis, Marie en  détachait de petits leurs rochers de corail et les enfournait dans son sac. La récolte finie, elle quittait cette zone. Pendant ce temps, Hiro armé d’un harpon chassait un ou peux petits requins pour les rapporter à sa grand-mère qui les cuisinerait.
Tous trois terminions notre escapade près d’un îlot ; nous y mangions nos bénitiers crus arrosés du jus des citrons.
En famille, nous allions quelquefois à Tahaa avec notre bateau à moteur ou avec une pirogue motorisée. Un jour, mon mari Serge avait plongé et était sorti la tête couverte de sang Celle-ci avait tapé sur un rocher de corail.  Quelle peur avais-je eue ! C’était sur la plage nommée Joe Dassin, je ne suis pas prête de l’oublier !
A Tahaa, j’ai découvert un endroit incroyable. Partant à la nage de la passe, nous descendions en nous laissant porter par le courant vers la plage. Durant cet assez long trajet, nous nous délections d’observer les fonds marins à travers notre masque… Quelle beauté, quelle perfection. Je me souviens qu’une touriste avait dit : « Avec tant de merveilles, on ne pourra pas me dire que Dieu n’existe pas. »
Ces évasions sur le lagon restent parmi mes beaux souvenirs qui rendent extraordinaire notre monde.

1 Raiatea : une des îles sous le vent de la Polynésie française.
2
Lagon : étendue d’eau marine séparée du large par un récif corallien. (Le lagon peut être de forme soit circulaire [au centre d'un atoll], soit circulaire ou linéaire [entre la côte et un récif-barrière].)
3
Tahaa : île qui partage le même lagon que celle de Raiatea.
4
Platier : plate-forme littorale ou plate-forme d’abrasion, plus ou moins légèrement inclinée vers la mer.
5
Tombant : partie du récif qui s’enfonce dans le lagon ou le récif
6 Motu : îlot de sable corallien.

Novembre 2019

 

 

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Le pont de Bas-en-Basset

Olivier et sa famille ont une maison à côté du pont de Gourdon qui enjambe la Loire à Bas-en-Basset, d’où cet article initié des ouvrages de Jean Chervalier sur les ponts de la Haute-Loire.

De nombreuses découvertes archéologiques -urnes funéraires, poteries rouges, amphores, patères, monnaies, tuiles, verreries- faites au XIXème siècle permettent d’affirmer inexistence, à Bas, d’une agglomération gallo-romaine.
De même, tous les archéologues admettent que le canton était traversé par une voie romaine, dont Theillière notamment a retrouvé des traces indubitables et très apparentes. Cet excellent auteur affirme même, mais sans preuves ni références, qu’un « pont existait à cet endroit et que la route allait jusqu’à Saint-Didier, en laissant Monistrol légèrement à droite« .

Invoquant un terrier du XIVème siècle qui avait appartenu à M. Fraisse, archiprêtre de Monistrol, Theillière écrit qu’une autre route « quâ itur de Bas versus Anicium« , c’est-à-dire qui va de Bas à Anis (Le Puy) desservait la région.
Enfin, il indique un troisième chemin, probable mais non assuré, qui ne devait être qu’un modeste sentier qui remontait le cours de la Loire, une simple coursière de fortune qu’empruntaient piétons ou cavaliers pour retourner chez eux, au « pays« , après avoir convoyé radeaux de bois ou trains de marchandises sur le cours du fleuve jusqu’à Bas, Aurec, ou dans les plaines du Forez.

Précisément, il existait à Bas, dès l’époque gallo-romaine, un port « desservi par un corps de nautae (navigateurs, matelots), dont le souvenir s’est perpétué dans les noms des hameaux de Naves, Navogne par exemple, et dans les noms de famille : Jean de Naves, Denave, Nauton, Nautonnier, Navette, etc.« 

Le bac
A défaut d’un pont romain qui, selon Roger Gounot, a pu se trouver à Nant, sans que l’on puisse formellement l’assurer, les populations ont dû utiliser très tôt à Bas un bateau pour franchir le fleuve.

On sait par les Domaines qu’un bac était situé au lieudit Frizon et qu’il fut donné à la ferme par adjudication, le 10 décembre 1840, au sieur Rivéron Claude, pour une durée de six ans, au pris de 10 francs l’an. Ce très bas prix, parmi les plus faibles du département – les plus élevés atteignaient 350 francs – s’explique par la présence d’un pont qui venait d’être jeté sur la Loire, l’année précédente.

Les ponts de Bas
Pont suspendu
La première proposition de construction d’un pont à Bas date de 1837. Ce devait être un ouvrage « en fil de fer », comme on appelait alors les ponts suspendus, dont la mode commençait à se répandre dans le département, le premier du genre ayant été lancé sur l’Allier, au village de Lamothe, près de Brioude.

Il devait être d’une seule travée de 100 mètres haute de 7,3 m au-dessus de l’étiage, soit deux mètres au-dessus de la crue de 1789, la plus importante connue à cette époque. Le projet ne comportait qu’une seule voie de circulation, mais deux trottoirs.

Le maître d’œuvre allait être une société qui prit le nom de Société du Pont de Bas, constituée le 14 novembre 1838, par-devant Maître Jacques Girard, présidée par M. Favier de Lachomette , au profit duquel l’adjudication avait été passée le 17 avril 1838, moyennant concession d’un péage pendant 69 ans, qui prendrait effet le 10 mai de cette année et expirerait le 31 juillet 1907. Ladite société avait pour but la construction d’un pont suspendu « entre  Bas et Monistrol » et la perception  d’un péage. Il lui incombait d’en assurer l’entretien , conformément au cahier des charges qui stimulait en outre :

Le fermier doit appliquer le tarif arrêté par le Gouvernement, le 31 juillet 1837

- Le fermier doit faire afficher les tarifs aux entrées du pont…
- Le fermier ne peut demander ni la résiliation, ni indemnisation, ni diminution de prix sous prétexte d’événements imprévus tels qu’inondations, éboulements, accidents, etc.
- Des franchises sont accordées pour le péage…

L’ouvrage dont la suspension était assurée par 8 câbles de 128 fils, les abords et accès devaient être terminés le 2 juillet 1839.

L’exemption du droit de passage dont jouissaient les habitants de la rive droite « pour se rendre aux offices divins les dimanches et fêtes » fut la cause de quelques désordres. Ainsi, dans une pétition adressée le 8 mai 1848, au commissaire du Gouvernement, l’ingénieur Touvieille exposait ses doléances en ces termes : « Quelques uns abusent de cette exemption et passent la majeure partie de la nuit dans les cabarets où ils se livrent à l’ivresse ».
Il demandait que, à la nuit tombée, ils soient tenus d’acquitter les droits de péage. Un arrêté fut aussitôt pris dans ce sens.

Le pont que l’on n’avait pas prévu assez haut eut beaucoup à souffrir de la crue du 17 octobre 1846 qui le détruisit partiellement , au point qu’il fallut exhausser le tablier de 1,8 m. A cette fin, le Ministre accorda une aide de 100 000 francs.

Il n’empêche que, le 15 septembre 1859, le pont fut le théâtre d’un grave accident. Le plancher refait à neuf 10 ans plus tôt se rompit au passage d’une voiture à deux roues pesant quelque 5 000 kilos, tirée par cinq  chevaux. La voiture et trois chevaux tombèrent dans les eaux du fleuve…

A cette époque pourtant, bien rares étaient les concessions qui parvenaient à leur  terme.
Dix ans plus tard, sur rapport de M. de Lafayette, à la demande des communes voisines, le département se prononce pour le rachat du pont, alors qu’il reste encore quarante années à courir, au prix de 45 000 francs, avec faculté de maintenir les péages pendant cinq ans. D’où la convention du 14 décembre 1868 aux termes de laquelle M. de Lachomette acceptait la cession aux conditions indiquées.

Quant au nouveau cahier des charges, il fut calqué sur celui des bacs.

020 BAS-EN-BASSET
Pont sur la Loire (1839).
D. 12
Pont suspendu à une travée.
Portée du tablier 100 m.
Largeur de la chaussée 2,2 m.

Pont en béton armé
Viollet-le-Duc qui assignait tout au plus cinquante ans de service aux ponts suspendus, aurait été surpris de la résistance de celui-ci qui, malgré l’accident de 1859, résista plus de 90 ans. Grâce à quelques travaux de consolidation, il est vrai, dans les années 1880-1883.

Mais tout de même au bout d’une si longue étape, il se trouvait dans un état de grande vétusté, qui motiva une demande de reconstruction urgente dont fut saisi le Conseil Général dans sa séance du 15 avril 1929. Une priorité lui ayant été accordé, les travaux commencent dès le mois d’avril 1931.
Le projet consistait en un ouvrage en béton armé rigide dit « à aiguilles » du même type que celui de Coubon, et dont le système de suspension est à l’inverse des ponts dits en « fil de fer. C’est-à-dire que les supports du tablier au lieu d’être concaves sont convexes et soutiennent ce dernier à l’aide de tirants ou « aiguilles  » de béton.

Le pont devait être constitué d’une travée de 110 mètres et d’un viaduc d’accès, côté rive droite, de trois travées à poutres continues, les culées étant fondées sur le rocher. Il se situerait à 200 mètres environ à l’aval du vieux pont suspendu. Le programme évalué à 1 685 347 francs reçoit l’approbation du Conseil Général le 30 août 1930.

Sept entreprises se mettent sur les rangs. Le Conseil, unanime, retient l’offre du cinquième candidat, la Société Anonyme de Constructions Industrielles et Travaux d’Art de Paris, 5 avenue Ledru-Rollin, qui s’engage à exécuter les travaux en seize mois, au prix de 1 178 000 francs. La soumission de entreprise reçoit l’approbation du préfet le 3 avril 1931.
Terminé dans les délais prévus, le pont est livré à la circulation durant le mois de septembre 1932.

Une première réparation avec restauration des parties dégradées en béton du tablier a été exécutée par l’entreprise Roumagnou de Toulouse pour un coût de 276 000 F. La réception définitive a été prononcée le 3 septembre 1972 à la fin du délai de garantie, soit un an après l’achèvement des travaux.

Une nouvelle réfection de nature similaire à la précédente et complétée par le sablage général, l’injection des fissures et le nid de cailloux, l’imperméabilisation des surfaces en béton et la reprise du joint de dilatation central du tablier a été confiée à la société Études Géologiques et Forages de Bagnols-sur-Cèze (Gard) pour un coût final de 1 222 002 F, avec la réception définitive le 15 juillet 1976.

Terminée le 9 septembre 1986, une nouvelle intervention consistant à la réfection générale de l’étanchéité, , la reconstruction des trottoirs, le réaménagement des dispositifs d’évacuation des eaux de ruissellement et la reprise des ponts et chaussées et des trottoirs a été effectuée par l’agence de Saint-Étienne de l’entreprise VIAFRANCE siégeant à Saint-Jean-Bonnefonds pour un montant de 626 000F. Une plus value avait été accordée à l’entreprise qui avait travaillé le week-end du 15 août pour rattraper le retard pris à cause des intempéries et ainsi permettre la réouverture de l’ouvrage à la circulation dans les délais prévus.
L’entreprise Freyssinet France Sud de Saint-Genis-Laval (Rhône) a procédé à une nouvelle restauration du tablier en béton et au remplacement des joints de chaussée et de trottoir pour un coût final de 1 222 002 F, avec une réception des travaux le 5 octobre 1998. Soumise à l’avis de l’Architecte des Bâtiments de France, ce dernier arrêta son choix sur la couleur de la chemise du demandeur comme teinte de la peinture de l’ouvrage.

Enfin, le remplacement des balustrades en béton armé par des garde-corps métalliques a été assuré par l’entreprise SOCOBAT-Aulagnier de Monistrol-sur-Loire, achevé le 22 octobre 1998 pour un montant de 406 000 F.

 

 

 

 

Bientôt, un nouveau pont ?

Lire l’article de presse : https://www.lacommere43.fr/une/item/6506-bas-en-basset-un-nouveau-pont-sur-la-loire-dans-les-dix-ans-a-venir.html

Août 2019

 

 

 

 

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Les ponts d’Alleyras

Jean Chervalier a écrit deux études bien documentées sur les ponts de Haute-Loire en 1979 et 1982.
Cet article est tiré de ses publications.

Le haut    Allier qui coule au fond de gorges difficilement praticables a été franchi de tout temps par gués, par bacs ensuite et enfin, en plusieurs endroits, par des ponts en bois ou en pierre dont il reste des ruines, à Langogne, à Jonchères, mais aussi à Condres, près de Chapeauroux, où un plan du XVIIIème siècle situe les restes de deux ponts détruits, à Anglard, où deux forteresses réduites aujourd’hui à d’informes pans de murs, gardaient le passage, au pont d’alleyras, dit encore le pont de Vabres, ou encore pont du Mas-de-Gourlon, à Chanteuges, à Langeac, etc.
On continue de s’interroger pour savoir lequel de ces sites a vu le passage de la voie romaine la Bolène. Il doit s’inscrire entre deux points extrêmes, Chapeauroux (Condate serait Condres) et Monistrol, distants à vol d’oiseau de dix-huit kilomètres, parce que c’est dans cet éventail relativement réduit qu’aboutit la trajectoire de la voie au débouché des plateaux du Velay et que la distance de Ruesso correspond à peu près  celle que donne la Table de Peutinger, doit XXII lieues équivalant à 49 kilomètres, d’après les derniers travaux d’Ingemar König, pour atteindre l’Alllier « près de Trespeux » à Condate.
Mais Condate était-il à Pont-de-Vabres ou à Chapeauroux ? Des toponymes de racine latine, comme Romagnaguet sur la rivière et Romagnac sur la R.D.  32, ce dernier connu depuis au moins 1279, pourraient ëtre des atouts sérieux en faveur de Pont-de-Vabres.
Mais la distance de 49 kilomètres entre Ruesso et l’Allier, donnée par König d’après la carte Michelin dit-il, s’applique plutôt à Chapeauroux qu’à Pont-de-Vabres, comme il est aisé de le vérifier.
Ajoutons que la Table de Peutinger calcule les distances en lieues romaines de 2 200 mètres.Quand il s’agit de bâtir un pont dans cette région, les maires eux-mêmes, ceux de Saint-Jean-Lachalm et plusieurs autres communes voisines, ont demandé qu’il soit établi à la Barque de Romagnaguet, là noù se trouvait, disaient-ils, « un pont romain dont les culées existent toujours« .
Mais n’y aurait-il pas méprise sur ces culées ? On y reviendra un peu plus loin.

Le plus ancien ouvrage dont dont l’existence soit démontrée par des documents très sûrs a été construit au moins au XIIIème siècle, puisque un texte des Archives de la Lozère nomme, en 1302, le « locus de ponte de Vabres« ; mais il a pu remonter aussi à l’époque romane (XIIème siècle), et même, pourquoi pas ? au temps des Romains.

Au débouché du pont, sur la rive gauche, s’est constituée une petite agglomération qui a donc pris le nom de Pont-de-Vabres. Une autre lui faisant pendant, comme il arrive souvent, s’est formée sur la rive droite au Mas-de-Gourlon. Cependant, c’est l’appellation Pont-de-Vabres qui est restée en usage jusqu’en 1888. A cette date, elle est devenue Le Pont. Puis les services des Ponts et Chaussées étudiant les devis et plans du pont actuel, de 1890 à 1893, ont désigné l’ouvrage sous le nom de Mas-de-Gourlon.
Ce n’est qu’en 1893 que le hameau est désigné officiellement par le Conseil Général, dans sa séance du 22 août, Pont-d’Alleyras, appellation qui lui est restée, mais ne figure pas dans le Dictionnaire topographique édité en 1907.

Le pont médiéval était à péage. Une enquête de Pierre Issoire, notaire au Bouchet-Saint-Nicolas, effectuée le 16 août 1345, constate que les hommes du Bouchet étaient « exempts des droits de péage établis sur la rivière d’Allier, près d’Alleyras, au lieudit Pont de Vabres« . On trouve d’autres mentions encore à la suite. Celle-ci, très importante, ayant trait aux dégâts causés par la crue néfaste de 1559 : « Trouvé les troys pilles premières du cousté du Puy grandement ruynées et mynées qu’est besoing de les rechausser. Et cousteroict l’édiffier mil livres et plus« .

Privés de ce pont, les habitants se trouvèrent réduits à utiliser des bacs inconfortables et dangereux pour le passage de la rivière. Il en existait à Romagnaguet comme l’indique le toponyme Barque de Romagnaguet (I.G.N. , Cayres n° 5-6, 289-706) à Vabres, à Pont-de-Vabres et à Poutès. Celui de Romagnaguet était signalé à la fin du XIIème siècle comme de très petit rapport. « L’entretien excède le produit » dit un état du 12 vendémiaire an VIII. Le même texte indique que celui de Vabres appartenait à l’Etat et qu’il produisait annuellement 66 francs. Quant à celui du Pont-de-Vabres, un état des Ponts et Chaussées dit qu’il fut affermé 150 francs « par abonnement à défaut d’adjudicataire » au sieur Dupin Mathieu, le, janvier 1841. La population s’accommodait d’autant moins de ces esquifs que les bateliers manquaient de régularité, et c’est le moins que l’on puisse dire.Celui du Pont-de-Vabres par exemple, un nommé Pagès Augustin, 43 ans, un violent, comparut devant les Assises pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort de son frère sans intention de la donner, lors de la session du 2 janvier 1878. Il est vrai qu’il fut relaxé. Mais on imagine la perturbation du service qui en résulta.
Un autre, celui de Vabres cette fois, se livrait à des beuveries pour meubler ses trop nombreux loisirs.Il appartenait à la municipalité d’Alleyras de prendre les décisions qui s’imposaient.

La précarité de ce service sur le chemin n°3 de Pradelles à Saugues préoccupait en effet très sérieusement le Conseil municipal.
Réuni en séance, le 14 août 1881, sous la présidence du maire, M. Vigouroux, il émit le vœu « qu’un pont soit construit sur la rivière d’Allier, au lieu du Pont, à l’emplacement du pont romain dont les culées existent encore et qui pourront être utilisées ».
On se demande bien de quel pont romain et de quelles culées il est question lors de cette réunion, car l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées Revol écrivait dans un rapport au préfet, le 31mars 1886: « On a proposé comme emplacement celui qu’aurait occupé autrefois un ancien pont romain, mais les fondations de ce pont n’ont pu être retrouvées« .
Alors ?
La démarche du Conseil eut pour premier effet de déclencher immédiatement une violente et interminable campagne, nous devrions plutôt dire une polémique virulente, qui dura plus de huit années et fut caractérisée par des injures, des calomnies, des propos outranciers échangés par deux clans, deux partis politiques, d’un côté les républicains « , partisans de l’établissement de l’ouvrage à la hauteur de Pont-de-Vabres, autrement dit au Mas-de-Gourlon, d’autre part les « réactionnaires » parce qu’élus de la droite, donc ennemis de la République, qui demandaient que la construction soit faite à la Barque de Romagnaguet.
Parmi les premiers, on trouvait les maires d’Alleyras, Saint-Jean-Lachalm, Saint-Préjet-d’Allier, Vazeilles-près-Saugues,, Thoras, Vabres, Ouïdes, La Sauvetat, Saint-Arcons-de-Barges, Monistrol-d’Allier, Venteuges,  Chanaleilles, Croisances, Esplantas, etc.
Ce parti paraissait le plus fort. On avait mobilisé toute la région.
Les seconds en faible minorité ne comptaient que cinq maires, dont deux seulement pour la Haute-Loire, ceux du Bouchet-Saint-Nicolas et de Saint-Vénérand, et trois pour la Lozère, ceux de Chambon-le-Château, de Grandrieu et de Saint-Paul-le-Froid. Ces derniers plaidaient pour la Barque de Romagnaguet en invoquant des raisons d’économie, « puisque les piles sont presque construites« , disaient-ils.
Mais de quelles piles voulaient-ils parler dont les services de Revol n’avaient trouvé aucune trace ?

En 1886, les conseillers « républicains’ » ont été balayés lors des élections municipales, un des leurs, M.Itier écrivit au préfet une lettre revêtue de de quarante-huit signatures dans laquelle il dénonçait le comportement des nouveaux élus qui « en grande majorité réactionnaires, ont sans examen et par pur esprit de contradiction, demandé que le pont fût construit au lieudit de Romagnaguet… Ce n’est qu’un projet de caprice. »
Espérant apaiser les esprits, le Conseil Général lui-même prit position lors de sa session du 25 août 1888, en fixant l’emplacement au Pont et au hameau du Mas-de-Gourlon parce que le plus avantageux financièrement parlant.
Les services des Ponts et Chaussées, plus catégoriques encore, considéraient cet endroit comme « le seul admissible. »

La nouvelle municipalité d’Alleyras n’eut pas pour autant une appréciation plus réaliste de ses intérêts que conditionnaient deux impératifs, le passage de la route reliant les cantons de Cayres et  Pradelles à celui de Saugues et l’accès à la voie ferrée Paris-Nîmes dont la station avait été construite au Mas-de-Gourlon au point précis qui est devenu depuis Pont d’Alleyras. De cela, elle était bien consciente, mais elle s’enracina néanmoins dans son opposition aveugle.

Et la petite guerre épistolaire se ralluma.

Le 20 juin 1889, l’adjoint Roux et les conseillers de l’opposition, les « républicains » Despeux, Itier, Durand, Portalier, appellent à l’aide le préfet Hélitas : »Tous les réactionnaires de nos parages se sont coalisés, disent-ils, pour faire échouer le projet du lieudit Le Pont par une pétition qu’ils font signer à force de mensonges et de calomnies… Le projet de construction à Romagnaguet patronné par les maires réactionnaires… ne répond à aucun intérêt et ne donne satisfaction qu’à des rancunes… » Il faut bien reconnaître que cette lettre témoignait d’une très saine appréciation des choses.

Il n’empêche que le 10 décembre, douze maires « réactionnaires » (dix de la Haute-Loire et deux de la Lozère), parmi lesquels on comptait plusieurs ralliés à la thèse de la gauche (ceux d’Alleyras, de Croisances, de Saint-Jean-Lachalm, d’Ouïdes repartirent à l’attaque, exposant au préfet que le site de Romagnaguet, à 3 kilomètres à l’amont du Pont-de-Vabres), était celui qui présentait « le plus d’avantage et d’utilité publique sous tous les points de vue : on dirait que la nature a ménagé un emplacement spécial pour l’érection de ce pont ; les culées sont préparées d’avance par des rochers qui offrent toues les facilités possibles et les garanties de solidité voulues… »
Nous voilà donc enfin renseignés sur les fameuses et mystérieuses culées du pont romain que recherchaient vainement les ingénieurs. Il s’agissait de simples rochers.

Ferme lui aussi, le Conseil Général maintint sa décision de bâtir l’ouvrage au Pont.. Les habitants favorables à cette solution furent couchés sur des listes de souscriptions volontaires, dont le montant s’éleva à 12 268 francs.

Dès lors, les choses devaient aller assez vite. Un premier projet au lieudit « Le Pont » au Mas-de-Gourlon, soumis à l’enquête, le 14 août 1891, recueillit 106 avis favorables contre 69 opposants.

La municipalité d’Alleyras elle-même qui avait viré de bord, se mit à vitupérer les partisans de Romagnaguet, « personnes ignorantes, aveuglées par esprit de contrariété et de parti.« 

Bien que l’on veuille mener l’affaire rondement, l’ingénieur chargé des travaux rejeta la position de la compagnie des chemins de fer d’utiliser pour le passage de la rivière la passerelle en fer provenant de Chapeauroux, désormais inutile depuis la construction du pont en pierre. Le motif du rejet n’était pas l’économie (évidente) mais la sécurité publique.

Le 8 juillet 1891, l’ingénieur Lefébure arrêtait les plans et devis définitifs du pont et de ses abords sur une longueur de 283 mètres.
L’ouvrage comprenait pour l’essentiel, dans le sens gare de Pont d’Alleyras-Saugues une arche en maçonnerie, deux travées métalliques de 35 mètres de portée environ constituées de deux poutres principales de trois mètres de hauteur divisées en douze panneaux de trois mètres, enfin trois arches en maçonnerie. La pile centrale fondée à trois mètres de profondeur, dans le lit du fleuve, devait mesurer 2,5 mètres de largeur et 7,23 mètres de hauteur.
Déclaré d’utilité publique le 28 novembre, ce programme était adjugé en deux lots, le 20 avril 1892, le premier lot comprenant maçonnerie et terrassements aux entreprises Combanière François et Buyon Eugène de Langeac, avec rabais de 4%, au prix total (terrains compris) de 33 475 F; le deuxième lot constitué par la partie métallique à Grange Mathias d’Agen (rabais 10%) à 35 758 F.
Réception définitive le 30 août 1894.

005 ALLEYRAS
Pont d’Alleyras sur l’Allier (1894)
Ouvrage mixte, maçonnerie et métal.
Longueur totale 110 m.
3 arches en maçonnerie, 2 travées métalliques de 37 m, une arche en maçonnerie.

Un nouveau pont :
Après rechargement de la chaussée jusqu’au niveau des trottoirs, la largeur roulable avait été portée à 3,6 m. Mais le pont restait limité à 12 tonnes, limitation pas toujours respectée ‘n l’absence de gabarit. Des investigations menées en 1983, 1984, 1985 par le laboratoire régional des Ponts et Chaussées, montrèrent un tablier métallique très corrodé présentant une flèche importante et préconisèrent la reconstruction d’un pont.
Un avant-projet prévoyant :
- la conservation des ouvrages d’accès en maçonnerie et de la pile centrale élargis par une dalle en béton armé,
- le remplacement des deux travées métalliques par une dalle binervurée en béton précontraint reposant sur la pile conservée,

Est approuvée par la délibération du Conseil Général du 19 mai 1987.

Les travaux commencent en février 1989 par la construction d’un gué submersible permettant la déviation temporaire de la D 33. En mars, le tablier métallique, d’un poids de 110 tonnes, est démonté, la dalle générale coulée sur les ouvrages d’accès et la pile centrale, l’étaiement mis en place.

Chaque nervure du tablier est ensuite bétonnée en une seule journée puis mise en tension la semaine suivante. Les parties en béton rapportées sur les culées et la pile centrale sont enfin habillées de pierres taillées façon pilons de basalte, les chaînages d’angles refaits en blocs de pouzzolane identiques à ceux déjà en place.
Le rejointoiement des pierres et un sablage général terminent l’ouvrage. La reconstruction a été réalisée par l’entreprise Viallet. Ont également participé comme sous traitants les entreprises SOGETRAM (reprise d’une culée), Freyssunet (précontrainte), SPAPA (étanchéité), COLAS (couche de roulement en béton bitumeux), SOVETRA (gué), 500 m3 de béton, 46 tonnes d’acier pour l’armature, 13 tonnes d’acier pour de précontrainte ont été utilisées.

Les travaux se sont achevés en novembre 1989 par les épreuves de l’ouvrage consistant  en la mesure par rayon laser du fléchissement du tablier chargé de huit camions totalisant 168 tonnes au total. Test satisfaisant puisque le tablier a fléchi normalement d’une dizaine de mm seulement. Bon pour le service, le nouveau pont a été inauguré par M. Jacques Barrot, président du Conseil Général, le 25 novembre 1989. Le coût total de l’ouvrage s’est élevé à 3 360 000 francs.

005 ALLEYRAS
Pont d’Alleyras sur l’Allier
Reconstruction (1989)
3 arches en maçonnerie, un tablier en béton précontraint de 75 m, une arche en maçonnerie.
Longueur totale 100 m.
Chaussée de 5,5 m

Le pont de Malaval
Adjugé le 26 août 1871 à Abougit Joseph au prix de 11 625 francs, rabais de 13% déduit, ce pont d’une ouverture de 14 mètres franchit le Malaval, sur la route d’Alleyras au Puy.
A peine terminé, il fut emporté par une crue, le 18 octobre 1872.

Une deuxième adjudication, au même entrepreneur, eut lieu le 1er juin 1874, mais cette fois à 18 190, rabais de 5% déduit, car l’ouverture de l’arche avait été portée à 18 m.

Août 2019

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Le chat

Félin qualifié à tort de domestique, cet animal familier reste un étranger pour les humains. Il conserve sa part de mystère, son indépendance forcenée, son rythme de vie tout à fait différent de celui de ses maîtres.
Un de nos chats vient ronronner, se frotter contre mes jambes, se blottir contre moi et l’instant d’après, il stoppe soudain ce  câlinage pour partir, dédaigneux et indifférent, sans jeter le moindre regard derrière lui.
Il a plus urgent et important à faire et peut sans ménagement, me donner un petit coup de griffe pour mettre fin à mes minauderies.
Il aime le confort que lui procure notre domicile, étrange petit animal qui vit surtout la nuit, qui chasse relativement peu, qui vide sa litière par des pétarades bruyantes.
Il a vraiment peu de points communs avec ses hôtes hormis  le moelleux, le douillet, la douceur d’un logement huppé. Il affiche les goûts de luxe des grands bourgeois.
Comme tous ceux de son espèce, le chat éprouve sporadiquement le désir de s’encanailler.  Régulièrement, il prend la poudre d’escampette pour s’en aller courir la souris ou le petit gibier. Mais par-dessus tout, il adore courir le jupon près des gouttières et faire la cour aux minettes grimpées sur les toits. Il s’abandonne aux nuits orgiaques et bruyantes de son sabbat.
Éreinté, rompu, le poil en bataille, parfumé de senteurs félines, l’innocent revient au bercail avec les yeux sournois de celui qui voudrait qu’on lui donne le Bon Dieu sans confession. S’il devait raconter ses débauches nocturnes, ses hôtes en seraient outrés.
L’imposteur file aussitôt s’affaler sur un fauteuil rembourré ou sur un coussin moelleux et récupère de sa nuit de turpitudes, impassible à l’agitation de la maison.
Il rêvera à ses conquêtes, reprendra des forces avant de reprendre la clé des champs à la première occasion venue.
Ne nous y trompons pas, le greffier n’est ni dissimulateur ni hypocrite, il adopte simplement le comportement que nous lui édictons.
Il se conforme à vivre sa vie de chat, seigneur en pantoufle dans son chez lui.

Par contre, il sera petit fauve dès qu’il franchira la chatière. Il suit en cela la loi de la nature qui régit sa détermination génétique.
Le greffier est le compagnon des écrivains. Il se pose sur leurs genoux ou sur leur bureau.
Leur attirance n’est pas un hasard. Ecrire est un exercice difficile, laborieux et parfois douloureux. L’écrivain doute, cherche, s’interroge, remet sans cesse son ouvrage en question, modifie sa phrase, précise ses mots et ses pensées. La présence de l’animal silencieux et affectueux paraît le réconforter et lui apporter sérénité et apaisement, peut-être à cause de son silence, son calme, sa grâce.
Le chat doit se retrouver tranquille auprès de cette personne assise et pensive, maniant la plume et s’interrompant pour une caresse à la boule de poils. Ce curieux échange reflète la connivence de ces couples insolites.
Le chat se comporte en être libre de penser, bouger et vivre sans aucune contrainte ; il n’a ni Dieu ni maître.
C’est sans doute une raison pour laquelle je l’apprécie. Il mène sa vie, se moque des convenances, des conventions, des bonnes manières. La démarche fière, la queue dressée, il taille sa route à sa guise.
Il fait fi de toute contrainte et se rebelle en ce cas. L’homme n’a pas réussi à modifier sa nature.
Il mérite bien cet hommage.

Juin 2019

 

 

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Les dents

Il est des mots qui assassinent. Les « sans-dents » en sont un exemple. D’après le livre de l’ex-compagne de François Hollande, l’expression qu’elle lui attribue désigne les pauvres ainsi qualifiés par l’ancien président de la république. Peut-être, blessée,  voulait-elle se venger qu’il l’ait mise au placard pour une autre célèbre et plus jeune. L’accusé a démenti. Pourtant, il doit bien y avoir un menteur entre les deux, nous ne le saurons jamais. Mais, n’était-il pas -il pas lui-même condescendant envers les personnes économiquement modestes en s’exprimant ainsi ? Pourtant, il est devenu le con des sans-dents sur lesquels il ironisait. Les sans-dents ? La formule claque comme un coup de fouet. Quand j’étais petite, on disait « il ou elle est bréchu » lorsque manquaient des dents.
Je me souviens des dents de ma mémé qui trempaient dans un verre d’eau sur le rebord de l’évier. Le dentiste lui avait tout arraché. Elle me l’avait raconté. Pour opérer ces extractions dentaires, elle prenait le Cévenol pour Langogne où sévissait cet arracheur de dents des habitants désargentés de la campagne. Il ne leur proposait rien d’autre, aucune solution alternative. Et encore, bien content quand on pouvait se payer un dentier ! ça coûte infiniment moins cher que les implants actuels faits pour les riches. Pour ma grand-mère, l’achat de son dentier avait dû lui coûter un bras.
Je ne l’ai jamais entendue se plaindre de sa prothèse. Pourtant, elle devait avoir connu des problèmes d’ajustement, il avait dû branler dans sa mâchoire, claquer dans le vide,  se faire la malle à un moment inattendu. Ce dentier était le prix pour pouvoir mâcher et recommencer à sourire. Ma grand-mère habitait avec mon grand oncle qui n’avait plus qu’une ou deux dents dans la bouche. Je l’ai toujours connu édenté ; il évitait de sourire et d’ouvrir la bouche. Pour manger, il utilisait un masticateur métallique inoxydable à main qui réduisait les morceaux de viande en une bouillie avalable. On ne leur avait vraisemblablement pas appris que les dents sont des organes vivants qui s’entretiennent. Avaient-ils seulement eu la possibilité de détenir une brosse à dents et du dentifrice ? J’en doute. Moi, j’ai su toute petite que ce dentier de mon aïeule et cette absence de dents de mon tonton André étaient un témoignage de leurs vies — et surtout de leurs jeunesses — marquées par les privations, les carences, la pauvreté et l’absence de soins dentaires. Ma mère a eu un dentier vers la quarantaine ; elle aussi allait à Langogne. Mais son cas était différent : le dentiste voulait lui soigner les dents cariées et c’est elle qui a insisté pour qu’il lui enlève tout. Elle s’est gâché une part de sa fonction masticatoire avec cette décision. Par la suite, elle supporta très mal son dentier et le retirait souvent ; elle le posait sur la table de la cuisine, au regard de tous. La vue de ce râtelier me soulevait le cœur. Quand elle est tombée malade, elle le posait n’importe où, je ne le retrouvais pas. Le jour où elle est entrée à l’EHPAD, il était introuvable et sa recherche m’a causé bien du souci. Par chance, je l’ai découvert sous le traversin de son lit. L’établissement hospitalier plus draconien que moi a fait en sorte que celle-ci n’égare jamais ni ses dents ni ses lunettes et ne les pose pas n’importe où. Un gros soulagement pour sa famille et ses proches avec cette dignité recouvrée. Quand elle s’est retrouvée en soins palliatifs, perfusée de morphine et d’hypnovel, elle ne portait plus  de dentier. Il avait été posé dans la salle de bain. L’absence de dentition change le visage : le sien était devenu émacié, les joues étaient creusées, la face avait vraiment vieilli, elle était cachectique. Elle est morte en quelques jours. Le plus étonnant dans la matinée de son décès, c’est que je l’ai revue peu après l’avoir quittée, habillée élégamment et munie de son râtelier. L’aide soignante m’a précisé qu’elle avait pu le replacer dans la bouche de ma mère  immédiatement après son décès. Je la remercie de cette attention qui a grandement contribué à ce que son visage reste sensiblement tel que je l’avais connu, hormis qu’il avait considérablement jauni.

Moi, j’ai eu plus de chance, mon père m’avait enseigné qu’il fallait prendre soin de ses dents pour les conserver, utiliser la brosse à dents, aller chez le dentiste. Et puis, j’ai davantage d’argent pour payer soins, couronnes, bridges, dents sur pivot. En un mot, remplacer mes dents abîmées ou absentes. Je pense aux dents que ma grand-mère et mon grand-oncle auraient eues avec une meilleure vie. Des dents pour bouffer la vie et lui sourire.

Juillet 2019

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Attila

Nous avons définitivement perdu sa trace l’été 1995. C’était le dernier été que nous passions à Granoux. Nous quittions les parages pour le sud espagnol.
La ferme devenue notre habitation était couverte d’un toit de lourdes lauzes, la façade cachée par la généreuse vigne vierge ampélopsis parthénocissus arrimait au mur les ventouses de ses vrilles qui  cachait le crépi ancien et solide. Spectaculaire en automne, elle flamboyait de pourpre de toute sa superbe couverture de feuilles rougeoyantes.
Nos enfants avaient l’âge de l’enfance. La cour herbeuse était leur espace privatif de jeux et le passage obligé de nos trois poules escortées du coq nain gris.
Devant la maison, passait une route villageoise.
Celle-ci ramenait et éloignait à intervalles réguliers un chien roux, nomade fidèle à Granoux, itinérant comme ces oiseaux migrateurs qui établissent leurs quartiers pour un temps compté en des lieux précis.
Il faisait une halte chez nous, se restaurait, s’abreuvait, emmagasinait une réserve de caresses et de cajoleries. Puis, il s’envolait comme il était venu sans crier gare.

D’où venait-il ? Où allait-il ? Nous ne le sûmes pas. Pourtant, j’avais essayé d’enquêter auprès des habitants mais ce fut vain.
Attila se contentait de surgir un jour et de s’éclipser un autre. Cette succession d’apparitions-disparitions resta une énigme.
Notre souvenir le garde donc toujours fringant et vagabond, épris de grands espaces, libre comme le vent qui emporte les navires au large.
C’était nous qui l’avions appelé Attila. Il me faisait penser au chef des Huns qui traversa pays et contrées en conquérant, arpentant infatigablement la steppe.
Je pense qu’il s’arrêtait chez nous parce qu’il y avait des enfants et parce que nous lui faisions fête, ce qu’il nous rendait bien.
Tout le temps où nous avons vécu à Granoux, il fut notre plus fidèle visiteur et le plus énigmatique.
Nous nous contentions du bonheur de nos rencontres que nous attendions, que nous espérions, dont nous nous inquiétions si elles tardaient.
Nous étions quelque peu admiratifs de ce chien bohême et sans maître. Nous respections sa soif de liberté, nous honorions son existence d’éternel errant.

Juin 2019

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Juño, notre petite chienne

Nous habitions à ce moment là en Espagne, exactement à Molina de Segura, dans la communauté  de Murcia.
J’étais partie dans ce pays avec ma famille pour un  congé de mobilité que m’avait accordé l’Education Nationale  afin d’y enseigner le français et  passer parallèlement une maîtrise de français langue étrangère.
Nous avions loué dans le quartier Los Conejos, une maison sur un terrain fermé par une clôture de  fer forgé. Cette province de Murcia jouxte celle d’Andalousie, au sud est du pays et se trouve non loin d’Almeria, dans ce qu’on nomme le jardin de l’Espagne.
La région connaît une sécheresse forte et comble de paradoxe, beaucoup de maisons possèdent une piscine.
Dans la rue devant chez nous vagabondaient plusieurs chiennes abandonnées et assoiffées, couvertes de tiques, qui pullulaient. Je leur remplissais d’eau des bidons et les posais à l’extérieur pour qu’elles étanchent leur soif.
Certains Espagnols manifestent de la fierté pour leurs taureaux et corridas mais étalent   leur indifférence pour ces chiens laissés à l’errance. Combien ai-je rencontré de leurs cadavres écrasés sur la route menant de Molina à Murcia qui restaient sur le bord, en plein soleil, proie de choix pour les mouches voraces.
Un jour, une toute petite chienne, jeune, genre ratier, est arrivée dans notre quartier. Comme son gabarit réduit lui permettait de se faufiler entre deux montants de la clôture, elle pouvait entrer facilement  dans notre propriété, d’autant que nous l’accueillions bien et la nourrissions.
Elle s’est vite installée chez nous.
Je me souviens qu’elle avait un jour saisi entre les dents une peluche appartenant à  notre fils Félix qui avait alors trois ans et qu’elle courait chez le voisin pour que je la poursuive. Fantasque comme tous les jeunes chiots, elle adorait s’amuser.
J’avais décidé au bout d’un ou deux mois de l’adopter et la ramener avec nous en France lorsque nous y reviendrions si personne ne la réclamait. Je l’avais dit à ce voisin. Il s’est aussitôt exclamé : « Estas loca ! Qué feo, este perro ! » ( «  Tu es folle ! Qu’il est moche, ce chien ! »
C’était une toute petite chienne à la queue très courte, au pelage ras et blanc tacheté de marron. Elle avait des yeux globuleux qui sortaient un peu de la tête et nous pouvions aisément la porter dans les bras. Elle tenait très peu de place.
Je lui avais choisi le nom de Juño  pour sa consonance locale…
C’est ainsi qu’elle est revenue avec nous en France pour notre grand bonheur, et je pense pour le sien, cette petite réfugiée clandestine.
Les enfants l’ont adoptée dès le début, surtout Félix le plus jeune.
La première année, après avoir pris la poudre d’escampette de la maison, elle s’est fait heurter l’arrière train par un véhicule. Comme il était vingt heures et que les vétérinaires ne se déplacent pas hors des heures diurnes d’ouverture, je l’ai plâtrée d’argile verte,  l’ai posée sur un fauteuil et attendu le lendemain. Au réveil, elle allait mieux. J’ai donc continué les emplâtres et le vétérinaire n’a plus été justifié.
L’année suivante, j’ai reçu ma mutation pour Raiatea en Polynésie. Comme les animaux devaient recevoir une multitude de vaccins et faire six mois de quarantaine et que je trouvais qu’un tel traitement pourrait l’anéantir, j’ai demandé à des connaissances de la garder. Deux ans plus tard, nous sommes revenus en Haute-Loire. Quand elle nous a revus, elle a manifesté une telle joie en retrouvant mon mari que c’en est devenu mémorable.
Ma mère m’a alors proposé de la garder avec elle jusqu’à notre retour en métropole, ce dont je lui sais grand gré.
De temps en temps, elle se mettait à aboyer de façon lancinante sans raison. C’était une sorte de chant qui se répétait…
A Pont d’Alleyras où elle passait les vacances avec nous, elle avait rencontré Mickey, le chien de la Beloune, un fox-terrier qui s’était amouraché d’elle, au point de monter sur le toit du moulin pour ses beaux yeux. Ils ont conçu une portée ensemble malgré la culotte de chasteté que lui avait cousue ma mère et les déodorants que j’avais vaporisés sur les deux chiens. Mon mari utilisait le terme   belle-mère de Juño en  parlant de la Beloune. Cette belle dame aux jolis cheveux blancs et agréable aimait les animaux. Elle est malheureusement décédée et sa présence manque au village.
Juño avait déjà conçu une première portée avec un jeune boxer; en était issue Princesse, une chienne particulièrement jolie. Les petits de Juño étaient si beaux qu’il a suffi que nous sortions avec eux pour trouver des gens qui les adoptent.
Juño nous a accompagnés partout. Elle avait la détestable manie de se coucher sur la route dans le virage du moulin. Combien de conducteurs mécontents ai-je entendus pester contre elle mais personne ne s’est hasardé à lui faire de mal. Comme quoi, les chauffeurs du coin savent être sympas et tolérants.
Quand je faisais du vélo, j’avais mis des sacoches en tissu dans lesquelles elle s’asseyait lorsque je partais en balade ou faire les courses.
Comme il y a en été beaucoup de crapauds sur la route qui se font écraser par les véhicules, elle aimait se rouler dans leur fange.
Quelques années plus tard, la vieillesse aidant, elle est morte. Nous l’avons enterrée au moulin, la mort dans l’âme.
Nous ne l’avons pas remplacée, sa disparition fut trop dure.

Juillet 2019

 

 

 

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Le chat

Félin dit domestique à tort, cet animal familier reste un étranger pour les humains. Le chat conserve sa part de mystère, son indépendance forcenée, son rythme de vie tout à fait différent de celui de ses maîtres.
Un de nos chats vient ronronner, se frotter contre mes jambes, se blottir contre moi et l’instant d’après, il stoppe soudain ce  câlinage pour partir, dédaigneux et indifférent, sans jeter le moindre regard derrière lui. Il a plus urgent et important à faire et peut sans ménagement, me donner un petit coup de griffe pour mettre fin à mes minauderies.
Il aime le confort que lui procure notre domicile, étrange petit animal qui vit surtout la nuit, qui chasse relativement peu, qui vide sa litière par des pétarades bruyantes.
Il a vraiment peu de points communs avec ses hôtes hormis  le moelleux, le douillet, la douceur d’un logement huppé. Il a les goûts de luxe des grands bourgeois.
Comme tous ceux de son espèce, le chat éprouve le désir de s’encanailler.  Régulièrement, il prend la poudre d’escampette pour s’en aller courir la souris ou le petit gibier. Mais par-dessus tout, il adore courir le jupon près des gouttières et faire la cour aux minettes grimpées sur les toits. Il s’abandonne alors dans les nuits orgiaques de son sabbat.
Éreinté, rompu, le poil en bataille, parfumé de senteurs félines, l’innocent revient au bercail avec les yeux sournois de celui qui voudrait qu’on lui donne le Bon Dieu sans confession. S’il devait raconter ses débauches nocturnes, ses hôtes en seraient outrés.
L’imposteur file aussitôt s’affaler sur un fauteuil rembourré ou sur un coussin moelleux et récupère de sa nuit de turpitudes, impassible à l’agitation de la maison. Il rêvera à ses conquêtes, reprendra des forces avant de reprendre la clé des champs à la première occasion venue.
Ne nous y trompons pas, le greffier n’est ni dissimulateur ni hypocrite, il adopte simplement le comportement que nous lui édictons. Il se conforme à vivre sa vie de chat, seigneur en pantoufle dans son chez lui. Par contre, il sera petit fauve dès qu’il franchira la chatière. Il suit la loi de la nature qui régit sa détermination génétique. Confort et dépravation le régissent.
Le greffier est le compagnon des écrivains. Il se pose sur leurs genoux ou sur leur bureau. Leur attirance n’est pas un hasard. Ecrire est un exercice difficile, laborieux et parfois douloureux. L’écrivain doute, cherche, s’interroge, remet sans cesse son ouvrage en question, modifie sa phrase, précise ses mots et ses pensées, remet cent fois le traval sur son métier.
La présence à ses côtés de l’animal silencieux et affectueux paraît le réconforter et lui apporter sérénité et apaisement, peut-être à cause de son calme, sa grâce. Le chat doit se retrouver tranquille près de cette personne assise et pensive, maniant la plume et s’interrompant pour une caresse à la boule de poils. Ce curieux échange reflète la connivence de ces insolites couples.
Le chat se comporte en être libre de penser, bouger et vivre sans aucune contrainte ; il n’a ni Dieu ni maître. C’est sans doute une raison pour laquelle je l’apprécie. Il mène sa vie, se moque des convenances, des conventions, des bonnes manières. La démarche fière, la queue dressée, il taille sa route à sa guise. Il fait fi de toute contrainte et se rebelle en ce cas. L’homme n’a pas réussi à modifier sa nature.
Il mérite bien cet hommage.

Juillet 2019

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Joël

Joël et moi nous sommes mariés en août 1970; il avait vingt-trois ans et moi dix-huit.
Je voulais quitter la maison familiale où je me sentais enfermée, vivre une vie sans entrave, en un mot être libre et sans joug.
Il aimait les voyages et avait pas mal bourlingué quand je l’ai rencontré.
Nous voulions voyager, mener une vie post-soixante-huitarde.
Nous sommes vite partis en Belgique, d’abord à Bruxelles où est né notre fils Olivier en novembre 1973 puis à Ottignies-Louvain-la-Neuve. Nous y avons été heureux.
Notre chien Djex, un gentil malinois, faisait partie du voyage.
Nous nous sommes séparés en 1982. Nous avons seulement divorcé en 1989, après qu’Alice soit née.
Hormis quelques années durant lesquelles j’avais coupé le contact avec Joël après mon accident, j’avais continué à le rencontrer, parfois avec sa compagne Michèle qui a longtemps vécu avec lui ou pour retrouver notre fils parti loin pour travailler lorsqu’il venait en vacances.
Nos coups de fil réguliers me manqueront, son absence me  sera un immense vide. Car on ne ne passe pas impunément dix ans de sa vie avec quelqu’un sans en être à jamais marquée de cette empreinte.

Avant qu’il ne soit réduit en cendres, nous étions neuf à nous être réunis autour de son cercueil, neuf fidèles à notre attachement à Joël.
Olivier, malgré son émotion a lu ce texte:

« Ce texte a été rédigé conjointement par Viviane et moi, Olivier. Viviane a trop d’émotions, ce qui la fait pleurer et toi tu ne voulais pas qu’on pleure, bien au contraire tu voulais de la joie.
Joël, tu t’es éteint jeudi 23 juin 2019, à 20H 50, moins de deux heures après que nous t’ayons quitté, alors que tu reposais paisiblement, très calme, sans souffrance et endormi dans une chambre ensoleillée. Tu avais fait dans l’après-midi de longues pauses respiratoires dans son «sommeil».
Nous savions que c’était la fin, et toi aussi, tu le savais. Tu la souhaitais cette fin, tu l’avais demandée avec grande insistance et répétée car pour toi, c’était ta solution à tes souffrances. Tu as montré là un grand courage, un très grand courage, dont peu de gens sont capables. Et là, tout le monde te respecte.
Il y a neuf ans, un dernier infarctus t’a frappé  durant lequel tu avais survécu seul, chez toi, six heures durant, après tes deux coups de téléphone au SAMU.
Malgré la répétition et l’instance de tes SOS, le SAMU n’est venu te chercher que six heures après!
Ce retard de prise en charge avait causé de gros dégâts… Le pronostic de survie moyen de quatre ans évoqué pour un insuffisant cardiaque, tu l’as pourtant doublé. Là encore, quelle leçon de courage tu as su nous montrer !
Tu as encore pu voyager, au Maroc et en Asie dont tu gardes plein de souvenirs.
Ton dernier voyage date de Noël dernier, destination Agadir, le soleil comme tu l’aimais. Tu m’y avais retrouvé, car malgré nos différences, tu étais si attentionné, tu te souciais de moi et tu me chérissais tant…
Malheureusement, ton fragile édifice vacillait, les médicaments faisaient de moins en moins d’effets, les hospitalisations se succédaient. Tu en avais marre de cette faiblesse et de cette incapacité ! Tu essayais de rêver à des voyages mais la réalité te rattrapait. Tu recherchais une solution sans souffrance pour mettre fin à ton calvaire.
Ce jeudi 23 mai au matin, Viviane et moi étions à Gabelon, chez toi, dans ta maison que tu avais retapée et où Michèle t’avait accompagné de longues années.
Contre le mur de la grange, les corêtes du Japon illuminaient les pierres le leurs pompons jaunes. Les fraisiers du petit jardin étaient en fleurs. Tu aimais les fraises sucrées avec un peu de vin.
Devant la maison, sur la route, un lilas mauve fleurissait.
Quelques jours avant, nous avions eu le temps de nous parler : tu nous avais dit de ne pas être tristes car tu avais vécu une belle vie remplie d’aventures et d’expériences. Mais nous avons le droit d’être tristes car on n’est pas toujours maîtres de ses émotions.
Tu demeures en nous, fantasque, surprenant, obstiné, indépendant, cultivé, ouvert et anticonformiste, avec ton envie de prendre plaisir de l’instant présent et avec une intelligence et une analyse hors du commun.
Tu nous as dit qu’un passage sur terre t’avait suffit et que tu ne voulais pas que quoi que soit de ton corps revive sur terre.
C’est pour cette raison là que nous réalisons ta volonté d’incinération par laquelle tu seras, maintenant et à jamais réduit en poussières.
Il nous restera de toi plein de bons souvenirs, de voyages insolites en bateau, de passion pour l’apiculture, des talents de bricolages…,
L’affection précieuse que nous avons conservée contre vents et marées,
Nos coups de fil réguliers, nos conversations que tu entrecoupais parce que tu n’arrivais plus à respirer.
Il nous restera de toi le lien que nous avons su sauvegarder, de tendresse marqué, lien  que tant d’autres ont fermé dans des coffres rouillés.
Il nous restera de toi, blottis dans notre petit jardin secret, une fleur oubliée qui ne s’est jamais fanée.
Ce que tu nous as donné, dans tes amis fleurira.
Il nous restera de toi ce que tu nous a offert et qui n’a pas de prix car il est singulier et unique.
Il nous restera de toi ce que tu as perdu et que tu as attendu plus loin que les réveils.
Ce que tu as souffert, par d’autres un jour se payera.Celui qui perd sa vie, qui sait ce qu’il en adviendra ?
Il restera de toi une larme tombée,
Un sourire germé sur les yeux de l’amitié.
Il nous restera de toi ce que tu as planté,
Et que tu as partagé avec ceux que tu aimais.
Ce que tu as semé, en d’autres germera…
Joël, nous te souhaitons, comme le souhaitait Maurice, un ultime merveilleux voyage dans l’au-delà.
Repose en paix. »

Juin 2019

 

 

 

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Une partie de ma famille assiste à un mariage



Beaucoup de personnes me sont inconnues.
Néanmoins, en haut à gauche se trouvent Jean-Pierre et Victorine Archer (mes grands-parents maternels). On voit que Victorine est bien plus grande que son mari.
A côté de Victorine, la tante Marie était l’aînée des enfants Archer; on l’appelait La Lousette, plus précisément Marie Archer épouse de Louis Neyraval qui n’apparait pas sur la photo.
A côté de la tante Marie suit le couple André et Berthe Sarette née Archer.
Berthe côtoie sa mère Delphine Joussouys épouse Archer remarquable à sa coiffe blanche ou bien sa soeur Meyronine.
Le dernier en haut à droite qui porte un accordéon, qui est-il ? Peut-être simplement un accordéoniste présent à ce mariage.

Sur le rang en dessous, de gauche à droite, Gabrielle Archer était la plus jeune des enfants Archer.
Qui pouvait être sa voisine ?
Le couple suivant est inconnu pour moi.
Suit Frédéric Archer ou Baptiste Sarette ?
Enfin, la dernière du rang est Nini Vigouroux, la femme de Camille.

Au premier rang et assis, se gauche à droite, Rosa Cham était de blanc vêtue.
A côté d’elle, se tenait Alfred Berbonde.
Viennent les mariés, Pierre et Rosalie Archer.
Suit aussi de blanc vêtue Berthe Cham ou Marie Sarette.
André Roux ou Charpentier était le dernier.

J’ai noté ici tous les noms qu’avait écrits ma mère Jeanne derrière cette photo de groupe mrise un jour de mariage.
Elle date des années 1921-1926.

Juin 2019

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