La maison des métiers anciens

André Albérola que vous voyez ici est le grand maître de cette maison des métiers anciens, un connaisseur « touche à toutes les techniques », un conteur d’anecdotes,  féru d’expressions, pédagogue, plein d’humour… J’arrête là, de peur que n’enflent ses chevilles ! A propos de celle-ci, je peux affirmer qu’il est la cheville ouvrière de son musée, que peu de guides ne lui  arrivent à la cheville et que, même s’il est en cheville avec la mairie dont il est un des conseillers municipaux, il reste avant tout un homme de savoir qu’il partage avec ses visiteurs, pour peu que ceux-ci se révèlent curieux.
Il faut impérativement visiter son antre à côté du chevalement du puits Ricard et du musée du mineur de la Grand-Combe. J’y ai rencontré un passionné qui sait tout sur les savoir-faire et les outils de jadis.
En plus, il connaissait mon père et ma mère…
Alors, merci monsieur Monsieur Albérola et bravo.

Novembre 2017

 

Publié dans Voyages | Un commentaire

La vie secrète des arbres


Moi-même ai toujours mal ressenti les attaques que l’homme pouvait faire aux arbres, surtout aux feuillus. Je détestais que l’on grave « à un tel ou une telle pour la vie », agression faite au couteau sur leur tronc. Aimerait-on qu’on nous fasse la même chose ? Je me souviens du roman Le pain de l’étranger d’Henri Troyat qui commence par l’abattage d’un vieux tilleul annonciateur déjà les malheurs à venir. C’est qu’il ne fait pas bon s’en prendre impunément à de tels seigneurs.
Peter Wohleben est l’auteur d’un best-seller en Allemagne;  son livre vient enfin d’être traduit en français, après l’avoir déjà été dans une trentaine de langues.
Il s’agit  d’une sorte de conte naturaliste où le narrateur nous invite, avec des mots simples mais avec la rigueur scientifique de son métier de forestier, à partager « le bonheur » de la fréquentation des forêts, source vivifiante de réflexion non seulement sur la place de la nature, mais aussi sur les sociétés humaines. Pour peu, bien sûr, que l’on accepte de changer son regard, comme il l’a fait lui-même en se transformant de coupeur de bois – « j’en savais à peu près autant sur la vie secrète des arbres qu’un boucher sur la vie affective des animaux », confesse-t-il – en gardien éclairé d’une hêtraie de la région de l’Eifel, à l’ouest de la Rhénanie.
Pas à pas, comme un semeur de graines, il nous révèle le langage des arbres, capables de communiquer entre eux par les odeurs et par les signaux électriques qu’ils émettent, mais aussi par un étonnant réseau racinaire comparable à un « Wood Wide Web », toile souterraine où s’échangent des informations sur les insectes environnants ou la sécheresse du sol. On y apprend comment les populations sylvestres mettent en place des stratégies collectives de défense contre leurs agresseurs, à l’image des acacias de la savane africaine dont les feuilles se gorgent de substances toxiques pour éloigner les girafes qui les broutent, en même temps que la libération d’un gaz avertisseur alerte leurs congénères du danger.
On y découvre aussi que les arbres sont régis par une véritable organisation sociale, fondée sur l’entraide et la solidarité. Au sein d’une même espèce et d’un même peuplement, ils échangent des éléments nutritifs par leurs systèmes racinaires. Les « parents-arbres » veillent…
Envoyé spécial a réalisé un reportage à ce sujet avec « la Vie secrète des arbres ». https://duckduckgo.com/?q=la+vie+secr%C3%A8te+des+arbres&t=ffab&iax=videos&ia=videos&iai=eh6rnaqSPto

Novembre 2017

Publié dans Jardins et biodiversité | Laisser un commentaire

La fontaine de Gourlong

Renvoi à cet intéressant article : http://alleyras-capitale.info/spip.php?page=article&id_article=434

Novembre 2017

 

Publié dans Pont d'Alleyras et ses environs | Laisser un commentaire

Séneujols : le « Palais de Gargantua »

Article et photo de Sylvain Bret, tiré de Volcan n°92, octobre-novembre 2017 avec des extraits de l’ouvrage « Au pied du Devès SENEUJOLS ».

Au lieu-dit Le Villard (pays de Cayres et de Pradelles), en bordure de la route, à environ 50 mètres de marche sur un chemin de terre rouge balisé, gît un vestige des temps anciens qui vaut le détour…
Si un jour vous passez par la route reliant Séneujols à Bains (D621), ne manquez pas de vous y arrêter.
Blotti au fond du pré, dans l’angle, se trouve un dolmen remarquablement bien préservé. Classé monument historique en 1986, ce monument mégalithique est l’un des seuls vestiges néolithiques incontestables du Velay, bien que d’autres dolmens et menhirs jonchent les sols du Massif Central, mais aussi et surtout en Lozère et en Ardèche.
Le mot dolmen, d’origine bretonne, signifie « table de pierre ». En Europe occidentale, leur construction est estimée aux 4ème et 3ème millénaires avant notre ère. Celui du Villard est attribué au Néolithique final, bien que l’origine de ces vestiges reste inconnue dans le Velay.
Bien souvent, la fouille d’un tel monument révèle des squelettes humains, il s’agirait donc d’un genre de tombeau de dignitaire. Le dolmen de Séneujols aurait fait l’objet de plusieurs fouilles clandestines dont il ne subsiste aucune trace d’une éventuelle trouvaille de ce type. Le célèbre historien local Albert Boudon-Lashermes aurait également fouillé. En revanche, semble-t-il, il aurait servi plus d’une fois d’abri pour les bergers.
Selon la légende, le géant Gargantua, qui avait un pied dans l’Allier et l’autre dans la Loire, jouait à faire des ricochets avec des palets. Il en aurait ainsi égaré un près de Séneujols, le fameux dolmen, que l’on surnomma « Palais de Gargantua ».
Répertorié comme œuvre simple en basalte, le « Palais de Gargantua » est constitué d’une dalle dite de couverture de 7m de circonférence et 45cm d’épaisseur. Elle est aujourd’hui au niveau du chemin et pèse entre 9 et 10 tonnes. Celle-ci repose sur deux supports latéraux (orthostates) et une dalle de chevet en basalte et brèche volcanique. L’ensemble forme ce que l’on appelle « la Table » et délimite un volume surnommé »la Chambre » (2,50m sur 1,20m). L’entrée est orientée à l’est, comme pour la plupart des dolmens.

Novembre 2017

 

Publié dans La Haute-Loire, le Puy-en-Velay | Laisser un commentaire

La vie animalière


Un soir d’hiver, chez monsieur Dugarin, les animaux vaquent. Ainsi se continuent les saisons.
Laissez-vous émerveiller par ce documentaire comme je l’ai été.
https://www.youtube.com/watch?v=gslMyxIEOhc

Octobre 2017

Publié dans Animaux | Laisser un commentaire

Mon père était mineur


Parti à dix-huit ans pour le sud trouver un travail dans les houillères des Cévennes, Albert Rousset, fils d’un paysan altiligérien et  né à Fontfreyde en Haute-Loire, quittait  son village natal de la montagne pour émigrer à La  Grand-Combe où il s’établira définitivement et y mourra à l’âge de soixante-dix ans, non pas de la silicose, mais d’un infarctus foudroyant.
Vers 1938 où il quitta la ferme familiale et cessa ses petits boulots agricoles saisonniers (il fauchait remarquablement bien), l’exode rural continuait à vider les campagnes pour grossir les villes industrielles où l’emploi était facile. Mon père avait jeté son dévolu sur le travail dans les mines de charbon de La Grand-Combe et allait devenir une « gueule noire ».
Après la guerre de 40,  les nationalisations instituèrent les Houillères du Bassin des Cévennes.
Un record de production fut atteint en 1958 : 3,3 millions de tonnes avec un effectif de 20 000 ouvriers sur l’ensemble du bassin houiller d’Alès – La Grand-Combe. Mais la fermeture du puits des Oules en 1985 marque la fin de l’exploitation du charbon dans les Cévennes.
Entre 1954 et 2008, la population de La Grand-Combe  fut divisée par trois, en faisant une ville sinistrée au plan économique.
J’ai visité dans  cette ville la maison du mineur, site classé monument historique, dominé par son chevalement du puits Ricard et dont vous aurez ici un aperçu http://www.maison-du-mineur.com/
Et une chanson sur ces mineurs dont le travail fut rude au puits Ricard comme ailleurs  et qui retrace  la vie de l’un d’eux. https://duckduckgo.com/?q=grand+combe&t=ffab&iax=videos&ia=videos&iai=z5kW0TGFJ3
La Grand-Combe dans les années  50 : https://www.youtube.com/watch?v=NUh5fLD4Z3k
Charbon Ardent présente de façon festive les images du chevalement qui incarne cette ancienne cité minière. https://www.youtube.com/watch?v=yV_MjfEqGtA

Octobre 2017

Publié dans Voyages | Laisser un commentaire

La grotte de Trabuc

Pendant notre incursion grand-combienne et pour passer à autre chose qu’au déménagement du Gard, nous sommes partis direction Anduze.
Située entre cette ville et Saint Jean du Gard, dans le Parc National des Cévennes, la Grotte de Trabuc est le plus grand réseau souterrain des Cévennes (12 Km). Également connue dans le monde entier sous le nom de “La Grotte aux 100.000 Soldats”, elle préserve en son sein un grand mystère cévenol : les 100.000 Soldats, phénomène inexpliqué à ce jour !
Durant votre visite, cette grotte vivante nous a offert une très grande diversité avec ses lacs aux eaux turquoise, ses concrétions aux couleurs féeriques et ses effets de lumières magiques.
Elle est fréquentée à son entrée naturelle depuis la nuit des temps (Néolithique), mais c’est en 1952 qu’un tunnel d’accès fut percé par le CAMA (Cercle de l’Amical des Mineurs d’Alès) sur le réseau supérieur afin d’en dévoiler toutes ses merveilles. L’inauguration quant à elle, ne fut réalisée qu’en 1974, après quatre années de dur labeur par des passionnés du monde souterrain. Nous y avons découvert sept salles.

https://duckduckgo.com/?q=grottes+du+trabuc&t=ffab&iax=videos&iai=hYo252beRJs&ia=videos

Octobre 2017


Publié dans Voyages | Laisser un commentaire

Qui veut désormais être prof en 2017 ?

Moi qui étais professeur de français et professeur de français langue étrangère et mon fils qui a réussi en juin dernier le CAPES de maths, ne pouvons qu’être accablés par le contenu de  l’article que nous avons lu récemment sur cette condition d’enseignants.

Le problème du recrutement des enseignants se fait de plus en plus aigu : posez la question autour de vous… Qui veut, désormais, entrer dans l’enseignement ?
Qui veut être muté, en début de carrière, dans une région lointaine, inconnue ? Qui veut affronter la violence ordinaire, l’indiscipline des élèves ?
Qui accepte d’être déconsidéré, méprisé dans une société où l’autorité des professeurs est sans cesse contestée par les parents, par les élèves eux-mêmes ?
Qui a envie de corriger des copies de plus en plus indigestes, mal orthographiées, mal rédigées, des copies de plus en plus nombreuses, car les classes sont de plus en plus chargées ?
Qui souhaite entrer dans un métier où l’enseignant est taillable et corvéable à merci ? Rencontres avec les parents, organisation de bacs blancs, de devoirs communs, correction des épreuves orales du baccalauréat, parfois dans des villes fort éloignées du lieu de travail et de résidence…
Qui a envie d’être contrôlé par des inspecteurs qui sont totalement coupés du terrain et n’en connaissent plus la réalité ?
La crise du recrutement des enseignants s’intensifie et ce n’est pas étonnant : même en période de crise et de chômage, le ministère a les plus grandes difficultés pour recruter de nouveaux enseignants : les candidats aux concours se raréfient…
La situation en devient dramatique : une campagne a même été lancée pour promouvoir le métier de professeur ! Des vidéos manquant totalement de réalisme ont été mises en ligne… on y voit un professeur d’histoire évoquer une expérience : le but étant de rendre les élèves acteurs du cours ! Les élèves sont invités à créer un nouveau parti politique !
Comme si on pouvait, ainsi, rendre sans cesse, les élèves acteurs d’un cours, comme si les programmes n’existaient pas, comme si l’activité d’un enseignant pouvait se limiter à animer des débats…
La réalité est là : dans certaines disciplines, on voit, aujourd’hui, plus de postes offerts que de candidats, et les jurys n’osent même pas les affecter tous sur ces postes tant le niveau est parfois, particulièrement bas.
Triste réalité ! Un des métiers les plus importants de nos sociétés est sacrifié à des modes : la transmission des connaissances n’est plus au cœur de ce métier, or, elle est essentielle, seules les connaissances permettent de progresser, elles sont un support indispensable de la réflexion.
Il faut redonner du sens, du poids à ce métier, le revaloriser non pas avec des vidéos truquées et sans intérêt, mais en remettant à l’honneur la culture, la grammaire, l’orthographe, en instaurant d’autres rapports entre enseignants et élèves : l’autorité est indispensable et les parents ne doivent pas la contester…
L’administration doit, aussi, soutenir les enseignants, les aider dans leur tâche, ne pas mettre en cause leurs décisions.
Les enseignants se retrouvent trop souvent isolés face à leur classe, leurs élèves, les parents, l’administration…
Oui, ce métier peut être passionnant dans l’échange avec les élèves, dans la transmission des savoirs qui est essentielle, mais à force de réformes mal pensées, hâtives, précipitées, l’enseignement a perdu de son prestige : il faut, absolument, redonner à ce métier son lustre, et en montrer toute l’importance…
L’enseignement ne devrait-il pas être une priorité dans une société moderne ? Ne devrait-il pas être au cœur et au centre de toutes les préoccupations ?
Il est temps d’arrêter les vaines réformes pour remettre, enfin, le savoir et la culture à l’honneur !

 

Article tiré de http://rosemar.over-blog.com/article-voulez-vous-etre-prof-123316012.html

Octobre 2017

Publié dans Bric à brac de Viviane | 2 commentaires

George Sand

« J’ai aussi visité Nohant, le domaine de Georges Sand et son parc, dans le Berry tout proche, une sorte de pèlerinage… », m’écrit Serge Guégan(1).
Il ajoute à son courriel de nombreux documents,  qu’il a pris le soin de photographier et de me me joindre à son message.
Afin d’ « immortaliser » cet échange épistolaire et donc le conserver pour la postérité comme souvenir peu banal, j’insère dans ce blog, comme l’aurait certainement fait à son époque George Sand, la narration de cette précieuse communication.

(1) Animateur du jardin des sens que j’ai connu en mars 2008 au foyer d’accueil médicalisé Après, génial jardinier et ami désormais, qui possède une grande connaissance de tout ce qui touche au jardin et surtout, qui partage sa culture botanique.

 

« Rendez-vous au jardin » se place , pour cette saison 217, sous la jolie thématique du partage. Si quelqu’un partagea son jardin de mille manières, c’est bien George Sand ! Ses écrits sont nombreux à en faire l’écho. Certains d’entre eux, choisis parmi les plus évocateurs, sont parsemés à travers le jardin : leur lecture accompagnera votre promenade. Ce parc, dont l’architecture reste inchangée, George Sand en hérita de sa grand-mère maternelle auprès de laquelle elle a grandi.
Elle y vécut des moments inoubliables durant son enfance, consignés dans Histoire de ma vie, magnifique récit autobiographique.
Ces moments ont marqué son histoire à jamais car elle les partagea un court laps de temps son père, disparu brutalement, bien trop tôt. C’est aussi avec sa mère que la petite Aurore vécut ces instants ; une maman magicienne qui, au sein de ce jardin, à défaut de ne pas avoir été assez présente auprès de sa fille, nourrit sans le savoir son imaginaire.
Quelle aubaine pour une future grande romancière !
Le petit bois et le potager furent le théâtre de toutes les bêtises possibles fomentées avec Hippolyte, demi-frère polisson, et Ursule, fillette d’origine modeste dont George Sand conserva précieusement l’amitié toute sa vie.
Les allées et les prairies du jardin ont retenti de leurs rires et furent de formidables terrains de jeux, jeux auxquels nos enfants ne jouent plus.
Amoureuse des plantes, savante en la matière, George Sand fut particulièrement soucieuse d’inscrire son jardin d’agrément dans la modernité d’un siècle qui fit la part belle à l’horticulture. Cette passion pour les belles fleurs, les plus rares ou les plus exotiques, les plus modestes aussi parfois, fut partagée avec des amis amateurs : échanges de graines, de plants, d’ouvrages ou de conseils se firent au gré des liens affectifs noués une vie durant.
Le parc de Nohant s’enrichit ainsi des plantes aimées par les autres et participa à l’embellissement de bien des jardins.
Cet amour des fleurs fut aussi l’un des rares traits d’union qui lia George Sand à sa fille Solange.
George Sand était férue de sciences naturelles, initiée par l’ami Néraud.
Toute sa vie, elle botanisa avec passion, tant l’étude scientifique du végétal lui procurait de réjouissances intellectuelles et alimentait ses questionnements sur le sens de la vie.
George Sand transmit très tôt ce virus à son fils Maurice, entomologiste chevronné, puis à Alexandre Manceau, l’homme qui, à partir de 1850, partagea sa vie durant 15 ans à Nohant et ailleurs.
Le jardin fut pour eux un terrain privilégié d’observations et d’interrogations naturalistes, un lieu d’émulations intellectuelles qu’on devine enflammées !
Partager cet espace, c’était aussi simplement y passer du temps avec ceux que George Sand aimait, ceux qu’elle avait choisis. Avec Nini, petite-fille adorée, partie si tôt, pour laquelle elle s’éreinta à aménager un jardin merveilleux que l’on devine encore dans le petit bois. Avec François Rollinat, l’ami parfait, le confident idéal, arpentant ensemble les allées du jardin durant des heures, ils se confièrent leurs états d’âme sous l’ombrage des arbres qui n’ont pas d’oreilles et qui savent garantir les secrets…
Enfin, sur ses dernières années, George Sand partagea ce jardin avec ses petites-filles, Lolo et Titite, s’émerveillant chaque jour de les voir y pousser et y fleurir, comme elle l’écrit elle-même si joliment…
De l’enfance à la vieillesse, George Sand a partagé ce jardin avec tous ceux qui étaient chers, mais n’est-ce pas la raison d’être des jardins ?… »

https://duckduckgo.com/?q=nohant+jardin+sand&t=ffab&iax=1&iai=hHd1leVsHfQ&ia=videos

1) George Sand à Charles Veyret*, à Nohant le 26 mai 1846.
Correspondance de George Sand par G. Lubin, lettre n° 3415.
« Vous m’avez promis des greffes de roses.
J’en ai déjà pas mal de très belles, mais vous devez avoir mieux.
Ce que j’ai de plus beau, c’est une rose, rose vif, énorme, vigoureuse, en feuillage, qu’on appelle je ne sais comment ; une rouge sur laquelle j’ai compté 310 pétales l’année dernière ; une thé safranée ; une autre thé blanche à cœur vert jaunâtre ; et enfin une thé couleur de chair rosée.
Si vous avez autre chose, faites m’en part »

2) Georges Sand à Henry Anault*; à Nohant ; le 29 mai 1857
Correspondance de Georges Sand par G. Lubin, tome XIV, lettre n° 5707

« J’ai retrouvé la famille des petites cocottes** augmentée de beaucoup de petits œufs, et les deux dames de votre dernier envoi occupées à couver.
Aujourd’hui, la petite blanche est encore sur ses œufs, mais la jolie jaune panachée a mené à bien huit poussins gros comme des hannetons qui, blottis sous le ventre de leur mère, font un groupe adorable…

*Henry Anault (1799-1887) : pharmacien et fabricant de produits chimiques à Paris ; il écrivit de nombreux ouvrages de vulgarisation médicale.
** Georges Sand a entrepris un élevage de poules de races exotiques.

3) Georges Sand à sa fille Solange, à Nohant, le 24 février 1860
Correspondance de Georges Sand avec G. Lubin, tome XV, lettre n° 8590

« Je voudrais pouvoir t’envoyer les beaux camélias de la serre*, mais ils ont tant de peine à ne pas geler où ils sont, qu’ils feraient triste mine en voyage.
Une curiosité attire dans le salon les regards des amateurs.. Ce sont des branches de lilas qui auraient l’air de bois mort et que, deux ou trois jours après ton départ, Jean avait mises dans le grand vase de la cheminée pour soutenir les rameaux de lierre. Le lierre a eu toujours chaud et malgré l’eau où le tout trempait, il s’est desséché, mais les branches de lilas ont poussé des feuilles et des fleurs en quantité, qui sont tout épanouies depuis huit jours et blanches, quoique l’arbre soit lilas-lilas. »

*Georges Sand avait fait aménager une serre chaude, attenante à sa maison ; malheureusement disparue, il ne reste que des fondations sans édifice.

4) Georges Sand , journal intime
Au printemps 1837, Georges Sand reçut à Nohant durant trois mois, Franz Liszt et Marie d’Agoult qui était alors sa compagne.
« 12 juin.
Ce soir-là, pendant que Franz jouait les mélodies les plus fantastiques de Schubert, la princesse* se promenait dans l’ombre autour de la terrasse, elle était vêtue d’une robe pâle. Un grand voile blanc enveloppait sa tête et presque toute sa taille élancée.
Elle marchait d’un pas mesuré qui semblait ne pas toucher le sable et décrivait un grand cercle coupé en deux par le rayon d’une lampe autour de laquelle toutes les phalènes** du jardin venaient danser des sarabandes délirantes. La lune se couchait derrière les grands tilleuls et dessinait dans l’air bleuâtre le spectre noir des sapins immobiles.
Un calme profond régnait parmi les plantes, la brise était tombée mourant épuisée sur les premiers accords de l’instrument sublime.
Le rossignol luttait encore, mais ‘une voix timide et pâmée…
Nous étions tous assis sur le perron…, engourdis comme toute la nature dans une morne béatitude, nous ne pouvions détourner nos regards du cercle magnétique tracé devant nous par la muette sibylle au voile blanc… »

*Marie d’Agoult.
**nom donné communément à une famille de papillons de nuit.

5) George Sand, lettres d’un voyageur, à Maurice Sand.
« Nohant, 15 juillet 1868.
Il fait sombre, l’orage s’amasse, et déjà vers l’horizon les hachures de pluie se dessinent en gris de perle sur le gris ardoisé du ciel.
La bourrasque va se déchaîner, les feuilles commencent à frissonner à la cime des tilleuls, et la flèche déliée des cèdres oscille, incertaine de la direction que le vent va prendre.
C’est le moment de rentrer les enfants, les petites chaises et les jouets fragiles…
L’aînée voudrait jouer encore sur la terrasse, elle ne croit pas à la pluie ; mais le vent vient brusquement de gonfler les plis de sa petite jupe, une large goutte d’eau tombe sur sa main mignonne.
Elle saisit sa chère Henriette sa poupée favorite, et vient se réfugier dans mon cabinet. »

*C’est à Aurore, dite Lolo, fille aînée de Maurice, que George Sand fait ici allusion.

6) George Sand à son fils Maurice, à Nohant.
Correspondance de George Sand par G.Lubin, tome XVI, lettre n° 8944.
« Voilà qu’il fait tout à fait chaud ici avec encore trois pouces de glace sur les eaux. Cela fait un drôle d’effet…
J’ai trouvé la veronica agrestis variété didyma en si belle floraison, sortant de la glace que j’ai pu la spécifier.
Et puis, sur des feuilles sèches où les pies avaient établi leur cacatoire, j’ai observé une végétation blanche très jolie, très fine et déjà ramifiée et filamenteuse, s’emparant du lit de phosphate de chaux expulsé par ces dames.
Génération spontanée telle que le bon sens doit l’admettre… »

7) George Sand à Louise Chopin*, à Nohant, en juin 1846.
Correspondance de George Sand par G. Lublin, tome VII, lettre n° 3421.
« Le temps est superbe, la campagne magnifique et notre cher enfant** va se porter, j’espère, aussi bien que les miens, sous l’influence de la vie paisible et du beau soleil.
Nous pensons à vous à chaque pas que nous faisons dans toutes les allées… où vous avez posé le pied… »

*Louise Chopin est la sœur aînée de Frédéric Chopin, compagnon de George Sand de 1838 à 1847. Le couple et les enfants de la romancière avaient l’habitude de s’établir à Nohant tout l’été. Louise les a rejoints en août 1844 pour soutenir son frère : leur père est mort au printemps. Chopin n’avait pas revu sa sœur depuis son départ de Varsovie en 1830.
**George Sand fait allusion à Frédéric.

8) George Sand, lettre d’un voyageur, lettre n° 4 à Jules Néraud*.
« Rollinat** est une des plus parfaites et des plus affectueuses créatures qu’il y ait sur la terre…
Je ne sais personne dont la société intime et journalière soit plus bienfaisante…
Lui ne me donne ni conseils, ni encouragements, ni consolations ; nous échangeons peu de paroles dans le jour ; nous marchons côte à côte… dans les allées de mon jardin, courbés comme deux vieillards, concentrés dans une muette douleur…
Le soir, nous marchons encore dans le jardin jusqu’à minuit…
Alors nous bous racontons les détails et les ennuis de notre vie. Quelquefois nous retombons dans un profond silence ; il regarde les étoiles, où il rêve un asile, et je promène d’inutiles regards sous les ténébreux ombrages que nous traversons… »

*Jules Néraud (1785-1855) était originaire de la Châtre. Il fut un ami fidèle de George Sand qu’il initia aux sciences naturelles. Après un voyage à Madagascar et à l’île de la Réunion (île Bourbon), elle le surnomma le Malgache.
**François Rollinat (1806-1867) : originaire d’Argenton-sur-Creuse, avocat à Châteauroux, père du poète Maurice Rollinat. Très présent à Nohant. George Sand lui voua une amitié profonde et sans faille.

9) George Sand à Charles Poncy*, à Nohant.
Correspondance de George Sand par G. Lubin, tome XV.
« Parlons mangeaille car… j’ai oublié de vous parler de vos envois… Les grenades et le monstrueux tubercule étaient à… se lécher les doigts, car aussitôt votre lettre, on a procédé à l’autopsie de l’exquise patate…
Nous serons reconnaissant du plant que vous vous enverrez à la bonne saison et nous demandons avec l’instruction, une poignée de la terre où elles se plaisent. »

*Charles Poncy (1821-1891) : originaire de Toulon, fils de maçon et maçon lui-même, il fit publier ses poèmes pour lesquels George Sand s’enthousiasma. Elle l’encouragea toute sa vie.
**Il s’agit de la patate douce, légume inconnu en Berry !

10) George Sand à François  Rollinat*, à Paris, en mai 1933.
Correspondance de George Sand par. Lublin, tome II, lettre n° 634.
« Cher ami…
Je ne t’ai pas donné signe de souvenir  et de vie depuis bien des mois. C’est que j’ai vécu des siècles, c’est que j’ai subi un enfer depuis ce temps-là. Tu sais que socialement, je suis libre et plus heureuse.
Tu sais que ma position est extérieurement calme, indépendante et avantageuse.
Mais pour en arriver là, tu ne sais pas quels affreux orages il m’a fallu passer.
Il faudrait pour te les raconter bien des soirs dans les allées de Nohant, à la clarté des étoiles, dans ce grand et beau silence que nous aimions tant… »

*François Rollinat (1806-1867) : originaire d’Argenton-sur-Creuse, avocat à Chateauroux, père du poète Maurice Rollinat. George Sand lui voua une amitié sans faille.

11) George Sand à Sylvanie Arnould-Plessis*, à Nohant, le 14 septembre 1867.
Correspondance de G. Sand par G. Lublin, tome XX, lettre 1352.
« Vous viendrez n’est-ce pas ? Dites à peu près quand. On n’aura personne pour vous embêter.
Vous prendrez dans mon herbier qui commence à être gros toutes les plantes que vous voudrez.
Je les retrouverai ici ou bien près.
Non, je n’ai pas la cinéraire de Sibérie. Elle ne vient pas . Je ne sais pas ce que c’est que le sabot de Vénus en botanique. La gentiane cillée n’est pas non plus d’ici. J’en veux bien.
Vous m’apporterez ça quand vous voudrez. »

*Sylvanie Arnould-Plessis (1819-1897) : comédienne, sociétaire de la Comédie-Française

12) George Sand à Charles Duvernet* à Nohant.
Correspondance de George Sand par G; Lublin, tome XIV, lettre n° 8256.
 » Mon jardinier va demander à Baratin de lui faire expédier quelques arbres fruitiers.
Aucun de ceux que m’envoie Mr Dauvaisse** ne réussit bien.
Dirige-moi dans le choix des espèces qu’il faut lui demander.
je voudrais du solide, du rustique, de ces espèces classiques anciennes comme beurrée, crésanne, bon chrétien*** qui florissaient chez nous, et qui, remplacées par les fruits plus beaux et pas du tout meilleurs de la pomologie perfectionnée, ne font que jaunir et dépérir dans nos climats;
J’ai fait chercher des espèces domestiques dans les vergers de La Châtre, on n’en trouve pas. »

*Charles Duvernet (1807-1874) : ami de jeunesse de George Sand, il vit à Verneuil-sur-Igneraie, village voisin de Nohant. Très présent chez George Sand, il a beaucoup de passion et d’engagements communs avec elle.
**Pépiniériste d’Orléans.
***Variétés anciennes de poires.

13) George Sand à Laur*, à Nohant, le 6 janvier 1874.
Correspondance de George Sand par G. Lubin, tome XXIII, lettre n° 16883.
« Merci de ton souvenir de tes jolies plantes, mon cher enfant. Que tu es heureux d’être jeune et de pouvoir grimper ! A mon âge, il t’en faudra bien rabattre !
Pourtant j’ai eu encore, l’an dernier, la joie de revoir les sommets d’Auvergne et de cueillir le Meconopsis cambrisa que je n’avais jamais eu la chance de rencontrer. »

*Francis Laur : jeune homme employé comme secrétaire à l’âge de 14 ans par Charles Duvernet, ami fidèle de George Sand. Intelligent, il le prit sous sa protection et fit parfaire son éducation. Il était féru comme elle de sciences naturelles.

14) Les bêtises d’Aurore*, Hippolyte** et Ursule***
George Sand, Histoire de ma vie, troisième partie, chapitre 3.
« Un jour que nous avions vu tuer un cochon gras dans la basse-cour, Hippolyte  s’imagina de traiter comme tels les concombres du jardin.
Il leur introduisit une petite brochette de bois dans l’extrémité qui, selon lui, représentait le cou de l’animal; puis, pressant du pied ces malheureux légumes, il en faisait sortir tout le jus.
Ursule le recueillait dans un vieux pot à fleurs, pour faire le boudin, et j’allumais gravement un feu fictif à côté, pour faire griller le porc, c’est-à-dire le concombre, comme nous l’avions vu pratiquer le boucher.
Ce jeu nous plut tellement, que, passant d’un concombre à l’autre, choisissant d’abord les plus gras, et finissant par les moins, rebondis, nous dévastâmes lestement une couche, objet des sollicitudes du jardinier. Je laisse à penser quelle fut sa douleur quand il vit cette scène de carnage.
Hippolyte, au milieu des cadavres ressemblait à Ajax immolant dans son délire les troupeaux de l’armée des Grecs…
Le jardinier porta plainte et nous fumes punis; mais cela ne fit pas revivre les concombres, et on n’en mangea pas cette année. »

*George Sand.
**Hippolyte Chatiron (1799-1848) : demi-frère de George Sand, très présent à Nohant durant son enfance et le reste de sa vie. Fils de Maurice Dupin, père de George Sand.

15) George Sand à Charles-Edmond*, à Nohant, le 11 août 1874.
Correspondance de George Sand par G. Lubin, tome XXIV, lettre n° 17065.
« Je surveille mes fleurs pour vous envoyer des graines bien rustiques; à Paris, vous trouvez tout ce qu’il y a de rare et de beau. Mais pour le remplissage des coins, il faut voir le côté botanique français qui donnes des plantes solides et jolies, sans jardiniers et sans serres-chaudes.
Je vous ferai le choix à mon idée… »

*Charles-Edmond (1822-1899) : né en Pologne, il s’établit en France où il exerça une activité littéraire.

16) George Sand à sa belle-fille Marcelina*, à Paris, le 2 juin 1874.
Correspondance de G. Sand par G.Lubin, tome XX, lettre n° 13252.
« J’ai reçu votre lettre mes enfants chéris. C’est très bon à mon réveil de voir la grosse écriture de mon Aurore**. Hier après sa commande, j’ai été tout de suite acheter le hamac qui est très joli.
On le suspend à des piquets avec des crochets, ou à des arbres, en passant une corde dans les anneaux…
Avec le hamac qu’on t’a expédié par petite vitesse, il y a six chaises en vrai rotin que le marchand éprouve en les jetant par la fenêtre devant vous sans qu’elles en ressentent le moindre mal.
Plus deux autres chaises de jardin qui se plient et qu’on peut porter à la promenade, plus deux pliants pour les petites… »

*Marcelina Catamatta (1842-1901) : épouse de Maurice Sand, mère d’Aurore, dite Lolo et de Gabrielle, dite Titite.
**Aurore avait écrit à sa grand-mère, alors à Paris, de lui acheter un hamac.

17) George Sand à Emile Regnault, ami commun de George Sand et Jules Sandeau*, à Nohant, en mai 1831.
Correspondance de George Sand par G. Lubin, tome I, lettre m° 1831.
C’est à Jules Sandeau que George Sand fait allusion dans ce passage de la lettre.
« Il y a une place que j’affectionne surtout. C’est un petit banc placé dans le joli petit bois qui fait partie  de mon jardin. C’est là que pour la première fois nos cœurs se révélèrent tout haut l’un à l’autre, c’est là que nos mains se  rencontrèrent pour la première fois. C’est là aussi que plusieurs fois il vint s’asseoir arrivant de La Châtre, tout haletant, tout fatigué dans un jour de soleil et d’orage.
Il y trouvait mon livre ou mon foulard, et quand j’arrivais, il se cachait dans une allée voisine et je voyais son chapeau gris et sa canne sur le banc. »

*Jules Sandeau (1811-1883) : originaire de la Creuse, homme de lettres et de théâtre; il fut l’amant de George Sand de 1830 à 1833.

18) Les bêtises d’Aurore*, Hippolyte** et Ursule***… Les « trompe-chiens » (1/2)
George Sand, Histoire de ma vie, troisième partie, chapitre 3.
« Un autre de nos méchants plaisirs était de faire ce que les enfants de notre village appelaient des « trompe-chiens ». C’est un trou rempli de terre légère délayée dans de l’eau.
On le recouvre avec de petits bâtons sur lesquels on place des ardoises et une légère couche de terre ou des feuilles sèches et, quand ce piège est établi au milieu d’un chemin ou d’une allée de jardin, on guette les passants et on se cache dans les buissons pour les voir s’embourber, en vociférant contre les gamins abominables qui inventent de tours pareils…
L’amusant, c’était de voir la terreur du jardinier qui sentait la terre manquer sous ses pieds dans les plus beaux endroits de ses allées ratissées, et qui en avait pour une heure à réparer le dommage. »

*George Sand.
**Hippolyte Chatiron (1799-1848) : demi-frère de George Sand, très présent à Nohant durant son enfance et le reste de sa vie. Fils de Maurice Dupin, père de George Sand, l’enfant ne fut toutefois pas reconnu.
***Ursule (1803-?) : nièce d’une des domestiques de la grand-mère de George Sand, elle fut sa compagne de jeux.

19) George Sand à Étienne Geoffroy Saint-Hilaire* à Nohant, en avril 1837.
Correspondance de G. Sand par G. Lubin, tome XXV, lettre n° S 170.
« Après avoir osé m’élever m’élever dans ces régions si au-dessus de mon essor**, je retombe naturellement sur mon terrain en vous suppliant de m’envoyer des graines de fleurs…
Est-ce que vous penserez à m’envoyer, en promenant vos belles rêveries dans les serres Newman de ramasser au hasard de vos rêveries quelques valves au temps de la maturité ?…
Il y a au bout de l’ancienne serre, en dehors, une plante grimpante sur des fils de fer, plante que l’on m’a dit être chinoise, et dont je ne sais pas le nom, mais qui a des grappes bleues et que les jardiniers m’ont dit être facile à acclimater…
Si je pouvais en faire grimper à ma fenêtre, jugez quel plaisir j’aurais en outre à la tenir de vous… »

*E. Geoffroy Saint-Hilaire (1772-1844) : grand naturaliste. Spécialiste en zoologie, il ouvrit au muséum d’Histoire Naturelle, à Paris, le premier cours de cette science et fut à l’initiative de la ménagerie. Il répondit à George Sand le 2 mai en lui envoyant une glycine chinensis, la fleur dont elle lui avait demandé des graines… (lettre à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris).
**George Sand a fait un séjour dans les Alpes à l’automne 1836.

20) Une maman* aux doigts de fée… (3/4)
George Sand, histoire de ma vie, 2ème partie, chapitre 14.
« Elle nous** amena par le sentier en face de la grotte… et me mettant une petite baguette dans la main, elle frappa trois fois dans les siennes, en me recommandant de frapper en même temps de ma baguette le centre de la grotte, qui présentait alors un orifice garni d’un tuyau de sureau…
Au troisième coup de baguette, l’eau se précipita dans le tuyau fit irruption si abondamment que nous fûmes inondés, Ursule et moi, à notre grande satisfaction et en poussant des cris de joie délirante.
Puis la cascade tombant de deux pieds de haut dans le bassin formé par la terrine offrit une nappe cristalline qui dura deux ou trois minutes et s’arrêta lorsque toute l’eau du vase, que ma bonne, cachée derrière la grotte, versait dans le tuyau de sureau fut épuisée…
L’illusion fut donc de courte durée, mais elle avait été complète, délicieuse, et je ne crois pas avoir éprouvé  plus de surprise et d’admiration quand j’ai vu par la suite les grandes cataractes des Alpes ou des Pyrénées. »

*Après la mort de son époux, Sophie-Victoire Delaborde, confia sa fille à Mme Dupin de Francueil, grand-mère paternelle de George Sand, propriétaire de Nohant.
**George Sand et sa copine Ursule, nièce d’une gouvernante.

21) Une maman* aux doigts de fée… (1/4)
George Sand, Histoire de ma vie, deuxième partie, chapitre 14.
« Il y a dans notre enclos un petit bois planté de charmilles, d’érables, de frênes, de tilleuls et de lilas.
Ma mère choisit un endroit où une allée tournante conduit à une sorte d’impasse. Elle pratiqua, avec l’aide d’Hippolyte**, de ma bonne, d’Ursule*** et de moi, un petit sentier dans le fourré, qui était alors fort épais.
Ce sentier fut bordé de violettes, de primevères et de pervenches qui depuis ce temps-là ont tellement prospéré, qu’elles ont envahi presque tout le bois.
L’impasse devient donc un petit nid où un banc fut établi sous les lilas et les aubépines, et l’on allait étudier et répéter là ses leçons pendant le beau temps. Ma mère y portait son ouvrage, et nous y portions nos jeux, surtout nos pierres et nos briques pour construire des maisons, et nous donnions à ces édifices, Ursule et moi, des noms pompeux.
C’était le château de la fée, c’était le palais de la Belle au bois dormant. »

*Après la mort de son époux, Sophie-Victoire Delaborde confia sa fille à Mme Dupin de Francueil, grand-mère paternelle de George Sand, propriétaire de Nohant.
**Hippolyte Chatiron  (1799-1848) : demi-frère de George Sand, très présent à Nohant durant son enfance et le reste de sa vie. Fils de Maurice Dupin, père de George Sand, l’enfant ne fut toutefois pas reconnu.
***Ursule Jos (1803-?) : nièce de l’une des domestiques de George Sand, elle fut sa compagne de jeux durant toute son enfance et une vraie amie pour la vie.

22) Une maman* aux doigts de fée (3/4)
George Sand, Histoire de ma vie, deuxième partie, chapitre 14.
« mais cela  ne suffisait pas, il fallait une source et une cascade

23) Les bêtises d’Aurore*, Hippolyte** et Ursule***… « les trompe-chien » (2/2)
George Sand, Histoire de ma vie (troisième partie, chapitre 3)
« Un beau jour, Dechartres* y fut pris.
Il avait toujours de beaux bas à côtes, bien blancs, des culottes courtes et de jolies guêtres de nankin…
Avec cela, comme tous les pédants, il marchait toujours le jarret tendu et le pied en dehors.
Nous marchions derrière lui pour mieux jouir du coup d’œil.
Tout à coup, le sol s’affaisse et le voilà jusqu’à mi-jambe dans une glaise jaune admirablement préparée pour teindre ses bas. Hippolyte fit l’étonné, et toute la fureur de Dechartres dut retomber sur Ursule et sur moi; mais nous ne le craignions guère, nous étions bien loin avant qu’il eût repêché ses souliers. »

*George Sand.
**Hippolyte Chatiron :demi-frère de George Sand très présent à Nohant durant son enfance et le reste de sa vie.
***Ursule Jos : nièce d’une des domestiques de George Sand, elle fut sa compagne de jeu pendant toute son enfance et une amie pour la vie.
****Dechartres : précepteur (maître d’école d’Aurore et Hippolyte.

24) Un jardin pour Louis… (1/2)
George Sand, Histoire de ma vie, deuxième partie, chapitre 14.
Très vite après l’arrivée à Nohant, en 1808, les parents de George Sand, leur fils cadet Louis, âgé de quelques mois, atteint de la gale, dépérit. La maman, s’inquiétant de la qualité de son lait, s’activait physiquement pour être en meilleure santé.
« Elle commença aussitôt un petit jardin dans un angle du grand jardin de Nohant, au pied d’un gros poirier qui existe encore*… »
L’enfant mourut. Ses parents placèrent en cachette son cercueil au pied du vieux poirier.
« Dès le lendemain, ma mère se remit avec ardeur au jardinage, et mon père l’y aida…
Au pied du poirier, ils avaient élevé une butte de gazon avec un petit sentier en colimaçon, pour que je puisse y monter et m’y asseoir.
Combien de fois j’y suis montée en effet, combien j’y ai joué sans me douter que c’était un tombeau !… »

*Ce poirier n’existe plus bien sûr;son emplacement n’est pas situé.

25) Un jardin pour Louis… (2/2)
George Sand, Histoire de ma vie, deuxième partie, chapitre 14.
« C’était un jardin d’enfant… qui s’était créé comme par magie, mon père, ma mère, Hippolyte et moi y travaillant sans relâche pendant cinq ou six journées, les dernières de la vie de mon père*, les plus paisibles peut-être qu’il ait goutées et les plus tendres dans leur mélancolie.
Je me souviens qu’il apportait sans cesse de la terre et du gazon dans des brouettes, et qu’en allant chercher ces fardeaux, il nous mettait, Hippolyte et moi, dans la brouette, prenant plaisir à nous regarder, et faisant semblant de nous verser, pour nous voir crier ou rire, selon notre humeur du moment. »

*Maurice Dupin, le père d’aurore et d’Hippolyte, est mort accidentellement, le 16 septembre 1808.

26) Une maman aux doigts de fée (2/4)
George Sand, Histoire de ma vie, deuxième partie, chapitre 14.
« Voyant que nous ne venions pas à bout de réaliser nos rêves dans ces constructions grossières, ma mère* quitta un jour son ouvrage et se mit de la partie… quand ces matériaux furent rassemblés, elle commença à bâtir devant nous avec ses petites mains fortes et diligentes, non pas un château, non pas une maison mais une grotte en rocaille. Une grotte ! nous n’avions aucune idée de cela. La notre n’atteignait guère que quatre à cinq pieds de haut et deux ou trois en profondeur… comme l’ouvrage dura quelques jours, pendant quelques jours, nous crûmes que notre rocaille allait s’élever jusqu’aux nues…
…j’ai besoin de me rappeler qu’en montant sur ses premières assises, je pouvais en atteindre le sommet, j’ai besoin de voir le petit emplacement qu’elle occupait, et qui existe encore, pour ne pas me persuader encore aujourd’hui que c’était une caverne de montagne. »

*Après la mort de son époux, Marie-Victorine Delaborde confia sa fille à Mme Dupin de Francueil, grand-mère paternelle de George Sand et propriétaire de Nohant.

26) Une maman aux doigts de fée (3/4)
George Sand, Histoire de ma vie, deuxième partie, chapitre 14.
« Mais cela ne suffisait pas, il y fallait une source et une cascade; car une grotte sans eau vive est un corps sans âme. or, il n’y avait pas le moindre filet d’eau dans le petit bois.
Mais ma mère ne s’arrêtait pas pour si peu. Une grande terrine à fond d’émail vert qui servait aux savonnages fut enterrée jusqu’aux bords dans l’intérieur de la grotte, bordée de plantes et de fleurs qui cachaient la poterie, et remplie d’une eau limpide que nous avions grand soin de renouveler tous les jours.
Mais la cascade ! Nous la demandions avec ardeur.
Demain, vous aurez la cascade, dit ma mère, mais vous n’irez pas voir la grotte avant que je vous fasse appeler; car il faut que la fée s’en mêle, et votre curiosité pourrait la contrarier…

Septembre 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Jardins et biodiversité | Laisser un commentaire

La 2 CV de mon père

L’achat de cette 2 CV eut lieu   en 1964 et ce fut un peu la gloire de mon père…
Car acheter une voiture dans ces années-là n’était pas encore commun bien que les foyers français eussent commencé à doucement s’équiper d’automobiles.
Cette acquisition  marquait pour mon père une performance et ce fut pour lui une importante fierté.
Il emmenait sa femme et sa fille en balade automobile, plastronnant au volant de sa voiture, fier comme Artaban. Car la modestie n’était pas sa vertu première et cette ostentation le plaçait, du moins le pensait-il,  sur un piédestal qu’il n’avait pas forcément connu.
Chacun manifeste sa réussite comme il le peut et mon père venait d’un milieu de petite paysannerie pour la quelle la vie avait été rude. Alors, pensez donc !
En 1963, j’étais entrée en pension au Puy et tributaire pour rentrer à Pont d’Alleyras, de l’autocar d’André Malartre qui ne faisait le trajet qu’une fois par mois d’Alleyras à notre préfecture . Je restais donc pas mal de temps sans revenir à la maison… Et je languissais…
En achetant sa 2 CV, mon père faisait donc coup double : me permettre de revenir à Pont d’Alleyras une fois tous les quinze jours et se déplacer quand et où il voulait.
Il venait de passer son permis de conduire à la Grand-Combe… Il en était bouffi d’orgueil. C’était une belle ascension qui semble dérisoire aujourd’hui où tout le monde ou presque possède le permis de conduire. C’était alors dans ces années-là un signe de réussite sociale…
Il avait choisi d’acquérir une 2 CV : cette voiture n’était pas trop onéreuse à l’achat, de 5 000 à 6 000 francs de l’époque. En ce temps-là, on payait comptant. Par liasses de billets amassés l’un après l’autre qu’on épinglait en paquets de dix et qu’on cachait dans un tiroir fermé à clé, sous une pile de linge ou dans une boite en fer munie d’une serrure.
Le garage Citroën se trouvait alors au Puy-en-Velay, cours Victor Hugo. Je me rappelle que mon père avait demandé qu’on lui conduise sa 2 CV qu’il avait choisie, beige clair, à la sortie de la ville, sur la route de Bains car il n’était pas suffisamment certain de sa conduite d’un véhicule.
Auparavant, il avait pris la précaution de bâtir un garage à Dourounet, fait de traverses de chemin de fer plantées les unes à côté des autres. Le garage a été  démoli sur  son terrain exproprié lors de la construction du village de vacances.
De cette aventure, je garde la nostalgie de la 2 C.V., cette voiture populaire qui connut un fabuleux destin.

On l’a appelée deudeuche, deuche, dodoche, deux pattes, deux pipes et même deux poils en Belgique, la 2 CV est probablement la voiture qui a laissé les souvenirs les plus marquants dans la société française. Si aujourd’hui, il est devenu rare de la croiser, elle était hier très présente sur les routes françaises et européennes, elle a été produite à plus de 5 millions d’exemplaires entre 1948 et 1990.
La 2 CV est née du projet TPV pour Toute Petite Voiture en 1935. Il s’agissait de créer une voiture destinée aux revenus les plus faibles et au monde rural. Cette TPV devait avoir quatre places assises, aller à 60 kilomètres par heure en vitesse de pointe, être facile d’entretien, et permettre de traverser un champ avec un panier d’oeufs sans les casser !
Quatre ans plus tard, le 1er septembre 1939,  on a commencé la production en usine des premiers modèles de la TPV, mais le début de la deuxième guerre mondiale a sonné la fin de la production quelques jours après et il a fallu attendre  la fin de la guerre et de multiples améliorations techniques pour qu’en 1948 la première deux chevaux sortît des usines.
Sa longue carrière pouvait enfin commencer. D’abord moquée pour ses formes, elle a très vite été adoptée par les Français. Dès 1952, les services postaux l’ont choisie pour l’acheminement du courrier dans les campagnes françaises.
En 1958, une version 4×4 a été produite, on l’appelait la 2 CV Sahara. Elle était équipée de deux moteurs et facilement reconnaissable à sa roue de secours placée sur le capot avant. Sous ses airs fragiles, la 2 CV Sahara a quand même réussi l’exploit de grimper la dune du Pilat dont la pente peut atteindre 40 degrés !
On peut dire que la 2 CV a fait partie du décor des année 1950 et 1960. Avec la tour  Eiffel, , la baguette de pain, le béret, la marinière et le verre de vin, elle était dans l’imaginaire collectif un symbole de la France.
La 2 CV était aussi très présente dans le cinéma français. C’est dans une 2 CV fourgonnette qu’on transporte le cadavre dans le film « Les Diaboliques » de 1952.
Louis Malle tourne une longue scène dans une 2 CV dans son film « Les Amants » en 1958. Dans la scène culte du Corniaud, c’est une deux chevaux qui forcément va marcher beaucoup moins bien ! Idem dans la série du gendarme à Saint Tropez, c’est encore une 2 CV qui est conduite par les religieuses. Si on l’aperçoit dans de très nombreux films du cinéma français, le cinéma international n’est pas en reste. On l’aperçoit dans « Apocalypse Now », « Full Metal Jacket », « Good Morning Viet-Nam », « Armaggedon », « American Graffiti », et j’en passe ! Même l’agent 007  l’a conduite, c’est dire si elle était célèbre.
Mais toutes les histoires ont une fin, et le 27 juillet 1990 à 16h 30, on a tout arrêté. L’entreprise Citroën a décidé de cesser la production de la 2 CV. La dernière 2 CV produite, l’Ultima, une Charleston grise est sortie de la chaîne de production au son d’une fanfare venue spécialement accompagner la dernière deuche. La dernière 2 CV n’a pas été produite dans l’anonymat, les médias français étaient tous présents  pour couvrir cet événement qui tournait la page d’une histoire entre les Français et leur voiture favorite.
https://www.youtube.com/watch?v=F0iOQVH4f3k
Que reste-t-il aujourd’hui de la deudeuche ?
Et bien, plusieurs dizaines d’années après la fin de sa production, on peut encore parler d’un véritable esprit de communauté autour de la 2 CV. Conduire une 2 CV, c’est un esprit, un art de vivre. Les conducteurs de 2 CV se saluent quand ils se croisent au volant et ces passionnés de la deudeuche se sont organisés et ont monté un réseau sur Internet pour faciliter la récupération et l’entretien des pièces détachées.
Chaque année, dans un endroit différent, une rencontre nationale des 2 CV est organisée par les clubs de 2 CV. Notez qu’il y a aussi une rencontre mondiale qui a lieu tous les deux ans dans un pays différent, elles ont déjà eu lieu en République Tchèque, en France ou encore en Espagne. Sachez également que les 24 Heures 2 CV, ça existe ! Les 24 heures de Spa-Francorchamps ont lieu chaque année courant octobre. Il est également possible de conduire une bonne vielle deudeuche sans bouger de chez soi,  car cette voiture de légende est disponible dans le jeu vidéo Grand Tourismo. Allez ! à vos manettes !
https://www.youtube.com/watch?v=IXcfH1ZHuUM

Septembre 2017

Publié dans Pont d'Alleyras et ses environs | 2 commentaires