La route de Stéphane Lavoué

Marko Gouttebroze a publié un témoignage qui m’a donné envie d’approfondir le dernier article d’Alleyras Capitale que j’ai reçu ce jour.

Stéphane Lavoué, blogueur à Médiapart et « croqueur de territoires », parle de son expérience de marcheur en Haute-Loire.

« Aumont-Les Faux (1) sur le Gr65.
Je passe la nuit dans un gîte d’étape de Saint-Jacques de Compostelle. J’ai décidé de pendre le chemin, au moins pour quelques jours. Mais à rebrousse-poil. Vers le Puy en Velay. Attablé avec les autres pèlerins, je jure parmi les convives: trop propre, trop frais, trop neuf. Et je suis le seul à avoir mes chaussures de marche aux pieds. Et pour cause : je n’ai pas encore marché ! Par contre, côté stylisme, je suis raccord : mon voisin de droite porte la même chemise que moi et celui de gauche le même t-shirt avec lequel je marcherai demain. C’est Compostelle, oui, mais via Décathlon !
Je quitte le gîte tôt le lendemain. De peur de devoir croiser d’autres clones. En sortant d’Aumont, dans un champ, une jeune fille passe la tête hors de sa tente. Son copain est là aussi, en bagnole, lui. Il la rejoint le week-end sur une étape du chemin de Saint-Jacques qu’elle a amorcé il y a plusieurs mois de Bretagne. De Plovan! Une Bigoudène. Dingue ! Je fais quelques photos et reprends le chemin. Pas pour longtemps : je broute. Une photo par-ci, une autre par là. Ça n’avance pas. Je décide de tracer.

Saint-Alban sur Limagnole (2). Son église romane. Son hôpital psychiatrique. Dans l’église une femme prie en chantant, accrochée à un bâton de pèlerin. C’est Anne-Marie. Depuis que son mec est mort, elle a perdu la voix et tente de la retrouver en la faisant raisonner dans l’édifice. Comme je commence à la photographier, elle me propose d’aller faire des images de son défunt compagnon chez elle. Nous y allons à petits pas. Anne-Marie boite. Une fois dans l’appartement, elle me tend son trésor : un album photo. Ils avaient 20 ans, ils étaient beaux. Une gueule à la Patrick Dewaere. Elle posait nue pour lui. En repartant, je remarque leurs deux noms sur la porte d’entrée. Celui d’Antoine est rayé de plusieurs traits de stylo bic. Il a disparu. »

 

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« Le Faux-Le Clauze (3)

C’est pas mal de remonter Saint-Jacques. On marche seul, en croisant de temps en temps les pèlerins descendants. Mais forcément ça intrigue un peu, un type qui marche à contre-sens. Je suis tantôt un « lâche » (« mais pourquoi vous faites déjà demi tour???? ») tantôt un héros (« vous revenez d’Espagne??? »). J’en ai croisé un vrai de héros. En sortant du Fazet cet après midi, entre deux orages. De loin, une silhouette atypique se détache de l’horizon. C’est sûr, pas la silhouette type du « Pèlerin Décathlon » (dont je fais partie) colorée et synthétique, dont le sac est optimisé au gramme près. Lui se balade en pantalons bouffants, une guitare en bandoulière, des sacs en plastique, une besace et un poncho pendouillant sur l’épaule. La barbe blonde, un chèche palestinien et un bonnet de laine multicolore enfoncé sur les oreilles, je n’ai pas de mal à le croire quand il me dit qu’il a du mal à sécher après la pluie!!! Un vrai troubadour! Après avoir abandonné sa vie à Francfort, il vit libre sur la route. Il ira jusqu’en Espagne, si ses jambes et sa tête le lui permettent! Son cœur lui, tiendra bon, me dit-il! »

 

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« La Clauze – Saint-Privat-d’Allier

Je quitte le château fort dans lequel j’ai dormi à 7h du mat. Partir tôt pour éviter les orages. Grosse étape. 30km.
Arrivé à Saugues, je croise mon premier bureau de poste. Mes épaules douloureuses m’engagent vivement à y déposer une partie de ma (sur)charge.
La postière se marre en me voyant débarquer. Les marcheurs en surcharge, c’est son quotidien. Direct elle me sort le colis XL. Et je lui laisse 2,4 kg de barda inutile. Du coup, je repars et m’envole littéralement vers Monistrol-d’Allier. À la descente, je croise Pierrot, 85 ans, et ses moutons. Vieux garçon, il a toujours vécu dans ses montagnes. Il me dit qu’à mon âge, il la faisait en 8 min, la descente. Un tout droit. Je lance le chrono. J’arrive en bas 40 minutes plus tard… »

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« Saint-Privat-d’Allier – Le Puy-en-Velay

Je pars confiant. 24km. Après les 30 de la veille, un jeu d’enfant. Départ 8h sous la pluie et l’orage. Mes pieds se noient dans mes chaussures, transformées en quelques minutes en aquarium. L’humidité réveille les douleurs. Le chemin de traîne. C’est d’abord l’orteil gauche qui, à chaque pas, me fait hurler. Une douleur qui pourrait me faire jeter l’éponge. Et puis non. Aussi vite apparue, la douleur disparaît. Aussitôt remplacée par une autre : changement de pied, c’est la voute plantaire maintenant. J’ai l’impression de marcher pieds nus dans un champ de pierre avec un sac de 150kg. S’arrêter quelques minutes ? Pourquoi pas. Mais chaque redémarrage est un calvaire. Alors marchons ! En descente, je slalome entre les cailloux. Mais en terre volcanique, je ne peux pas longtemps éviter la collision frontale et régulière entre mes orteils et un bout de lave solidifiée. Et à chaque fois, j’ai l’impression de shooter pieds nus dans le coin du lit !! Enfin le Puy, demain repos ! »

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« Le Puy-en-Velay – Polignac – Le Puy-en-Velay
.
Petite balade au Château de Polignac. 15 Km quand même ! Et je retourne au Puy. La seule fois où j’y étais venu, il y a 10 ans, c’était pour un portrait d’un jeune loup de l’UMP. Un type inconnu alors, qui avait des ambitions nationales : Laurent Wauquiez.
J’avais fait une photo de lui, parue en Der de Libé, en tenue de runing : short t-shirt basket. A peu de chose près la tenue des pèlerins-décathlon d’aujourd’hui. »

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« Le-Puy-en-Velay – Costaros

Envie de quitter la ville très vite. La marche me manque. Cette fois encore, je vais suivre un très vieux chemin : la Regordane (4). Contrairement à Saint-Jacques, il n’y a personne. Les derniers pèlerins ont dû passer il y a 500 ans. Les villages sont déserts. Quelques tracteurs dans les champs, des vaches. A Tarreyres, je croise Guy dans son poulailler. Avant de prendre sa retraite il y a 10 ans, il était paysan. Des vaches, du lait. Il en a bavé : tous les jours, pour emmener ses vaches au pré, il devait faire passer le troupeau sous la Nationale 88. Et faire traverser deux fois par jour, 40 vaches dans un petit tunnel pour piéton, ça a pourri sa vie pendant 30 ans. Surtout qu’il ne voulait pas reprendre la ferme familiale. Il devait rentrer aux Télécoms. Mais comme il était le dernier de la fratrie, il n’a pas eu le choix.
Alors, depuis qu’il est en retraite, Guy est heureux. Il parcourt les champs à la recherche de bombes volcaniques et de météorites qu’il entasse ensuite autour de sa maison en pierre de lave. Il m’en offre une avant de partir. Un porte-bonheur. Pour éloigner les vipères ! »

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(1) Les Faux-Aumont-Aubrac : étape lozérienne sur le Haute-Loire sur le chemin de Compostelle sur le plateau de la Margeride
(2) Saint-Alban-sur-Limagnole : bourg en terre du Gévaudan en Lozère avec église et château féodal
(3)  le Clauze : gîte d’étape des pèlerins à 24 km de Saint-Préjet-d’Allier
(4) la Régordane : le chemin de la Régordane passe par la Haute-Loire, l’Ardèche, la Lozère et le Garden passant par Le-Puy-en-Velay, Bizac, Costaros, La Sauvetat, Pradelles, Langogne, Luc, La Bastide, Puylaurent, Prévenchères, La Garde-Guérin, Villefort, St André Capcèze, Concoules, Génolhac, Chamborigaud, Portes, Le Pradel, St Martin de Valgalgues, Alès, St Hilaire de brethmas, Vézénobres, Ners, Boucoiran, St Genies de Malgoirès, la Rouvière, La Calmette, Nîmes, Boulliargues, Garons et St Gilles.

(5)

Juillet 2017

 

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Epices et fines herbes

Les épices sont très utiles en cuisine : elles permettent d’améliorer un plat ou un aliment en rehaussant le goût et en modifiant la saveur avec peu d’efforts et à peu de frais ! Leur arôme stimule également le goût et l’odorat. Ces deux sens permettent de renforcer l’appétit et peuvent provoquer des sentiments de dégoût ou de plaisir.

Épices ou fines herbes ?
- Le terme  fines herbes désigne les menues plantes du potager qui se mettent sur la salade  ou qui s’emploient dans les ragoûts. Il peut s’appliquer aux herbes aromatiques  en général, mais il désigne plus souvent spécifiquement le groupe ou le mélange particulier de quatre plantes : le persil, la ciboulette, le cerfeuil, la pimprenelle ou l’estragon. Elles peuvent être consommées fraîches ou séchées.
Les épices proviennent d’autres parties des plantes aromatiques et sont généralement séchées : fruits, graines, amandes, bulbes, racines, boutons floraux ou écorces.

GUIDE DES ÉPICES ET FINES HERBES

Herbe Goût Utilisation Exemples
Coriandre (feuilles)

Puissant,
légèrement anisé

Fin de cuisson

Nouilles asiatiques, poisson, volaille, légumineuses
Aneth Doux, franchement anisé Fin de cuisson Concombre en salade
Thym Puissant avec amertume Début de cuisson Va bien avec le citron, les pommes de terre, les tomates, le fromage de chèvre, les viandes
Citronnelle Citronné Début de cuisson Soupes asiatiques, noix ou lait de coco, volaille, viandes rouges
Persil Frais, légèrement amer et sucré Fin de cuisson Taboulé, salades, falafel
Basilic Anisé, légèrement sucré Fin de cuisson Tomates, poisson, volaille, salades, fruits
Estragon Puissant, anisé, sucré Fin de cuisson Potages, carottes, volaille, salades, fruits
Cerfeuil Très doux, très légèrement anisé Fin de cuisson Potages, légumes, salades
Origan Puissant, boisé, piquant Début de cuisson Agneau, pommes de terre, volaille, tomates
Sarriette Puissant avec amertume Début de cuisson Volaille, porc, légumes-racines, tourtière, fromage de chèvre
Romarin Puissant, boisé, frais (conifère) Début de cuisson Viandes et volaille, pommes de terre
Sauge Puissant, boisé, frais Début de cuisson Viandes blanche, citron, légumineuses
Laurier Doux, boisé, amer Début de cuisson Mets mijotés de légumes, de produits céréaliers ou de viandes
Marjolaine 

 

Menthe

Moyen, légèrement citronné et floral 

Puissant, frais, légèrement anisé ou poivré

Début de cuisson Légumineuses, viandes blanches, sauce tomate 

Raïta, salades, agneau, fruits, desserts

 

 

 

 

Utilisation des épices
Parce que la cuisson modifie le goût des épices, l’utilisation dans les mets chauds varie selon leurs formes.
- Dans les plats à cuisson longue : utiliser les épices entières et crues.
- Dans les plats à cuisson rapide : utiliser les épices moulues et crues.
- En fin de cuisson (juste avant le service) : utiliser les épices moulues et crues.

GUIDE DES ÉPICES

Nom Goût Utilisations Exemples
Aneth (graines) Moyen, anisé, légèrement amer - Entier, moulu
- Marinades (légumes), légumes-racines, pain de seigle, chou, plats de viande en sauce
Goulasch, légumes-racines rôtis, chou braisé
Anis étoilé (badiane) Puissant, anisé, sucré - Entier
- Marinades (viandes), infusion, desserts, viandes en sauce
Pouding au riz, confitures, bœuf braisé, couscous
Cannelle Fort, boisé, fruité -Entière, moulue
- Universelle : soupes, viandes, légumes, desserts
Muffins, tagines, bœuf en sauce, plats de curry
Cardamome Très puissant, sucré, amer - Entière, moulue
- Marinades, desserts, mets indiens, riz, viandes et volailles
Compotes de fruits, pouding au riz, riz biryani
Carvi Moyen, anisé, amer et citron léger - Entier, moulu
- Pommes de terre, chou, marinades (poissons)
Mijotés de viande, pain, biscuits, purée de pommes de terre
Céleri (graine) Fort, amer, astringent - Entière, moulue
- Marinades, mélange d’épices à poisson ou à volaille
Pâté à la viande ou au poisson
Coriandre Doux, sucré et citronné - Entière, moulue
- Caris
- Marinades
Champignons ou chou-fleur à la grecque, riz aux épices
Cumin Moyen, amer, terreux - Entier, moulu
- Poudre de chili, pain, mélange d’épices berbères, fruits de mer
Purée de pommes de terre, couscous aux légumes, poisson grillé, aubergines à la chermoula
Curcuma Très doux, peu amer - Moulu
- Sauces, caris, riz à titre de colorant
Tajine aux légumes et à la viande, riz aux épices
Fenouil (graine) Moyen, anisé, sucré, amer - Entier, moulu
- Tomates, citron, mélange d’épices méditerranéennes, poisson, poulet
Sauce satay, petit pain, sauces pour pâtes alimentaires
Fenugrec Moyen, légèrement piquant et amer - Entier surtout Currys à l’indienne, marinades, poulet masala au fenugrec
Genévrier Moyen, sucré et persistant Entier surtout Choucroute, gibier, gin de genièvre
Gingembre Fort, piquant Moulu Universel, de l’entrée au dessert
Girofle Très puissant, sucré, épicé Entier, moulu Universel, viandes, légumes, desserts
Lavande Puissant,un peu amer Entière, moulue Desserts, flans à la lavande, miel
Macis Moyen, semblable à la muscade, un peu sucré Moulu Pains et pâtisseries, charcuteries (saucisses), garam massala
Moutarde (graine) Doux, piquant Entière, moulue Marinades, caris, vinaigrettes, condiments
Muscade Puissant, piquant, légèrement sucré et amer Moulue, râpée Desserts, charcuteries, sauce béchamel, sauce au fromage
Paprika (poivron séché) Doux, légèrement amer Moulu Goulache et pour donner de la couleur (pommes de terre, poulet rôti, œufs durs
Pavot
Piment (moulu, broyé) (piment séché) Puissant,
Poivre noir Puissant,  piquant Entier, concassé, moulu Universel
Poivre rose (baies roses) Moyen, sucré et légèrement piquant Entier sauces, viandes blanches et poissons, décoration
Poivre vert Moyen, piquant Entier, écrasé, généralement en conserve, mariné Sauces, marinades pour viandes et poissons, vinaigrettes
Quatre-épices* Puissant, sucré et légèrement amer (semblable au clou, cannelle et muscade) Moulu Marinades, viandes séchées, gâteaux
Rocou (annetto, achlote) Doux, plutôt neutre Entier, moulu Colorant pour certains fromages et dans les recettes sud-américaines de porc ou de mollusques
Safran Puissant et amer Entier, moulu Risotto, paella, fruits de mer, bouillabaisse
Sumac Moyen, âpre, légèrement acide Moulu Boulangerie ethnique, cuisine du Moyen-Orient
Tamarin Moyen, légèrement sucré et acide Pulpe Vinaigrette, sauces, comme acidifiant, glaces et sorbets

Vanille    Puissante, sucrée   Entière, liquide, moulue   Universel, principalement dans les desserts et entremets

* Dans la cuisine française existe le mélange appelé quatre-épices. Il s’agit, en l’occurrence, de poivre blanc, muscade, clou de girofle, gingembre. Ce mélange est utilisé en charcuterie.

Juillet 2017

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Quand Gilbert a eu cinquante ans

Gilbert Boudoussier ne pouvait être mieux servi que par lui-même. Il a donc écrit lui-même son discours pour ses cinquante ans.
https://www.youtube.com/watch?v=Mh_tq6DPh-8
https://www.youtube.com/watch?v=Zifk55UPfNI


Oui, un jour ce prolétaire
De la manufacture Michelin, fier,
Vient de fêter ses cinquante ans,
On est bien avancé maintenant.

On lui a offert la médaille
Et octroyé la maigre prime;
Dans sa tête, c’est plutôt la déprime.
De l’entreprise, y’a parfois du bon
Bientôt il sera peut-être sur la paille.
Sous sa casquette, il jouera du mirliton*.

Le précurseur de la sécurité sociale
Le grand mineur Michel Rondet**
Son idée est aujourd’hui rongée par le mal.
A Yssingeaux, une stèle est dressée
Et à ses environs, une plaque est posée.

Le créateur de l’entente ouvrière
Je nomme le grand Jean Jaurès
Est maintenant presque oublié
Lui savait en détenir le secret.
Je le décris comme une déesse,
Le maître de la haute éloquence.

Toi qui dans ta folle espérance
Étais parti dans ton errance
Comme la musique du silence
Semblable à ces feuilles en transe.

Peut-être que Gilbert
Rime avec misère
Il apporte un peu de mystère
Et sa meilleure composition
Est assurément celle des grillons
Concrète jungle de Bob Marley
Pour toi, ça l’était dans ton métier.

Un anniversaire aux couleurs de l’amitié
Les murs de ton logis résonnent AC/DC***.
Ta silhouette nous est familière
Dans cet été d’anniversaire.

Ta tête ressemble à une grosse caisse
Dans le tempo de ta caisse claire
Ta cymbale charleston lance des éclairs,
La musique, jamais tu ne délaisses.

Toute la force de tes idées
Résonne dans tes toms****.
De ta musique, tu n’en es rassasié
Toi le riche et pauvre homme,
Toi le ménestrel à l’air atomique
Qui n’acceptes cette mauvaise politique.

Tu survis dans l’ombre du syndicat
Que tu trouves souvent inadéquat,
Partage entre réalité et fiction,
Toi et ton image de locomotion.

Dans la grange de ton enfance
Dort ta première voiture mal remise de ton absence
Dans laquelle tu as roulé un seul été
Skaï, verre et chrome,
Ton épouse à tes côtés.
Comme tu avais de la chance !
Au volant, tu te trouvais bel homme.

Dans ton cœur de Haute-Loire
Où tu as laissé tous tes rêves,
Tu as connu des heures de gloire,
Tu y penses déjà quand le soleil se lève.

Toi qui as côtoyé l’homme qui a mangé
Du serpent cuit sur un feu de cactus
A son concert avec Jean-Luc tu applaudissais
Le public en demandait encore plus.

La France a aussi des canyons
Et tu poses ton coup de crayon
Les paysages à vaches tu apprécies
La nature t’a si bien appris
Un chant d’oiseau parfois te suffit.

Guitare et harmonica chantent la campagne
Dylan, Chuck Berry sont là,
Les grands du musette sont présents
Basse et batterie, tes instruments
Chante et fleurit ta douce campagne
Elle est ta Djémina des lilas.

Promets-nous qu’après ton anniversaire
Toi, déjà le cinquantenaire
Au prénom illustre de Gilbert
Seras synonyme de gentillesse et dévouement
Pour toux ceux qui aujourd’hui sont présents.

A l’aube du béton armé
Au crépuscule de la pierre taillée
Toi Gilbert, tu vas nous rester

Mon amour que je t’aime
Le pap’s on t’aime
Notre beau-frère on t’aime
Notre gendre que l’on t’aime.

Tel un Rouget de Lisle
Nous brandirons l’étendard
Pour fêter la victoire
De ta campagne jusqu’à la ville.
Traversant vents et marées
Nous irons jusque chez toi pour te fêter.

Toi qui as des airs de conquérant
Mais aussi de chien battu
Tu as cependant
Un peu vécu et beaucoup parcouru
La raison t’a mis à nu
Et tu t’en trouves dépourvu.

Toi le présent au bas de l’échelle
Le presque oublié de la société
Le soumis de l’obscure vérité
Ta classe à laquelle on coupe sans cesse les ailes

Tu survis dans cette austérité
Tu te sens mal dans cette précarité
Toi le simple et l’humble oublié
Ta condition raisonne ta pensée.

Toi l’infatigable Gilbert
Tu étais pourtant né fils de la terre
Te voilà traduit en version citadine
Toi qui subis dans cette usine,
Tu y côtoies souvent la bruine
A présent, tu ne peux fuir.

Ce lieu est devenu ton pénitencier
Et tu y as accordé tant de peine
Dans cette nantie sociale de haine,

Sur cette ingrate terre
Où tu as dessiné un peu de ta vie
Sur ton lopin de sol
Où ton bien est exposé comme un parterre
Vivant ton blues comme s’il était écrit.
Dans cette mauvaise herbe folle.

Sur cette planète tu as peiné
Aimé, détesté, pleuré, chanté, travaillé,
Ton épouse est ta reine,
Tes deux fils auront sûrement de la veine
Tous les trois, ils vont sur la scène.

Toi qui as puisé de l’eau
Pour calmer tous les feux
Afin que ton univers soit plus beau
Que puissent t’entendre enfin les dieux
Et laisser le vent s’apaiser
Pour ton injustice s’estomper
Le jour où tes parents vivaient
Et quelqu’un est venu les tuer.

Le nouveau départ au présent
Auquel tu es quand même arrivé
Quelle tache indélébile à assumer
Une grande épreuve à surmonter

De la Haute-Loire au Puy-de-Dôme
Tu es pourtant resté l’homme
Dont l’histoire comporte deux tomes.
Toi qui as abandonné la musique par amour
De crainte que tu ne sois une vedette
Même à l’échelle régionale
Ton épouse t’a gardé à elle seule sans mal,
Maintenant tu éponges ta dette
Et ta musique tu écoutes toujours
Elle t’aime encore plus chaque jour.

Toi le presque oublié du droit
Ta manufacture ressemble parfois à un Germinal
Victime de l’injustice patronale
Que pleurent tes glandes lacrymales
Où ta condition sociale
Te persécute, te justifie, te fait mal
Tu ne te poses même plus de pourquoi.

Ouvrier des usines
Et manant de la terre
Toi tu fais ta cuisine
Tu es un prolétaire

Ta classe t’a donné le programme
Et tes parents le départ,
La liberté sans cesse tu clames
Mais c’est demain que tu pars

Tel un Zoro, un Robin des lois
Tu écris ta haine et ton désarroi
A cette injuste société
Qui a fait de toi un opprimé.

Dans ton pays d’origine, l’Allier et ta radia Rivers
Tu as vécu les sixties et Rivers
Tu ne peux t’en faire une raison
De ta jeunesse, souvenir cassé de ta maison

Comme un arbre blessé
Tu continues à vivre tourmenté
Toi le peintre de l’écriture
Ou le prêtre de la reliure.

Les montagnes de ton pays
D’où émerge chaque rocher
Dressé comme un fer de lance
Toi sans arrêt tu y penses.
De ta commune, aucune reconnaissance
Tes parents ne seront jamais vengés
Les mots vont de mal en pis

 

Ta femme n’est plus garantie
Et toi aussi comme on t’a dit
Avec tes rides horizontales
Et l’option des verticales
Gilbert, tu vieillis plutôt mal

Dans cette musique de batterie folle
Tu retrouves ce qui aurait dû être ton rôle,
Tu vies pleinement ta passion du blues
Tu en respires le son Tho Ro Good
Lonesome, jeans, Reeds, Gallagher
Et bien d’autres calment ta colère.

Toi, tu seras encore plus pauvre demain
Puisque personne ne veut se prendre la main,
Obligé d’accepter de précaires lendemains
Ce sera l’Europe et la haine
Pour ceux qui n’ont pas de veine.

Enfin 35 ans
Que tu totalises en versements
Bientôt libre avec de la peine
Tu pourras briser tes chaînes

Tu es né en 1951
Tu viens d’avoir 50 ans en l’an 2001.

Longtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes aient disparu
Leurs chansons courent encore dans les rues.

.Juillet 2017

 

*mirliton : petit instrument de musique populaire et bon marché, en roseau , puis en carton , bouché aux deux extrémités par un morceau de pelure d’oignon, baudruche ou papier de soie et entaillé à la façon des flûtes. En faisant dedans des tut-tut-tut, l’instrumentiste fait résonner la membrane à l’unisson de sa voix.
**Michel Rondet : (1841-1908) mineur et militant syndicaliste de La Ricamarie dans la Loire.
***AC/DC : groupe de hard-Rock australo-britannique.
****tom : petit tambour dans une batterie.

***

 

 

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La factrice d’Alleyras

Je la croise parfois. C’est une dame que j’aborde avec plaisir. Au volant de la Renault Kangoo de la Poste, reconnaissable entre toutes par sa couleur jaune vif, elle sillonne les routes de la commune par tous les temps.
Une couleur éclatante et lumineuse, aussi rayonnante que la préposée qui la conduit !
Elle arrive à la même heure, assurément fidèle au rendez-vous attendu. Elle s’arrête pour déposer courrier ou magazine dans la boîte aux lettres ou passe son chemin s’il n’y en a pas pour nous. Mais souvent, elle fait un petit geste amical qui me réchauffe le cœur et me ragaillardit.
Quelquefois, elle s’arrête pour déposer une lettre. Il nous arrive de bavarder un instant depuis le jardin où je me trouve souvent. J’aime lui offrir une salade ou une courgette qu’elle accepte toujours avec un chaleureux sourire.
Elle m’amène aussi  le nouveau numéro de Volcan que je m’empresserai de lire le jour-même. Je sais par avance que j’y trouverai un article qui a trait à ma commune.
Elle est épatante, la factrice d’Alleyras !

Juillet 2017

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L’impact psychologique d’une perte de la vision

Impossible de s’adapter immédiatement à une déficience visuelle ! Il faut du temps pour vivre avec … Et encore, on n’accepte jamais vraiment cette anormalité. Simplement, elle colle à nous comme la vérole se jette sur le bas clergé.
Alors que le malvoyant auquel on vient d’annoncer sa déficience sensorielle a compris son diagnostic mais ne l’a pas encore assimilé, son entourage l’a intégré, lui : la personne ne voit plus bien et ne pourra plus voir normalement. Il lui demande alors de « se secouer », de réagir, de suivre des séances d’orthoptie, de choisir du matériel optique adéquat, de penser à l’aménagement de sa maison, de faire un dossier auprès de la maison départementale du handicap…
Mais le malvoyant n’est pour le moment pas capable de se dire qu’il ne verra plus jamais comme avant, qu’il devra mettre en place des stratégies compensatoires. Il lui faut du temps… Un affrontement de deux réactions différentes…
Pour le handicapé, il ne s’agit pas de neutraliser sa vision qui a baissé, mais de rejeter l’évidence qu’il ne peut pas assumer. Refus évident : comment accepter facilement ce handicap ? Pour la personne concernée, ce travail de deuil est lent. Car il s’agit d’un deuil : une part de soi est morte et l’ensemble dysfonctionne. Ce processus de deuil permet de réaliser ce qui arrive, de comprendre ce qui est perdu. Il est très difficile d’accepter une perte comme celle de la vue.
Plutôt qu’accepter, il faudrait préférer le terme « comprendre » qui signifie « prendre avec soi », intégrer une réalité, admettre et assimiler ce qui ne sera plus jamais.

Le déni :
Ce deuil de la vision passe par différentes étapes; la première est la dénégation : « Non, ce n’est pas vrai« . On trouve un tas de raisons, on court chez les médecins, on cherche sur internet, on est avide de témoignages, on tait son problème aux autres…
C’est normal : on refuse d’accepter cette perte, on rejette la réalité. On essaie même de surcompenser  On s’essaie aussi à des activités à risques pour prouver que le diagnostic est erroné. On accuse l’éclairage, la fatigue…

La dépression :
Deuxième étape, l’évidence s’impose : je n’y arrive plus ! La dépression avec la difficulté à voir le futur, les troubles du sommeil, de l’alimentation, une tristesse, un désinvestissement, une sensation d’étouffement… Mais on sait pourquoi on a cette réaction, on est abattu parce que notre vision antérieure a disparu. Cet effet a un caractère exagératif, à l’image de l’expression « un seul être vous manque et tout est dépeuplé ». On se juge ainsi plus bon à rien. Et pourtant, quel rapport ? Bien sûr, on rencontre des difficultés à lire et à écrire, mais on reste dans le fond toujours aussi compétent qu’avant. On en devient davantage impacté par son état psychique que par sa perte visuelle. On se dit alors que sa vie est terminée.

Le réinvestissement
Après le rejet puis l’exagération, on se rend compte de ceux-ci. On ne se croyait plus capable et finalement, on se rend compte qu’on l’est. Un réinvestissement progressif va alors s’opérer, avec des stratégies compensatoires. Ce troisième temps est celui de la recherche de solutions et de la représentation d’un avenir avec sa déficience visuelle. Pourtant, il aura fallu passer par toutes ces étapes.

Juillet 2017

 

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Les Mots de mon moulin

Tel est le titre du livre que j’ai écrit et dont j’ai reçu les exemplaires cette semaine de juillet 2017. Vous pouvez m’en commander un simplement en me laissant un commentaire.
Merci.
http://alleyras-capitale.info/?423-nouveau-livre-les-mots-de-mon

Publié dans Bric à brac de Viviane, Pont d'Alleyras et ses environs | 2 commentaires

Villages du Haut-allier

Depuis la route qui mène au château de la Beaume,
Dans le paysage verdoyant du printemps,
L’Allier s’écoule paisible, doucement,
Depuis La Varenne, joyau de ce royaume.

 

Au loin, le relief boisé d’un camaïeu de verts
Protège le village de son bras grand-ouvert
Les maisons se blottissent dans le creux,
Le pont de métal réunit les deux rives du lieu.

 

Pont d’Alleyras est son nom,
Y pêchent les fervents du saumon ,
Maillé de voies de communication
Le Cévenol y fait halte à la station.

 

Que de villages comme celui-ci
Un peu désertés, un peu oubliés
Font déjà partie d’un passé
Que nous constatons aujourd’hui !

Juillet 2017

 

 

 

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Sur la route du pont… d’Alleyras…

Quelques personnes de ma famille se trouvent sur la photo. Certaines sont mes ascendants, d’autres des tantes et oncles.
On y voit mes tantes Berthe et Marie  à côté de son époux, mon grand-père paternel et sa seconde femme, mon cher oncle André, ma grand-mère Victorine et son chien Papillon, mon arrière-grand-mère paternelle.

Juin 2017

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Jeune couple

Il s’appelait Jean-Pierre Archer.
Elle s’appelait Victorine Archer.
Ils étaient cousins germains.
Il était né en 1892 à Pont d’Alleyras.
Elle était née le 16 septembre 1900 à Saint-Vénérand.
Ils s’aimaient, d’après ce qu’elle m’en avait dit. Il lui avait même offert une charrette que tirait un cheval et un pistolet pour se protéger d’un éventuel agresseur. Elle me parlait de ces années-là avec tendresse et sans amertume.
Ils avaient dû être heureux durant le trop peu d’années que dura leur mariage.
Elle avait dû attendre d’avoir 21 ans pour pouvoir l’épouser, sa mère s’étant opposée à leur union. Ils se marièrent donc en 1921 ou 1922. Était-ce l’hiver ou l’été ? Qui sait…
Ils partirent habiter Monistrol d’Allier.
Leur première fille, Simone, y naquit le 18 octobre 1923. C’est la petite fille de la photo.
Ils déménagèrent pour Saint-Privat d’Allier où leur naquit une deuxième fillette, Jeanne, ma mère.
Jean-Pierre, dont le cœur était malade, mourut le 15 janvier 1927.
Victorine resta veuve sa vie durant. Certains ne l’appelaient-ils pas la veuve Archer ?
Elle décéda en juin 1976.
C’étaient mes grands-parents.

Juin 2017

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Une série sur les chaumières

Un livre oublié… qui dormait dans un placard de Bel’Air. Un livre écrit par un ancien  collègue enseignant, Michel Engles, ouvrage auquel j’avais participé lorsque j’enseignais avec lui au lycée Auguste Aymard. Michel est un passionné du patrimoine altiligérien et des techniques du chaume.
Ce recueil s’intitulait, SOS CHAUMIERES et richesses oubliées, Meygal, Mézenc, Haut-Vivarais, décembre 1994.
J’ai sélectionné quelques uns de mes textes.

1. PORTRAIT DE MICHEL

J’ai longtemps voyagé dans les îles lointaines,
Paradis des voiliers, des palmiers et des plages
Où le sable gris rejoint les vagues marines
Et le soleil embrase le paysage.
Mon chevet était rempli de cartes postales,
De clichés étrangers et de terres australes.

Mon île aujourd’hui, c’est le terroir des Sauces*
Qui a abrité les amours ancestrales
D’un couple marié en langue occitane.
Leur union, sous un toit de paille,
A laissé une marque peu banale.

Je voyage en pays de chaumière,
Paradis du seigle, du genêt et du jonc
Où le paysan cultive la paille
Et le chaumier** la pose à façon.
mon chevet est rempli de cartes postales,
De dessins « pailhissés*** » et de terres vellaves.

* Les Sauces : lieudit près de Saint-Pierre Eynac
** chaumier : poseur de toits de chaume
*** pailhissés : adjectif pour nommer les bâtiments  dont les parties fonctionnaient en circuit clos : chaumières composée d’une étable et d’une grange ou « pailhissa ».

Pour Michel Engles

Novembre 1994

2. Supplique pour Isidore*, chamier de Bigorre**

Adieu Isidore, chaumier de Bigorre !
Ton nom se fondait avec ton métier
Lorsque tu tressais l’or des blés
Tu viens de déserter ta maison de poupée
Que des amoureux ont tant photographiée !

Adieu Isidore, chaumier de Bigorre !
Je t’imagine, agrippé sur une toiture
A la main un cloussou*** de seigle mûr.
Le faitage portait ta signature.
Le dernier rang, « cul en l’air » pour que ça dure.

Adieu Isidore, chaumier de Bigorre !
A toi qui refusais de ton travail « dételer »
Je souhaite qu’un peu de paille dorée
Recouvre les toits du paradis des chaumiers,
Et que tu coules des jours d’or et de chaumes filés.

*Isidore : chaumier illustre  en Haute-Loire
**Bigorre : village de chaumières du Mézenc
***cloussou : équivalent en chaume de la tuile

Décembre 1994

3. Le chaume, le chaumier et la chaumière
Pour faire le toit d’une chaumière, tout commence par le choix d’une bonne paille, obligatoirement de seigle, récoltée à la faux ou à la moissonneuse-lieuse, les épis battus à la main. Il faut veiller à ce que les tiges ne soient pas cassées. Des gerbes, on tire deux poignées de paille qu’on lie ensemble; c’est le fameux « cloussou » – la tuile du chaumier – qui sera fixé aux lattes par un lien de paille. Il faut compter 25 cloussous au mètre carré de toiture, soit 25 kilos de paille de seigle.
L’hiver est la saison idéale pour fabriquer ces cloussous. La pose doit se faire au printemps car la chaleur et le gel rendent la paille cassante, ce qui peut provoquer des gouttières. Mieux vaut travailler par temps humide. C’est pourquoi le métier de chaumier est saisonnier.
Les chaumières sont venues de la nuit des temps et de l’ingéniosité de nos ancêtres; elles sont pittoresques et font le bonheur des enfants : qui ne s’est pas attendri devant ces maisons de poupée, couleur moisson des contes d’enfants ?
Les qualités du toit de chaume sont nombreuses :
- il protège du chaud et du froid,
- son prix est compétitif,
- il  est un débouché pour l’agriculteur,
- il maintient des artisans au pays,
-  il est beau,
- il sent bon…
Alors, ouvrez bien les yeux : à trop vouloir privilégier la poutre de nos toits industriels, on oublie la paille de nos chaumières.

Novembre 1994

4. Vivre de la forêt

Qui es-tu, chaumière dans la forêt ?
Je suis la cabane d’un sabotier.
Il en a tant fabriqué des sabots qui claquaient,
Sabots de hêtre, bouleau ou châtaignier
Qui, été comme hiver, nos pieds emmitouflaient.

Qui es-tu, chaumière dans la forêt ?
Je suis la cabane d’un charbonnier.
Il en a tant ramassé de charbon qui brûlait,
Couleur de braise dans le foyer jeté
Dont la chaleur sur nous rayonnait
Et sur lequel les marrons grillaient.

Qui es-tu, chaumière dans la forêt ?
Je suis la cabane d’un bûcheron
Qui en a tant coupé de bois et de ramée?
Odeurs de sève et de bourgeons mêlées
Que la lame d’acier s’en est toute émoussée

Qui es-tu, chaumière dans la forêt ?
Je suis la cabane de tous ces métiers.
J’en ai tant abrité des hommes de volonté
Que du bois ont de leur labeur puisé
Et de leur sueur ont la terre mouillé
Témoins d’un art aujourd’hui oublié.

Décembre 1994

5. Les hommes, la forêt, les chaumières et la civilisation

Qu’était jadis cette contrée vellave ?
C’étaient des forêts.
Si tout était encore boisé, les hommes n’auraient pas pu cultiver et seraient sans doute morts de faim. Ils ont créé des écosystèmes en infléchissant un peu la nature. C’est autour de la culture des céréales que se sont développés les sociétés de nos ancêtres de la montagne. Pour les étendre, nous avons accéléré le déboisement de nos régions tempérées.

Chateaubriand avait clamé, non sans fracas, : « Les forêts précèdent les hommes, les déserts les suivent ». Deux siècles auparavant, Ronsard avait simplement murmuré : « Écoute, Bûcheron, arrête un peu le bras »;
La chaumière a fait, elle aussi, partie d’un écosystème et a contribué à à son équilibre. Ses habitants ont semé le seigle, ingrédient des pains bis et matière première de leurs toitures. Ils vivaient en autarcie, faisant la plupart de leurs travaux à la main et confectionnaient un tas de petits ustensiles et objets; tout le monde était un peu paysan, coiffeur, menuisier, maçon, réparateur de sabots… On restait au pays, on se réunissait pour les « veillades », on faisait de la dentelle au carreau…
Et puis sont venues les machines, les Massey-Ferguson, le Crédit Agricole et le désherbant. Alors, haro sur les fleurs champêtres, les « mauvaises herbes », les coquelicots, les campagnols, les renards, les vipères ! Nos camps ont résonné des échos assourdis de leurs tracteurs et exhalé l’odeur fétide de leurs lisiers !
Nous avons « chassé » le seigle de notre culture; nous avons rayé de la carte nos chaumières, plus de chaumier pour réparer les quelques coiffes d’or survivantes !
On ne touche pas sans risque aux écosystèmes. Mais le nombre des hommes et leurs ambitions sont tels que le remède qui consisterait à l’état antérieur serait sans doute pire que le mal.
En tout cas, nos aïeux seraient bien étonnés de trouver aujourd’hui leurs chaumières ravalées au rôle de figurantes dans un cadre où, jadis, elles étaient reines.

6. Exercice en forme de « che »

Le feu chuchote dans la cheminée
Les bûches fendues à la hache
Réchauffent le chat caché dans sa niche.
Et les flammes lèchent la marmite aux choux.
Juchée sur la huche à pain, la chandelle
Dont on mouche la mèche
Chasse l’ombre et charme la chaumière.
Les vaches sont couchées dans leur crèche
Et le chien dort bien au chaud;

Le chant de la femme au châle
Dont l’étoffe cache le mioche
Et font les cheveux s’enchevêtrent
S’élève de la bouche fraîche
Chut !

Novembre 1994

Suivaient deux poésies de personnes que Michel ou moi connaissions.

7. Sur un « tsavei »

(De « chat veille).  Évoque le gros matou  couché en rond durant les longues soirées d’hiver, devant l’âtre où crépite la bûche de Noël.
En occitan, « lou chaleilh » (tsaveï), c’est la lampe à huile qui apportait un faible éclairage pour les « veillades » au fond de la chaumière vellave.

I

Dans un cuvage obscur, tout rempli de ferrailles,
De vieux objets rouillés, de boîtes en fer blanc,
Longtemps abandonné par des gens sans entrailles,
Sur le nez, sur le cul, ou gisant sur le flanc,
Dans la terre aujourd’hui, et demain sur la paille
Que le soleil poudroie ou que souffle l’autan,
J’enviais tout objet de bois qu’on brûle ou qu’on taille
Et que pétrit parfois la main d’un enfant.

II

Mais non ! Mon fer forgé résistait aux outrages,
Au coup de pied cruel, à l’usure des ans,
A ce mépris hautain, qui sont notre apanage.
A nous, bons serviteurs, esclaves mais contents.
Passés de main en main, au gré des héritages,
Par force résignés à subir les tourments
Qu’inflige le progrès à ces vieux « hors d’usage »,
Qu’ont vénéré jadis, ingrats, tous vos parents.

III

Un jour pourtant, je fus arraché à ma rouille,
Quelqu’un voulut enfin me rendre à ma splendeur.
J’adorne désormais une abjecte gargouille
Qui espérait en vain quelques admirateurs
Et qui tord de gros yeux que jamais pleur ne mouille.
Deux choses seulement manquent à mon bonheur :
Le glouglou de l’eau pure et le chant des grenouilles.

Envoi

Prince, ne troublez pas cette joie sans pareille !
Vous seriez criminel et le regretteriez.
Et puis… Je ne sais pas le nez que vous feriez
A voir que près de vous que… quatre chats veillent.

Germaine Engles, 10 septembre 1930

 

8. La maison du Haut-Velay

Sur le plateau vellave, où le vent seul est maître
La maison est couchée au bord du chemin noir
Inerte… En pleine brume, on voit luire le soir,
Comme un pauvre fanal son étroite fenêtre.

Les murs de lave, drus, sont bâtis sans mortier;
Pas d’ouverture,au nord, où souffle la rafale;
Le toit de lauze est une armure féodale,
La cheminée épaisse une tour de moutier.

La maison des plateaux est une forteresse
Qui lutte sans faillir contre les durs autans;
Elle ne connait pas les baisers du printemps.
Avril daigne à regret  lui porter ses caresses.

Elle est ancrée au sol pour lutter de longs mois
Contre les tourbillons de la neige qui tombe…
Et les soirs de décembre, on dirait une tombe,
Tant elle est immobile et blanche au bord des bois.

Cependant, par instants, une mince fumée,
Comme une âme s’élève, et brandit dans le vent
Triste des horizons, un panache émouvant.
Oh ! la bonne maison sur la route embrumée.

Jean Chervalier

9. Palper la mémoire d’une chaumière

Palper la mémoire d’une chaumière
La pétrir entre ses doigts habiles
Et la sentir à pleines mains
Comme un aveugle qui se dirige.

La pierre rugueuse encadre les jours
Gravée de dates lointaines
Que les passants s’amusent à déchiffrer
Et que le temps érode inexorablement.

Le phallus s’érige parfois obscène
A nos yeux tabous d’aujourd’hui,
Il se dressait, symbole suprême
De la force et de la virilité.

Vêtue d’un noir tablier
La femme aux mains caleuses
S’appuie contre la pierre de l’entrée
Pour pendre un instant de repos.

Son homme va rentrer des champs
La soupe sera prête et la table mise,
Elle l’accueillera d’un sourire
Et ses yeux lui diront sa tendresse.

Les pierres sont pleines d’ombre et de lumière
Que le feu jette par saccades;
dans le lit clos garni de paille
Les attend la chaleur de l’amour.

Novembre 1994

10. Le meunier et sa fille

Te souviens-tu de la meunière qui avait jeté son bonnet par dessus les moulins ? Son père, tout occupé qu’il était à moudre le grain dans son petit moulin à eau, n’avait pas vu le vent venir… Il était fatigué plus souvent qu’à son tour et les meules n’arrêtaient guère de tourner; les enfants le savaient, qui le prévenaient : « Meunier, tu dors, ton moulin va trop vite, meunier, tu dors, ton moulin va trop fort… » Et pourtant, s’il avait eu le temps de lire Les lettres de mon moulin, ça lui aurait peut-être mis la puce à l’oreille à propos de sa fille. Les gars entraient chez elle comme dans un moulin… Mais que voulez-vous ? C’était dans sa nature et on ne pouvait accuser personne. Il est inutile, dit-on, de se battre contre les moulins à vent… Et ça s’est mal terminé quand le père l’a su; sa colère n’a fait qu’apporter de l’eau au moulin de sa fille : « Tu n’avais qu’à t’occuper de moi. »
C’est ainsi que le meunier s’est converti en représentant en moulins à légumes, préférant inciter les femmes à préparer des potages.
Moralité : encore un moulin abandonné !

Autour du moulin :
- Jeter son bonnet par-dessus les moulins : braver la bienséance, en parlant d’une jeune fille.
- moulin à eau : bâtiment où sont établies les meules actionnées par la force hydraulique.
- « Meunier, tu dors, ton moulin va trop vite… »: chanson enfantine.
- on ne peut pas être à la fois au four et a moulin : être partout à la fois.
- Les lettres de mon moulin : recueil de nouvelles d’Alhonse Daudet.
- entrer chez quelqu’un comme dans un moulin : entrer comme on le veut.
- se battre contre les moulins à vent : se battre contre des ennemis imaginaires.
- apporter de l’eau au moulin de quelqu’un : lui donner des arguments.
- moulin à légumes : ustensile qui sert à écraser les légumes.

Juin 2017

 

 

 

 

 

 

 

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