Jeune couple

Il s’appelait Jean-Pierre Archer.
Elle s’appelait Victorine Archer.
Ils étaient cousins germains.
Il était né en 1892 à Pont d’Alleyras.
Elle était née le 16 septembre 1900 à Saint-Vénérand.
Ils s’aimaient, d’après ce qu’elle m’avait dit. Il lui avait même offert une charrette que tirait un cheval et un pistolet pour se protéger d’un éventuel agresseur. Elle me parlait de ces années-là avec tendresse et sans amertume.
Ils avaient dû être heureux durant le trop peu d’années que dura leur mariage.
Elle avait dû attendre d’avoir 21 ans pour pouvoir l’épouser, sa mère s’étant opposée à leur union. Ils se marièrent donc en 1921 ou 1922. Était-ce l’hiver ou l’été ? Qui sait…
Ils partirent habiter Monistrol d’Allier.
Leur première fille, Simone, y naquit en octobre 1923. C’est la petite fille de la photo.
Ils déménagèrent pour Saint-Privat d’Allier où leur naquit une deuxième fillette, Jeanne, ma mère.
Jean-Pierre, dont le cœur était malade, mourut en janvier 1927.
Victorine resta veuve sa vie durant. Certains ne l’appelaient-ils pas la veuve Archer ?
Elle décéda en juin 1976.
C’étaient mes grands-parents.
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Une série sur les chaumières

Un livre oublié… qui dormait dans un placard de Bel’Air. Un livre écrit par un ancien  collègue enseignant, Michel Engles, ouvrage auquel j’avais participé lorsque j’enseignais avec lui au lycée Auguste Aymard. Michel est un passionné du patrimoine altiligérien et des techniques du chaume.
Ce recueil s’intitulait, SOS CHAUMIERES et richesses oubliées, Meygal, Mézenc, Haut-Vivarais, décembre 1994.
J’ai sélectionné quelques uns de mes textes.

1. PORTRAIT DE MICHEL

J’ai longtemps voyagé dans les îles lointaines,
Paradis des voiliers, des palmiers et des plages
Où le sable gris rejoint les vagues marines
Et le soleil embrase le paysage.
Mon chevet était rempli de cartes postales,
De clichés étrangers et de terres australes.

Mon île aujourd’hui, c’est le terroir des Sauces*
Qui a abrité les amours ancestrales
D’un couple marié en langue occitane.
Leur union, sous un toit de paille,
A laissé une marque peu banale.

Je voyage en pays de chaumière,
Paradis du seigle, du genêt et du jonc
Où le paysan cultive la paille
Et le chaumier** la pose à façon.
mon chevet est rempli de cartes postales,
De dessins « pailhissés*** » et de terres vellaves.

* Les Sauces : lieudit près de Saint-Pierre Eynac
** chaumier : poseur de toits de chaume
*** pailhissés : adjectif pour nommer les bâtiments  dont les parties fonctionnaient en circuit clos : chaumières composée d’une étable et d’une grange ou « pailhissa ».

Pour Michel Engles

Novembre 1994

2. Supplique pour Isidore*, chamier de Bigorre**

Adieu Isidore, chaumier de Bigorre !
Ton nom se fondait avec ton métier
Lorsque tu tressais l’or des blés
Tu viens de déserter ta maison de poupée
Que des amoureux ont tant photographiée !

Adieu Isidore, chaumier de Bigorre !
Je t’imagine, agrippé sur une toiture
A la main un cloussou*** de seigle mûr.
Le faitage portait ta signature.
Le dernier rang, « cul en l’air » pour que ça dure.

Adieu Isidore, chaumier de Bigorre !
A toi qui refusais de ton travail « dételer »
Je souhaite qu’un peu de paille dorée
Recouvre les toits du paradis des chaumiers,
Et que tu coules des jours d’or et de chaumes filés.

*Isidore : chaumier illustre  en Haute-Loire
**Bigorre : village de chaumières du Mézenc
***cloussou : équivalent en chaume de la tuile

Décembre 1994

3. Le chaume, le chaumier et la chaumière
Pour faire le toit d’une chaumière, tout commence par le choix d’une bonne paille, obligatoirement de seigle, récoltée à la faux ou à la moissonneuse-lieuse, les épis battus à la main. Il faut veiller à ce que les tiges ne soient pas cassées. Des gerbes, on tire deux poignées de paille qu’on lie ensemble; c’est le fameux « cloussou » – la tuile du chaumier – qui sera fixé aux lattes par un lien de paille. Il faut compter 25 cloussous au mètre carré de toiture, soit 25 kilos de paille de seigle.
L’hiver est la saison idéale pour fabriquer ces cloussous. La pose doit se faire au printemps car la chaleur et le gel rendent la paille cassante, ce qui peut provoquer des gouttières. Mieux vaut travailler par temps humide. C’est pourquoi le métier de chaumier est saisonnier.
Les chaumières sont venues de la nuit des temps et de l’ingéniosité de nos ancêtres; elles sont pittoresques et font le bonheur des enfants : qui ne s’est pas attendri devant ces maisons de poupée, couleur moisson des contes d’enfants ?
Les qualités du toit de chaume sont nombreuses :
- il protège du chaud et du froid,
- son prix est compétitif,
- il  est un débouché pour l’agriculteur,
- il maintient des artisans au pays,
-  il est beau,
- il sent bon…
Alors, ouvrez bien les yeux : à trop vouloir privilégier la poutre de nos toits industriels, on oublie la paille de nos chaumières.

Novembre 1994

4. Vivre de la forêt

Qui es-tu, chaumière dans la forêt ?
Je suis la cabane d’un sabotier.
Il en a tant fabriqué des sabots qui claquaient,
Sabots de hêtre, bouleau ou châtaignier
Qui, été comme hiver, nos pieds emmitouflaient.

Qui es-tu, chaumière dans la forêt ?
Je suis la cabane d’un charbonnier.
Il en a tant ramassé de charbon qui brûlait,
Couleur de braise dans le foyer jeté
Dont la chaleur sur nous rayonnait
Et sur lequel les marrons grillaient.

Qui es-tu, chaumière dans la forêt ?
Je suis la cabane d’un bûcheron
Qui en a tant coupé de bois et de ramée?
Odeurs de sève et de bourgeons mêlées
Que la lame d’acier s’en est toute émoussée

Qui es-tu, chaumière dans la forêt ?
Je suis la cabane de tous ces métiers.
J’en ai tant abrité des hommes de volonté
Que du bois ont de leur labeur puisé
Et de leur sueur ont la terre mouillé
Témoins d’un art aujourd’hui oublié.

Décembre 1994

5. Les hommes, la forêt, les chaumières et la civilisation

Qu’était jadis cette contrée vellave ?
C’étaient des forêts.
Si tout était encore boisé, les hommes n’auraient pas pu cultiver et seraient sans doute morts de faim. Ils ont créé des écosystèmes en infléchissant un peu la nature. C’est autour de la culture des céréales que se sont développés les sociétés de nos ancêtres de la montagne. Pour les étendre, nous avons accéléré le déboisement de nos régions tempérées.

Chateaubriand avait clamé, non sans fracas, : « Les forêts précèdent les hommes, les déserts les suivent ». Deux siècles auparavant, Ronsard avait simplement murmuré : « Écoute, Bûcheron, arrête un peu le bras »;
La chaumière a fait, elle aussi, partie d’un écosystème et a contribué à à son équilibre. Ses habitants ont semé le seigle, ingrédient des pains bis et matière première de leurs toitures. Ils vivaient en autarcie, faisant la plupart de leurs travaux à la main et confectionnaient un tas de petits ustensiles et objets; tout le monde était un peu paysan, coiffeur, menuisier, maçon, réparateur de sabots… On restait au pays, on se réunissait pour les « veillades », on faisait de la dentelle au carreau…
Et puis sont venues les machines, les Massey-Ferguson, le Crédit Agricole et le désherbant. Alors, haro sur les fleurs champêtres, les « mauvaises herbes », les coquelicots, les campagnols, les renards, les vipères ! Nos camps ont résonné des échos assourdis de leurs tracteurs et exhalé l’odeur fétide de leurs lisiers !
Nous avons « chassé » le seigle de notre culture; nous avons rayé de la carte nos chaumières, plus de chaumier pour réparer les quelques coiffes d’or survivantes !
On ne touche pas sans risque aux écosystèmes. Mais le nombre des hommes et leurs ambitions sont tels que le remède qui consisterait à l’état antérieur serait sans doute pire que le mal.
En tout cas, nos aïeux seraient bien étonnés de trouver aujourd’hui leurs chaumières ravalées au rôle de figurantes dans un cadre où, jadis, elles étaient reines.

6. Exercice en forme de « che »

Le feu chuchote dans la cheminée
Les bûches fendues à la hache
Réchauffent le chat caché dans sa niche.
Et les flammes lèchent la marmite aux choux.
Juchée sur la huche à pain, la chandelle
Dont on mouche la mèche
Chasse l’ombre et charme la chaumière.
Les vaches sont couchées dans leur crèche
Et le chien dort bien au chaud;

Le chant de la femme au châle
Dont l’étoffe cache le mioche
Et font les cheveux s’enchevêtrent
S’élève de la bouche fraîche
Chut !

Novembre 1994

Suivaient deux poésies de personnes que Michel ou moi connaissions.

7. Sur un « tsavei »

(De « chat veille).  Évoque le gros matou  couché en rond durant les longues soirées d’hiver, devant l’âtre où crépite la bûche de Noël.
En occitan, « lou chaleilh » (tsaveï), c’est la lampe à huile qui apportait un faible éclairage pour les « veillades » au fond de la chaumière vellave.

I

Dans un cuvage obscur, tout rempli de ferrailles,
De vieux objets rouillés, de boîtes en fer blanc,
Longtemps abandonné par des gens sans entrailles,
Sur le nez, sur le cul, ou gisant sur le flanc,
Dans la terre aujourd’hui, et demain sur la paille
Que le soleil poudroie ou que souffle l’autan,
J’enviais tout objet de bois qu’on brûle ou qu’on taille
Et que pétrit parfois la main d’un enfant.

II

Mais non ! Mon fer forgé résistait aux outrages,
Au coup de pied cruel, à l’usure des ans,
A ce mépris hautain, qui sont notre apanage.
A nous, bons serviteurs, esclaves mais contents.
Passés de main en main, au gré des héritages,
Par force résignés à subir les tourments
Qu’inflige le progrès à ces vieux « hors d’usage »,
Qu’ont vénéré jadis, ingrats, tous vos parents.

III

Un jour pourtant, je fus arraché à ma rouille,
Quelqu’un voulut enfin me rendre à ma splendeur.
J’adorne désormais une abjecte gargouille
Qui espérait en vain quelques admirateurs
Et qui tord de gros yeux que jamais pleur ne mouille.
Deux choses seulement manquent à mon bonheur :
Le glouglou de l’eau pure et le chant des grenouilles.

Envoi

Prince, ne troublez pas cette joie sans pareille !
Vous seriez criminel et le regretteriez.
Et puis… Je ne sais pas le nez que vous feriez
A voir que près de vous que… quatre chats veillent.

Germaine Engles, 10 septembre 1930

 

8. La maison du Haut-Velay

Sur le plateau vellave, où le vent seul est maître
La maison est couchée au bord du chemin noir
Inerte… En pleine brume, on voit luire le soir,
Comme un pauvre fanal son étroite fenêtre.

Les murs de lave, drus, sont bâtis sans mortier;
Pas d’ouverture,au nord, où souffle la rafale;
Le toit de lauze est une armure féodale,
La cheminée épaisse une tour de moutier.

La maison des plateaux est une forteresse
Qui lutte sans faillir contre les durs autans;
Elle ne connait pas les baisers du printemps.
Avril daigne à regret  lui porter ses caresses.

Elle est ancrée au sol pour lutter de longs mois
Contre les tourbillons de la neige qui tombe…
Et les soirs de décembre, on dirait une tombe,
Tant elle est immobile et blanche au bord des bois.

Cependant, par instants, une mince fumée,
Comme une âme s’élève, et brandit dans le vent
Triste des horizons, un panache émouvant.
Oh ! la bonne maison sur la route embrumée.

Jean Chervalier

9. Palper la mémoire d’une chaumière

Palper la mémoire d’une chaumière
La pétrir entre ses doigts habiles
Et la sentir à pleines mains
Comme un aveugle qui se dirige.

La pierre rugueuse encadre les jours
Gravée de dates lointaines
Que les passants s’amusent à déchiffrer
Et que le temps érode inexorablement.

Le phallus s’érige parfois obscène
A nos yeux tabous d’aujourd’hui,
Il se dressait, symbole suprême
De la force et de la virilité.

Vêtue d’un noir tablier
La femme aux mains caleuses
S’appuie contre la pierre de l’entrée
Pour pendre un instant de repos.

Son homme va rentrer des champs
La soupe sera prête et la table mise,
Elle l’accueillera d’un sourire
Et ses yeux lui diront sa tendresse.

Les pierres sont pleines d’ombre et de lumière
Que le feu jette par saccades;
dans le lit clos garni de paille
Les attend la chaleur de l’amour.

Novembre 1994

10. Le meunier et sa fille

Te souviens-tu de la meunière qui avait jeté son bonnet par dessus les moulins ? Son père, tout occupé qu’il était à moudre le grain dans son petit moulin à eau, n’avait pas vu le vent venir… Il était fatigué plus souvent qu’à son tour et les meules n’arrêtaient guère de tourner; les enfants le savaient, qui le prévenaient : « Meunier, tu dors, ton moulin va trop vite, meunier, tu dors, ton moulin va trop fort… » Et pourtant, s’il avait eu le temps de lire Les lettres de mon moulin, ça lui aurait peut-être mis la puce à l’oreille à propos de sa fille. Les gars entraient chez elle comme dans un moulin… Mais que voulez-vous ? C’était dans sa nature et on ne pouvait accuser personne. Il est inutile, dit-on, de se battre contre les moulins à vent… Et ça s’est mal terminé quand le père l’a su; sa colère n’a fait qu’apporter de l’eau au moulin de sa fille : « Tu n’avais qu’à t’occuper de moi. »
C’est ainsi que le meunier s’est converti en représentant en moulins à légumes, préférant inciter les femmes à préparer des potages.
Moralité : encore un moulin abandonné !

Autour du moulin :
- Jeter son bonnet par-dessus les moulins : braver la bienséance, en parlant d’une jeune fille.
- moulin à eau : bâtiment où sont établies les meules actionnées par la force hydraulique.
- « Meunier, tu dors, ton moulin va trop vite… »: chanson enfantine.
- on ne peut pas être à la fois au four et a moulin : être partout à la fois.
- Les lettres de mon moulin : recueil de nouvelles d’Alhonse Daudet.
- entrer chez quelqu’un comme dans un moulin : entrer comme on le veut.
- se battre contre les moulins à vent : se battre contre des ennemis imaginaires.
- apporter de l’eau au moulin de quelqu’un : lui donner des arguments.
- moulin à légumes : ustensile qui sert à écraser les légumes.

Juin 2017

 

 

 

 

 

 

 

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Arrêt en gare d’Alleyras

Reçu ce jour Zoom dici et une bonne nouvelle pour mon patelin : http://www.zoomdici.fr/actualite/L-Intercites-Cevenol-desservira-Alleyras-des-juillet-id158184.html

Juin 2017

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Le four de Gourlong

Article de Sylvain Bret d’après les témoignages de Didier Dufix et de Yvette Vjgouroux, paru dans le magazine Volcan n°  90, juin-juillet 2017.

A un demi kilomètre du Pont d’Alleyras se trouve le hameau de Gourlong. Au cœur de ce hameau, construit à même le rocher, se dresse le four à pain. Original mais sans fioritures, ce bien de section n’a que peu changé au fil des années.
Ses « protecteurs » sont Didier Dufix et Yvette Vigouroux, tous deux habitant à l’année le petit hameau; ils font partie de ces gens qui continuent à faire vivre nos villages et qui tiennent à préserver le patrimoine rural et plus vastement, les savoirs et la mémoire de nos ancêtres.
Ce bien de section, dont la date de construction demeure inconnue, mais qui vraisemblablement est au moins centenaire, était encore utilisé dans les années 40 se souvient Yvette : « lors qu’enfant je suis arrivée à Gourlong, car je suis originaire de Poutès, Monsieur Gaillard et sa femme s’en servaient encore chaque semaine » mais peu à peu, les habitants ont cessé de l’utiliser. Les années 50 marquent ainsi la fin de son service. Il ne fut cependant pas complètement délaissé, comme certains de ses congénères qui furent abandonnés et tombèrent en ruine. en effet, il fut rallumé et entretenu occasionnellement par les villageois.
Les murs en glaise, le toit, les poutres, les dalles et pierres du four : tout est d’époque. Selon l’expression de Didier Dufix : « il est dans son jus ! » Seuls la porte et les « outils » du four, disparus, ont dû être fabriqués et la sortie de la cheminée a été refaite. Lorsque cela fut nécessaire, Didier Dufix récupéra toutes les tuiles encore en état et les utilisa pour restaurer le toit. Idem pour les planches qui les soutiennent : pas une n’a été remplacée par une neuve, ce qui signifie que l’eau ne s’infiltrait pas. Didier raconte alors cette anecdote sympathique : « lorsque l’on a voulu, avec M. Pradier, l’employé communal, remettre le four en service, nous nous sommes aperçus qu’une dalle manquait à l’intérieur du four… C’était en fait notre voisin, M. Antonin Garel, ancien menuisier, qui, sachant que le four ne servait plus, avait récupéré une dalle pour son fourneau ! Nous avons racheté une dalle et nous avons gardé sa caisse à outils de menuisier, d’époque, en bois, en souvenir. »
Depuis que le four a été mis en état, les habitants de Gourlong essaient de se réunir une à deux fois par an pour profiter dans l’intimité de ce bien commun : « nous faisons un repas très simple (pizzas, patates, tourtes…), ouvert uniquement aux gens du village, nous le mettons parfois aussi à disposition d’associations : la bibliothèque municipale l’a utilisé pour le feu de la Saint-Jean, il fut prêté aussi au club du troisième âge pour un repas campagnard… »

Les deux voisins et amis de Gourlong soulignent aussi son efficacité :
« Le four chauffe très vite. Il faut bien entendu l’allumer au préalable, par exemple le week-end avant; comme la chaleur est conservée presque toute la semaine, lorsqu’on le rallume, il va monter vite en température: en trois quarts d’heure, il est chaud et prêt à cuire ! » Et leur petit péché gourmand ? « Le lendemain, si nous avons des blancs d’oeufs, nous y faisons cuire les meringues; au four à pain, c’est un régal ! »
Avant de poursuivre : « Et quand nous avons fini de l’utiliser, c’est avec l’eau de la fontaine (à quelques mètres de là) que nous le nettoyons ».

Juin 2017

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Le chat

Il s’appelle en fait Léopold mais nous l’appelons plus simplement Léo. C’est Lucie C. chez laquelle il a vu le jour qui lui a trouvé ce nom. Lucie que j’aime et respecte, une amoureuse forcenée des animaux autour desquels s’articule une bonne partie de sa vie de jeune fille alors que tant d’autres n’ont pas cette préoccupation. Lucie est la personne idéale pour exercer une profession touchant aux animaux. Actuellement et d’après ce qu’elle m’a dit, elle a plusieurs chats, un tout petit chien miniature, une troupe de bernard l’ermite, un cheval…
Le caractère et la personnalité de Léo se déclinent de cette façon :
-         animal de mouvement et d’échange,
-         siamois actif et vagabond,
-          goûts raffinés et affirmés,
-          amateur de confort,
-         besoin de présence humaine mais aussi d’autonomie,
-         indépendant et recherchant la liberté,
-         amateur d’espace et de chasse,
-         élégant, fin, racé et beau,
-         léger, félin, joueur, séducteur,
-         relativement obéissant et fidèle,
-         esprit libre, apaisant et souvent présent.

Léo est un compagnon dont j’aurais beaucoup de mal à me passer, il remplit un pan de ma vie, je suis inquiète quand il s’absente trop longtemps mais j’aime qu’il puisse sortir librement et mener sa vie comme il veut. N’empêche que j’ai peur des voitures, du mal qu’elles pourraient lui faire, et je les vois en ennemies potentielles criminelles pour Léo – je le sais par expérience. Si j’avais pouvoir et autorité dans ma cité, j’interdirais la circulation automobile dans un rayon suffisant autour de ma maison.
Les « écraseurs d’animaux » se doutent-ils seulement du désastre que peut engendrer leur comportement assassin et des répercussions collatérales de leur acte ?
Car une maison sans bêtes, c’est un logement sans âme ni jardin, où aucun chien ne gratte derrière la porte ni aucun chat ne miaule sur le bord de la fenêtre. C’est un logis vide, mort, un sépulcre en quelque sorte. Ma fille Alice et son compagnon Yann vivent entourés de bêtes, et ils ont bien raison ! Au regard des contraintes qui peuvent en découler, leur bonheur de vivre si animalement  environnés ne peut égaler les inconvénients qui en résultent. Les bêtes ne trahissent pas ni ne trompent.
Comme c’est triste et désert une maison sans bêtes, ça m’étonne souvent !
Justement, Léo n’est pas rentré aujourd’hui. Cette absence m’inquiète. Où peut-il être ? Félix me se veut rassurant dans son sms. Puisse-t-il avoir raison !

Juin 2017

 

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Vieille photo de mes grands-parents maternels

Juin 2017 : je n’avais aucune photo de ce grand-père mort en janvier 1928. Je viens incidemment d’en découvrir une mais elle est ancienne et défraîchie. Je l’ai scannée du mieux que j’ai pu : on y voit mes grands-parents maternels, Victorine et Jean-Pierre Archer .:

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Les jardins de Colette

Il y a déjà quelques temps, le jardinier Serge G. m’avait envoyé des documents que j’avais laissés en attente. Je les ai mis ce jour de début juin en chantier.

Serge était parti en Corrèze voir les jardins de Colette, un mélange de botanique et de littérature, un concept unique pour une romancière hors du commun.
Colette, « La Dame du Palais-Royal », connue aussi bien pour son caractère entier que pour son amour de la nature et des animaux, était également un écrivain au talent incontestable. Elle est l’auteur du célèbre roman « Claudine à l’école ». Claudine, l’écolière impertinente a vu le jour sous sa plume en 1900 et la suite de ses aventures gardera en haleine le lecteur (trois romans lui succéderont). Pour ma part, son recueil « Sido », un hymne à sa mère, est l’un de mes livres préférés.
Aujourd’hui, Les Jardins de Colette, situés à proximité du château de Castel-Novel à Varetz (où elle vécut une dizaine d’année avec son second mari Henry de Jouvenel), invitent leurs visiteurs à plonger dans l’univers de cette grande romancière du XXème siècle. Un univers, parait-il,  où les fleurs, les jeux et les mots s’entremêlent, un univers unique pour découvrir d’une manière ludique et inédite, la nature qui nous entoure ! Du jardin de son enfance en Bourgogne jusqu’aux Jardins du Palais Royal où Colette termine sa vie, c’est un véritable tour de France qui est proposé.

Six jardins clos représentent les six régions de France où Colette a vécu. Ainsi chaque jardin offre un paysage différent dans un savoureux mélange de littérature et de botanique.

Découverte des six jardins
1. Le jardin d’enfance de Bourgogne (1873-1891) :

« Un jardin où l’on peut tout cueillir, tout manger, tout quitter et tout reprendre ».
Les dates clés :

- 28 janvier 1873 : Naissance de Sidonie Gabrielle Colette
- 1891 : Colette quitte sa Bourgogne natale

Une belle glycine bleue, une des fleurs préférées de Colette, court sur l’enceinte de fer forgé qui clos cet espace. Elle reprend la glycine du jardin de Saint Sauveur en Puisaye, le jardin de son enfance où l’amour de Colette pour la nature lui est transmis par sa mère, Sido.
Les parterres de ce premier jardin sont entourés de charmes. On y froisse les feuilles de la sauge ananas et on retient la Rhazya orientalis, une apocynacée bleu porcelaine en fleur dès le mois de mai.

2. Le jardin sauvage de La Franche-Comté (1900-1905) :
« Le paon du jour… se pose, interroge chaque fleur, muse, s’enivre sur le chanvre rose, perd toute prudence,  se laisse saisir entre deux doigts ».

Les dates clés
:
- 1893 : Mariage de Colette et Henry Gauthier-Villars (Willy)
- 1900 : Parution de « Claudine à l’école », premier ouvrage de Colette qui sera signé par Willy.

Nous entrons dans un jardin de sous-bois où les conifères prédominent : sapins, cyprès chauve ou taxodium distichum, un des rares conifères qui roussit à l’automne avant de perdre ses aiguilles. Les lupins et les bruyères transforment cette sapinière en un beau bosquet fleuri.
Colette se plaisait beaucoup dans son Domaine des Monts Boucons en Franche Comté où elle jouissait d’un immense parc.

3. Le jardin du bord de mer de  Bretagne (1910-1927) :
« J’ai un perchoir de rocher entre le ciel et l’eau ».
Les dates clés :
- 1906 : Rencontre de Colette avec la Marquise Mathilde de Morny (Missy)
- 1910 : Achat du Manoir de Rozven (Près de St Malo)

Colette divorce et rencontre alors la Marquise de Morny (nom de scène Missy) avec qui elle achète le Manoir de Rozven près de Saint Malo.
Ce jardin se veut minéral avec le gravier, ses bancs et ses gros blocs en granit symbolisant les falaises bretonnes.
Les saules à feuille de romarin, salix rosmarinifolia, bordés d’une mer de stipas apportent une note très actuelle à cet espace. Quant au bleu des nombreuses verveines de Buenos Aires, Verbena bonariensis, il doit être du plus bel effet en été au pied des murs de granit.
Pinus nigra, Quercus ilex (chêne à feuille de houx), et différentes variétés d’eryngiums (chardons) complètent le tableau.

4. Le jardin verdoyant de Corrèze (1911-1923) :
« Bel Gazou, fruit de la terre limousine ! quatre êtres et trois hivers l’ont peinte aux couleurs de ce pays… »
Les dates clés :
- 1912 : Mariage de Colette avec Henry de Jouvenel
- 1913 : Naissance de Colette de Jouvenel, dite Bel-Gazou

Colette rencontre, Henri de Jouvenel, rédacteur en chef du « Matin » et découvre avec lui la Corrèze et le  château de Castel Novel où ils élèveront leur fille « Bel Gazou » dans un univers proche de la nature.
Cet espace aux grandes étendues verdoyantes et aux chênes centenaires est ouvert sur la campagne corrézienne.
Les rangées de saules recépés s’alignent à l’infini : Salix alba, Salix caprea, Salix fragilis…
(Dés 1880, les paniers en osiers étaient largement utilisés pour expédier les fruits et légumes du Limousin vers Paris, Londres, Bruxelles…)

Un long chemin de galets évoque les bords de rivière où Colette aimait marcher pieds nus…
Ici le poulailler et les jeux de plein air, mikado et dominos géants évoquent l’enfance de Bel Gazou.
Autre lieux cher à Colette en Corrèze, le château de Curemonte, propriété de sa fille.

5. Le jardin sensoriel de Provence (1926-1938) :
« Je sais maintenant ce qu’est le jardin provençal : c’est le jardin qui n’a jamais besoin pour surpasser les autres, que de fleurir en Provence ».
Dates clés :
- 1925 : Rencontre avec Maurice Goudeket
- 1926 : Achat de « la Treille Muscate », (Près de St Tropez)

Vigne, tamaris, buddleias, lavandes, oliviers, figuiers, cyprès, pins parasols signent ce jardin provençal. Quant aux crocosmias, hémérocalles et agapanthes, ils ravivent le tableau.
Une roseraie fait référence à l’amour de Colette pour les roses et tout particulièrement pour la rose « Cuisse-de-Nymphe » mise en avant dans le jardin. Une rose porte le nom de Colette ; elle est en vente dans la boutique.
Devant la fontaine, les pots bleus et la longue allée orangée, on ne peut s’empêcher de penser aux Jardins de Majorelle. Cet espace renvoie aux nombreux voyages que Colette effectua : le Maroc, New York…

6. Le jardin à la française du Palais-Royal (1838-1954) :
« Obstinée à mon Palais Royal comme un bigorneau à sa coquille. »
Les dates clés :
-1938 : Acquisition de l’appartement tant convoité qui lui offre une vue sur les jardins du Palais-Royal
- 1949 : Colette est élue présidente de l’Académie Goncourt

Elle vit ses dernières années en plein cœur du Palais Royal à Paris. De sa fenêtr, elle admire les allées de tilleuls (Tilia cordata) ainsi que les parterres de vivaces bleues, blanches, rouges et jaunes.
Dans le long parterre rectiligne, des chardons qu’on pourrait tout d’abord prendre pour des aloes ou des agaves, attirent l’attention : ce sont des eryngium agavifolium.

Juin 2017


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Sale bête et bête sympa

Une sale bête répondant au nom de Capital
Le « Capital » est une sale bête qui bouffe tout ce qu’elle rencontre. Présent sur toute la planète, il se nourrit essentiellement du travail des salariés du Nord, exploite sans vergogne et sans compensation ceux du Sud.
Animal parfois domestiqué, son maître s’appelle le « Capitalisme ». Celui-ci s’occupe, sans état d’âme et avec beaucoup de sollicitude, de ce qui compte désormais uniquement pour lui : faire fructifier, engraisser et prospérer, ce « monstre » répondant au nom de Capital.
La capitalisme achète, ou vole la force de travail des exploités, comme unique marchandise ou friandise capable de faire croître cette sale bête.
Le capitalisme n’a qu’un ami : le banquier. Il lui confie aveuglément tout ce qu’il possède, même si cela peut entraîner une chute au fond du gouffre de celui qu’il chérit par-dessus tout, « son capital ». Aux yeux de certains spécialistes ou autres « biologistes » en tous genres, il semble que cette situation soit la seule à même d’éradiquer cette bête devenue fort envahissante et dangereuse.
Parfois livré à lui-même, le capital devient sauvage et incontrôlable. Il se bat alors sans relâche contre ses pairs, afin d’être seul. C’est la loi de la jungle. Il faut manger l’autre. C’est la situation du mâle dominant, mais c’est aussi celle du mal dominant.
Dans ces cas, l’animal sauvage prend le nom de libéral, et son comportement analysé, celui de libéralisme : concurrence effrénée entre toutes les formes de capitalisme.
Aux quatre coins du monde, le  capital est une espèce protégée, bien que n’étant pas en voie de disparition, car sans prédateurs.
Il y a 245 ans, la bête du Gévaudan jetait son dévolu sur les bergères, et nous en parlons encore, celle qui nous menace aujourd’hui, nous dévorera-t-elle dans la plus grande indifférence ?

Une bête plus sympa : la chèvre du Massif-central
Aujourd’hui, de nombreuses races domestiques sont menacées de disparition. C’est pourtant un des prix payés à la modernisation de l’agriculture. Chez la chèvre, la sélection collective s’est basée sur seulement deux races bien adaptées à l’agriculture intensive. Cela a été si efficace qu’aujourd’hui, elles représentent 99% du cheptel.
C’est ainsi que la chèvre du Massif Central a failli disparaître. Cette population au coloris varié (plutôt noire et blanche en Haute-Loire et en Ardèche, blanche dans les Cévennes, pie marron dans le Cantal) a vu ses effectifs chuter drastiquement à partir des années 1970.
Mais peu à peu, des passionnés se sont émus de sa disparition, en créant ARCMC (Association pour le Renouveau De la Chèvre du Massif Central).
Chaque année, la fête de Saint-Front sert de vitrine et permet aux éleveurs de se rencontrer, afin d’améliorer la race.

Mai 2017

 

 

 

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La tante Marie

  1. C’était il y a longtemps… Autour des années 1970, peut-être un peu avant. Des gens du village de Pont d’Alleyras possédaient des parcelles de terrain à La Varenne, terres très fertiles, planes, facilement cultivables. Mon oncle André Archer cultivait un champ de légumes, de betteraves fourragères, de pommes de terre et un grand espace de luzerne.
    Ma tante Marie Neyraval née Archer, dite « La Loustette* » allait journellement, son outil sur l’épaule, soigner ses cultures.
    Mais, la municipalité de l’époque avait décidé d’équiper le village d’un village de vacances et de le faire construire au bord de l’Allier. Elle résolut donc d’acheter ces terrains de La Varenne ou de procéder à leur expropriation si nécessaire. Une décision d’utilité publique fut décrétée. C’est ainsi que mon oncle André, la tante Marie perdirent leurs terrains si fertiles.
    Je me souviens de cette tante qui tempêtait contre ces empêcheurs de tourner en rond que représentaient pour elle  le maire et la SAFER; elle les appelaient « les grands seigneurs de la Baume », puisqu’ils décidaient de chasser les petits propriétaires de leurs arpents de terre qu’ils chérissaient.
    En souvenir surtout de ce petit bout de femme qu’était la tante Marie, qui a tant défendu son morceau de terrain contre « les envahisseurs », une petite composition pour l’honorer et saluer sa résistance alors que tous capitulaient.

« Fais ta valise, ma vieille, fais ta valise.
La terre où tu naquis n’est plus à toi.
Fais ta valise, ma vieille, fais ta valise.
Le fruit de ta sueur n’est plus à toi.
Ta raison de vivre n’est plus à toi.
Fais ta valise, ma vieille, fais ta valise.

Comme un vol de corbeaux encravatés,
Les beaux messieurs s’abattent sur ton champ.
Arpentent le sol à pas mesurés,
Sous l’œil étonné de la vieille paysanne,
Qui se demande si la route du progrès
Doit passer à travers son champ.

Refrain

Avec des gestes froids de chirurgien,
Ils ont tout jaugé et pesé en silence,
Lancé les arguments qu’elle n’entend point,
Au front buté de Marie qui se balance.
Et en vérité, ne voit pas très bien
Qui peut du progrès arrêter l’avance.

Refrain

Ils ont mis leurs sourires compassés,
Quand Marie a tremblé sur ses racines.
Mais personne ne la verra tomber.
Déjà sur elle l’avenir se dessine;
La route future déjà se repait
Du vieux terrain broyé par la machine.

Fais ta valise, ma vieille, fais ta valise.
La terre où tu naquis n’est plus à toi.
Fais ta valise, ma vieille, fais ta valise.
Le fruit de ta sueur n’est plus à toi.
Fais ta valise, ma vieille, fais ta valise.
Ta raison de vivre n’est plus à toi.
Fais ta valise, ma vieille, fais ta valise.

* « la Loustette » : la femme de Louis

Je viens de retrouver un bulletin municipal de 2005 qui retrace un rappel historique.
Le village de vacances de Pont d’Alleyras a été construit en 1969-1970. Comme suite à l’arrêt de l’exploitation par l’Association Vacances promotion, propriétaire, c’est l’Association Cap Vacances qui a assuré la gestion et l’exploitation du village, d’abord à titre précaire de 1990 à 1993.
La commune d’Alleyras a acquis le village de vacances à Vacances Promotion en 1994 pour 1 400 000 F. Elle a décidé à) l’époque d’engager, avec le concours du SMAT du Haut-Allier, la mise en œuvre d’un premier programme de requalification, rénovation et extension du village de vacances et d’en confier l’exploitation à long terme à l’Association Cap Vacances…

Mai 2017

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Le parcours exceptionnel de Simone Weil

Née à Paris en 1909, dans une famille juive, mais agnostique et non pratiquante, jeune agrégée de philosophie, Simone Weil arrive au Puy le 30 septembre 1931 pour prendre son poste d’enseignante au lycée de jeunes filles. Elle y demeurera l’année scolaire.
Après avoir rencontré Simone de Beauvoir, d’un an son aînée en khâgne, Simone Weil intègre l’École Supérieure en  1928 et devient l’élève et la disciple du philosophe Alain. Elle sera agrégée de philosophie en 1931.
Dès 1930, lors de la rédaction de sa thèse intitulée « Sciences et perception dans Descartes », elle développe une pensée initiatrice et visionnaire, tournée vers la quête du bien être, et le détachement matériel vis-à-vis des choses, (théories reprises quarante ans plus tard par les soixante-huitards ou aujourd’hui par ceux qui prêchent la décroissance ou la sobriété heureuse »).
En 1930, Simone Weil manifeste déjà un intérêt majeur pour la compréhension des maux de la société humaine. Elle met en parallèle l’ignorance naturelle décrite par Rousseau et celle des travailleurs dans les sociétés industrialisées. Selon elle, l’homme commence non par l’ignorance, mais par l’erreur. Ses premières recherches de l’époque seront publiées à titre posthume en 1966 dans l’ouvrage « Sur la science » (écrits épars amassés dans la volonté de servir l’homme).
Lors de son année scolaire 1931-32, Simone Weil organise les premières manifestations de chômeurs, se jette à corps perdu dans le syndicalisme révolutionnaire, rédige les tracts des grévistes, porte le drapeau rouge dans les manifestations, refuse le chauffage dans sa chambre, où elle corrige les copies, fenêtres ouvertes en plein hiver, aussi longtemps que les grévistes n’auront pas de charbon.
Unitaire pour deux, ou se méfiant des appartenances quand elles peuvent prendre un aspect stupide et intolérant, elle adhère conjointement à la CGT et à la CGTU (qui à l’époque sont un peu les frères ennemis du syndicalisme).
A titre prévisionnel, Simone Weil demande à une amie de lui enfoncer des aiguilles sous les ongles, afin de se préparer à la torture qui l’attend dans la prochaine guerre.
Elle ne se soucie pas de son « look »‘, elle n’a pas et n’aura sans doute jamais de petit ami.
Elle adopte un singulier costume fait d’une pèlerine et de gros brodequins, qu’elle porte pieds nus.
Elle couche à même le sol et mange de façon de plus en plus irrégulière pour s’endurcir.
Elle a des petits gestes gauches, un style masculin, elle joue au rugby et signe les lettres qu’elle envoie à ses parents par « votre fils respectueux ».
Elle chante faux, s’ennuie dans les bals populaires où l’emmènent ses copains de la CGTU.
Elle est alors au fait de son activité syndicale et politique aux côtés de ses amis de la révolution prolétarienne.
C’est dans la revue de Monatte qu’elle publie en août 1933 sous le titre : Perspectives : « Allons-nous vers la révolution prolétarienne », un article qui, pour sa clairvoyance et sa profondeur, suffit à révéler en elle une analyste politique de premier plan.
Elle est aussi impitoyable à propos du trotskysme que du stalinisme et du nazisme.
Elle a déjà à l’époque une analyse sur les différents univers totalitaires, qui font d’elle une grande visionnaire.
Aux côtés de Léon Blum, elle définit la technocratie, en parallèle ou opposée à la force pure de l’argent, comme le troisième pilier de l’oppression.
Fin 1933, elle héberge chez ses parents, Trotsky, recherché et menacé, avec femme, enfants et gardes du corps.
Après avoir enseigné à Roanne et Saint-Étienne, en 1934, elle prend la décision d’entrer en usine pour y partager la condition ouvrière. Elle commence alors la deuxième partie de sa vie.
Elle n’est plus aux côtés de ceux qui souffrent, elle est avec ceux qui souffrent.
Elle continue à écrire, toujours sans être publiée : « La grande énigme de la vie, ce n’est pas la souffrance, c’est le malheur ».
Le quatre décembre 1934, grâce à Auguste Detœuf administrateur d’Alstom, dont elle deviendra l’amie, Simone Weil entre comme ouvrière sur presse dans cette société.
En avril 1935, elle est chez Carnaud à Boulogne-Billancourt, en juin elle devient fraiseuse chez Renault.
C’est à cette époque qu’elle écrit « son journal d’usine » et qu’elle distribue ses revenus aux aux personnes dans le besoin.
De cette errance ouvrière entrecoupée de maladies, de licenciements, de migraines de plus en plus fortes, elle retire un double sentiment : 1) le fait capital du monde ouvrier n’est pas la souffrance mais l’humiliation; 2) la fraternité ouvrière n’existe pas toujours, pulvérisée par l’abrutissement du travail exigé;
mais en juin 1936, elle trouve beaucoup de réconfort dans les usines occupées.
Pour Simone Weil tout s’accélère. En aout 1936, la voici en Espagne engagée dans la colonne anarchiste de Durutti, en dépit de ses convictions pacifistes, afin de sauver la république menacée par Franco.
Sa myopie lui sauvera provisoirement la vie, quand elle met le pied dans un bassine d’huile bouillante, ce qui l’immobilise et la préserve de l’anéantissement total de sa colonne quelques jours plus tard.
Quand elle rentre en France, elle a toujours la haine du pouvoir, de la domination, de la violence. Elle écrit à Bernanos pour le critiquer d’avoir passé sous silence les crimes des républicains, dans les rangs desquels elle a pourtant combattu.
Elle veut réaliser son idéal libertaire et de pureté. Son pacifisme est absolu, toujours sur les traces de son maître Alain.
A partir de 1938, elle se rapproche peu à peu du christianisme, elle entre en contact avec des prêtres et des religieux. Cependant, elle reste très discrète sur son évolution spirituelle. Ce n’est qu’après sa mort, grâce à ses écrits, que l’on connaîtra véritablement cette évolution.
En 1941, elle rencontre Gustave Thibon, philosophe et agriculteur et est embauchée comme ouvrière agricole.
Si, de par son pacifisme, elle envisage la non résistance à Hitler, elle se ravise, cache ses parents recherchés aux États-Unis, avant de rejoindre Londres aux côtés de ceux qui combattent le fascisme. Mais rapidement, elle entre en conflit avec De Gaulle, veut rejoindre la France, mais n’obtient pas l’autorisation car son retour en France aurait été synonyme d’arrestation et de déportation, en raison de son appartenance juive.
Ce refus des autorités gaullistes la mine. Elle ne trouve plus de sens à sa vie, refuse de se nourrir…
Simone Weil meurt en 1943 au sanatorium d’Aschford, près de Londres, ravagée par la tuberculose et les privations qu’elle s’était infligée. Elle avait 34 ans.
Moitié chrétienne, moitié juive, ni chrétienne ni juive, mais cependant immensément mystique, Simone Weil est ne personnalité inclassable.
Celle qui refusait de se nourrir par solidarité avec les affamés, celle qui était solidaire de tous les damnés était une sainte sans église et une politique sans parti.
Outre le lycée du Puy, aujourd’hui à travers toute la France, près de vingt grandes écoles portent son nom.

Mai 2017

Mai 201

Publié dans La Haute-Loire, le Puy-en-Velay | Laisser un commentaire