La maladie alcoolique, du docteur François Gonnet

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La rencontre entre un individu et un produit, quel qu’il soit, donne toujours lieu à une histoire dans laquelle le produit prend vie.

Historique
Avant de parler de la maladie alcoolique, il est fondamental de restituer l’histoire de l’alcool dans un contexte historique. Depuis toujours, les civilisations ont utilisé des produits capables de modifier l’esprit humain, ce besoin de se changer, de découvrir des terres inconnues de la conscience devant être un besoin fondamental de l’homme.
C’est ainsi que la civilisation chinoise fut basée au départ sur l’utilisation de l’opium, celle du Moyen-Orient sur l’utilisation du haschich, celle d’Amérique du Sud sur l’utilisation de la cocaïne et des hallucinogènes.
L’Occident quant à lui utilise depuis des millénaires l’alcool qui fait partie intégrante de sa culture et y remplit depuis les temps anciens de multiples fonctions. En ce qui concerne la France et les pays industrialisés, il semble que le concept d’alcoolisme soit né au 19ème siècle, la morale ambiante du siècle ayant abouti à diviser schématiquement la France endeux  clans qui depuis se font la guerre avec opiniâtreté. Qui dit morale, dit opposition entre les valeurs déclarées négatives, et d’autres déclarées positives.
C’est ainsi que la France s’est divisée à son insu en deux camps que l’on peut dénombrer schématiquement de la façon suivante :
1.  d’un côté les « bons » qui représentent 92% de la population et qui schématiquement comprennent :
- 65% des buveurs dits « normaux » : ce sont des gens capables d’utiliser l’alcool pour leur plaisir sans en avoir le déplaisir, capables de contrôler le  produit alcool comme un conducteur contrôle son véhicule.
-  20% des buveurs dits « excessifs » que l’on pourrait considérer dans cette optique comme des chauffards, mais qui sont encore capables de freiner, voire d’arrêter leur véhicule alcool lorsque la nécessité s’en fait sentir.
-  7% d’abstinents plutôt considérés comme des originaux ou des gens gênants parce que n’adoptant pas les habitudes du groupe. Ces abstinents comprennent des gens intolérants à l’alcool (ils sont très rares en France…) et des gens qui obéissent à une loi ou à un interdit religieux, enfin et surtout le gros contingent des abstinents est représenté par des malades alcooliques qui ont décidé de se sortir de la dépendance.
2. d’un autre côté les « mauvais » qui représentent 8% de la population :
Ce sont les alcooliques qui par leur mal boire mettent très mal à l’aise les 92% précédents et l’on a tendance à voir en eux des êtres possédant une tare ou un vice, des êtres dangereux ou des êtres inconscients et menteurs et surtout des êtres sans volonté.
Toutes ces idées sont des fausses interprétations de phénomènes réels par ailleurs.
A ce sujet, l’idée que l’on se sort de l’alcoolisme par volonté est à la fois la plus répandue et la plus fausse, l’alcoolique a de la volonté, mais cette volonté ne lui permet que de tourner un peu plus vite dans le cercle vicieux à l’intérieur duquel il se débat sans en être conscient.
8% de la population française est en effet droguée par l’alcool et ce n’est pas avec de la volonté que l’on peut sortir d’une toxicomanie.
Qui dit drogue dit dépendance, c’est-à-dire : perte de la liberté de s’abstenir d’un produit ; cette notion de dépendance est la notion fondamentale qui doit reléguer dans les oubliettes le fait que c’est la quantité d’alcool bu qui fait ou pas l’alcoolique.
Presque tous les malades alcooliques ont au départ et pendant des années utilisé l’alcool en quantité modérée comme tout un chacun.
Si l’on veut comprendre pourquoi ils se sont démarqués des autres au bout d’un certain temps, il convient de comprendre comment s’est installée cette dépendance.

Cette dépendance est en fait triple
D’abord psychologique puis physique (dans le corps) puis sociale : le sujet devenu alcoolique perdant ce qui faisait préalablement son autonomie sociale.

La dépendance physique est la perte de la liberté du corps du malade de s’abstenir de l’alcool.
Cette dépendance a en fait un support chimique tant au niveau du foie du malade que de toutes les cellules de son corps : c’est au niveau du foie que l’alcool est dégradé, se transformant en acétaldéhyde d’abord puis en produits nommés acétates qui ne sont autres que du vinaigre : plus le sujet va boire, plus le foie par mécanisme d’adaptation va sécréter d’enzymes capables de transformer cet alcool en vinaigre, plus la dégradation se fera rapidement. De même, plus les cellules vont être mises en contact avec l’alcool qui est dans le sang et les milieux extra- cellulaires, plus ces cellules vont s’adapter à vivre dans cette ambiance, notamment en modifiant la perméabilité des membranes qui les entourent.
Ceci aboutit à un phénomène remarquable qui est la tolérance que l’on peut résumer en somme à un adage : « plus on boit, mieux on supporte l’alcool ».
On imagine dès lors que si un sujet utilise l’alcool à d’autres fins, du fait de la tolérance, il sera amené à augmenter les doses pour continuer d’obtenir le même effet.
Chez certains sujets (8% de la population), cette augmentation progressive des doses, du fait de la tolérance, va aboutir à l’accumulation dans le cerveau du premier dérivé de l’alcool qu’est l’acétaldéhyde qui va se combiner avec les substances chimiques du cerveau pour aboutir au bout d’une dizaine d’années en moyenne à la mise en place d’une usine chimique qui à partir de ces deux matériaux va se mettre à produire des substances chimiques pour le moins bizarres, sources de la dépendance.
Ces substances chimiques ont été isolées autour des années 1970 et ont été dénommées endorphines « like » (T.H.P.V. ou tétrahydropapavéroline notamment).
Ce sont de véritables produits morphiniques.
Ces endorphines ‘ »like » vont bloquer les endorphines naturelles du sujet (produit morphinique que fabrique tout mammifère et indispensable à la survie).
La conséquence inéluctable est que le corps de ce sujet va dépendre pour sa survie d’endorphines venues de l’extérieur, via l’alcool.
Il fonctionnera avec l’alcool comme une voiture fonctionne avec l’essence, c’est la dépendance physique : qu’il n’apporte plus d’alcool et ce sera le manque, expérience éminemment douloureuse que seuls peuvent connaître les drogués.
Un sujet en manque n’a plus qu’une seule activité possible : chercher à combler ce manque, c’est-à-dire se remplir à nouveau d’alcool.
Plus rien d’autre ne compte.
Le sujet est devenu toxicomane, mais c’est un toxicomane qui s’ignore.
Chaque fois qu’il sera obligé de combler son manque, il trouvera un prétexte pour le faire, puis une justification pour se l’expliquer sans trop se culpabiliser. Et se faisant, il pourra pendant des années ignorer l’expérience du manque qu’il vit vingt à cinquante fois par jour.
A ce stade ultérieur, tolérance, dépendance vont aller s’accentuant au fil des années, ce qui va obliger le sujet à augmenter perpétuellement les quantités d’alcool ingérées en une spirale sans fin, jusqu’au moment où le corps, se dégradant de plus en plus, va devenir intolérant : période difficile pour l’alcoolique apparaissant au bout de vingt à trente ans (s’il n’est pas décédé préalablement) où il dépend d’un produit pour sa survie que son corps ne supporte plus.

La dépendance psychologique
Elle commence toujours avant la dépendance du corps. Elle s’explique par certaines propriétés qu’a l’alcool de modifier le psychisme de l’individu (alcool produit « psychotrope »).
L’alcool est au départ un objet de plaisir : plaisir du groupe, plaisir intérieur organique, impression de moindre fatigue, sensation de bien-être etc….
L’alcool est un produit désinhibiteur : il lève les barrières psychologiques que nous avons tous, à des degrés divers en nous, et qui à la fois nous protègent et nous gênent.
Suite à cette levée des inhibitions, le sujet pourra faire, ayant bu, ce qu’il n’arrive pas à faire à jeûne : se mettre en colère, aller vers l’autre, se mettre à rire, à pleurer, dire ce qu’il a sur le cœur, faire l’acte sexuel etc….
Il sera, en quelque sorte, plus intensément et entièrement lui-même, rêve de tout homme.
L’alcool provoque l’inflation de la pensée : il rend euphorique, permet de vivre dans l’imaginaire ce qui ne peut être vécu dans la réalité (« A nous deux nous serons DIEU » disait Baudelaire). Il permettra ainsi à ceux qui ont placé leurs idéaux sur des rayons inaccessibles, de les atteindre lors de courts instants de parfaite complétude.
Surtout, l’alcool est un médicament, le meilleur médicament connu actuellement de l’anxiété et de la dépression et un médicament que l’on peut s’offrir en société pour le moindre prétexte. Pendant longtemps, cet « alcool convivial », le verre que l’on partage avec les autres, va remplir sans le dire son rôle d’alcool-médicament, calfeutrant les petits soucis, améliorant la communication, diminuant les tensions psychologiques internes : c’est la lune de miel entre le sujet et le produit alcool. L’union est scellée et le sujet y gagne un surcroît d’existence.
Le problème, c’est que l’alcool ne résout pas les difficultés, il permet de les éluder. Ce faisant, le sujet, à son insu, va prendre l’habitude d’éluder chaque fois qu’il se trouve confronté à des situations sources de déplaisir.
A toujours éluder, la vie de ce sujet va devenir une montagne de problèmes non résolus qui va devenir de plus en plus persécutante et va l’amener à augmenter les prises d’alcool pour toujours faire face en éludant.
Au lieu d’une maturation psychologique, il y a une régression vers des comportements souvent enfantins que le futur malade, vu son âge, n’admet pas d’où l’apparition de troubles du caractère.
Les prises d’alcool augmentant, à partir d’un certain seuil, variable selon chaque sujet, apparaîtra la dépendance physique et le manque et dès lors, ce sera la phase toxicomaniaque de la maladie avec ses conséquences inéluctables : exagération des troubles du caractère, désintéressement pour l’entourage, désocialisation, dépression nerveuse (tous les alcooliques deviennent à un moment de leur vie déprimés et « soigneront » cette dépression par leur médicament habituel =l’alcool). Tout ceci se termine dans la solitude la plus complète.
C’est la lune de fiel.

Avant ce stade, une longue lutte s’est menée.
Pendant très longtemps, le sujet se bat avec lui-même. Se reconnaître alcoolique l’amènerait à croire qu’il est ce que lui-même (comme monsieur tout-le-monde) pense des alcooliques : des êtres méprisables et il s’ensuivrait invariablement une dépression.
Pendant longtemps, un mécanisme automatique de pensée va donc se mettre en place pour empêcher cette dépression, c’est le déni qui va permettre au sujet de se prouver qu’il n’est pas alcoolique.
Souvent il s’arrêtera de boire pendant un laps de temps donné.
La preuve étant apportée, il pourra reboire avec moins de culpabilité. Tant qu’il n’est pas dépendant dans son corps, ce moyen va fonctionner.
Lorsqu’il ne pourra plus interrompre l’acte de boire, à cause de la dépendance physique, il se donnera comme image de l’alcoolique quelqu’un de ses connaissances qui est plus avancé que lui et se dira que « l’alcoolique c’est les autres, celui-là, mais pas moi ».
Ensuite, lorsque ça devient par trop évident, commencera la phase de la lutte ouverte, où toutes les instances sociales vont progressivement rejeter l’alcoolique.
Pendant très longtemps encore, le sujet va arriver à se persuader qu’il n’est pas alcoolique en « buvant un coup » chaque fois qu’il sera amené à en prendre conscience. C’est l’éludation qui continue et qui aboutit au fait que tout l’entourage est maintenant persuadé qu’il l’est sauf une personne … l’alcoolique lui-même.

Ceci aboutit à détériorer complètement la relation entre le malade et son entourage :
Le malade se sent persécuté par l’entourage. L’entourage se sent dupé par le malade qui fuit sans arrêt, accumule les problèmes, nie sa maladie ou quant il la reconnaît fait des promesses qu’il ne peut tenir du fait du manque.
Il s’ensuit une agressivité mutuelle qui va aboutir à de la violence et à des rancunes bilatérales (l’ardoise) qui vont gêner considérablement ensuite le traitement de la maladie puisque à des problèmes de santé physique et psychologique, vont s’ajouter d’énormes problèmes sociaux, presque toujours les mêmes.
Les problèmes sociaux vont se situer à différents niveaux :
- dans le monde du travail, la société a toujours une mauvaise conscience par rapport aux alcooliques.
Cette société en effet s’alcoolise, considère comme bien vivre le fait de boire, en même temps qu’elle rejette massivement l’alcoolique comme sujet mal ou trop buvant.
Pendant longtemps, le monde du travail va tolérer de la part de l’alcoolique des fautes professionnelles qu’il ne tolérerait pas de la part des autres. L’alcoolique ainsi, à son insu, va accumuler un dossier contre lui où se mélangent les fautes professionnelles, les voies de fait sur les lieux du travail, les absences injustifiées, les accidents de travail répétés, la baisse des capacités de travail, etc….
Un beau jour, la limite de tolérance sera dépassée et pour une cause souvent minime, qui n’aurait pas donné lieu à sanction chez son collègue, l’alcoolique sera dégradé ou licencié.
Il vivra cette sanction comme une persécution. Se retrouvant au chômage, il sera vite repéré comme alcoolique à l’embauche et aura plus de mal qu’un sujet normal à retrouver du travail.
Lorsqu’il en retrouvera, ce sera toujours à un poste moins qualifié que celui qu’il avait avant.
La meilleure chance qu’il lui reste au terme de ce cursus est d’être reconnu comme invalide, ce qui lui permettrait d’utiliser la pension pour continuer de « soigner » sa toxicomanie.
La justice souvent sanctionne l’alcoolique parce qu’elle ne connaît pas les problèmes de la dépendance physique.
Ainsi, un alcoolique dépendant peut être tout à fait normal dans son comportement avec deux grammes d’alcool dans le sang.
Depuis des années, son corps est habitué à ces quantités considérables d’alcool et s’en est arrangé grâce à la tolérance.
C’est lorsque l’alcoolique est en manque, à 1,20 g par exemple d’alcool dans le sang, qu’il risque de devenir dangereux au volant du fait du manque et des conséquences qu’il entraîne sur le caractère et le comportement.
La justice sanctionnera donc cet alcoolique à partir de barème d’alcoolémie établi chez les non-buveurs qui s’alcoolisent, loi tout à fait valable en l’occurrence chez ces sujets mais complètement inappropriée pour le malade devenu dépendant.
En ce qui concerne le domaine de la santé, il faut bien reconnaître que le corps médical connaît très mal les phénomènes de dépendance et continue de soigner le malade alcoolique comme s’il s’agissait d’un sujet tout-venant.
Ceci aboutit à des conseils inappropriés, à des ordonnances souvent hasardeuses, à des hospitalisations qui n’avancent guère le problème si ce n’est de faire un bilan et un sevrage qui ne durera que le temps d’hospitalisation faute de prise en charge adaptée.
En outre, le corps médical se trouve pris entre deux feux, d’un côté le malade qui redoute la confrontation au médecin, de l’autre l’entourage qui met tous ses espoirs sur sa personne, ceci aboutit très souvent à une collusion inconsciente entre l’entourage et le médecin, transformant celui-ci en un élément persécuteur de plus.
La famille en effet, même avec les meilleurs intentions du monde, va devenir persécutante à son insu. Pas plus que le malade, elle ne sait qu’elle a affaire à un drogué et elle va donner des conseils qui seraient judicieux pour un sujet normal mais qui sont totalement inadaptés pour un drogué ; il s’ensuit des conflits qui vont aller en s’aggravant, de la violence et un véritable calvaire autant pour le malade que pour son entourage.
Il y a de malade : le malade lui-même et la relation qu’il entretient avec cet entourage.
Au bout d’un certain nombre d’années, l’entourage, s’il n’est pas devenu aussi malade que le malade lui-même, n’aura qu’une ressource de survie : prendre la fuite.
Il s’ensuit un nombre considérable de divorces dans la maladie alcoolique.

Toutes ces pertes successives, conséquences de la toxicomanie, vont aboutir au fait qu’un jour, le malade va prendre conscience qu’il ne peut plus vivre désormais de cette façon :
Cette prise de conscience est dénommée par certains alcooliques : « toucher son fond ».
Le bénéfice immédiat, énorme qu’apporte l’alcool en calmant le manque et en apaisant les tensions est dépassé par la somme des pertes accumulées.
C’est le moment des prises de décisions qui suit cette prise de conscience. Un certain nombre de malades entreverront malheureuse- ment une issue au problème : disparaître.
C’est ainsi qu’il existe cinq fois plus de suicides dans une population d’alcooliques que dans une population normale.
La plupart, heureusement, arrivés à ce stade, vont se mettre en quête de gens susceptibles de les aider et ce pour la première fois.
C’est la période de la rencontre avec les groupes d’anciens buveurs, avec une assistante sociale, avec un médecin, avec un centre spécialisé dans le traitement de la maladie alcoolique.

Dépendance sociale
Fait fondamental : pour la première fois, c’est le malade lui-même qui fait la démarche, et l’on peut dire dès lors que plus de la moitié du chemin qui le mènera à l’abstinence est parcouru.

L’abstinence totale et définitive est en effet le seul traitement, à la fois ce qu’il y a de plus simple mais aussi de plus compliqué, si l’on considère que le malade depuis

plus de dix ans, utilise l’alcool comme médicament de toutes ses souffrances.
Cette abstinence est le seul traitement car le corps, dans toutes ses cellules va garder jusqu’à sa fin la mémoire de l’intoxication. Si le sujet, après des années d’abstinence, réintroduit dans ce corps mémorisé le produit alcool, en quelques secondes ou en quelques mois, le délai est variable selon les sujets, il va redevenir de nouveau dépendant.
Il est fondamental que le malade puisse comprendre cela et qu’à partir de cette constatation, il soit amené à se forger une nouvelle identité : celle d’abstinent.
Ceci n’est pas simple, car être abstinent dans une société qui s’alcoolise, c’est être à nouveau mis en marge de la société.

Cette abstinence entamée va aboutir au sevrage ; ce sevrage est en fait double :
Physique tout d’abord, le corps est très rapidement sevré, en 10 ou 15 jours maximum, il recouvre son autonomie par rapport à l’alcool, il n’a plus besoin d’alcool pour fonctionner.
Le sevrage psychologique, par contre, va être beaucoup plus long et demandera plusieurs années.
Dès l’abstinence installée, il est fondamental de distinguer deux périodes qui ont suivre.
Une première période que l’on pourrait qualifier de période sans alcool comme si la pièce de théâtre qui se jouait avant, continuait de se jouer avec un personnage en moins, l’alcool.
C’est la période dure qui durera plusieurs années, où le sujet, dès qu’il sera tendu, quelle qu’en soit la cause, se retrouvera confronté au besoin d’alcool, c’est-à-dire au manque psychologique.
C’est une période où il est fondamental de préserver les MODES DE COMPENSATION AU MANQUE : ces compensations ont au départ plutôt à faire avec la bouche : tabac, café, besoin perpétuel de boire du liquide, boulimie etc..
Les semaines passant, ces compensations deviendront de plus en plus élaborées au fur et à mesure que les premières s’atténuent : besoin d’action, de rencontres, de se faire plaisir.
Cette période est caractérisée aussi par le fait que progressivement le malade va tenter de résoudre tous les problèmes qu’il avait accumulés avant son abstinence.
Plus il arrivera à s’identifier comme malade alcoolique et à le dire aux autres, plus rapidement seront résolus les problèmes de la période d’avant.
La multiplicité des difficultés que rencontre le malade dans cette phase est telle qu’assez souvent, surtout s’il s’isole, il risque de rechuter.
Il est fondamental à cet égard, de voir la rechute non pas comme un retour au point de départ mais comme une pause dans la progression qui va l’amener à une abstinence stable.
Cette façon de voir la rechute évite de la dramatiser, lui permet d’en parler à ceux qui peuvent l »entendre et bien souvent lui permet d’interrompre la rechute avant que la dépendance physique majeure ne réapparaisse.
La nouvelle abstinence est plus solide que l’abstinence d’avant la rechute.
En définitive, pendant cette phase sans alcool, le malade va réapprendre à vivre, à nouer de nouveaux contacts avec son environnement mais aussi et surtout avec lui-même. Vivre est le meilleur apprentissage de la vie et en fin de compte, au bout du chemin, le malade aura appris à se connaître.
Se connaître, c’est-à-dire s’accepter comme être désirant, accepter les limites de ses désirs, apprendre à les différer parfois et reconnaître les désirs de l’autre.
En fin de compte, apprendre à s’aimer.
Lorsque le malade en sera arrivé à cette aventure prodigieuse, l’on pourra dire qu’il se situe dans la phase hors alcool.
C’est une autre pièce de théâtre qui se joue où le personnage alcool n’a jamais été plaisir offert ni objet persécutant.
Le manque d’alcool a disparu, par contre, le malade est capable de manipuler l’alcool dans cette société qui s’alcoolise.
Il est capable d’offrir l’apéritif à ses amis sans frustration, en acceptant l’idée que ce produit n’a pas du tout la même fonction pour eux et pour lui. L’intérêt du malade se situe complètement ailleurs du côté de la vie, certains malades étant capables de devenir ivres de vie comme ils le furent autrefois de l’alcool.
Le thème de l'alcool et de la drogue.

Avril 2017

 

 

 

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La maison de Victorine (vers 1950 ?)


Cette photo est intéressante à plus d’un titre, pour moi qui ai passé mon enfance dans ce cadre et pour les personnes qui ont connu cette maison et ses habitants. Elle est riche d’observations et induit une série de commentaires.
Prise en plongée de biais depuis en éminence rocheuse, on devine en contrebas du talus situé au premier plan le ruisseau Le Malaval qui suit sa course.
Au-dessus de ce talus arboré de pruniers sauvages, la route mène de Pont d’Alleyras à Alleyras.
Entre cette départementale et le talus, mon oncle André Archer avait constitué à force de brouettées de terre, une petite plate-forme sur laquelle il posait du bois destiné au chauffage et sur laquelle il installait une « chèvre* » servant à recevoir les troncs et les branches qu’il mesurait par un marquage à la craie puis débitait en bûches de la longueur du foyer du fourneau à feu continu de la marque Piesel (orthographe incertaine). Légèrement à gauche, on distingue un tas de boulets de charbon que mon père Albert Rousset faisait ramener depuis la Grand-Combe où il travaillait aux houillères des Cévennes. Car les mineurs recevaient du charbon comme avantage en nature.
De l’autre côté de la route, le petit bâtiment de bois surmonté d’un seul pan de toiture qu’on appelait la remise a été démoli quelques années après le décès de Victorine survenu en 1976. Mon oncle André l’utilisait quotidiennement : il y rangeait le petit bois destiné à alimenter le fourneau de la cuisine, y empilait des bûches rigoureusement sciées, y déposait la meule à affûter les couteaux, y mettait les divers outils indispensables aux champs et à la maison, les jerricans, les produits chimiques, les instruments variés pour couper, scier, jardiner, bricoler… A l’extérieur, ne pile de bûches s’adosse sur une des parois de la remise qu’abrite un débord de la toiture, la protégeant ainsi de la pluie.
Au-dessus domine la grande maison blanche que Victorine Archer avait fait construire : on voit la cour qui conduit à la porte d’entrée. A sa droite, la fenêtre de la cuisine; à sa gauche, celle de l’épicerie. La petite extension surmontée d’un toit terrasse abritait la boucherie de ma grand-mère. En passant sur ce toit sur lequel Victorine posait des pots de fleurs, nous rejoignions « le charnier » qui renfermait des sacs de grain pour la volaille.
Au premier étage, une fenêtre de sa chambre à droite est ouverte.
Entre la maison et la remise, une route descend vers l’Allier et le four de la Planche. Elle rencontre d’abord sur la droite la clôture blanche ouvragée bordant la maison à façade claire des Chanal. Toujours en suivant cette route, on aperçoit sur la gauche un morceau de  la maison de pierres de la  Thérèse puis de Rosa et Marcel Joussouys et enfin de leur fils Élie. Françoise Avit qui en a hérité essaie de finir actuellement sa restauration.
Entre cette dernière et la route, on voit l’écurie surmontée de la grange de Victorine dont le toit, faute d’entretien, s’est écroulé il y a quelques années. Comme un pan de façade menaçait de s’effondrer sur la route, mes cousins ont décidé la démolition de cette grange. Bien que le bâtiment d’autrefois ait disparu, les souvenirs sont restés : l’écurie où je suivais la mémé et l’oncle André, où je rendais visite aux trois vaches et à leurs veaux, où je leur passais longuement l’étrille* sur la peau des vaches, le « cabistou » où je coupais les betteraves fourragères en morceaux dont se délectaient nos vaches.
Au loin, on voit la falaise rocheuse abrupte. Au bas de celle-ci, s’échelonnent une suite de maisons le long de la route de Vabres et un peu au-dessus.
Les souvenirs affluent…

* chèvre : (menuiserie) Outil composé de deux croix de Saint-André, sur lesquelles on pose des morceaux de bois pour les scier.
* étrille :
Instrument muni d’un manche court et portant des rangées de petites lames dentelées disposées parallèlement sur une plaque de métal, avec lequel on nettoie la robe de certains animaux (cheval, mulet…). Donner un coup d’étrille à une vache.

Avril 2017

Publié dans Pont d'Alleyras et ses environs | Un commentaire

Chuck Berry par Gilbert B.

Gilbert Boudoussier vient de m’envoyer deux textes qui concernent Chuck Berry.
Ce guitariste, chanteur, auteur-compositeur américain, l’un des pionniers de la musique rock’n'roll, est mort récemment, le 18 mars 2017.

Gilbert était l’un de ses fans.
Je reprends son message et insère ici des morceaux de Chuck Berry à écouter :
https://www.youtube.com/watch?v=I8JULmUlGDA

 

 

« CHUCK BERRY
Ce grand génie.

Dans ce coin de Gaule
Avec son rock’n'roll
Sa fabuleuse guitare
Qui chante sa gloire
Dans ce Zénith
C’est lui le mythe
Une courte prestation
Pour une grande émotion
Les fans applaudissaient
Derrière la scène il disparaissait
En sublime finale
De mémoire régionale
Gibson ou Fender
Défient son caractère

Et dans une clameur à déchirer les cieux
Il arrivait sur scène, applaudi comme un dieu
C’était bien lui le roi du rock’n'roll music
Qui était là avec ses grands accords magiques
Vous vous souvenez de lui
Il s’appelait Chuck Berry

Quand sa guitare se mettait à jouer
Tout le monde dans la salle se calmait
Et sans cesse la foule le réclame
Toujours  le même qui pour elle se donne

C’était bien lui le roi du rock’n'roll music
Qui était là avec ses grands accords magiques
Vous vous souvenez de lui
Il s’appelait Chuck Berry

Quand tous les fans le surnommaient Johnny B. Goode
Ils ne s’étaient sûrement pas trompés
Car effectivement le grand Johnny B. Goode
Était le seul qui les faisait vraiment danser

Refrain
Et lorsque sur scène armé de sa guitare
Il faisait son fameux pas de canard
En rechantant la jolie Baby Doll*
Et toutes les filles en étaient folles

Refrain

Elvis Presley qui avait tout déclenché
Se trouva fort ennuyé
Quand Chuck Berry arriva.
Il alla demander à cet  interlocuteur
Ce qu’il pouvait bien faire de tous ses droits d’auteur
Pensant qu’il pourrait se procurer le son
En allant acquérir une belle Gibson.
Vous avez une excellente idée
D’ailleurs vous ne saurez jamais couvrir
Mes meilleures notes qui seront toujours d’avenir.
Moi, Chuck Crazy legs Berry, j’ai trouvé les accords,
Le Créateur le meilleur, c’est moi, vous êtes d’accord !! »

Couleurs d’un fan, Gilbert

Avril 2017

* https://www.youtube.com/watch?v=qdr3795CTNs

 

 

 

 

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Balade gourmande à Alleyras, un lundi de Pâques 2017

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A voir sur le site Alleyras Capitale : http://alleyras.capitale.dulibre.net/?413-alleyras-une-balade-des-fours-a

Découvrir des fours à pain en se promenant. Profiter des pauses pour manger des tartes et du pain cuits dedans. Cette  l’initiative originale était celle d’une randonnée organisée à Alleyras, lundi de Pâques 2017, en Haute-Loire.
Une vidéo a été tournée à cette occasion : http://www.dailymotion.com/video/x5jboe1


Madeleine Rodde relate : « Le four a longtemps eu un rôle essentiel dans la vie des campagnes. Tout le monde venait faire cuire son pain au cœur du village. Certains fours servent encore. »
C’est le cas, par exemple, à Alleyras, commune dans le sud de la Haute-Loire.
Six fours sont encore en activité et pour mieux les connaître, une randonnée avait lieu un lundi, pour les découvrir un à un. Les marcheurs sont partis du hameau d’Anglard pour se rendre à Alleyras. Un parcours de 12 kilomètres avec des pauses bien sûr… des pauses gourmandes avec du pain et des tartes aux pommes, le tout cuit dans les fours, quelques jours plus tôt.
Cette randonnée alliait gastronomie, histoire et patrimoine. Une initiative proposée par l’association Voie Bolène en Velay-Gévaudan.
Les 160 habitants d’Alleyras ont rénové les fours et se chargent de l’entretien. Ils continuent de faire vivre leur patrimoine local avec cette balade gourmande.

Avril 2017

 

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Roger Hugony n’est plus

Mardi 18 avril, c’étaient les obsèques de Roger en l’église de Vabres et son inhumation au petit cimetière proche. Roger avait seulement 59 ans. Ce jour-là, les lilas commençaient leur floraison à côté du pont de Vabres et les bords du ruisseau s’ornaient des fleurs mauves des futures monnaies du pape.
Jour de tristesse et de recueillement pour Roger, de pensées solidaires pour ses frères et ses proches.
Gilbert m’avait demandé d’écrire une poésie pour Roger…

Complainte pour Roger

Le 9 janvier 1958, t’étais né,
Et t’es parti la semaine passée ;
Le printemps venait juste de commencer.
C‘était au mois d’avril, juste un peu avant Pâques,
Et l’hiver a repris vigueur
Au fond de notre cœur
Et l’hiver à repris vigueur
Au fond de notre cœur…

On ne s’attendait pas à ton décès singulier,
Toi, au caractère fort et si bien trempé
Que souvent avec nous tu affirmais
Parce que tu montrais que tu existais.
Et même si parfois tu bougonnais, nous, on t’aimait.

Nous restons seuls sur le pont
Avec notre grosse affliction.
Il parait qu’on t’a vu passer
Dans les pays de l’autre côté
Il parait qu’on t’a vu passer
Dans les pays de l’autre côté…

Ceux qui l’ont dit en ont menti
Car quand le soir est doux ici
On sent ton sourire en chagrin
Et ta présence de frangin,
On sent ton sourire qui revient
Et ton affection de copain.

Vabrais de jeunesse, tu es devenu cheminot,
Auvergnat exilé à Mirefleur, loin de  Vabres et de tes frérots,
Tu revenais veiller sur la maisonnée
Et voir si Gilbert et Daniel continuaient
Au mieux la ferme que les parents avaient édifiée.

Ta compagne Geneviève se trouvera bien seule désormais
Et ton chien Jo avec lequel tu aimais tant te promener
Que fera-t-il sans ta présence attentionnée ?
Et nous, tes frères, l’aîné et le cadet,
Comment pourrons-nous mettre sous silence notre passé ?

Pourtant des fois  quand on y pense pas,
On se dit qu’on ne te reverra pas
On t’entend alors rire aux éclats
De l’autre côté de la paroi,
On t’entend alors rire aux éclats
De l’autre côté de la paroi.

La mort fait voyager son monde
Tu vas plus vite que le son,
T’es partout sur la terre ronde
T’es devenu une chanson
T’es partout sur la terre ronde
T’es devenu une complainte.

Au revoir Roger…

 

 

Avril 2017

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Dans la peau d’un bipolaire : de l’ombre à la lumière

La chaîne LCP donne la parole aux personnes bipolaires. Des adhérents du gem Galaxie concernés par cette maladie y trouveront des réponses.
http://www.lcp.fr/emissions/droit-de-suite/278659-dans-la-peau-dun-bipolaire-de-lombre-la-lumiere

Avril 2017

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L’hypertension artérielle, une menace

L’hypertension artérielle est considérée comme le facteur de risque cardio-vasculaire le plus dangereux. En France, 11 millions de personnes sont traitées pour cela et 4 autres millions s’ignorent hypertendus. Ce qui rend le dépistage primordial.
Insidieuse, l’hypertension artérielle (HTA) évolue pendant de nombreuses années sans aucun symptôme. « C’est un tueur silencieux qui n’est pas une maladie, mais un état : on est hypertendu. Elle est liée au manque de distension des parois artérielles qui va provoquer une augmentation des résistances périphériques responsable d’un excès de pression dans les artères« , explique le chef de service du département de cardiologie médical de l’hôpital Pitié-Salpêtrière (Paris).
L’HTA est définie par une tension artérielle (TA) supérieure à 140/90 millimètres de mercure, sur l’un ou l’autre des deux chiffres, lors de plusieurs consultations chez le médecin. Le premier chiffre, ou tension systolique, correspond à la contraction du cœur nécessaire à l’éjection sanguine; le second, ou tension diastolique, à la décontraction cardiaque.

Un risque accru d’accident vasculaire cérébral
D’après une étude internationale parue dans The Lancet, parce qu’elle fragilise les parois vasculaires, l’HTA augmente le risque d’accident vasculaire cérébral (AVC) par 2,5, notamment chez les sujets de moins de 45 ans. Autre facteur de risque d’ AVC autrement dit l’existence fréquente d’à-coups tensionnels. Et plus la tension artérielle est élevée, plus les risques augmentent. Le danger ne se limite pas au cerveau : il concerne aussi le cœur (infarctus), les poumons (œdème aigu), les reins. De  surcroît, les autres facteurs de risque cardiovasculaire ont également leur importance « car en matière de risque, les facteurs se cumulent. Une TA de 13/8 est déjà considérée comme une HTA chez le diabétique alors qu’elle n’en est pas une chez le non diabétique« , souligne un médecin.

Des causes multiples
L’HTA peut apparaître dans les suites d’un dysfonctionnement rénal ou endocrinien, du fait d’un surpoids (notamment dans sa forme abdominale – bedaine – entre 40 et 60 ans, de la sédentarité, d’un manque de sommeil, de l’abus des boissons et aliments édulcorés au fructose, du froid chez les seniors. « Toutefois, la cause la plus fréquente reste l’âge. Le vieillissement artériel s’accompagne en effet d’une perte naturelle de la souplesse des parois artérielles », indique un cardiologue.

L’HTA en chiffres
- La tension artérielle moyenne des Français âgés de 18 à 74 ans est de 12,3/7,7.
- 30% sont hypertendus. Un taux qui grimpe à 67% chez les 65-74 ans.
- 20 à 50% des hypertendus ne seraient pas correctement soignés en France, faute d’avoir été  diagnostiqués.
- La cause de l’hypertension n’est pas clairement identifiée pour 95% des personnes concernées.
- 50% des hypertendus ont une obésité abdominale.
- Sur le marché des médicaments, il existe plus de 300 antihypertenseurs.
- Seul un tiers des hypertendus possède un appareil pour mesurer la tension.

A chaque patient son traitement
Vaste, l’arsenal thérapeutique comporte huit familles d’hypotenseurs permettant de personnaliser le traitement des patients, en fonction de leur profil, de leur âge, de la nature de leur hypertension, de leur mode de vie et de la présence d’un ou plusieurs autres facteurs de risque cardiovasculaire.
La pharmacopée permet de couvrir toutes les situations possibles. « Les vingt dernières années ont vu l’apparition de nouveaux médicaments alliant bonne efficacité thérapeutique, simplicité d’utilisation et excellente tolérance des prescriptions, comme dans la famille des antagonistes de l’angiotensine. Pour autant, les traitements « historiques » de l’HTA, comme les diurétiques, les bêtabloquants et les antagonistes classiques restent encore très utilisés, en particulier lorsque plusieurs médicaments sont utiles« , précise un praticien.
L’efficacité médicamenteuse, qui se traduit par un retour de la tension artérielle à des chiffres normaux, peut néanmoins entraîner une fausse impression de guérison. « L’HTA se soigne très bien, mais ne se guérit pas ! D’où l’importance de ne pas stopper son traitement, même lorsque les chiffres reviennent à la normale. Or, trop nombreux sont ceux qui arrêtent leur médicament au cours de la première année de traitement ! »

Faire preuve de discipline
« La discipline est le premier traitement de l’hypertendu. Le patient doit prendre son traitement tous les jours et adopter une bonne hygiène de vie en luttant de front contre tous ses facteurs de risque« , insiste le médecin. Selon le cas, celui traitant peut recourir à un ou plusieurs traitements en association. Les recommandations actuelles privilégient plutôt une mono thérapie en première intention, autrement dit le choix d’un seul médicament dans un premier temps. Encas d’inefficacité, un second peut être prescrit. « Les médecins disposent désormais de traitements qui associent deux principes actifs dans un seul médicament dans un premier temps. Cette combinaison permet une meilleure adhésion du patient à son traitement, rendu plus simple d’utilisation, et une diminution des effets indésirables. Au final, ce traitement « double » permet une meilleure efficacité », commente un médecin. Il conseille également de ne pas hésiter à prendre l’avis d’un spécialiste, cardiologue, néphrologue ou hypertensiologue (au nombre d’une trentaine en France) lorsque l’HTA semble résister aux traitements habituels prescrits par le médecin traitant.

Les possibles effets indésirables
Pour autant, et comme tout médicament, les antihypertenseurs ne sont pas dénués d’effets secondaires. « Les bêtabloquants et les diurétiques par exemple sont déconseillés chez l’hypertendu en surcharge pondérale du fait d’un risque de développer un diabète« , confirme le spécialiste. « On doit aussi avertir le patient de la survenue éventuelle d’œdèmes des membres inférieurs gênant le chaussage lors du traitement par inhibiteurs calciques ou encore d’une toux avec les inhibiteurs de l’enzyme de conversion, et même d’une gynécomastie (développement des glandes mammaires chez l’homme) lors des traitements par Aldactone« .

Dépister l’hypertension artérielle pour la traiter le plus tôt possible : oui, comment ?
Le cardiologue Xavier Girard, ancien président de Comité français de lutte contre l’hypertension artérielle (CFLHTA) :
- Comment améliorer le dépistage de l’hypertension artérielle ?
Si l’hypertension artérielle peut concerner toutes les branches de la population, certaines personnes sont plus exposées que d’autres et méritent une attention particulière. Ainsi, avoir un parent proche hypertendu (père, mère, frère, sœur…) et traité avant l’age de 50 ans augmente le risque d’avoir une HTA avant l’âge de 50 ans. Dans ce cas, le contrôle de la tension artérielle doit être pratiqué chaque année dès l’âge de 25 ans. Autre classe d’âge visée par un dépistage systématique, les hommes de 40 à 55 ans, car ils ont une assez forte probabilité de ne pas voir souvent un médecin ou de ne pas prendre leur traitement du fait de leur mode de vie. En cas de surcharge pondérale, ce qui s’observe de plus en plus chez les 25-30 ans, il est conseillé de contrôler sa tension artérielle tous les deux ans à partir de 30 ans; un surpoids, même modéré, est un facteur de risque  important d’HTA, notamment lorsque la surcharge est abdominale. La mesure du périmètre abdominal est par conséquent un geste primordial dans le dépistage ciblé de l’HTA, notamment entre 50 et 60 ans. C’est d’autant plus important que les hypertendus sont assez faciles soigner par des mesures d’hygiène de vie et par les traitements médicamenteux. Pour certains, on peut même envisager de contrôler la tension artérielle par l’hygiène de vie et se passer de médicaments anti-hypertenseurs.
- Qu’en est-il du contrôle de la tension à partir de 50 ans ?
L’HTA est fréquente  à partir de 60 ans : 70% des hypertendus traités ont plus de 60 ans. A partir de 50 ans, le contrôle de la tension artérielle en consultation doit donc être annuel avec, pourquoi pas, quelques contrôles ponctuels à l’aide d’un appareil d’auto-mesure, l’effet « blouse blanche » se révélant plus important à cet âge et la tension relevée en consultation possiblement trompeuse.
- Que conseillez-vous aux hypertendus ?
De bien respecter les prescriptions médicales et de ne pas stopper leur traitement, même lorsque les chiffres de la tension reviennent à la normale. Mais l’hygiène de vie est également très importante : elle peut permettre de diminuer les chiffres tensionnels. Perdre trois ou quatre kilos est toujours bénéfique lorsqu’on est hypertendu. L’activité physique aide à régulariser la tension artérielle chez certains. Il faut privilégier les activités en endurance comme le cyclisme ou a défaut le vélo d’appartement, le jugging, la marche norvégienne ou encore la natation, au moins vingt minutes trois fois par semaine. En revanche, la simple marche à pied n’est pas suffisante. L’hypertendu ne doit pas consommer plus de 6g de sel par jour, sous forme de chlorure de sodium. Attention à certains aliments riches en sel caché, comme le fromage, les charcuteries, le pain (20 g de sel par kilo de farine) et les préparations à base de pain ou encore la pizza qui contient environ 8g de sel. Quant à l’alcool, il n’intervient pas comme facteur de risque de survenue ou d’entretien d’une HTA lorsqu’il s’agit d’une consommation modérée conforme aux recommandations. En revanche, lorsqu’il existe une dépendance à l’alcool, l’HTA devient très difficile à prendre en charge.

L’intérêt de l’auto-mesure
Faire prendre sa tension chez soi ? Même l’Académie nationale de Médecine est pour sa recommandation « Car l’auto mesure pratiquée au domicile à l’aide d’un appareil est celle qui permet le mieux d’évaluer le niveau réel de la tension et le risque encouru. Avant de débuter un traitement d’antihypertenseur , le médecin devrait toujours s’assurer du niveau de tension en dehors de la consultation », affirme Xavier Girard. Répéter ces mesures permet de mieux évaluer sa tension, de faire émerger une tendance à l’hypertension. De plus, contrôler soi-même sa tension contribue à observer davantage son traitement.

De l’effet « blouse blanche » à l’hypertension masquée
Les chiffres relevés en consultation s’avèrent parfois faussés, du fait d’imprécisions techniques, mais aussi et surtout du fameux effet « blouse blanche ». Stress oblige, ce phénomène rend souvent la tension supérieure à celle qui prédomine au domicile, d’où une possible surestimation des chiffres chez 10 à 15% des patients. C’est le niveau de la tension artérielle au domicile, au calme et au repos, qui détermine le mieux le risque de complication cardio-vasculaires. Autre intérêt de l’auto-mesure : le dépistage des d’hypertensions « masquées », autrement dit les hypertensions élevées au domicile et normales au cabinet médical, celles risquant de ne pas être repérées, donc de ne pas être traitées (cas type de l’hypertendu qui s’ignore). « L’auto-mesure permet également d’apprécier l’efficacité d’un traitement, comme chez les personnes de plus de 60ans, sujettes à une variabilité de la tension artérielle, vieillissement artériel oblige. Une variabilité  qui va concerner surtout la tension systolique« explique le Pr Girard. L’enjeu du dépistage de ces hypertensions à forte variabilité est important : le risque d’AVC est multiplié par 6 chez 10% des sujets concernés.

Préférer l’appareil au bras
Pour être efficace, l’auto-mesure doit être pratiquée après cinq minutes de repos et trente minutes sans tabac ou café, en position assise, les jambes non croisées, sans bouger et sans parler. Les mesures doivent être effectuées six fois par jour (trois fois le matin avant le petit déjeuner et trois fois le soir avant le coucher), pendant trois à cinq jours consécutifs. Le relevé des mesures doit être confié au médecin, à même d’analyser les résultats.
Bien que d’utilisation simple, l’utilisation de l’appareil réclame une période d’apprentissage où le médecin traitant trouve toute sa place comme conseiller privilégié. Saufs exceptions (sujets obèses), il est préférable d’utiliser les appareils qui se positionnent sur le bras (brassard huméral), plutôt qu’au poignet (radial), trop sensibles à la position de la main et des doigts. L’Académie de médecine recommandez l’usage des appareils à mémoire (téléchargement ou télétransmission). Un bon appareil copute entre 60 et 100€. Aucun n’est remboursé par l’Assurance maladie.

Apnées du sommeil et hypertension
Les apnées du sommeil correspondent à des arrêts prolongés et fréquents de la respiration pendant le sommeil. Cette pathologie, fréquente chez les hommes de plus de 40 ans en surcharge pondérale, s’accompagne d’une hypertension nocturne délétère sur les artères Explications de Jean-Philippe Metzger :
« Les apnées du sommeil augmentent de 30% les risques d’accidents vasculaires cérébraux ou cardiaques. Car, lorsque la respiration redémarre, la tension artérielle et le pouls augmentent de façon très importante, et ce, chaque nuit ! D’où l’intérêt d’interroger son entourage sur l’existence d’arrêts respiratoires et d’un ronflement, très évocateur« . L’utilisation d’une ventilation nocturne assistée (ou pression positive continue) permet d’éviter les poussées hypertensives nocturnes et d’améliorer la qualité de vie du patient.

Avril 2017

 

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Crise en psychiatrie, psychiatrie en crise

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Malgré tous les progrès réalisés en médecine, en psychologie, en sociologie et malgré les modifications de dénomination des différents symptômes, les réactions de notre société vis-à-vis du phénomène « folie » (ou maladie mentale, troubles du comportement, handicap) ne sont pas foncièrement … Continuer la lecture

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La Folie au fil de la Borne

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La Borne est ici, au-dessus, petite rivière tranquille filant vers la Loire qui l’attend, après Brives-Charensac.
Passée la campagne collineuse, elle traverse le Puy, longeant sur son côté gauche, le versant ensoleillé d’anciens vignobles, et, sur son côté droit, d’abord la ville basse, puis l’hôpital psychiatrique dont je vois les bâtiments récents, quelque peu banals, et ceux, plus anciens, qui m’offrent leurs volets fermés et abîmés par les intempéries de ce pays de volcans.
Fermeture, froid et chaleur, autant de symboles me suggérant les soins d’une des maladies bien particulières que l’on soigne entre ces murs, maladie que l’on appelait- et que l’on appelle encore en cercles plutôt privés – la folie.
La vieille façade imposante de l’hôpital me renvoie à la présence permanente de la folie parmi les hommes depuis, sans doute, leur naissance, à la peur qu’elle a créée en nous au cours des siècles, notamment au Moyen Age, à la dérision qu’elle a suggérée dans la littérature de la Renaissance. Mais sommes-nous si loin de l’une et de l’autre, en ce XIème siècle commençant ?
Ce que l’on sait de notre attitude vis-à-vis de la folie au Moyen Age remonte au XIIème siècle. En effet, l’intérêt de la société pour cette maladie qui n’était pas encore appelée ainsi, succède à celui pour la lèpre, qui rassemblait toute l’attention du moment tant ses effets étaient visibles, agressifs, effrayants. Ce qui ne signifie pas que la folie était absente des pathologies, mais qu’elle était comparativement négligée car elle semblait, somme toute, bien inoffensive à côté de cette maladie qui marchait sur les chemins d’Europe. Quelque part, cette dernière pouvait paraître plus inéluctable, plus dangereuse que la folie car elle touchait le physique de l’homme,  qu’elle défigurait, La société du Moyen Age avait deux attitudes vis-à-vis de la lèpre : hospitalisation et/ou sur les routes, à l’écart des habitations. Au XVème, ce fléau s’affaiblit dans nos pays, laissant à la folie sa place dans les hôpitaux et sur les chemins d’eau, comme cette paisible Borne sillonnée maintenant par de gras canards.
Les « maladies de folie » connurent donc un double enfermement, ou plutôt un enfermement alternatif : soit en hôpital (un des plus célèbres fut celui de Nuremberg en Allemagne), soit en bateau sur les rivières du continent. Double enfermement, double peur, double espérance, double abandon, double aveu d’impuissance des contemporains, devant ces actes inattendus, incompréhensibles, devant cette parole défiant la logique, la culture, la compréhension du monde du moment. Mais aussi double protection de la société : protection contre les cris qui éveillent des visions de l’Enfer tel que l’imaginaire de l’époque le concevait par une tentative d’aide médicale dans quelques hôpitaux, et protection contre une éventuelle contamination au moyen de la purification par l’eau, par la barrière que représentait l’eau séparatrice, par le voyage vers un horizon peut-être salvateur, peut-être rédempteur…
Prisonnier de son passage, enfermé dans son navire venant d’on ne sait où et allant on ne sait où… Le fou nous crie sa réalité imaginaire depuis « la Nef des Fous » de Jérôme Bosch ou celle, poétique, de Sébastien Brant. Mais la société des hommes présente de multiples facettes, toujours à la recherche d’un équilibre : à la peur répond l’aspiration au calme, un appel vers sa guérison, une espérance dans le désespoir. Mais si la folie est au Moyen Age, une question tout à la fois médicale chargée de mystères et de non-réponses, une réalité sociale perturbante, elle va aussi suggérer une tentative de maitrise, du moins l’acceptation de ce qui constitue aussi l’humain, par divers moyens, l’écrit étant un des plus efficaces car il atteint lecteurs et spectateurs.
En effet, dès la fin du Moyen Age (XIIIème siècle et suivants), le Fou et la Folie deviennent des éléments majeurs dans une littérature de contes et de moralités. Le fou sur scène est un personnage ambigu, exutoire des sentiments et perceptions du spectateur : déraison apparemment sans limite du monde, égale au ridicule des hommes – si petits, si éphémères. Le Fou, le Niais devient un personnage central des sotties jouées sur les parvis, et en tant que tel, il détient la vérité, la vérité, car dans la provocation, il ramène chacun à sa vérité : l’audace d’aimer et de transgresser, l’audace de se libérer, l’audace de se voir.
Mais à la fin du XVème siècle, le Fou va être remplacé, par Érasme en particulier, par la Folie elle-même.
Érasme n’a pas été le premier à personnifier la Folie dans son célèbre petit livre « Éloge de la Folie », publié en 1509. Il avait été précédé par Brant (1458-1521) en Allemagne, et par Hugues de Saint Victor (de l’école de Saint Victor à Paris). Si ces deux derniers sont encore très proches, dans la structure de leur texte, des danses macabres peintes sur les murs d’églises jusque vers le milieu du XVème siècle (celle de la Chaise-Dieu date sans doute de 1460), l’ouvrage d’Érasme est à la fois plus général et plus profond, tout en étant plus ironique et mordant que celui de Brant ou de Hugues de Saint Victoir. L’Éloge de la Renaissance Folie est une œuvre de la Renaissance qui répond aux questions de cette époque ou les stigmatise, surtout dans les milieux intellectuels.
Les questions de ce XVIème siècle commençant (c’est-à-dire avant Galilée)  concernaient surtout la nature et les actions de l’homme, tant dans le domaine du quotidien comme la loi, le politique, les sciences et la science, que dans le domaine religieux.
Chaque question est un voyage et les voyages à la Renaissance étaient de trois types : économique avec les grandes découvertes au-delà des mers,  scientifique avec les découvertes et redécouvertes des littératures grecque et latine et en astronomie, et religieux avec la « rébellion » de Luther dans sa lettre en quatre-vingt douze points envoyée à son évêque (et on clouée sur la porte de son église comme le veut la légende).
Écrit rapidement, l’ « Éloge de la Folie »eut être considéré comme un exemple, une cause et un effet de ces questions nous emmenant vers des rivages à peine prévisibles. Mais le livre souligne surtout que dans cet écheveau de questions que se posent les grands de ce monde, professeurs, juristes, théologiens, manque la question essentielle, la recherche de la vérité, de notre vérité. Question masquée par la Folie, notre Folie.
Le titre même est trompeur : doit-on se féliciter de l’existence de la folie ? En fait, Érasme utilise cet éloge pour éveiller le lecteur aux problèmes inhérents à la nature humaine, notamment à la tendance à se centrer sur soi-même. A nos yeux, notre importance est grande, nos actions sont autant de clés pour la bonne marche de la société, nos émotions révèlent, à nos propres yeux, la beauté de notre personne, l’activité casuistique de notre intelligence apporte le bonheur par les sciences, ainsi mises au jour.
Et c’est cette intelligence qui justifie, à nos yeux, les discussions infinies concernant la connaissance de Dieu et de Ses volontés.
Mais l’auteur est ironique, il s’amuse et trompe la censure éventuelle de l’Église et des monarques (car le livre a connu immédiatement un succès considérable) en faisant parler la Folie, qui jette un regard observateur sur la société et affirme, dès la première ligne, ou plutôt le premier paragraphe : « C’est pourtant moi, et moi seule, qui réjouit les Dieux et les hommes, car la Folie n’est pas là pour montrer au lecteur la tristesse de cette pathologie, mais au contraire, le bonheur que sa présence en chacun apporte.
Grâce à elle, nous vivons dans l’illusion, une illusion bienheureuse : elle est un rapport subtil mais bien ancré que l’homme entretient avec lui-même. Cet attachement à soi maintient l’homme dans l’erreur sans doute, mais lui donne aussi une certaine sérénité. Il ne connaît pas la vérité, mais il est content avec  la vérité, telle qu’il la perçoit.
Au début du livre, Érasme plante un personnage assez amusant, homme issu du théâtre, en lui octroyant une petite biographie très concrète avec la présentation de ses compagnes : l’Amour-propre, la Flatterie, l’Oubli, la Paresse, la Volupté, l’Étourderie, la Mollesse. Autant de traits négatifs de l’être humain, mais qui aident le lecteur à visionner le personnage et à lui donner vie.
Mais ces défauts sont aussi facteurs de bien : la flatterie peut rendre un homme politique sage, l’amour-propre peut servir l’ambition qui accroîtra les richesses de la société…
L’Éloge devient vite, cependant, un essai sur les chemins du savoir. En effet, Érasme fait une grande place, dans cette ronde des fous, aux hommes qui détiennent ou pensent détenir le savoir alors qu’ils ne font que le triturer, que ce soit les Grammairiens, les Poètes, les Écrivains, les Jurisconsultes, les Philosophes, ou les Théologiens. La Folie est parmi eux au sein d’une science déréglée et souvent inutile tant elle masque leur ignorance. Elle n’est qu’une connaissance dérisoire car elle néglige l’expérience au bénéfice de livres poussiéreux et de discussions oiseuses. Elle masque la vraie science par les fausses sciences proclamées « vérité » par ces hommes prétentieux. Leur prétention est, en fait, leur folie : kelle leur masque la réalité qui est souvent une connaissance simple mais formidable, bouleversante du monde qui les entoure. Pris en eux, et chacun renferme son type de folie, son type de mensonge, son illusion sur lui-même. Ne dit-elle pas : « Je compte autant de statues qu’il y a d’hommes ? »
Cet aveuglement à la présence de la folie en nous, nous fait accepter l’erreur comme vérité, que ce soit dans le cas du mensonge, de la justice, de la violence ou de la laideur. Notre folie est une excuse, notre excuse, notre excuse d’êtres humains.
Érasme, homme d’une immense culture, grand voyageur, avait une vue sans complaisance des hommes de son temps, qu’il connaissait bien de par sa naissance illégitime et ses relations, très élevées : il analysait son époque avec distance et lucidité, tant pour les affaires quotidiennes que pour les questions savantes et religieuses, ce qui lui donnait une certaine indulgence à l’égard de ses contemporains et lui permettait de rire de notre folie, car, écrit-il, « en somme, si vous pouviez regarder de la Terre, vous penseriez voir une foule de mouches ou de moucherons qui se battent entre eux, luttent et tendent des pièges, se volent, jouent, gambadent, tombent et meurent, et l’on ne peut croire quels troubles, quelles tragédies, produit un si minime animalcule destiné à sitôt périr ».
Très probablement, la petite et pacifique Borne ne transporta jamais de nef des fous, et son eau qui coule calmement n’est pas une barrière, plutôt le symbole du temps qui passe, toujours le même, à recommencer (quoi ?).
Et nous, avons-nous changé depuis la peinture ironique et amusante d’Érasme ?
La folie est toujours là : celle que nous ne comprenons pas, ou peu, pathologique, et celle que nous ignorons ou acceptons, notre illusion sur notre vérité d’être humain.

L’espace rencontre de Sainte-Marie avec Martine Bonnefoux, animatrice
Depuis quand existe cet espace rencontre?
M.B. : C’est un lieu qui a ouvert en 202. J’étais responsable infirmière, déjà en charge de l’organisation des ateliers de pratique artistique dans le service de pédopsychiatrie du docteur Couade, avec qui nous avions élaboré le projet, et je venais de bénéficier d’une formation de médiation culturelle. La convention « Culture à l’hôpital », initiée en 1998 par les ministères de la Santé et de la Culture, ajoutée à la volonté du directeur de l’époque, M. Noziglia, ont permis la mise en place de ce projet. Il était au départ prévu pour les adolescents hospitalisés et il s’est finalement étendu à tous les usagers de l’hôpital.
Quelles étaient vos intentions en ouvrant ce lieu?
M.B. : Principalement, d’ouvrir l’hôpital à la ville et de lutter contre la stigmatisation. C’est un lieu public. Les hospitalisés peuvent être en relation avec des personnes qui n sont ni soignants nii patients. L’espace rencontre est un vecteur de médiation et d’échange, interface entre l’intérieur et l’accompagnement des personnes hospitalisées, des familles et des personnels en les invitant à découvrir des supports culturels et artistiques. Il y avait eu autrefois une bibliothèque tenue par les religieuses, mais elle n’existait plus. Nous en avons constitué une nouvelle. Au début, notre espace fonctionnait surtout comme un café littéraire. Nous avons reçu des auteurs qui venaient y présenter leur livre et les patients pouvaient dialoguer avec eux.
Pourquoi avez-vous organisé votre espace autour de l’art ?
M.B. : La création  sous toutes ses formes, l’accès à des œuvres (peinture, sculpture, photo, spectacle vivant, concert, atelier) constitue une richesse en sollicitant la dimension émotionnelle bien présente chez les personnes souffrantes. En 2005, notre espace s’est étendu et doté d’un véritable lieu d’exposition, ouvert aux artistes. Six expositions par an sont proposées. Les usagers découvrent les œuvres, rencontrent  les artistes et peuvent eux-mêmes participer à des ateliers.
Quel bilan tirez-vous sur le fonctionnement de l’espace rencontre ?
M.B. : Je crois que tout le monde se réjouit de l’existence de cet espace. Il constitue une respiration dans l’hôpital. Pour les patients, c’est un espace extérieur aux soins. Un espace de liberté et de rencontre. C’est un lieu d’expression favorisant le lien entre les espaces dedans/dehors. Peut-être un lieu d’éducation qui peut créer un déclic pour la suite de leur vie.Les patients peuvent boire un verre, consulter Internet. Chaque fois que nous organisons des spectacles, c’est comble. C’est aussi, pour les malades, la possibilité de découvrir la peinture. Ils ne sont pas toujours aussi familiers de l’art. A la bibliothèque, longtemps, ce sont les livres de poésie qui étaient les plus empruntés. C’est peut-être un lieu d’éducation qui peut créer un déclic pour la suite de leur vie. Je suis là, aussi  disponible que possible. Je peux orienter, discuter. Les patients peuvent aussi rencontrer les artistes.

Avril 2017

 

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Histoire de l’hôpital Sainte-Marie du Puy-en-Velay

Patrimoine Auvergnat: Hopital Ste Marie au Puy en Velay
Issu d’un ménage de pauvres agriculteurs du Vivarais, Joseph Chiron naquit en 1797 à Bourg-Saint-Andéol, en pleine période révolutionnaire, et fut baptisé par un prêtre insermenté landestin; prêtre lui-même en 1823, il choisit la plus pauvre des trois paroisses qui lui furent proposées, Saint-Martin-l’Inférieur en Ardèche. A peine installé, il rassembla neuf jeunes filles de sa paroisse, issues de familles démunies, dont Adélaïde Bernard (plus tard la mère Agnès, première supérieure) pour une vie de jeûne et de silence, bientôt suivies par douze autres, puis une quarantaine. Un petit local acheté à crédit permit la fondation d’une congrégation dès 1825. Cette petite communauté exaltée mourait littéralement de faim.
Le père Chiron croisa la route des Pères de la communauté de Saint-Jean de Dieu, installés par le Père Paul de Magallon à SaintAlban-sur-Limagnole en Lozère et voués au service des aliénés. les Pères venaient quêter pour une nouvelle installation à Lyon : les filles y trouvèrent un emploi. Désormais, elles se donnèrent pour règle, en servant « les malades les plus déshérités de ce monde », de « recueillir les gouttes du Sang précieux que J.C. répandit au Calvaire et, par leurs travaux, de l’appliquer au salut des âmes ».
En janvier 1827, le département de l’Ardèche confia en plus au Père Chiron l’aumônerie de la prison de privas. Il installa les sœurs à l’infirmerie, puis mit à part les aliénés, et, dans un local séparé, les femmes aliénées du département. Les sœurs assuraient les soins et quêtaient des ressources.
En 1836, l’abbé de Saint-Pierre-des- Minimes à Clermont-Ferrand les fit créer l’hôpital Sainte-Marie de l’Assomption dans cette vile. Le 18 juin 1838, le Père Chiron obtint de la hiérarchie d’Église une reconnaissance officielle avec l’autorisation de suivre les règles des religieuses réformées de la Miséricorde de Jésus de l’ordre de saint Augustin.
En 1842, on fonda à la Celette, dans la Creuse, un asile pour les aliénés hommes avec des infirmiers qui devinrent frères de Sainte-Marie de l’Assomption.
A ce moment, cette « Œuvre de Sainte-Marie » regroupait des hommes, autour du Père Aymard Bal dit frère Jean-Marie, surtout pour la direction des âmes, tandis que les femmes, regroupées en une société civile tontinière, assuraient le matériel; aux trois établissements de Privas, Clermont et la Creuse (la Celette) s’ajouta en juin 1852 la fondation du Puy par deux religieuses de Clermont, avec 228 francs et pas de quoi payer la caution pour l’autorisation d’ouverture.
Car il n’existait alors en Haute-Loire que des loges dans les hospices et, pour les dangereux, la prison mais une loi du 30 juin 1838 imposait un asile par département; la préfecture de la Haute-Loire intervint dans la fondation pour 80 pensionnaires, et une commission de surveillance rassembla sous l’autorité du préfet différents patronages.
Dès 1852, le Père Bal traita avec la Loire pour recevoir les femmes de ce département; en 1910, Montredon, le site du Puy, prit à nouveau en charge les femmes du sud du département de la Loire, par convention; il fallut attendre 1971 pour que la Loire crée son propre asile En attendant, dès 1853 en Haute-Loire, on fit revenir les femmes originaires du département placées à Saint-Alban en Lozère, et les hommes, d’Aurillac dans le Cantal.
En 1872, on était en mesure de séparer les agités, les tranquilles et les pensionnaires.
Une chapelle néogothique vint marquer le centre de la façade, surplombant l’entrée : elle était achevée en 1897, on la décora de vitraux d’Adrien Baratte, vitrailler à, Clermont-Ferrand; la clôture entre hommes et femmes y était observée grâce à une haute cloison.
En 1899, l’architecte Achille Proy construisit le pavillon Sainte-Philomène. En 1934, vint s’adjoindre un pavillon Sainte-Claire (à présent Sainte-Anne), en 1935, Sainte-Bernadette. Peu à peu, on parvint à écarter les locaux agricoles. Cependant, l’espace habitable, les commodités, les installations sanitaires furent toujours insuffisantes, car en un siècle l’effectif s’était multiplié par quinze.
Un règlement intérieur de 1866 prévoyait une coupe de cheveux par mois, un bain ou une douche par semaine, des repas copieux, adaptés aux classes de pensionnaires. La charité interférait assez souvent avec les règles financières, à cause du secours aux missions d’Afrique et autres œuvres étrangères à la vocation stricto sensu de l’établissement.
Principe des soins : « traitement moral » poursuivi par le médecin sur le long terme; travail systématique (avec constitution d’un pécule); exercices religieux, clé du système thérapeutique, source de « merveilleux progrès », même si les aliénés n’étaient admis aux offices qu’avec autorisation du médecin-chef; soins aux malades prévalant sur les devoirs religieux des sœurs; isolement de l’extérieur, à grand renfort de grilles et de barreaux, limitation des visites et des parloirs, stricte séparation des sexes; silence imposé, coercition et discipline.
La Première Guerre mondiale vit installer à Montredon un hôpital militaire de 110 lits pour les blessés de guerre et prisonniers allemands.
L’œuvre de Sainte-Marie avait ouvert une nouvelle maison à Nice en 1862, et encore une à Rodez en 1931. En 1927-1927, les hommes s’étaient regroupés à la Celette en congrégation séparée de Saint-Jean de Dieu.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, Montredon était dirigé par la sœur Marie-Pia, dans le siècle Marie-Agnès Fabrègue, le bâtonnier Malzieu à la Commission de surveillance, les docteurs Abrial et de Mourgues. Inspirée, la sœur avait rempli les stocks pour 5 ans en achetant tout un bateau de riz, alors que partout ailleurs, l’oubli du ravitaillement des aliénés les faisait mourir d’inanition. Sa prévoyance lui permit de nourrir un  effectif passé de 1 500 à 2 000 détenus avec les aliénés réfugiés, surtout  de Rouffach et de Châlons-sur-Marne, plus des clandestins, réfractaires, Juifs, résistants.
Les mérites de la sœur Marie-Pia furent officiellement célébrés après-guerre. Mais, dès 1946, Montredon changea d’ère sous l’influence de plusieurs facteurs et la pression de l’administration. Le prix de journée sans doute le pus bas de France, décupla entre 1945 et 1950, mais l’État « providence » qui se mettait en place le prit en charge.
L’asile se médicalisa, en même temps que la psychiatrie se séparait de la neurologie.
Les deux médecins d’avant-guerre passèrent à quatre, avec l’équipe du professeur Valdenaire; on remplaça la sœur apothicaire par un pharmacien diplômé, on introduisit des internes, des paramédicaux laïcs; ceux-ci prirent la place de 110 religieuses, qui n’avaient plus de vocations nouvelles; ce personnel se forma, se syndicalisa.
Les traitements furent bouleversés, on proposa des services en milieu ouvert, des activités, des clubs, du sport. Les sœurs qui gardaient l’administration eurent peine à suivre ces mutations. Les élections au Comité d’entreprise en 1859 marquèrent un tournant symbolique.
En 1965, la chapelle fut rénovée avec le concours du jeune sculpteur Philippe Kaeppelin et la cloison inter-sexes abattue.
En 1974, l’ancienne tontine devint l’Association hospitalière Sainte-Marie.
Depuis, les changements ont continué de plus belle, avec destructions et constructions de bâtiments, reconfigurations internes.

Sainte-Marie en chiffres
Le vocable Sainte-Marie dénomme l’hôpital du Puy-en-Velay, mais aussi ceux de Clermont-Ferrand, Privas, Rodez et Nice. Ces cinq établissements constituent l’AHSM, l’Association Hospitalière Sainte-Marie, issue de la Congrégation des Sœurs de l’Assomption créée en 1824 par le Père Joseph Chiron, suivant sa vocation : se consacrer au soin des malades mentaux.
Le 13 septembre 1852, le Préfet de Haute-Loire autorise, sur la propriété de Montredon, l’ouverture d’un établissement privé destiné au traitement des aliénés. En 1970, l’établissement connaît sa population maximum : on y accueille 1 500 malades, dont 500 originaires du département de la Loire. La sectorisation, fera diminuer ces chiffres.
Aujourd’hui, l’AHSM est une association qui participe au service public hospitalier, avec ses cinq établissements qu’elle ouvre en direction des personnes âgées, des adultes handicapés, des enfants et des personnes dépendantes. Elle dirige un personnel d’environ 5 000 salariés, dont 200 médecins généralistes ou spécialistes. L’association est gérée par un conseil d’administration dont le siège est situé à Chamalières (Puy-de-Dôme).
Au Puy-en-Velay, le CHR est structuré autour de trois pôles : pédopsychiatrie, psychiatrie des adultes, psychiatrie des personnes âgées. Il comporte 247 lits et 183 pmlaces , dont 40 lits EHPAD et 40 lits USLD (Unité de soins longue durée) de la maison Sainte-Anne. A Cayres, la villa Marie offre 61 places . A Saint-Paulien, le Mas Vellavia offre aussi 61 places. A Rosières, l’ESAT en comporte 60. Mais il ne faut pas oublier les 5 hôpitaux de jour du Puy : trois intra-muros (Saint-Dominique, Gendriac et le pavillon d’ergothérapie) et deux extra-muros (les Carmes et l’Étrier).
A cela s’ajoutent les trois Centres d’accueil thérapeutique à temps partiel qui se situent au Puy, à Craponne et à Langeac, ainsi que les Centres médico-psychologiques qui se trouvent au Puy, à Brioude et à Monistrol-sur-Loire.
En 2007, s’ouvre une Maison des adolescents pour l’accueil, l’écoute anonyme et l’information pour une population âgée de 12 à 20 ans.
Il faut compter également une équipe mobile de psychiatrie-précarité.
Au total, le personnel de Sainte-Marie en Haute-Loire représente 1 067 salariés, toutes structures confondues.
Mais au réel, l’établissement représente une « file active’ » de 6 721, dont 1 378 hospitalisations, chiffres de 2013 : cette file active désigne le nombre de personnes vues pour tous les actes de soins et de suivi, hospitalisées ou non.
Ce n’est pas rien…
Le budget annuel est d’environ 500 000 000 €

Le centre de documentation de Sainte-Marie : entretien avec Marie-Agnès Potton, documentaliste
A Sainte-Marie, on prend l’escalier monumental,on entre dans une sorte de salon qui sert de vestibule, on passe devant la loge, on laisse, à droite, l’espace-rencontre et l’on cherche l’escalier vers l’étage supérieur où l’on trouve un long couloir très propre, très froid. Si on le suivait à gauche, on trouverait le bureau du juge des libertés, la place que l’on réserve au droit, et puis on risquerait de se perdre dans un dédale de cours, de passages étroits, de lieux de séjour pour les hospitalisés.
Mais on prend la couloir à droite, on passe devant la vaste chapelle, presque toujours vide, puis devant le bureau de l’aumônier. Quelques pas encore et l’on tombe sur la porte du service de documentation. Nous sommes allés voir là-bas Marie-Agnès Potton, au milieu de nombreux livres et revues, et lui avons posé quelques questions:
- Pourquoi ce centre documentaire à l’H.P. ?
M.A. Potton  : Dans cet hôpital de province, éloigné des centres universitaires, il était nécessaire, pour des médecins, d’avoir une bibliothèque professionnelle, avec les grandes revues de psychiatrie et les livres de référence.
Ce lieu s’est d’abord appelé « bibliothèque médicale ». Lorsque je suis arrivée en 1979, j’ai pensé qu’on pourrait l’ouvrir aux autres professionnels de l’hôpital, puis à des personnes travaillant dans des institutions connexes : psychologues ou autres travailleurs du secteur sanitaire et social. Le lieu a été rebaptisé alors en « centre de documentation ». J’ai inauguré la politique un peu systématique d’achat d’ouvrages.
- Depuis quand existe ce centre documentaire ?
M.A. Potton : C’est au début des années 70 qu’est embauchée une personne dont l’emploi est de s’occuper de ce lieu. Mais celui-ci existait avant et nos plus vieux abonnements remontent à 1840 !
- Ce lieu est-il ouvert aux hospitalisés ?
M.A. Potton : Non, il n’y a pas ici de personnel soignant permettant d’accueillir ce public. Les ouvrages de nos rayons sont des ouvrages professionnels.
Un coup d’œil sur les rayons pour constater que le centre est bien pourvu : psychiatrie, psychanalyse, psychologie, sociologie, philosophie. Il y aurait bien là de quoi contribuer à la constitution d’un réseau numérisé des bibliothèques du Puy, avec celle de la mairie et de l’Évêché.

Mars 2017

 

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