Les vacances paysannes de Daniel Auteuil

Article paru dans La Haute-Loire secrète,hors-série L’Éveil, novembre 2017.

Vous le reconnaissez au volant ? Peu de gens le savent mais l’acteur mythique dans Jean de Florette a sûrement appris à jouer son rôle d’Ugolin au Bouchet-Saint-Nicolas où il passait ses vacances, comme le raconte Nathalie Courtial.

« Voilà, y’a le papa Auteuil là, déjà ! ». Baptiste Forestier pointe du doigt l’adolescent qui pose sur son tracteur, dans les années 60, avant d’extraire de la pochette où il conserve tous les articles de journaux sur la carrière du comédien, une autre photo. Sur celle-ci, Auteuil père, Henri de son prénom, entouré de Baptiste Arsac, garde champêtre et deux paysans venus prêter main forte, Albert Valette et Bertin Chateauneuf. L’adolescence estivale du comédien…

Baptiste Forestier a 26 ans quand les parents de Daniel Auteuil, Henri et Yvonne, s’installent dans la maison d’à côté, en face de la petite église du Bouchet-Saint-Nicolas, entre les Forestier d’un côté et les Arsac de l’autre.
La famille Auteuil a acheté cette maison vers 1967. Leur fils unique, Daniel, a autour de 17 ans. La famille réside en Avignon, le couple travaille dans le milieu du théâtre. Il connaît la région pur être venu en villégiature dans les environs de Cayres, où la sœur d’Yvonne Auteuil possède une maison. Les Auteuil tissent rapidement des liens  avec leur voisinage. « Des gens très simples » qui ne font pas de chichis et se coulent comme dans un moule dans la vie du petit village du plateau. Ils vont voir saigner le cochon, sont invités à un mariage…
« On les voyait tous les jours, ils venaient passer tous leurs étés au Bouchet. Son père discutait beaucoup avec le mien, c’était le maire », se souvient Baptiste Forestier.
Henri Auteuil, toujours en blanc et pipe en coin, Yvonne qui déteste les photos, l’Opel Kadett bleue, le Saint Bernard et Daniel, très intéressé par la vie à la campagne. « Comme on était voisin, Daniel venait souvent chez moi garder les vaches, avec son béret et sa cape; après il me suivait à l’étable. Parfois, on allait aux champignons » s’amuse Baptiste. Une jeunesse paysanne qui éclaire en partie sa magistrale interprétation d’Ugolin.

« Ça ne m’étonne pas que Daniel joue si bien le paysan  ! »
« Galinette, Galinette ! Ah ! C’est mon préféré ! » lance Baptiste Forestier. Daniel Auteuil a décroché deux César du meilleur acteur pour son rôle d’Ugolin, dans les films Jean de Florette et Manon des souces de Claude Berri, d’après les romans de Marcel Pagnol; grâce à eux, il connaît sa consécration. Son interprétation du personnage du neveu du Papet incarné par Yves Montand reste dans toutes les mémoires du Bouchet-Saint-Nicolas.
Bien sûr, on est loin de la Provence et de ses cigales sur le plateau du Dev
ès et Le Bouchet n’a rien à voir avec les Bastides Blanches. Si la dureté du monde paysan a raison de Jean de Florette bien plus que l’aridité de la terre, la solidarité est de mise ici, , à 1.228 mètres d’altitude.
Dans ce pays rude, l’étranger est le bienvenu; en témoignent les liens tissés avec les Auteuil.
Par ces mêmes photos surannées trônent en bonne place sur un buffet d’époque, dans cette petite maison de Pradelles, celle de Bernadette Soulier.  En la regardant, les souvenirs affluent à la mémoire de la fille de Baptiste Arsac.
« Quand ils arrivaient, sa mère venait faire un tour à la cuisine. Elle disait à ma mère : « Qu’est-ce que t’as préparé à manger ? » « Eh bien goûtez ! » lui répondait ma mère. « Je viens avec la casserole » lui lançait-elle.
Bernadette Soulier en rit encore. « Avec moi, c’était des « ma cocotte », « ma chérie ».
C’étaient des gens très simples. Lui fumait sa pipe, assis sur un ballot de paille en discutant avec ma mère qui faisait la traite.
Il s’occupait des décors. Elle était costumière et me disait « crois-moi j’en ai habillé de monde »! « Tout leur plaisait ici. »
En vacances, les amours adolescentes mûrissaient comme les blés au soleil et le jeune Auteuil n’a d’yeux que pour sa petite voisine, Aimée, l’une des filles des Arsac, la soeur de Bernadette et Noël.

« Il voulait déjà être comédien »
« Il imitait Mireille Mathieu comme il était d’Avignon ! On riait beaucoup. Il était très gentil et très serviable. Je me souviens qu’il voulait être comédien. »
La jeune Aimée n’est pas insensible à son charme méridional et à son humour.
Mais l’amourette tourne court, une semaine tout au plus. Un flirt d’été qui a renforcé l’amitié du comédien pour la jeune fille et sa famille. Quand Aimée meurt, à l’âge de 27 ans, en juin 1978, Daniel Auteuil, alors en plein tournage à l’autre bout de la France, plaque tout pour assister à l’enterrement à Pradelles. « Je ne l’ai jamais revu », regrette Bernadette Soulier.
Entre-temps, la jeune comédienne Anne Jousset, encore inconnue, loue une maison à deux pas de celle des Auteuil. Daniel est amoureux. Le couple se donne la réplique aux côtés de Gérard Jugnot dans Les héros n’ont pas froid aux oreilles.
L’acteur l’épouse en 1978 et la quitte en 1984 pour une autre comédienne, Emmanuelle Béart.
Les Auteuil vendront la maison du Bouchet pour construire en Avignon.
Depuis leur mort, Bernadette Soulier n’a plus de contact avec la famille, mais elle reste convaincue que « Le Bouchet compte pour Dany ». Après tout, Daniel Auteuil n’a-t-il pas affirmé à Alain Paillard venu l’applaudir à Paris qu’il « n’a oublié personne » ?

Mars 2018

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Handicapé ?

J’ai écrit ce texte en slam, à visée poétique, rythmé et scandé, qui peut être chanté et déclamé oratoirement. Il vise le sujet du handicap en général et plus spécialement le handicap visuel. 

En l’espace d’une seconde, le choc  m’a frappée, il était indolore, pourtant il m’a fauchée. Coupé l’élan vital qui était le mien, même pas eu le temps de le voir voir arriver.
L’accident ne prévient pas, il tombe, fulgurant  comme une guillotine,  implacable et il s’installe à vie dans la mienne. Je resterai désormais condamnée à vivre  « grillagée » derrière un horizon visuel tronqué, privée de la possibilité de me déplacer librement et partout comme je l’avais dans le passé.
Alors j’ai découvert de l’intérieur un monde feutré, un univers où les gens me  regardent, gênés, sans bruit, ou parfois avec pitié.
« Elle ne verra plus comme avant » ont-ils jeté comme un couperet à mon mari et mes enfants sidérés. Débrouille toi, y’a rien à ajouter !
J’ai d’abord nié que j’étais handicapée, puis j’ai vite réalisé que ma vie d’avant s’était barrée et que la tribu des éclopés serait la mienne désormais.
Mais je dis avec fermeté : un handicapé est d’abord un être humain. Il faut le respecter.
Alors, expliquez-moi pourquoi, Jean-Marie, mon ami, peine tant à se déplacer : assis sur son fauteuil roulant, poussé par Marie-Josette sa moitié ? Et encore pourquoi les trottoirs du Puy-en-Velay sont si penchés, les passages bateaux si difficiles à traverser, les trottoirs si étroits qu’on peut à peine s’y croiser. Où alors, il faut s’effacer, contre un mur se plaquer.
Son fauteuil ne peut pas y cheminer tout du long sans arrêter. Alors, Jean-Marie est bien obligé d’aller sur la chaussée pour pouvoir circuler.
Les voitures vont le klaxonner : il a osé rouler sur une file de la chaussée ! Simplement parce qu’il n’avait pas d’autre éventualité. Alors, chauffeur, au volant de ta bagnole pressée, arrête de le stresser ! Pense à sa bravoure pour surmonter les difficultés !
Pourquoi ne pas se taire et accepté la fatalité du handicapé qui ne peut,  sans rencontrer d’entrave se déplacer ? Je pense qu’il dérange et fait peur, qu’on préfère le zapper, le parquer dans un ailleurs, l’oublier…
Et je vous dis pas les escaliers ! Mais vous pouvez bien imaginer… Le périple du combattant bien éprouvé.
Je ne parle pas non plus des aménagements qu’il a dû faire réaliser pour un relatif confort disposer   : rampes auxquelles s’accrocher, toilettes surélevées, mobilier adapté, aides diversifiées…
Par chance, il avait un bon métier, celui de colonel des pompiers, qui lui permet de payer tous les frais occasionnés par son état d’handicapé. Le pauvre, pour être remboursé, qu’aille se faire brosser !
Alors, colonel, chapeau bas, vous ne pouvez qu’être admiré ! Je suis fière de compter dans vos amitiés.
Mon amie Hélène que j’ai connue au lycée et que je vois toujours régulièrement, traîne la patte depuis que, dans son enfance, le virus de la poliomyélite lui a atrophié les muscles d’une de ses jambes. Elle peine à sa déplacer tout en claudiquant. Pourquoi les voitures de personnes valides se garent-elles sur les places de stationnement réservées aux personnes à mobilité réduite ? N’est-elle pas assez affligée pour qu’on ne manifeste aucune civilité avec les handicapés ? 

Moi, l’handicapée visuelle, qui ne vois plus qu’un monde rapetissé, minoré, coupé, qui porte comme un burqa sur mon regard voilé, pourquoi m’éviter et faire en sorte de m’esquiver?
Je ne suis pas seule à savoir qu’il y a des attitudes qu’on n’oublie jamais.
Le handicapé n’est pas contagieux, dois-je le rappeler et je sais que tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts.
Mais nous restons très fragilisés au fond de nous : la plus simple émotion nous donne envie de pleurer. Un médecin m’a qualifié cette réactivité de labilité émotionnelle, survenue après la lésion cérébrale causée par mon AVC.
Alors, plus de dix ans après, je veux encore en parler : une séquelle majeure de cet accident peut s’avérer une atteinte visuelle allant de la cécité corticale aux différentes atteintes neuro vis uelles touchant la partie occipitale du cerveau. Le champ visuel est amputé, les cellules nerveuses ayant trépassé. Les noms savants de ces atteintes portent des noms particuliers :  alexie, proposagnosie,  hémianopsie, négligence, ataxie, la liste se poursuit.
J’ai envie de vomir rien que d’en parler.
Je me suis documentée, encore davantage depuis que j’ai rencontré l’antenne altiligérienne DMLA* qui ne compte pas que gens touchés par cette dégénérescence qui leur ampute aussi le champ visuel. Nous sommes sœurs et frères d’infortune dans la capacité de voir. je trouve dans nos rencontres une grande richesse, je m’instruis, je suis présente ici et maintenant. FORMIDABLE ASSOCIATION !
J’ai appris qu’il est possible de rencontrer une personne déficiente visuelle avec une canne en train de lire. Qu’on peut aussi rencontrer une personne sans canne qui s’approche de très près d’un panneau pour le lire.
Dans les deux cas, le handicap est bien présent mais pas toujours bien perceptible. D’autres situations banales de la vie courante peuvent être sources de confusion et de perplexité pour les personnes voyantes.
J’ai donc appris qu’il ne faut pas Juger du handicap sur la seule apparence de la personne : un handicap peut être visible mais bien « compensé » par la personne, ou invisible mais bien réel et trompeur.

*DMLA : dégénérescence maculaire liée à l’âge.
Mars 2018

 

 

 

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Souvenir de ma mémé Victorine

Ma grand-mère et moi à Pont d’Alleyras, dans sa cour. C’était en 1953. Je n’avais pas un an, elle en avait 53. La photo a été prise pour mesurer la longueur du saumon à la mienne.

Elle portait ses années sur ses épaules, et les épaules un peu voûtées
Mais son jardin était le plus beau, du temps qu’elle pouvait le cultiver.
Et c’est à force de la voir courbée en deux à travailler
Que j’ai mesuré son pouvoir de faire de la vie un verger.

Il y avait dans sa maison le souvenir du temps passé
Les odeurs de chaque saison, et mille rêves dans son grenier.
Elle donnait, sans jamais compter, de la patience et des sourires
Et je me souviens avoir aimé trouver ses bras pour m’endormir.

Elle s’en est allée un peu trop vite
Avant que mon cœur n’ait eu le temps de grandir
Alors je lui donne, très longtemps après,
Comme un post-scriptum, un dernier regret,
Les mots que l’enfance n’a pas su lui dire
« Petite grand-mère, si tu savais
Combien je t’aimais ! »

Elle me montrait le bon chemin, où je devais poser mes pieds,
En serrant sa main dans ma main j’ai jamais eu peur de tomber.
Et c’est à force de la suivre comme son ombre et son trésor
Que ma vie a pris ses racines où ma vie s’enracine encore.

Elle s’en est allée un peu trop loin
Avant que je n’apprenne que tout avait une fin.
Alors j’ai choisi un dernier cadeau :
Avec du retard, je lui ai trouvé les mots
Que l’enfance cachait sans savoir lui offrir
« Petite grand-mère, si tu savais
Combien je t’aimais »

Elle était fée ou magicienne
Et son héritage n’était que de tendresse,
Qu’elle me pardonne si, longtemps après,
Comme un post-scriptum, un dernier regret
Il me viennent les mots que je n’ai pas su lui dire
« Petite grand-mère, si tu savais
Combien je t’aimais! »

Février 2018

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Quand des gens de la ville viennent faire ch… les gens de la campagne

J’ai passé mon enfance dans un village.
J’en ai gardé, chevillé au cœur,  l’amour des animaux, chats, chiens, chèvres, moutons, ânes, volaille, vaches, veaux, cochons, couvée…
Le village comptait quelques petits paysans qui vivaient des fruits de la terre, simplement. Ils étaient humbles et simples, pas fiers pour un sou.
Ils n’aimaient pas les gens qui « pétaient plus haut que leurs culs », ils savaient que la vanité est un vice rédhibitoire et qu’il faut s’en garder. Car on a toujours besoin d’un plus petit que soi, n’en déplaise aux prétentieux.
J’ai aussi gardé de ce passé l’amour de la simplicité, de l’authenticité, le goût des plantes, des arbres, des prés et des champs.
Quand j’étais petite, des enfants venus passer leurs vacances dans leurs familles nous disaient avec dédain et un accent parisien légèrement railleur : « ce qu’on se barbe ici », insinuant ainsi que nous étions quelque peu des petits « bouseux », des « ploucs », des « paysans » sans doute arriérés. C’est vrai qu’il se trouvait des bouses de vache sur les routes du village.
Mais si ces petits parigots et leurs parents  voulaient boire du lait de ferme, il fallait  bien que les vaches ch…..
Ce n’est pas pour rien que j’ai repris dans mon dernier livre une citation de Montaigne et l’ai mise au début : « Du plus haut que l’homme est assis, il ne l’est que sur son cul« , faisant mienne cette déclaration chère à mes grands-parents et en leur rendant hommage par là même.
A contrario, je déteste les gens qui se croient plus haut qu’ils ne sont, qui, imbus d’arrogance vile,  se prennent pour Artaban, sont vantards, ne manifestent nulle simplicité et j’en connais pléthore. A éviter à tout prix !
De même, j’abhorre les gens qui se plaignent des bouses de vaches dans les villages de Vabres ou d’Alleyras. Incultes ceux qui ne savent pas la richesse de notre patrimoine rural qui disparait et qui font injure au peu de paysans qui restent encore chez nous. Qu’ils ne viennent pas pleurer ces jardiniers de la terre quand nous n’en aurons plus !
https://www.youtube.com/embed/cpCUvKDw60E

Février 2018

 

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La vieillesse

Texte de Philippe Noiret
Il me semble qu’ils fabriquent des escaliers plus durs qu’autrefois. Les marches sont
plus hautes, il y en a davantage. En tout cas, il est plus difficile de monter deux
marches à la fois. Aujourd’hui, je ne peux en prendre qu’une seule.
A noter aussi les petits caractères d’imprimerie qu’ils utilisent maintenant. Les
journaux s’éloignent de plus en plus de moi quand je les lis : je dois loucher pour y
parvenir. L’autre jour, il m’a presque fallu sortir de la cabine téléphonique pour lire les
chiffres inscrits sur les fentes à sous.
Il est ridicule de suggérer qu’une personne de mon âge ait besoin de lunettes, mais
la seule autre façon pour moi de savoir les nouvelles est de me les faire lire à haute
voix, ce qui ne me satisfait guère, car de nos jours les gens parlent si bas que je ne
les entends pas très bien.
Tout est plus éloigné. La distance de ma maison à la gare a doublé, et ils ont ajouté
une colline que je n’avais jamais remarquée avant.
En outre, les trains partent plus tôt. J’ai perdu l’habitude de courir pour les attraper,
étant donné qu’ils démarrent un peu plus tôt quand j’arrive.
Ils ne prennent pas non plus la même étoffe pour les costumes. Tous mes costumes
ont tendance à rétrécir, surtout à la taille.
Leurs lacets de chaussures aussi sont plus difficiles à atteindre.
Le temps même change. Il fait froid l’hiver, les étés sont plus chauds. Je voyagerais,
si cela n’était pas aussi loin. La neige est plus lourde quand j’essaie de la déblayer.
Les courants d’air sont plus forts. Cela doit venir de la façon dont ils fabriquent les
fenêtres aujourd’hui.
Les gens sont plus jeunes qu’ils n’étaient quand j’avais leur âge. Je suis allé
récemment à une réunion d’anciens de mon université, et j’ai été choqué de voir
quels bébés ils admettent comme étudiants. Il faut reconnaître qu’ils ont l’air plus poli
que nous ne l’étions ; plusieurs d’entre eux m’ont appelé « monsieur » ; il y en a un
qui s’est offert à m’aider pour traverser la rue.
Phénomène parallèle : les gens de mon âge sont plus vieux que moi. Je me rends
bien compte que ma génération approche de ce que l’on est convenu d’appeler un
certain âge, mais est-ce une raison pour que mes camarades de classe avancent en
trébuchant dans un état de sénilité avancée ? Au bar de l’université, ce soir-là, j’ai
rencontré un camarade. Il avait tellement changé qu’il ne m’a pas reconnu.
Février 2018

 

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Les soirées cinéma chez Louise et Albert Archer

C’est Patrick Duvar, qui publie sur la page du groupe Facebook d’Alleyras, qui m’a donné l’idée d’écrire ce texte.
Patrick  parlait dans sa publication d’un incendie dans son jeune âge du côté du Bouchet où il se trouvait en vacances.
Comme il écrit lui-même -et fichtrement bien-, ce que j’ai récemment découvert, il faut que je m’applique encore plus.
D’autant qu’il a une maison dans le village de Pont d’Alleyras, une découverte supplémentaire pour moi.

Mon oncle Albert Archer et sa femme Louise habitaient Pont d’Alleyras où ils avaient fait construire une grande maison photographiée à droite.
Ils sont morts depuis longtemps et enterrés dans leur caveau, au cimetière d’Alleyras.

Cette demeure servait non seulement d’habitation de la famille mais encore de bistrot-hôtel-restaurant tant il y a de pièces. Ma tante Louise y tenait en plus un bureau de tabac.
Mon oncle Albert qui faisait aussi marchand de bois et fermier, s’occupait des vaches dont l’écurie et la grange  jouxtaient l’hôtel. Il possédait en plus de ses vaches d’un couple de bœufs. Cette possession était signe de richesse à l’époque.
Le couple était connu pour être gros « bosseur ». C’est vrai qu’il travaillait énormément.
Quand j’étais enfant, je suis née en 1952, il y avait parfois bal dans la grande salle du restaurant. Un juke-box y était installé : on y glissait une pièce de monnaie dans la fente prévue, on sélectionnait les morceaux choisis en appuyant sur les boutons adéquats… Les disques se mettaient ensuite automatiquement en marche. Il s’agissait de 45 tours.Belle mécanique qui captivait mon attention et dont je suivais, émerveillée par ses rouages, le fonctionnement qu’une simple pièce avait pu mettre en branle.
Les chansons à sélectionner étaient loin d’être ringardes. Sans doute mon cousin Yves devait-il les choisir. Ou Mireille.
Et puis, de temps en temps, une séance de cinéma y avait lieu. J’étais prévenue par l’affiche posée devant la maison. Elle avait lieu évidemment un soir. Mais lequel était-ce ?
Un projectionniste arrivait avec son matériel et plaçait les bobines dans son projecteur au fond de la pièce, face à l’écran.
Nous, le public, étions assis en rangs l’un derrière l’autre, installés expressément pour la séance.
Une des premières affiches que j’ai lue annonçait le titre : J’avais lu  « Les enfants sont à vendre ». Ceci en raison de la calligraphie utilisée pour le mot « pas »que vous pouvez constater ici. Il se devine plus qu’il n’apparaît explicitement. d’où ma confusion.
Affolée par cette lecture, et comme j’étais sûre de ne pas avoir été suffisamment gentille, je soupçonnais qu’on voulût se débarrasser de moi.
L’idée m’est donc venue qu’on allait me vendre. Cette affiche l’attestait, n’est-ce-pas ?
Mais il n’en fut rien. J’assistai en compagnie de mon oncle André à la projection dont l’annonce m’avait tant tracassée. Mais quel suspense !
Un autre soir de cinéma, et comme je l’ai dit en réponse à Patrick Duvar, le maire de l’époque, Raymond Cacaud, avait fait une annonce un soir d’été aux spectateurs d’un des films : » Tous les hommes valides présents doivent venir prêter main forte pour éteindre l’incendie ravageant les côtes de Gourlong au-dessus de la voie ferrée; il s’est déclaré après le passage du train ».
Peut-être une escarbille, un mégot jeté de la fenêtre »; »è pericoloso sporgersi », « il est dangereux de se pencher au dehors » lit-on sur les vitres du train.
Ici il eût fallu écrire : « il est dangereux de jeter un mégot de cigarette dehors ». La sécheresse estivale avait brûlé les côtes, une étincelle ne pouvait que provoquer un incendie.
Nous sommes tous sortis de la salle, préoccupés ou en partance vers Gourlong pour les hommes valides.
Je voyais la proximité des lueurs qui embrasaient la côte et les fumées qui couvraient notre village.
Pour une soirée de cinéma, celle-ci fut ratée !

Février 2018

 

 

 

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150 ans du Cévenol dans les gorges de l’Allier

Lu dans Volcan n°92 d’octobre-novembre 2017 signé Marc Gouttebroze pour article et photos.

Des liens forts existent entre notre pays du Haut-Allier et cette ligne historique, magnifique, qui pourrait être toujours de premier plan si le délégataire, la SNCF, et si l’autorité organisatrice, la région Rhône-Alpes, voulaient investir dans les grandes lignes qui irriguent et font respirer le pays.

Un peu d’histoire
En matière de génie civil, ce fut une des grandes réalisations du Second Empire : 304 km de long où l’on rencontre 106 tunnels, 47 ponts et viaducs, la plupart sur la section nord entre Prades, St-Julien-des-Chazes et Langogne, et côté sud entre La Levade, La Bastide et St-Laurent les Bains. Le tronçon de la ligne des Cévennes entre Villefort et Langeac fut inauguré le 16 mai 1870.
12 000 ouvriers furent embauchés pour effectuer e travail gigantesque, des toscans, des espagnols, des piémontais mais aussi des français, et nombre d’auvergnats et lozériens qui dormaient, dès les beaux jours, dans la nature ou sur la paille. Des centaines sont venus s’installer dans les villages bordant l’ouvrage. Certains sont restés et les gorges de l’Allier regorgent de leurs descendants.

Au cœur des gores sauvages
La ligne de chemin de fer traverse des paysages pittoresques, l’Allier coulant à travers un chaos de roches basaltiques et offre de  belles vues sur les villages qui dominent le cours de la rivière, avec les trois stations situées dans les gorges dont la plus au centre, Pont d’Alleyras.
Le train intercités Cévenol qui relie Paris à Marseille via Clermont-Ferrand et Nîmes ne s’était jamais arrêté dans cette gare. Mais depuis juillet 2017, il manque l’arrêt. Il y a aussi les Trains Express Régionaux qui le font avec quatre arrêts quotidiens depuis 2010, un seul auparavant. Une amélioration de la desserte à laquelle la forte mobilisation des usagers des transports du Haut-Allier n’est pas étrangère.
S’ajoutent à ces arrêts, durant l’été, ceux du train touristique des gorges, une initiative du SMAT du Haut-Allier, qui amène des milliers de touristes et les curieux à flâner à la découverte de fabuleux paysages avec plusieurs options comme par exemple celle d’une pause gastronomique.

Une ligne menacée et abandonnée par l’État
La ligne dans son ensemble mais plus sur notre partie enclavée est menacée car écartée depuis des décennies des plans du délégataire SNCF : trop coûteuse en entretien, explique-t-il. Devant l’insistance  de tous les acteurs économiques, des élus et des habitants, la ligne qui désenclave le Massif Central est maintenue à grands coups d’opération très coûteuses. Elles occasionnent des coupures annuelles, parfois de plusieurs mois et parfois en plein été, démotivant les usagers potentiels qui changent leurs habitudes. La SNCF cédera le 1er janvier 2018 le train Intercités à la région Occitanie qui en prendra la charge de Clermont-Ferrand à Nîmes. Ainsi l’entreprise nationale  se dégagera de tous les trains circulant sur la ligne. Elle supportera l’entretien des infrastructures mais pour combien de temps ? En compensation, tous les trains Intercités, et donc celui appelé Cévenol, seront remplacés par du matériel neuf d’Alstom : les Coradia Liner. Pour nous, ce sera fin 2018.

Une lutte permanente
Ligne pas assez rentable selon les technocrates parisiens, elle fait l’objet d’une grande vigilance de tous les acteurs du Haut-Allier, les élus, regroupés autour de l’Association des élus pour la défense du Cévenol, et les usagers, regroupés dans le collectif des usagers des transports du Haut-Allier. Ils sont bien les seuls, la nouvelle grande région Auvergne-Rhône-Alpes ne manifestant depuis deux ans aucun signe d’intérêt pour la ligne. Les deux organisations ont pourtant réussi à maintenir cet axe de vie essentiel. Ce train est soutenu par l’ensemble de la population locale et même au-delà !
https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/lozere/cevennes/train-cevenol-fete-ses-60-ans-reprend-du-service-893273.html

Janvier 2018

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Ma tante Maria

Elle s’appelait Maria Mathieu et c’était une très gentille dame, vraiment très gentille. C’était la sœur cadette de mon père.
La fratrie se composait de deux garçons, l’aîné étant mon père Albert suivi de son frère Raymond et la dernière née était donc Maria. On  voit la fratrie avec de gauche à droite : mon père Albert, Maria et Raymond qui devaient avoir une vingtaine d’années ou un peu plus.
Le drame qui advint fut la mort subite de leur mère dans les toutes  jeunes années des enfants, Maria n’étant alors pas plus haute que trois pommes. Se souvenait-elle de sa mère, je n’en suis pas sure…
Le père Prosper s’est remarié mais une mère ne se remplace pas en principe. Je me souviens que mon père, qui n’avait rien contre elle, l’appelait cependant sa marâtre en l’évoquant.
La famille habitait une maison dans le hameau de Fonfreyde que voici à droite, près de Saint-Jean-Lachalm. Il s’agissait d’une petite ferme avec un étage. A droite, la cuisine , pièce principale et essentielle contenait un fourneau, un vaisselier de bois et un lit clos fermé par deux portes, sorte d’armoire inamovible dans laquelle dormaient les enfants. A l’étage, l’unique chambre était réservée au couple des parents.
A gauche, l’écurie en bas était surmontée de la grange.
Maria a épousé Pierre et ils ont habité tout près de Fonfreyde, à Belvezet où ils étaient  paysans. Ils ont donné naissance à quatre enfants : Denise, Michèle, Jean-Pierre et Anne-Marie.
Quand j’étais jeune, j’aimais beaucoup aller chez Maria et Pierre : j’appréciais leur simplicité, leur naturel, leur affection, leur authenticité, leur naturel et la sincérité de leur accueil. En un mot, je me sentais à l’aise chez eux. Je n’aime pas les gens qui pètent plus haut que leur cul comme je l’ai souvent constaté. Or, c’était tout le contraire chez les Mathieu.
La tante Maria était accueillante, elle se mettait en quatre pour me faire plaisir : elle battait un peu de crème de la traite en chantilly, râpait dessus du chocolat en copeaux et m’offrait ce breuvage que je savourais. J’adorais les fromages qu’elle fabriquait puis vendait place du Plot. Un vrai régal !
Et puis, j’aimais bien nos conversations franches et sans circonvolutions oiseuses, simples.
Dans cette famille, on s’aimait avant tout. Belle leçon d’amour et de simplicité.

Janvier 2018

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2018

Je vous souhaite une très, très, très bonne année et que ça dure !
https://www.youtube.com/watch?v=9ak2gPiekDg

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Madame Vincent

Le 3 novembre 207 avait lieu l’enterrement à Alleyras de Madame Marie Vincent née Page. Elle était une figure de Pont d’Alleyras.
Sa fille cadette, mon amie Dédée, m’a laissé ce texte écrit par sa  belle-fille Nadette et qui a été lu durant la cérémonie religieuse à l’église Saint-Martin.

« Une page vient de se tourner à Alleyras. Marie VINCENT, née PAGE, la centenaire de la commune, s’en est allée paisiblement à la maison de retraite de Brioude. Dire que sa vie fut bien remplie est un doux euphémisme.
Née le 17 juillet 1913 à Freycenet près de Saugues, elle participa aux travaux agricoles avec sa mère et ses grands parents pour pallier l’absence de son père parti à la guerre de 1914-1918 d’où il revint gazé et très affaibli.
Dès son adolescence, elle fut placée comme on disait, et ce fut pour travailler à Chanteuges où elle rencontra un jeune facteur, Baptiste Vincent, qui devint son époux.
Ils arrivèrent à Pont d’Alleyras en 1946.
Hélas, en 1950, Baptiste fut victime d’un accident ferroviaire. Détail navrant, ils étaient parents de six enfants et attendaient le septième.
Les villageois et la famille furent pleins de sollicitude mais il fallait aller de l’avant.
Elle empoigna sa canne de marche pour acheminer le courrier vers Vabres, Sanis et Pourcheresse malgré les intempéries et la difficulté du trajet.
Les journées n’étaient pas terminées pour autant : travail à la maison ainsi qu’à l’hôtel Sardier et autres. Il y avait huit bouches à nourrir mais les assiettes ne furent jamais vides. Sans doute dut-elle se priver plus souvent qu’à son tour mais l’amour de ses enfants lui fut un ressort à dépasser les montagnes.
Elle dut aussi vivre de longues périodes d’angoisse pour trois de ses fils partis servir sous les drapeaux en Algérie. Aucun n’a bénéficié d’une mesure de soutien.
Elle eut encore la grande peine de perdre son fils Roger à 38 ans et son gendre Jean-Paul. Après avoir été cruel plus d’une fois, le destin lui réserva toutefois une longue et heureuse arrière-saison qui se poursuivit à Pont d’Alleyras jusqu’à ses 94 ans. Mais ce fut un crève-cœur de quitter son pays d’adoption.
Au soir de sa vie, à la maison de retraite Saint-Dominique à Brioude, elle fut une pensionnaire tenue en estime. Les visites très fréquentes de ses enfants et petits-enfants la revigoraient, sans omettre les bonjours réitérés des compatriotes du Pont qui ne l’avaient pas oubliée. Il faut dire qu’elle ne manquait pas de s’enquérir des nouvelles du village ! Elle avait fait partie si longtemps de la vie de la commune !
Peu préoccupée d’entretenir l’idée que sa vie puisse se prolonger encore, considérant qu’elle avait fait plus que son temps, elle avait abordé sa cent cinquième année avec moins d’allant. Il est des chemins de vie qui empruntent des pentes bien raides. Marie gravit le sien, pas à pas, sans se retourner. Sa seule fierté fut que ses enfants aient une situation et soient propriétaires de leur maison.
La mort n’a pas de sens si elle n’est qu’une fin : Marie VINCENT, un nom qui sonnait franc et clair et qui lui allait bien. Son parcours édifiant aura été une formidable leçon de vie. Elle n’aurait, de toute évidence, pas aimé qu’on la qualifiât ainsi, mais à sa manière, bien loin des trompettes de la notoriété, elle fut une femme d’exception.
Que la terre d’Alleyras, aux côtés de son fils Roger, soit légère à son sommeil éternel. »

Ses petits-enfants ont témoigné de leur grand-mère dans ce message.
Mémé,

Tu étais notre Mémé du Pont. Que de souvenirs nous avons, nous tes petits-enfants, dans ta maison du Pont d’Alleyras !
Des batailles de polochon et d’oreillers pour les plus grands, les jeux dans les wagonnets et la vieille draisine derrière la gare pour les autres, les bottes de foin dans le vieux bal près du château d’eau pour les plus jeunes.
Nous n’avons pas oublié les grandes tablées les jours de vogue avec les pommes de terre au four que toi seule savais faire aussi bonnes; sans oublier le civet de lapin qui embaumait jusque dans la rue et qui faisait dire aux passants : »ça sent bon chez vous madame Vincent. »
Et que dire des succulentes tartes aux pommes !
Malgré toutes les épreuves endurées, tu n’étais pas une personne triste, tu aimais plaisanter et rire et même prendre parfois des fous-rires avec nous.
L’été, tous ensemble, c’était baignade tous les jours, avec notre bateau gonflable, nous descendions l’Allier depuis la Varenne jusqu’au Pont où nos pères venaient nous récupérer – jusqu’au jour où le bateau s’est crevé !
Et l’hiver, les parties de luge au Pasturaou et dans le pré de Favier.
Merci du fond du cœur, Mémé du Pont, pour tout ce que tu nous a donné et apporté, ce n’était pas les gros cadeaux pour Noël ou les anniversaires mais c’était tellement mieux !
Nous, tes petits-enfants, nous ne t’oublierons jamais ! »

Décembre 2017

 

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