Un plateau de tournage à Fontanes en Haute-Loire

C’est au printemps 1966 que l’ORTF s’installe sur le plateau de Fontanes pour y procéder au tournage de scènes du téléfilm présenté sous forme de feuilleton, « La princesse du rail ».
Celui-ci est tiré d’un roman d’Henri Vincenot.
L’histoire relate l’épopée de de la construction des chemins de fer français, ici celle de la ligne des Cévennes entre Langeac et Langogne de 1865 à 1870.
Ce film est réalisé par Henri Spade qui en avait eu l’idée pendant le guerre de 39-45.
Il fit un voyage en train et traversa le massif central et se fit  la réflexion: « Ce n’est pas possible que les américains aient fait tant de films sur la conquête du rail et pas nous, de plus les paysages du massif central, de l’Auvergne et des Cévennes s’y prêtent »,
Il lui faudra vingt ans pour concrétiser son projet. Même si dès 1960, des rails sont posés spécialement sur une ligne appelée « La transcévenole » pour le film, il ne tournera son feuilleton qu’en 1966.
Pour l’occasion, il recrute deux comédiens, Muriel Baptiste et Jacques Santi, dont il parlait encore avec émotion en janvier 2006. Tous deux n’auront qu’un autre rôle célèbre après: Michel Tanguy des « Chevaliers du ciel » pour Santi, Marguerite de Bourgogne des « Rois maudits » pour Muriel.
Tous deux sont décédés encore jeunes et après avoir perdu pied comme comédiens.
Henri Spade nous a quitté le 12 novembre 2008, un mois après l’édition en DVD de « La princesse du rail ».
https://duckduckgo.com/?q=la+princesse+du+rail&t=ffab&iax=videos&ia=videos&iai=nmrO8JVijGk

Avril 2018

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Alleyras : portrait de Madeleine Rodde

D’après un article et des photos d’Hedwige Boffy et une illustration de Jacques Auger,Volcan n°95, avril-mai 2018.
J’éprouve un très grand plaisir de mettre cet article dans Les textes de mon moulin, d’autant que les Rodde me sont particulièrement précieux.
Mado est une « figure » d’Alleyras dont j’apprécie le caractère et la chaleur humaine.

 

« Madeleine Rodde est née en 1944 et a passé son enfance à Alleyras. Son père, envoyé à douze ans chez les jésuites au Mans, n’eut alors qu’un désir : rentrer au pays. Ce qu’il fit à la fin de ses études. Il devint secrétaire de mairie ; ingénieux, il rendait service à tous les habitants, qui se gardaient bien dès lors de se moquer de ses qualités de paysan.
Sa mère, originaire de Saint-Privat-d’Allier, avait un caractère très peu conformiste et menait sa vie dans se soucier du qu’en-dira-t-on.
Madeleine est l’aînée de leurs trois enfants. Après ses études au collège de Cayres, elle entame sa carrière d’infirmière à Paris qu’elle poursuivra en Belgique et dans le nord de la France, revenant dans la vallée bordant l’Allier pour les vacances.
Désormais à la retraite, elle s’est installée dans le corps de ferme familial restauré, dont elle a pris soin de conserver « l’aire ouverte du Velay » (l’auvent visible sur la photo).

D’une grande amabilité, elle nous raconte ses souvenirs écoliers et estivaux à Alleyras, où transparait son caractère indépendant et enjoué.
Il y avait à l’époque deux écoles à Alleyras de même qu’à Pont d’Alleyras ainsi qu’une autre à Anglard. A Alleyras, l’école de la République accueillait traditionnellement les garçons, les habitants scolarisant en grande majorité les filles à l’école des sœurs de la Congrégation de Saint-Joseph qui accueillait également quelques pensionnaires, lesquelles rentraient une fois par mois, un char à bœuf venu les quérir et les ramener. Sœur Marie (la supérieure), sœur Torrent (l’institutrice) et sœur Marguerite (la cuisinière) étaient d’une bonne volonté remarquable, rendant service dans le village et procurant les soins infirmiers, mais âgées d’une soixantaine d’années déjà, étaient un peu dépassées dans la salle de classe où régnait un joyeux laisser-faire dès lors que l’on savait lire ou que l’on ne préparait pas encore le certificat d’études.

C’était un peu la récréation permanente ! Ainsi Mado avait fini sa journée de travail à 9h, après avoir fait quelques lignes d’écriture à la plume Sergent-Major, comme bon lui semblait, un calcul choisi parmi ceux maîtrisés dans le manuel, puis elle occupait ses heures avec ses camarades entre rangement des livres et cahiers dans le bureau, ce qui les amusait un bon moment, fabrication de pantins et crises de fou rires.  La leçon de choses du lundi et l’Histoire Sainte du vendredi, dont les épisodes étaient bus avidement par la classe, étaient les seuls repères fixes de cet enseignement avec la demi heure consacrée en fin de journée aux ouvrages de couture ou de broderie. Cependant, les résultats au certificat n’étant pas émérites, la mère  de Madeleine décida de placer ses filles à l’école publique. Cela n’alla pas sans remous, et fit même scandale, le père étant président del’APPEL !
D’autres parents suivirent et l’école des sœurs ferma l’année suivante. Madeleine et sa sœur, ravies du changement car les jours de congés étaient plus nombreux dans le public, rattrapèrent aisément leur retard et purent, grâce à la prudence maternelle et à l’institutrice Mlle Maranne, jamais en reste d’inventivité (c’était ainsi la réalisation de marionnettes et de la montgolfière qui s’envolait les jeudis) pour suivre une scolarité plus solide.

L’instruction dépendait également pour le grand catéchisme de M. le curé, l’abbé Gazanion, personnage haut en couleurs avec lequel les enfants faisaient  des activités extraordinaires ; il leur racontait maintes légendes et histoires, au gré d’excursions, ainsi des cloches enterrées d’Alleyras ou de l’abattoir du rocher de l’Aigle où l’on retrouve des silex : les peuplades préhistoriques de l’Allier y auraient traqué le gibier pour qu’il se jette du rocher dans la curie où il était alors dépecé.
Si l’anticonformisme du curé dérangeait quelque peu les religieuses, les enfants lui vouaient une affection sans bornes. Hors de la chasse aux étrennes du nouvel an, les paniers étaient soigneusement vidés avant l’apogée que représentait la visite dans la caverne d’Ali Baba de l’abbé Gazanion, leur cher Bertin, qui les remplissait allégrement de mandarines, papillotes, puis d’une bûche en chocolat avec, au-dessus, l’Enfant Jésus tout rose longuement dévoré des yeux avant de l’être par les papilles, et enfin d’une brochure sur la vie d’un saint.
On lisait ces brochures avec voracité, ainsi que celle de son frère ou de sa sœur et on s’essayait à l’imitation de ces modèles dans une piété naïve.

Les mois d’été, Madeleine s’occupait de « mener » les vaches, ce qui donnait lieu dans chaque pâturage à la création de merveilleuses cabanes, avec ses amies vacancières :
les murets servaient de cloisons, des planches formaient des étagères que l’on prenait soin de meubler en ramenant des bouteilles, des tessons de porcelaine finissaient de créer la cuisine, de la mousse configurait le lit tandis qu’était imaginé le reste de la demeure. Selon l’endroit où elle « menait », les cabanes étaient plus ou moins fastes, parfois il s’agissait d’un arbre, parfois d’un « clapas » qu’elle recouvrait de branchages. Il arriva qu’une fois, entreprenant de faire un feu dans l’un d’eux, en dépit de l’ouverture ménagée pour la cheminée, l’aventure tourna au désarroi devant l’incendie du toit. D’ordinaire, le feu maîtrisé servait à rôtir des sauterelles; le repas, bien meilleur que l’en-cas prévu par les parents, était encore fait d’écrevisses pêchées à la main.
Un coin de la propriété familiale était prêté à un groupe de scouts : la curiosité surpassant la timidité, Mado observait le campement et n’en revenait pas de l’ingéniosité mise en œuvre pour créer ce village estival.
Elle tentait avec ses amies de reproduire ce qu’elles avaient contemplé mais hélas, sans les mêmes résultats. Les scouts partis, elle pensa alors pouvoir en profiter et admirer ça de plus près, mais quelle déconvenue de voir que cette création splendide avait été entièrement démontée pour faire place nette. La méticulosité des scouts causa une cruelle déception. Il y avait heureusement dans les roches un « paradis » où il n’était besoin de rien construire, la nature s’étant occupée de tout : deux rochers en forme de siège faisaient salon, derrière, la chambre était prête, le jardin fait de greffes de noisetiers, de pruniers et d’un tapis de fraises complétait la propriété, procurant ombre et rêveries.
Sa charge d’aînée lui parut tout de même quelque peu arbitraire, lorsqu’elle vit sa sœur dépasser l’âge où elle-même gardait, aussi institua-t-elle, un jour, des tours. Ce jour-là, elle partit donc aux framboises : quelle ne fut pas sa surprise d’y croiser alors sa sœur !
- « Mais… les vaches ? »
- « Ah, elles sont parties au Plot ».
- « Mais le Plot… », répondit Mado dont le cœur commençait à battre, « les lentilles« .
L’institution des tours ne fit pas long feu après la réprimande maternelle, mais il y eut d’autres consolations. Ce fut une amie vacancière, Marie-Laure, l’invitant en vacances à Paris et en Normandie, un incroyable périple, la merveilleuse surprise que lui avait réservée Mme Duchesne, la femme du gendarme, l’appelant un jour qu’elle « menait » au Breuil : « Mado, viens voir ! » Quittant sa cabane, Mado rentre alors dans la gendarmerie et aperçoit le nounours géant confectionné à son intention. Serrant son trophée, incrédule, elle en oublie un instant Mme Duchesne mais lui conservera une indéfectible reconnaissance.

L’été à Alleyras pouvait donner lieu à des aventures d’un autre ordre, les escarbilles charbonneuses du train à vapeur de la voie de chemin de fer incendiant alentour. On allait alors au feu, adultes et enfants, chargeant des seaux de terre, dans une atmosphère effervescente imprégnant les mémoires.
Vint ensuite le temps d’entrer en pension au collège de Cayres.
Contrairement à son frère et à sa sœur, Mado ne put avoir de bourse, car elle était entrée à l’école des sœurs avec un an de retard (la scolarisation était moins réglée qu’aujourd’hui). Comme elle le souligne, « les enfants de la République, dans les campagnes, je trouve qu’on était un peu laissés pour compte. »
Elle partit donc travailler à Paris, gardant les jumeaux d’une cousine, suivant ses cours de 5ème par correspondance. L’année suivante, le collège cayrois l’a reprise et elle finit 3ème au BEPC. C’est encore collégienne qu’elle perdit son père et dut prendre sa vie en main, retournant travailler à Paris et préparant des concours.
C’était une grande joie de l’entendre partager ses souvenirs d’enfance et son regard sur les événements. »

Avril 2018

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Le moulin de Perbet


Qui connait la vallée de l’Aubépin, située entre Laussonne et Saint-Front, dans le département de la Haute Loire ?
De jour et à la belle saison, elle apparait souriante sous le bleu du ciel, avec son ruisseau -l’Aubépin- dont l’eau coule sur un lit de pierres grises, refuge pour les truites.
Mais la nuit, tout change, et ce qui n’était que banal en journée, prend alors d’étranges dimensions. Ainsi, les « Pierres longues » imposants blocs granitiques, se transforment, dans l’obscurité, en d’inquiétants géants, chargés de surveiller la vallée… Parfois, une lumière blanche, à l’origine inconnue, danse dans les bois l’entourant.
Celle-ci est peu habitée aujourd’hui : seules quelque maisons éparses témoignent d’une présence humaine. On peut y voir les vestiges d’un hameau -le hameau des Crochets- envahi par les arbres. Il est émouvant de visiter ces pauvres ruines, et de songer que là, des hommes, des femmes, des enfants vivaient pourtant il y a cent ans. Le promeneur, longe ce qui était la maison de la Béate -les Béates, institution typique de la Haute Loire du XIXème siècle-, pénètre dans ce qui reste du moulin des Crochets…
Ce moulin défraya non seulement la chronique locale, mais également internationale à la fin de l’année 1902. De multiples articles de journaux relatèrent les mystérieux phénomènes -toujours inexpliqués- dont il fut le théâtre. La presse belge, la presse écossaise s’emparèrent également du sujet !
Aujourd’hui encore, les quelques habitants de la vallée ne consentent à parler, que du bout des lèvres, de ces mystérieux faits ; pourtant ils ne les ont pas connus! mais de génération en génération, ceux-ci portent l’effroi dans les âmes simples.
S’il est une étrange histoire de maison hantée dans le département, c’est bien celle du moulin Perbet, tapie dans des lieux particulièrement isolés, qui forment aujourd’hui encore un cadre idéal pour une telle histoire.

Les filles du meunier projetées en l’air par une force invisible
L’origine des faits remonte à décembre 1902. Sur le chemin de Laussonne marchent vaillamment trois paysans de retour du marché. C’est alors qu’ils entendent pleurs et hurlements à hauteur du moulin, niché au milieu de nulle part. N’écoutant que leur courage, ils décident de s’y rendre. Les trois hommes vont découvrir en ces lieux une scène de hantise typique de ce qu’on appelle aujourd’hui le poltergeist (un phénomène paranormal spontané et répétitif, se manifestant par des déplacements ou lévitations d’objets, par des coups sonores… selon le Larousse, NDLR).
Les deux filles du meunier, Marie et Philomène, âgées de 12 et 14 ans, ont les yeux révulsés et sont en proie au phénomène paranormal. Elles sont projetées en l’air sans raison, et traînées sur le sol par une force invisible. Tout autour d’elles, les éléments se déchaînent dans la maison : la vaisselle vole en éclat et se brise pendant que les meubles se renversent. Des couvertures quittent les lits des chambres et vont recouvrir les vaches à l’écurie (de nombreux témoins disent l’avoir vu, NDLR).
Malgré leurs efforts, les paysans n’arrivent pas à maîtriser les jeunes filles. Un sabot est projeté contre un carreau comme par magie et le brise. Une pierre arrivant de l’extérieur brise l’autre carreau. L’un des paysans qui la touche explique qu’elle était brûlante.

Le moulin attire foule et journalistes
Dans les jours qui ont suivi ces événements, une centaine de personnes se sont rendus à la ferme pour assister aux phénomènes. L’histoire raconte que bon nombre d’entre elles ont finalement dû quitter les lieux, car de nombreux objets de la maison leur tombaient dessus, mus par une force invisible et diabolique. Les curieux recevaient sur la tête des savons, des pierres, des sabots… Ces événements se sont seulement arrêtés lorsque les deux filles, que les gens avaient surnommées « les filles du diable », ont quitté le moulin pour Paris.
L’affaire avait cependant fait grand bruit et défrayé la chronique dans la presse locale et nationale. Il y eut, notamment, une publication dans L’Avenir de la Haute-Loire et surtout la présence de journalistes venant de Londres et de Belgique pour narrer les événements. Une carte postale avait même été éditée (notre cliché).

« Les gens ne sont guère bavards sur cette histoire »
Patrice Rey, qui tient le Musée des croyances populaires au Monastier-sur-Gazeille, féru d’histoires extraordinaires et de légendes, note « que les gens d’ici, même ceux qui descendent des témoins de l’époque, ne souhaitent pas parler de cette histoire, ni dire à qui que ce soit où se trouve le moulin ».
En 1903, Jean Lafarre avait publié un ouvrage intitulé Les Mystères du moulin de Perbet dans lequel se trouvaient de très nombreux témoignages, ce qui démontre la véracité de cette affaire encore aujourd’hui inexpliquée.
Gérard Adier gerard.adier@leprogres.fr

Mars 2018

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Les thermes de La Souchère-les-Bains

Article tiré de La Haute-Loire secrète, n° hors série, novembre 2017


A plus de 1 000 mètres d’altitude, le petit village de La Souchère se situe en Haute-Loire, dans la commune de Félines, près de La Chaise-Dieu.
tp://water-label.pagesperso-orange.fr/html/la%20souchere%20les%20bains.htm

La source ferrugineuse, ou  source Ligonie, aujourd’hui abandonnée, attirait des curistes venus pour bénéficier des bienfaits de son eau minérale.
L’eau était embouteillée quotidiennement avant d’être expédiée.
Cette source fut découverte en 1877. La société des eaux minérales La Souchère fut fondée en 1910 par un médecin de Craponne, le docteur Thévenon, alors propriétaire des lieux.

De la prospérité au déclin
L’histoire de l’exploitation des sources est liée à la famille Ligonie, aux descendants  de celle de Vital Giraud qui contribuèrent beaucoup au développement de ce site thermal. Une histoire marquée par Claude Ligonie venu s’installer au village en 1822 après avoir épousé la petite fille de Vital, Anne-Marie.
En 1837, il achète une partie du pré sur laquelle se trouvent les sources Anciennes et  Séraphine; il augmente ainsi  ses  parts, vingt ans plus tard. Dans les années 1860, La Souchère voit apparaître le premier établissement thermal.
Un an auparavant, Claude a perdu son fils Paul âgé de 31 ans. Claude Ligonie meurt à son tour deux ans plus tard.
Sa succession va opposer les propriétaires indivis. Une vente aux enchères est proclamée le 18 juillet 1869 pour rompre cette indivision. Agissant au nom de ses enfants, la veuve de Paul, Séraphine, devient propriétaire du pré et des sources pour un montant de 12 110 francs. Elle a deux enfants, Caude (15 ans) qui porte le prénom de son grand-père, et Jean-Baptiste (12 ans). Deux enfants qui vont faire la renommée de La Souchère-les-Bains.

Une source découverte pas hasard
La prospérité de ce village  isolé est en marche. En 1870, Pierre Gallon, copropriétaire de quelques sources, fait construire un hôtel ainsi que des bains à côté de ceux construits dix ans plus tôt par Claude Ligonie grand-père.
En 1875, les familles Gallon et Ligonie demandent l’autorisation de « livrer et administrer au public ces eaux ». Le site a acquis une belle réputation. L’eau est vendue sur place.
En juin 1877, la famille Ligonie fait appel à un instituteur de Vernassal pour étudier les sources d’eaux minérales qu’elle possède. Et c’est presque par hasard en creusant que l’on en découvre une autre, la source Ligonie. Une source reconnue eau minérale par arrêté ministériel du 10 juillet 1909, et qui va contribuer au développement de la station thermale et à sa réputation, bien au-delà des frontières régionales.
En 1883, un partage des biens intervient au sein de la famille de Claude et Jean-Baptiste Ligonie. Claude conserve les sources Anciennes et Séraphine tandis que Jean-Baptiste hérite de la source Ligonie. Ce dernier fait construire l’année suivante un magnifique hôtel à l’entrée du village constitué de 21 chambres.
Hôtel dans lequel séjournera le géographe parisien Pierre Foncin en aout 1998. Il a d’ailleurs retracé son séjour dans un carnet de villégiature paru dans la Revue  pour les jeunes filles en 1899.

Jusqu’à 3 000 curistes
Jean-baptiste est aussi à l’origine de la construction en 1902 de l’établissement thermal situé devant la source Ligonie; un établissement grand standing avec une chaufferie à bois équipé de cabines de bain avec baignoires de fonte  émaillée. A quelques mètres de l’entrée de l’établissement coule la source Ligonie abritée par un kiosque en bois où la population entour vient régulièrement se ressourcer.
La Souchère-les-Bains accueille à cette époque quelques 3.000 curistes par an. Parmi eux, de nombreux bourgeois du Puy, des Stéphanois, des religieux et d’autres touristes venus de la France de la France entière, qui apprécient le lieu pour son air vivifiant et son calme. Et pour acheminer tout ce petit monde jusqu’aux thermes, une ligne de chemin de fer dessert la nouvelle gare de La Souchère fraîchement inaugurée au début du XXème siècle, et située entre la village de La Souchère et le hameau de Chamborne. Un autre hôtel est construit près de la gare avec des courts de tennis. La station devient de plus en plus prisée.

Un casino et une patinoire
Claude Ligonie construit une buvette et contribue à la renommée de cette eau minérale, ferrugineuse et gazeuse, mise en bouteille pur être expédiée jusqu’à Paris.
Pris dans le tourbillon du succès, Claude s’endette. Mais la clientèle ne suit plus. Les dettes s’accumulent. Tous ses biens sont vendus aux enchères. Ruiné, Claude et ses six enfants partent s’installer à Félines où sa femme Léontine possède des propriétés.
Les sources Anciennes et Séraphine vont voir défiler plusieurs propriétaires jusqu’à la reprise par le docteur Frédéric Thévenon de Craponne. Il fonde la société des eaux minérales de La Souchère. Il a de nombreux projets qui resteront en l’état. Il meurt en 1912. Et avec lui les sources Anciennes et Séraphine.
Jean-Baptiste Ligonie meurt à son tour le 24 octobre 1913. Son fils Claudius trouve la mort le lendemain. sa femme, Victorine, meurt deux ans plus tard.
En 1914, la première guerre mondiale vient jeter le coup de grâce à la station de Souchère-les-Bains. La suspension de l’autorisation d’exploiter la source Ligonie intervient en 1915. La station va tomber dans l’oubli pour disparaître définitivement sous la végétation.

Mars 2018

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Les vacances paysannes de Daniel Auteuil

Article paru dans La Haute-Loire secrète,hors-série L’Éveil, novembre 2017.

Vous le reconnaissez au volant ? Peu de gens le savent mais l’acteur mythique dans Jean de Florette a sûrement appris à jouer son rôle d’Ugolin au Bouchet-Saint-Nicolas où il passait ses vacances, comme le raconte Nathalie Courtial.

« Voilà, y’a le papa Auteuil là, déjà ! ». Baptiste Forestier pointe du doigt l’adolescent qui pose sur son tracteur, dans les années 60, avant d’extraire de la pochette où il conserve tous les articles de journaux sur la carrière du comédien, une autre photo. Sur celle-ci, Auteuil père, Henri de son prénom, entouré de Baptiste Arsac, garde champêtre et deux paysans venus prêter main forte, Albert Valette et Bertin Chateauneuf. L’adolescence estivale du comédien…

Baptiste Forestier a 26 ans quand les parents de Daniel Auteuil, Henri et Yvonne, s’installent dans la maison d’à côté, en face de la petite église du Bouchet-Saint-Nicolas, entre les Forestier d’un côté et les Arsac de l’autre.
La famille Auteuil a acheté cette maison vers 1967. Leur fils unique, Daniel, a autour de 17 ans. La famille réside en Avignon, le couple travaille dans le milieu du théâtre. Il connaît la région pur être venu en villégiature dans les environs de Cayres, où la sœur d’Yvonne Auteuil possède une maison. Les Auteuil tissent rapidement des liens  avec leur voisinage. « Des gens très simples » qui ne font pas de chichis et se coulent comme dans un moule dans la vie du petit village du plateau. Ils vont voir saigner le cochon, sont invités à un mariage…
« On les voyait tous les jours, ils venaient passer tous leurs étés au Bouchet. Son père discutait beaucoup avec le mien, c’était le maire », se souvient Baptiste Forestier.
Henri Auteuil, toujours en blanc et pipe en coin, Yvonne qui déteste les photos, l’Opel Kadett bleue, le Saint Bernard et Daniel, très intéressé par la vie à la campagne. « Comme on était voisin, Daniel venait souvent chez moi garder les vaches, avec son béret et sa cape; après il me suivait à l’étable. Parfois, on allait aux champignons » s’amuse Baptiste. Une jeunesse paysanne qui éclaire en partie sa magistrale interprétation d’Ugolin.

« Ça ne m’étonne pas que Daniel joue si bien le paysan  ! »
« Galinette, Galinette ! Ah ! C’est mon préféré ! » lance Baptiste Forestier. Daniel Auteuil a décroché deux César du meilleur acteur pour son rôle d’Ugolin, dans les films Jean de Florette et Manon des souces de Claude Berri, d’après les romans de Marcel Pagnol; grâce à eux, il connaît sa consécration. Son interprétation du personnage du neveu du Papet incarné par Yves Montand reste dans toutes les mémoires du Bouchet-Saint-Nicolas.
Bien sûr, on est loin de la Provence et de ses cigales sur le plateau du Dev
ès et Le Bouchet n’a rien à voir avec les Bastides Blanches. Si la dureté du monde paysan a raison de Jean de Florette bien plus que l’aridité de la terre, la solidarité est de mise ici, , à 1.228 mètres d’altitude.
Dans ce pays rude, l’étranger est le bienvenu; en témoignent les liens tissés avec les Auteuil.
Par ces mêmes photos surannées trônent en bonne place sur un buffet d’époque, dans cette petite maison de Pradelles, celle de Bernadette Soulier.  En la regardant, les souvenirs affluent à la mémoire de la fille de Baptiste Arsac.
« Quand ils arrivaient, sa mère venait faire un tour à la cuisine. Elle disait à ma mère : « Qu’est-ce que t’as préparé à manger ? » « Eh bien goûtez ! » lui répondait ma mère. « Je viens avec la casserole » lui lançait-elle.
Bernadette Soulier en rit encore. « Avec moi, c’était des « ma cocotte », « ma chérie ».
C’étaient des gens très simples. Lui fumait sa pipe, assis sur un ballot de paille en discutant avec ma mère qui faisait la traite.
Il s’occupait des décors. Elle était costumière et me disait « crois-moi j’en ai habillé de monde »! « Tout leur plaisait ici. »
En vacances, les amours adolescentes mûrissaient comme les blés au soleil et le jeune Auteuil n’a d’yeux que pour sa petite voisine, Aimée, l’une des filles des Arsac, la soeur de Bernadette et Noël.

« Il voulait déjà être comédien »
« Il imitait Mireille Mathieu comme il était d’Avignon ! On riait beaucoup. Il était très gentil et très serviable. Je me souviens qu’il voulait être comédien. »
La jeune Aimée n’est pas insensible à son charme méridional et à son humour.
Mais l’amourette tourne court, une semaine tout au plus. Un flirt d’été qui a renforcé l’amitié du comédien pour la jeune fille et sa famille. Quand Aimée meurt, à l’âge de 27 ans, en juin 1978, Daniel Auteuil, alors en plein tournage à l’autre bout de la France, plaque tout pour assister à l’enterrement à Pradelles. « Je ne l’ai jamais revu », regrette Bernadette Soulier.
Entre-temps, la jeune comédienne Anne Jousset, encore inconnue, loue une maison à deux pas de celle des Auteuil. Daniel est amoureux. Le couple se donne la réplique aux côtés de Gérard Jugnot dans Les héros n’ont pas froid aux oreilles.
L’acteur l’épouse en 1978 et la quitte en 1984 pour une autre comédienne, Emmanuelle Béart.
Les Auteuil vendront la maison du Bouchet pour construire en Avignon.
Depuis leur mort, Bernadette Soulier n’a plus de contact avec la famille, mais elle reste convaincue que « Le Bouchet compte pour Dany ». Après tout, Daniel Auteuil n’a-t-il pas affirmé à Alain Paillard venu l’applaudir à Paris qu’il « n’a oublié personne » ?

Mars 2018

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Handicapé ?

J’ai écrit ce texte en slam, à visée poétique, rythmé et scandé, qui peut être chanté et déclamé oratoirement. Il vise le sujet du handicap en général et plus spécialement le handicap visuel. 

En l’espace d’une seconde, le choc  m’a frappée, il était indolore, pourtant il m’a fauchée. Coupé l’élan vital qui était le mien, même pas eu le temps de le voir voir arriver.
L’accident ne prévient pas, il tombe, fulgurant  comme une guillotine,  implacable et il s’installe à vie dans la mienne. Je resterai désormais condamnée à vivre  « grillagée » derrière un horizon visuel tronqué, privée de la possibilité de me déplacer librement et partout comme je l’avais dans le passé.
Alors j’ai découvert de l’intérieur un monde feutré, un univers où les gens me  regardent, gênés, sans bruit, ou parfois avec pitié.
« Elle ne verra plus comme avant » ont-ils jeté comme un couperet à mon mari et mes enfants sidérés. Débrouille toi, y’a rien à ajouter !
J’ai d’abord nié que j’étais handicapée, puis j’ai vite réalisé que ma vie d’avant s’était barrée et que la tribu des éclopés serait la mienne désormais.
Mais je dis avec fermeté : un handicapé est d’abord un être humain. Il faut le respecter.
Alors, expliquez-moi pourquoi, Jean-Marie, mon ami, peine tant à se déplacer : assis sur son fauteuil roulant, poussé par Marie-Josette sa moitié ? Et encore pourquoi les trottoirs du Puy-en-Velay sont si penchés, les passages bateaux si difficiles à traverser, les trottoirs si étroits qu’on peut à peine s’y croiser. Où alors, il faut s’effacer, contre un mur se plaquer.
Son fauteuil ne peut pas y cheminer tout du long sans arrêter. Alors, Jean-Marie est bien obligé d’aller sur la chaussée pour pouvoir circuler.
Les voitures vont le klaxonner : il a osé rouler sur une file de la chaussée ! Simplement parce qu’il n’avait pas d’autre éventualité. Alors, chauffeur, au volant de ta bagnole pressée, arrête de le stresser ! Pense à sa bravoure pour surmonter les difficultés !
Pourquoi ne pas se taire et accepté la fatalité du handicapé qui ne peut,  sans rencontrer d’entrave se déplacer ? Je pense qu’il dérange et fait peur, qu’on préfère le zapper, le parquer dans un ailleurs, l’oublier…
Et je vous dis pas les escaliers ! Mais vous pouvez bien imaginer… Le périple du combattant bien éprouvé.
Je ne parle pas non plus des aménagements qu’il a dû faire réaliser pour un relatif confort disposer   : rampes auxquelles s’accrocher, toilettes surélevées, mobilier adapté, aides diversifiées…
Par chance, il avait un bon métier, celui de colonel des pompiers, qui lui permet de payer tous les frais occasionnés par son état d’handicapé. Le pauvre, pour être remboursé, qu’aille se faire brosser !
Alors, colonel, chapeau bas, vous ne pouvez qu’être admiré ! Je suis fière de compter dans vos amitiés.
Mon amie Hélène que j’ai connue au lycée et que je vois toujours régulièrement, traîne la patte depuis que, dans son enfance, le virus de la poliomyélite lui a atrophié les muscles d’une de ses jambes. Elle peine à sa déplacer tout en claudiquant. Pourquoi les voitures de personnes valides se garent-elles sur les places de stationnement réservées aux personnes à mobilité réduite ? N’est-elle pas assez affligée pour qu’on ne manifeste aucune civilité avec les handicapés ? 

Moi, l’handicapée visuelle, qui ne vois plus qu’un monde rapetissé, minoré, coupé, qui porte comme un burqa sur mon regard voilé, pourquoi m’éviter et faire en sorte de m’esquiver?
Je ne suis pas seule à savoir qu’il y a des attitudes qu’on n’oublie jamais.
Le handicapé n’est pas contagieux, dois-je le rappeler et je sais que tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts.
Mais nous restons très fragilisés au fond de nous : la plus simple émotion nous donne envie de pleurer. Un médecin m’a qualifié cette réactivité de labilité émotionnelle, survenue après la lésion cérébrale causée par mon AVC.
Alors, plus de dix ans après, je veux encore en parler : une séquelle majeure de cet accident peut s’avérer une atteinte visuelle allant de la cécité corticale aux différentes atteintes neuro vis uelles touchant la partie occipitale du cerveau. Le champ visuel est amputé, les cellules nerveuses ayant trépassé. Les noms savants de ces atteintes portent des noms particuliers :  alexie, proposagnosie,  hémianopsie, négligence, ataxie, la liste se poursuit.
J’ai envie de vomir rien que d’en parler.
Je me suis documentée, encore davantage depuis que j’ai rencontré l’antenne altiligérienne DMLA* qui ne compte pas que gens touchés par cette dégénérescence qui leur ampute aussi le champ visuel. Nous sommes sœurs et frères d’infortune dans la capacité de voir. je trouve dans nos rencontres une grande richesse, je m’instruis, je suis présente ici et maintenant. FORMIDABLE ASSOCIATION !
J’ai appris qu’il est possible de rencontrer une personne déficiente visuelle avec une canne en train de lire. Qu’on peut aussi rencontrer une personne sans canne qui s’approche de très près d’un panneau pour le lire.
Dans les deux cas, le handicap est bien présent mais pas toujours bien perceptible. D’autres situations banales de la vie courante peuvent être sources de confusion et de perplexité pour les personnes voyantes.
J’ai donc appris qu’il ne faut pas Juger du handicap sur la seule apparence de la personne : un handicap peut être visible mais bien « compensé » par la personne, ou invisible mais bien réel et trompeur.

*DMLA : dégénérescence maculaire liée à l’âge.
Mars 2018

 

 

 

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Souvenir de ma mémé Victorine

Ma grand-mère et moi à Pont d’Alleyras, dans sa cour. C’était en 1953. Je n’avais pas un an, elle en avait 53. La photo a été prise pour mesurer la longueur du saumon à la mienne.

Elle portait ses années sur ses épaules, et les épaules un peu voûtées
Mais son jardin était le plus beau, du temps qu’elle pouvait le cultiver.
Et c’est à force de la voir courbée en deux à travailler
Que j’ai mesuré son pouvoir de faire de la vie un verger.

Il y avait dans sa maison le souvenir du temps passé
Les odeurs de chaque saison, et mille rêves dans son grenier.
Elle donnait, sans jamais compter, de la patience et des sourires
Et je me souviens avoir aimé trouver ses bras pour m’endormir.

Elle s’en est allée un peu trop vite
Avant que mon cœur n’ait eu le temps de grandir
Alors je lui donne, très longtemps après,
Comme un post-scriptum, un dernier regret,
Les mots que l’enfance n’a pas su lui dire
« Petite grand-mère, si tu savais
Combien je t’aimais ! »

Elle me montrait le bon chemin, où je devais poser mes pieds,
En serrant sa main dans ma main j’ai jamais eu peur de tomber.
Et c’est à force de la suivre comme son ombre et son trésor
Que ma vie a pris ses racines où ma vie s’enracine encore.

Elle s’en est allée un peu trop loin
Avant que je n’apprenne que tout avait une fin.
Alors j’ai choisi un dernier cadeau :
Avec du retard, je lui ai trouvé les mots
Que l’enfance cachait sans savoir lui offrir
« Petite grand-mère, si tu savais
Combien je t’aimais »

Elle était fée ou magicienne
Et son héritage n’était que de tendresse,
Qu’elle me pardonne si, longtemps après,
Comme un post-scriptum, un dernier regret
Il me viennent les mots que je n’ai pas su lui dire
« Petite grand-mère, si tu savais
Combien je t’aimais! »

Février 2018

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Quand des gens de la ville viennent faire ch… les gens de la campagne

J’ai passé mon enfance dans un village.
J’en ai gardé, chevillé au cœur,  l’amour des animaux, chats, chiens, chèvres, moutons, ânes, volaille, vaches, veaux, cochons, couvée…
Le village comptait quelques petits paysans qui vivaient des fruits de la terre, simplement. Ils étaient humbles et simples, pas fiers pour un sou.
Ils n’aimaient pas les gens qui « pétaient plus haut que leurs culs », ils savaient que la vanité est un vice rédhibitoire et qu’il faut s’en garder. Car on a toujours besoin d’un plus petit que soi, n’en déplaise aux prétentieux.
J’ai aussi gardé de ce passé l’amour de la simplicité, de l’authenticité, le goût des plantes, des arbres, des prés et des champs.
Quand j’étais petite, des enfants venus passer leurs vacances dans leurs familles nous disaient avec dédain et un accent parisien légèrement railleur : « ce qu’on se barbe ici », insinuant ainsi que nous étions quelque peu des petits « bouseux », des « ploucs », des « paysans » sans doute arriérés. C’est vrai qu’il se trouvait des bouses de vache sur les routes du village.
Mais si ces petits parigots et leurs parents  voulaient boire du lait de ferme, il fallait  bien que les vaches ch…..
Ce n’est pas pour rien que j’ai repris dans mon dernier livre une citation de Montaigne et l’ai mise au début : « Du plus haut que l’homme est assis, il ne l’est que sur son cul« , faisant mienne cette déclaration chère à mes grands-parents et en leur rendant hommage par là même.
A contrario, je déteste les gens qui se croient plus haut qu’ils ne sont, qui, imbus d’arrogance vile,  se prennent pour Artaban, sont vantards, ne manifestent nulle simplicité et j’en connais pléthore. A éviter à tout prix !
De même, j’abhorre les gens qui se plaignent des bouses de vaches dans les villages de Vabres ou d’Alleyras. Incultes ceux qui ne savent pas la richesse de notre patrimoine rural qui disparait et qui font injure au peu de paysans qui restent encore chez nous. Qu’ils ne viennent pas pleurer ces jardiniers de la terre quand nous n’en aurons plus !
https://www.youtube.com/embed/cpCUvKDw60E

Février 2018

 

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La vieillesse

Texte de Philippe Noiret
Il me semble qu’ils fabriquent des escaliers plus durs qu’autrefois. Les marches sont
plus hautes, il y en a davantage. En tout cas, il est plus difficile de monter deux
marches à la fois. Aujourd’hui, je ne peux en prendre qu’une seule.
A noter aussi les petits caractères d’imprimerie qu’ils utilisent maintenant. Les
journaux s’éloignent de plus en plus de moi quand je les lis : je dois loucher pour y
parvenir. L’autre jour, il m’a presque fallu sortir de la cabine téléphonique pour lire les
chiffres inscrits sur les fentes à sous.
Il est ridicule de suggérer qu’une personne de mon âge ait besoin de lunettes, mais
la seule autre façon pour moi de savoir les nouvelles est de me les faire lire à haute
voix, ce qui ne me satisfait guère, car de nos jours les gens parlent si bas que je ne
les entends pas très bien.
Tout est plus éloigné. La distance de ma maison à la gare a doublé, et ils ont ajouté
une colline que je n’avais jamais remarquée avant.
En outre, les trains partent plus tôt. J’ai perdu l’habitude de courir pour les attraper,
étant donné qu’ils démarrent un peu plus tôt quand j’arrive.
Ils ne prennent pas non plus la même étoffe pour les costumes. Tous mes costumes
ont tendance à rétrécir, surtout à la taille.
Leurs lacets de chaussures aussi sont plus difficiles à atteindre.
Le temps même change. Il fait froid l’hiver, les étés sont plus chauds. Je voyagerais,
si cela n’était pas aussi loin. La neige est plus lourde quand j’essaie de la déblayer.
Les courants d’air sont plus forts. Cela doit venir de la façon dont ils fabriquent les
fenêtres aujourd’hui.
Les gens sont plus jeunes qu’ils n’étaient quand j’avais leur âge. Je suis allé
récemment à une réunion d’anciens de mon université, et j’ai été choqué de voir
quels bébés ils admettent comme étudiants. Il faut reconnaître qu’ils ont l’air plus poli
que nous ne l’étions ; plusieurs d’entre eux m’ont appelé « monsieur » ; il y en a un
qui s’est offert à m’aider pour traverser la rue.
Phénomène parallèle : les gens de mon âge sont plus vieux que moi. Je me rends
bien compte que ma génération approche de ce que l’on est convenu d’appeler un
certain âge, mais est-ce une raison pour que mes camarades de classe avancent en
trébuchant dans un état de sénilité avancée ? Au bar de l’université, ce soir-là, j’ai
rencontré un camarade. Il avait tellement changé qu’il ne m’a pas reconnu.
Février 2018

 

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Les soirées cinéma chez Louise et Albert Archer

C’est Patrick Duvar, qui publie sur la page du groupe Facebook d’Alleyras, qui m’a donné l’idée d’écrire ce texte.
Patrick  parlait dans sa publication d’un incendie dans son jeune âge du côté du Bouchet où il se trouvait en vacances.
Comme il écrit lui-même -et fichtrement bien-, ce que j’ai récemment découvert, il faut que je m’applique encore plus.
D’autant qu’il a une maison dans le village de Pont d’Alleyras, une découverte supplémentaire pour moi.

Mon oncle Albert Archer et sa femme Louise habitaient Pont d’Alleyras où ils avaient fait construire une grande maison photographiée à droite.
Ils sont morts depuis longtemps et enterrés dans leur caveau, au cimetière d’Alleyras.

Cette demeure servait non seulement d’habitation de la famille mais encore de bistrot-hôtel-restaurant tant il y a de pièces. Ma tante Louise y tenait en plus un bureau de tabac.
Mon oncle Albert qui faisait aussi marchand de bois et fermier, s’occupait des vaches dont l’écurie et la grange  jouxtaient l’hôtel. Il possédait en plus de ses vaches d’un couple de bœufs. Cette possession était signe de richesse à l’époque.
Le couple était connu pour être gros « bosseur ». C’est vrai qu’il travaillait énormément.
Quand j’étais enfant, je suis née en 1952, il y avait parfois bal dans la grande salle du restaurant. Un juke-box y était installé : on y glissait une pièce de monnaie dans la fente prévue, on sélectionnait les morceaux choisis en appuyant sur les boutons adéquats… Les disques se mettaient ensuite automatiquement en marche. Il s’agissait de 45 tours.Belle mécanique qui captivait mon attention et dont je suivais, émerveillée par ses rouages, le fonctionnement qu’une simple pièce avait pu mettre en branle.
Les chansons à sélectionner étaient loin d’être ringardes. Sans doute mon cousin Yves devait-il les choisir. Ou Mireille.
Et puis, de temps en temps, une séance de cinéma y avait lieu. J’étais prévenue par l’affiche posée devant la maison. Elle avait lieu évidemment un soir. Mais lequel était-ce ?
Un projectionniste arrivait avec son matériel et plaçait les bobines dans son projecteur au fond de la pièce, face à l’écran.
Nous, le public, étions assis en rangs l’un derrière l’autre, installés expressément pour la séance.
Une des premières affiches que j’ai lue annonçait le titre : J’avais lu  « Les enfants sont à vendre ». Ceci en raison de la calligraphie utilisée pour le mot « pas »que vous pouvez constater ici. Il se devine plus qu’il n’apparaît explicitement. d’où ma confusion.
Affolée par cette lecture, et comme j’étais sûre de ne pas avoir été suffisamment gentille, je soupçonnais qu’on voulût se débarrasser de moi.
L’idée m’est donc venue qu’on allait me vendre. Cette affiche l’attestait, n’est-ce-pas ?
Mais il n’en fut rien. J’assistai en compagnie de mon oncle André à la projection dont l’annonce m’avait tant tracassée. Mais quel suspense !
Un autre soir de cinéma, et comme je l’ai dit en réponse à Patrick Duvar, le maire de l’époque, Raymond Cacaud, avait fait une annonce un soir d’été aux spectateurs d’un des films : » Tous les hommes valides présents doivent venir prêter main forte pour éteindre l’incendie ravageant les côtes de Gourlong au-dessus de la voie ferrée; il s’est déclaré après le passage du train ».
Peut-être une escarbille, un mégot jeté de la fenêtre »; »è pericoloso sporgersi », « il est dangereux de se pencher au dehors » lit-on sur les vitres du train.
Ici il eût fallu écrire : « il est dangereux de jeter un mégot de cigarette dehors ». La sécheresse estivale avait brûlé les côtes, une étincelle ne pouvait que provoquer un incendie.
Nous sommes tous sortis de la salle, préoccupés ou en partance vers Gourlong pour les hommes valides.
Je voyais la proximité des lueurs qui embrasaient la côte et les fumées qui couvraient notre village.
Pour une soirée de cinéma, celle-ci fut ratée !

Février 2018

 

 

 

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