Pont d’Alleyras de mon enfance

Germaine Vigouroux m’a prêté une carte postale indiquant au verso  » L’Allier baignant le pittoresque village de PONT-D’ALLEYRAS (Haute-Loire)  » et où elle a mentionné la date de 1969. La photographie me semble  être un peu plus ancienne puisqu’elle correspond à ce qui existait avant la construction du village de vacances de la Varenne mais Germaine me certifie que non. La société S.A.F.E.R. avait acheté ou fait exproprier les personnes qui y possédaient des terrains, pour la plupart agricoles. J’y suis allée assez souvent avec mon oncle André qui y travaillait un terrain au bout duquel se dressait un érable. A son ombre,   nous nous abritions du soleil d’été. Outre le foin et la luzerne qu’il coupait,  André y plantait des choux, des pommes de terre, des raves et des betteraves fourragères et certainement d’autres légumes dont je n’ai plus souvenance.
Nous y allions avec les vaches de ma grand-mère : Perle, une vaillante petie Aubrac, et Bretonne, une normande moins assidue au labeur. Elles tiraient les chars de foin munis de ridelles en juillet, ceux emplis de pommes de terre ou de betteraves en automne, l’araire conduite par André lorsqu’il était le moment de labourer.
On y a ensuite construit un village de vacances toujours en activité : Cap Vacances. A côté, un camping municipal accueille tentes et camping cars.
Sur cette carte postale, on voit sur la route menant à la Varenne côté Allier la maison en pierre de la mère de l’oncle André (et donc mon arrière grand-mère) nommée Delphine A., une maison dont elle avait fait une épicerie avant que celle-ci ne soit louée à Niñou, le fils de la Rosine.
Au premier plan, la maison des Laroche borde la route conduisant à Vabres avec en contrebas son jardin  et la construction annexe à la façade blanche,
Germaine m’a dit aussi qu’on y voit la maison de la Julie mais moi, avec ma vue déficiente, je ne parviens pas à la distinguer. Cette maison se situait près de la place où ont lieu   aujourd’hui les repas du four de La Panche le 14 juillet.
Mon père avait jadis acheté ce terrain et cette maison ; j’allais en catimini  chez la Julie pour y nourrir les petits chats dont une chatte avait discrètement accouché, pour m’y réfugier et m’y cacher. Pour ce faire il fallait passer par la porte de l’étable, ramper à plat ventre dans le vieux foin afin d’atteindre l’étage. C’était une de mes cachettes secrètes. Pour nourrir les chatons auxquels un adulte « aurait fait un sort », je subtilisais des boîtes de sardines et du lait dans l’épicerie de ma grand-mère.
J’avais dévoilé ce refuge à  certains de mes  copains ; je me souviens en particulier de mon cousin Pascal, de Nanou, de Martine de la Vigne... De là, nous pouvions voir sans être vus.
Un jour, un petit chat s’était cassé une patte qui pendouillait, j’ai tellement pleuré que mon père Albert avait fait du plâtre pour rafistoler le membre rompu.
On a retrouvé dans cette maison d’anciennes poteries de Vabres. Certaines dont on ignorait qu’elles n’avaient pas été cuites, ont été plongées dans le Malaval pour décrassage et l’argile s’est délité dans le ruisseau,  d’autres ont été cassées lors de la fête du village pour le concours de biches. Mon père avait construit un garage dont les murs étaient constitués de traverses de chemin de fer pou y mettre à l’abri sa première voiture acquise en 1964,  une 2 C.V. beige dont il était si fier !
Puis, la S.A.F.E.R. a acquis aussi cette vieille maison et le terrain pour soit-disant les besoins du village de vacances.
Je constate en fait aujourd’hui que ce besoin n’existait pas.

23 juillet 2014

 

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